‹ La théologie affective: ou, Saint Thomas en méditationChapitre 30 sur 45 · M8 LOIS · texte numérisé non relu

M8 LOIS

dressé de lois phn jusles, que lorsqu'ils se sont conforà h sagesse et aux lois de Moïse (1). Enfin, il était convenable que la nation de laquelle devait naître Jésus-Christ fût la plus sainte et la plus religieuse de tout le inonde, afin de le donner dignement au monde; et non- seulement le donner, mais aussi le figurer, l'annoncer et l'imprimer dans les esprits par ses saintes observances, qui ne prêchent que lui et les merveilles de sa vie et de sa mort ; car il était important d'annoncer Jésus au monde, et de le faire connaître, afin qu'il fût mieux reçu à sa naissance. Pour ce sujet, le royaume des Juifs était prophétique, et les actions religieuses figuraient les qualités, Tétat et les mystères de Jésus-^Christ, tout le culte et le service que Dieu requérait de lui, et tout l'exercice de sa religion consistait à le prédire, i l'annoncer, à l'attendre et à le contempler; c'est pourquoi il reçut une. loi sainte, comme l'appelle saint Paul, et pleine de cérémonies prbprés à cet effet (Rom. 7).

Admirez en cela la providence de Dieu, qui donna la loi mo« saîque avec tant de raisons et pour tant de desseins; admirez-y sa justice, son équité et sa sagesse; reconnaissez-y les traits et les caractères de la grandeur de l'Homme-Dieu, Jésus -Christ, lequd, dit saint Paul, est la fin de la loi (Rom. 10). Elevez-vous de cœur et de pensée jusqu'à lui, sur les traces de celui qui, pour avoir dignement parlé et écrit de ses grandeurs, . reçut par ' avance les grandeurs de la terre, en attendant celles du Ciel. la singularité de Jésus! il est vivant, dit-il, dans l'esprit et dans la pensée des saints avant que de vivre et de naître sur la terre; tout ce qu'il y a de sainteté au monde ne tend qu'à lui, ne parie que de lui, et ne conspire que pour sa gloire. Jésus ! si, avant que vous vinssiez au monde, la loi et le service de Dieu ne consistait qu'à vous graver dans le cœur, combien plus de* voos-nous mettre en ce point notre zèle et notre piété après votre naissance, votre vie, votre croix et le ti*iomphe de votre gloire ? Béni soyez-vous, ô Jésus! qui avez tant de voix et tant de langues pour publier votre avènement au monde. Béni soyez-vous, 6 Roi du ciel et de la terre ! Roi de gloire et de grâce, libérateur de la nature humaine, qui avez un peuple entier, un royaume florissant, et tout le corps de la religion qui est con-

(1) Adversus Judseos. — D. Cyril. Alexandr. I. 7. Contra Julia.

369 LA TUÉOLOGIE APfECTIYB.

verti en voix pour ne parler que de vous» et préparer lé noada à vous recevoir. Vive done Jésus i vive Jésus dûis rAme et la cœur de tous les chrétiens ; vive Jésus dans nos pensées et nos méditations, dans nos études et nos occupations^ et dans tous les actes de notre piété (1) I

m. Considéreas encore de quelle obligation était la loi mosaïque, el si elle obligeait sous peine de péché. U est cestim qu'elle obligeait les Juib étroitement : Vom aves ordotmé^ dit David, qu€ vo$ commandemerUt êoieni fidèlemeiU obiervéi (Ps. il8). Cette obligation parait par les bénédictions que Dieu promet à ceux qui Tobserveraient, qui sont de leur donner des pluies au temps opportun, de rendre leur terre plantureuse et féconde, leurs arbres fructueux, leurs vignobles abondants, de les rassasier de biens, de les couronner de la paix, de les délivrer des bêtes iéroces , de mettre en fuite leurs oonemis et d'habiter au milieu d'eux (Deut. 28). Outre ces biens, ils avafiBOt encore Fespérance et la promesse de la vie étemelle, qui avait été faite aux premiers hommes de la terre et aux anciens Pères et Patriarches, desquels les Juifs la tenaient par tradition, quoique leur loi n'en fit point d'expresse mention; c'est pourquoi les Prophètes, qui ont vécu depuis Moïse, en ont parlé : David, Salomon, Isaïe et Ezéchiel. Tobie se consolait dans cette attente, et l'un des sept Madiabées souffrait patiemment le mar« tyre dans l'espérance de la résurrection et de la vie étemrile; c'est pourquoi les Juifs étaient obligés i la loi , nonn^ulement pour obtenir les biens de cette vie, mais aussi pour obtenir les biens spirituels et étemels. Cette même obligation se voit dans les malédictions dont Dieu menace les rebdles et les désobéis* sants de les appauvrir, de rendre leurs champs stériles, de fiiire recueillir leura moissons par les ennemis qui seraient victorieux contre eux, de leur donner un ciel de fer et une terre d*airain, de les affliger par des bêtes féroces, par la contagion et par toutes sortes de mines ; cette même loi impose souvent la peine de mort à ceux qui y contreviendraient, et ordonne plusieurs suspensions et irrégularités en plusieurs cas et accidents. Les Juifs, qui avaient la tête dure et beaucoup d'inclination au mal, devaient être gouvernés de la sorte, car les peines sont nécessaires

(1) Cardinal de Bérulle, Vîe de Jésus.

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à ceux qui sont plus enclins au \ice ; c'est pourquoi môme la loi mosaïque obligeait les Juifs en conscience^ sous peine de pé* ché mortel ou véniel , selon Fimportance de la matière on sa légèreté. Ce qui est vrai, non-seulement des commandements moraux et cérémoniauxy mais aussi de ceux qui n'étaient que judiciaires et politiques, parce que rien n'empêche qu'un homme ne soit obligé en conscience à observer les lois de la police, et à se comporter selon ses ordonnances dans les affaires civiles et temporellesp où Ton exerce la justice extérieure qui entretient la paix et le bon ordre de b république. Et puis ces commandements étaient de Dieu comme les autres, et prononcés avec les mêmes bénédiction» et malédictions que les autres , et partant sous la même obligation. C'est ce qui a porté souvent les Juife à en<« durer la mort et toutes sortes de supplices, plutôt que de contrevenir à un seul précepte de leur loi, principalement quand il y allait du mépris de Dieu et de la religion. Les flammes et les . supplices les plus cruels ne les ont point empêchés d'en observer les préceptes. L'ancien prêtre Eléazar, âgé de quatre-vingt^lix ans, disMt qu'il aimait mieux descendre tout vif en enfer , que de feindre seulement d'y contr^enir : Car ii présentement, disait-il, y échappe aux. tupplices des homtnes, pourtant ni vif ni mort^ je n'éviterM jamais la main du Tout^Puissant (ii. Mach. 6). C'est pourquoi, lorsqu'on lui proposa de manger de la chair présentée aux idoles, que la loi défendait, ou de faire seulement sem-blant d'en manger, il aima mieux mourir. Autant en firent la généreuse mère des Machabées et ses sept enfants, qui, plutôt que de manger de la chair de pourceau contre leur loi , enduré* rent toutes sortes de cruautés. C'est en quoi Josèphe prend sujet d'exalter la sainteté de sa nation, de ce que, pour observer le sabbat et continuer les oblations, les sacrifices et le service divin, ils laissaient leurs ennemis prendre avantage sur eux, comme il arriva quand les Romains, sous la conduite de Pompée, prirent la première fois Jérusalem, et entrèrent par force dans le temple. Ils tuèrent, dit Josèphe, tous ceux qu'ils rencontraient, et nonobstant, les Juifs ne laissèrent pas d'assister au service divin, aux oblations et sacrifices, sans pouvoir être arrêtés ni par la frayeur de la mort, ni par la multitude de ceux qui étaient déjà tués, étant prêts à endurer tout ce qui semblerait bon aux vainqueurs, plutôt que d'abandonner les autels, ou de négliger

SGi LA TnÉOLOOIE AFFECTITE.

ce qui était riglé par les ordonnances et les lois du pays, on commandé par les anciens. Ce qui nous doit faire reconnattre qae les Juifs avaient d'autres prétentions que d'éviter les peines , el d'acquérir les biens de cette vie par l'observance de leurs lois, et qu'ils avaient l'éternité en vue, pour laquelle ils méprisaient souvent les maux et ' les biens de cette vie , en s'acquittant en conscience du devoir de la religion.

Si donc les Juifs étaient ainsi obligés, et s'il ne leur était pas loisible, sans blesser leur conscience , de contrevenir aux préceptes de la loi mosaïque, combien moins sera-t-il permis aux chrétien^ de violer la sainteté de la loi chrétienne , beaucoup plus sainte et plus parfaite ? C'est le raisonnement de saint Paul : Si quelqu'un avait méprisé la loi de Moïse^ U mouraii tans aueme miséricorde, sur le témoignage de deux ou trois ; eomhien plus grand tourment pensez-vous que méritera celui qui aura foulé aux piedi le Fils de Dieu^ et tenu pour chose profane le Testapieni par lequel il avait été sancHfiéj et qui "aura fait injure à F Esprit de^grâee ? Car nous connaissons celui qui a dit : A moi est la vengeance , et je la rendrai; et encore : Le Seigneur jugera son peuple; c'est chose kprrihle de tomber dans les mains du Dieu vivant (Héb. 10). Je craindrai donc surtout d'enfreindre la loi chréti^ne , sachant qu'il y va de l'éternité. Seigneur , mon Dieu ! imprimez encore plus profondément cette crainte en mon àme , afin qu'elle arrête la saillie de mes concupiscences et de mes passions qui s'élèvent contre vos commandements : Pénétrez mes chairs de votre crainte chaste, car j'ai redouté vos ju^ gements (Ps. 118) et l'infraction de vos commandements. Faites que je puisse dire hardiment après cehii qui a été selon votre cœur : Les princes me persécutent injustement; mais mon coeur craint vos jugements (Ps. 118) !

us LOIS. 90K

SIXIËBIE MÉDITATION.

DE LA LOI iVANGÉUQUC OU CHRÉTIENNE.

I. Considérez que la loi mosaïque , environ deux mille ans après son établissement, fut cassée et annulée par Jésus-Christ, le Fils de Dieu incarné, qui prêcha et lui substitua la loi nouvelle et évangélique, et la fil annoncer par ses Apôtres à tous les peuples de la terre. Cette loi évangélique contient trois sortes de préceptes. Premièrement, les préceptes de la Foi, qui est beaucoup plus claire et plus expresse que dans la loi ancienne, car elle nous propose les grands mystères de la Trinité , de rincamation , et du Saint-Sacrement, et beaucoup d'autres qui étaient peu connus auparavant; c'est pourquoi ces préceptes ont été éclaircis par Jésus-Christ. Secondement, les préceptes moraux, qui sont les préceptes naturels que Jésus-Christ a aussi expliqués nettement. Troisièmement, les préceptes qui sont propres à la loi chrétienne et qui la distinguent plus expressément de la loi de Moïse, ce sont les Sacrements que le Fils de Dieu a institués et mis à la place de toutes les cérémonies religieuses de l'Ancien-Testament, pour purifier les chrétiens de tous leurs péchés, et leur donner la grâce sanctifiante par une vertu merveilleuse qui est en eux. Quant aux préceptes politiques et judiciaires , il n'en a pas voulu donner , n'étant point venu au monde pour y exercer une royauté temporelle. Ces trois sortes de préceptes élèvent les âmes à une perfection beaucoup plus ëminente que ne faisaient tous les décrets de Moïse, parce que ceux de la Foi purifient mieux l'esprit des ténèbres de l'erreur et de l'ignorance, et lui donnent une lumière et une science qui surpasse toutes les sciences des plus sages du monde. Les préceptes moraux portent la volonté à de plus grands biens, et la dirigent mieux. Enfin, les Sacrements portent, par une merveilleuse vertu, la sainteté et la grâce jusqu'au fond de l'âme.

160 LA THÉOLOGIE ArTECTIVE.

Par ce moyen, la substance de l*àme est enrichie, et toutes ses facultés plus ennoblies. C'est pnourquoi, comme il arrive que les arts et les sciences se sont perfectionnés avec le temps, les derniers venus étant beaucoup plus experts pour l'ordinaire que les premiers, qui n'ont su que les rudiments et les premiers traits de l'art, dont les derniers tenoi ont atteint la perfection ; ainsi il en est arrivé au sujet des lois divines ; les premières ont été imparfaites en comparaison de la dernière, qui est la loi évangélique ; car rien n'est meilleur , ni plas juste , ni plus convenable à Thomme , rien n'est plus convenable pour le bon gouvernement de Tunivars et de toutes les créatures, et nulle loi n*a une plus grande droiture et sainteté d'ordonnances; tdlement que sa perjfeetion seide nous peut foire conjecturer qu'elle est de Dieu et de son ocrnsefl très-profond. C'est pourquoi, ccmime les choses les phis imparfaites sont inotiles en présence des plus parfaites, la loi mosaïque a cessé, comme trop imparbite, à la publication do eette loi nouvelle. Ça été une grande lumière qui en a offiisqné une moindre, porce que la lampe est superflue, là oA le soleil luit, et la fleur tombe de l'arbre quand le fhiit se forme. Saint Cyrille d^Alexandrie dit, qu'en ce sujet. Dieu a imité ces ouvriers qui font premièrement des images de dre, non pour s'arrêter Û, mais pour représenter la beauté de l'œuvre qu'ils projettent, laquelle étant parfaite, ils n^igent et défont ces images; car ainsi Dieu voulant donner aux hommes une loi parfaite, et leur en faisant la promesse par ses Prophètes, il a premièrement feît comme une image de cire dans la loi ancienne, qui n'était que Fom^ bre et le modèle d'une autre loi : La Jot, dit saint Paul, ayant l'ombre des biens à venir ; et : Taules choses leur arrivaient en figure (Hebr. 10. i. Cor. 40). C'est pourquoi cette image a été détruite, et ces figures ont cessé, quand la vérité est apparue et que la loi parfaite a été instituée. Enfin la loi n'ayant été établie que pour préparer la venue du Messie au monde, elle devait être brisée et délaissée sitdt qu'il a pris possession du monde par son entrée au Ciel en son Ascension. C'est de là que saint Paul dît : Hous ne sommes plus sous un mcAtre comme des enfants (Gai. 3), entendant la loi de Moïse, parce que, dît-il ailleurs, Le sacerdoce étant transféré, il faut aussi que la loi soit transférée (Hébr. 7). Ça été l'œuvre du Fils de Dieu et le bat

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de &on entrée dans le monde , d'être non-seulement notre Rédempteur, mais aussi notre prince et notre législateur, et il a délivré les hommes du trop pesant fardeau de la loi de Moïse, pour nous assujettir à une loi plus douce et plus aimable, ainsi que font les bons princes quand, à leur avènement à la couronne f ils décbargrat les peuples des exactions trop rudes de leurs prédécesseurs, et leur imposent des .contributions plus faciles , et qui leur gagnent les cœurs et Taffection de leurs sujets. Que si l'on dit que Dieu est immuable, et partant qu'il ne peut changer ses lois, Eusëbe répond (1), que le laboureur n'est pas réputé changer quand, pour la culture de la terre, il commande autre chose en été, autre chose en hiver. Car un temps demande une chose, un autre temps une autre ; ainsi Dieu ne change pas, quand il commande diverses choses selon la diversité des temps, pour faire porter de bons fruits à la na* lure humaine.

Que le monde donc se réjouisse de votre avènement sur. la terre, 6 noble Fils de Dieul Que les nations tressaillent d'allégresse, parce que vous venez pour les décharger d'un joug trop pesant, et qui causait peu de profil à ceux qui le portaient, pour les ranger sous votre puissance et sous votre loi de grâce et de douceur. C'est vous-même, 6 Jésus I 6 Dieu de majesté! qui parlée aux hommes, et qui, après avoir autrefois ouvert la bouche des Prophètes, ouvrez maintenant la vôtre pour les enseigner par vous-même. Saint Paul admire celte grande condescendance de Dieu qui parle à l'homme, et cette dignité de l'homme à qui Dieu s'abaisse pour parler ; Dieu qui parlait ùutrefm en beaucoup de façons et de tnanières aux Pèree par les Prophètes j nous a parlé en ces dernière jours , par son Fils , par lequel il a créé les siècles (Héb. 1). quelle gloire, quel lionneur et quelle consolation pour les chrétiens d'avoir une telle union avec le Fils de Dieu, d'être de sa nation, de son peuple, de son royaume, pour vivre sous sa doctrine, sous sa loi et son gouvernement! Cela n'est*il pas plus glorieux et plus honorable que d'avoir pour son chef une créature toute pareille à nous, que d'être soumis à la loi et au pouvoir d'un homme seulemrat et d'un Prophète ou même d'un ange? Notre condition est cer-

(i) Qwest. «9, )n Cen.

968 LA THÉOLOGIE APFEGTIYB.

lainement d'aufant plus digne et plus heureuse , que le FQs de Dieu est plus noble et plus illustre que les hommes et les anges. Je me convertis done à vous, mon doux Jésus! je m*estime très-heureux de vous avoir pour mon roi , de pouvoir combattre sous votre étendard, d'être enrôlé dans votre ordre et dans votre milice, et d'être soumis avec une fidélité inviolable à votre sainte loi.

n. Considérez que la loi évangélique a des avantages qui obligent les chrétiens i une plus grande sainteté que celle à laquelle la loi mosaïque obligeait les Juifs. Le Fils de Dieu semble avoir voulu autoriser cette considération , qnand il dit : Si votre jusHee n'excelle ipar~ieum celle deê Serihei et ie$ Phariàiene, vous n'entrerez pas dans le royaume des Cieux (Matth. 5). La première raison en est que la loi évangélique est accompagnée de plus grands secours de grâces que la loi mosaïque; car, encore que la loi, en tant que loi composée de , divers préceptes, ne produise point la grâce, ni une loi plus que l'autre; toutefois, ce qui est une vérité très-importante, et sert à résoudre de grandes difficultés, Dieu donne plus de grâce en un temps qu'en un autre, et plus au temps de la nouvelle loi qui contient des préceptes de plus haute perfection, que de l'ancienne. Pour mettre cette vérité en son jour , représentez-vous que, comme- la nature humaine avait été rendue indigne de la grâce de Dieu, jusqu'à ce qu'elle eût son Rédempteur présent qui la lui méritât, avant lui Dieu ne donnait la grâce aux hommes que par avance à sa considération; c'est pourquoi, comme Jésus-Christ appartient à la loi chrétienne, l'on dit que la loi ancienne ne sanctifiait qu'en vertu de la nouvelle, c'est-à-dire, pour en parler proprement, en vertu de Jésus-Christ, qui est le chef de la loi nouvelle dans laquelle il est compris. Or, comme un marchand donne plus volontiers et plus copieusement son bien quand il est payé par avance, que lorsqu'il le donne à crédit, ainsi Dieu donnant sa grâce aux Juifs à crédit, attendant que Jésus-Christ lui en pa]fât le prix, la leur donnait avec plus de retenue et moins de profusion ; mais quand il la donne aux chrétiens , il en est comme payé par avance à cause des mérites de son Fils incarné, qui a satisfait pour nous. C'est pourquoi il nous donne de plus grands secours de grâces, instituant sept Sacrements comme sept fontaines, d'où découlent abondamment les eaux du salut pour les

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lûmes qui les reçoivent dignement. De là naît dans les chrétiens une plus spéciale obligation aux œuvres de sainteté, comme ayant reçu plus de grâces pour cet effet. La seconde raison en est que les trois vertus théologales et divmes, qui élèvent les âmes au comble de la perfection , sont en un état plus accompli qu'elles n'étaient durant l'ancienne loi , qui , comme un maître, ainsi que l'appelle saint Paul, ne montrait aux Juife que les premiers éléments de la religion. Car la Foi nous propose de plus sublimes et de plus ravissants objets, les merveilles de la sainte Trinité, de llncamation et de la sainte Eucharistie, dont les Jui6 n'avaient que des ombres, et dont la connaissance porte les cœurs au respect et à la dévotion, ces mystères étant proposés plus nettement et avec de plus grandes lumières. Et quant à l'Espérance, qui anime les courages aux belles entreprises, les Juifs n'avaient que peu de révélations de la gloire du Paradis, laquelle ils ne pouvaient encore espérer que pour le temps du Messie et du Rédempteur, qui en son Ascension devait ouvrir la porte du Ciel, l'honneur lui étant réservé d'y entrer le premier de tous les hommes. De plus leur loi leur inculquait des récompenses terrestres , qui rendent les âmes plus mercenaii'es, et leurs intentions plus grossières ; au lieu que la loi évangélique nous expose nettement les merveilles du Paradis et de la résurrection glorieuse, et promet l'entrée du Ciel au sortir de cette vie, si on est purifié de tous péchés. Cette espérance est bien plus relevée , et donne sans doute plus de courage pour embrasser une vie parfaite. Enfin, quant à la Chanté, qui ^est l'âme des vertus et de toute dévotion, il ne se peut faire que, la Foi et l'Espérance ayant plus de perfection, elle ne soit plus enflammée ; car la connaissance des choses plus dignes d'amour et les espérances plus grandes enfantent un plus grand amour. Et puis la lui chrétienne nous représente, dans le cours de l'année, en diverses fêtes, ce que Jésus-Christ le Fils de Dieu a fait et souffert pour nous ; elle nous fait voir les mystères de son enfance très-aimable, la générosité de ses actes, les horreurs de sa Passion , le triomphe et la gloire de sa Résurrection : toutes choses qui sont capables d'attendrir les cœurs endurcis, et surtout ceux qui ont déjà quelque tendresse de dévotion. C'est pourquoi , puisque l'élat des vertus divines et théologales est plus parfait, dans la loi chrétienne il doit y avoir plus de perfection

970 LA THÉOLOOBB AFFECTIVE.

et de Miolelé. Bn troisième lieu» la loi ehrétleaiie est pkii ninle el plue epfaritoelle que la loi donnée par Molee ; car y outre qn'elle corrige et rÂTorme les asuree envers les étrangers , et le libelle de répudiation dans les mariagesy elle nous enseigne des œuvres plus excellentes, el nous demie des conseils plus sidiG^ mes, tel que le conseil de la virginité, qu'elle préC&re au mariage, comme étant une vertu plus propre à appliquer les âmes i la perfection : c'est pourquoi la loi chrétienne est plus pure et ap* pelle les âmes A un plus haut état, car la loi de Moïse ne donnait pas de tels conseils de perfection : elle ferait la vie rdigieuee, et si quelques Jnib l'ont embrassée, comme quelques-uns Pont pensé d*Elîe el de ses di8ci[^ sur le mont Carmel , ils ne l'ont point bit pour suivre l'esprit de la loi de Hofse, mais p«r une inspiration secrète et extraordinaire du Saint-Esprit Enfin, la loi chrétioane est si parfaite dans ses règlements, qu*un ancien hébreu disait sur ces paroles du Sage , TonUs ckô$m toni vamié, que toute loi que l'on apprenait était vanité, au prix de la loi du Messie Jésus-Christ : c'est pourquoi cette loi ne sera pas révoquée comme celle de Mc^Ise ; eOe durera jusqu'à la fin do monde, et trouvera toujours des ftmes disposées k la défendre, à la pratiquer, et à la publier dans toutes les contrées du monde, â Men que l'Eglise et l'assemblée de ceux qui la gardent, subsistera glorieusement contre tous les eiforts de la terre et des enfers.

Je vous bénirai donc, 6 Jésus, notre Roi et nofare légisbteur! de ce que vous n^ez donné au mondé cette loi salutaire et sanctifiante. Je vous bénirai, mon Dieu , de ce que vous m'aver 6K naître, non dans une terre de barbares et d'infidèles, mais dans une terre de chrétiens, après que cette loi a été pid>liée dans le monde, et confirmée par la dorée de seize rièdes. Je vous bénirai, mon Rédempteur , de ce que j'ai été instruit dès num enfonce de cette loi immaculée, dans laquelle seule les honnnes trouvent le repos de la conscience et ht consolation de l'esprit. Seigneur ! la hi qu'a dictée votre btmche est meilleure pour moi que des millions d'or et t argent (Ps. 118). Faites, ô mon Dieu! que je Taccomplisse enlièremcnt, et que j'arrive à la perfection de vie où elle m'appelle, pour arriver à la gloire qu'elle me promet.

m. Constdérei encore et iàdiez de bien entendre, et sans

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