QUATRIÈME TRAITÉ
IK LA (iRACI.
PREMIÈRE MÉDITATION
DS |.'SXIST£NCI; DE L'eSSENGB ET DE U DIVERSITÉ DE LA GRACE.
I. Considérer Texistence de la grâce, qui est un bien réel, vé* rilable et non imaginaire. Toutes les Epîtres de saint Paul ne parlent de rien plus souvent que de celte grâce. Aussi ce qui a été considéré ci-devant de la fin surnaturelle de Thomine, et de la souillure du péché originel, dans lequel il est conçu, plein de faiblesse, d'ignorances et d'imperfections, rend cette considération indubitable : car Dieu ayant une providence plus particulière sur l'homme que sur le reste des créatures de ce monde terrestre, et l'ayatit destiné et obligé de tendre à une fin qui est élevée au-dessus de ses forces et de ses facultés naturelles extrêmement affaiblies par les plaies du péché, dans lequel il est conçu, il est raisonnable qu'il lui fournisse les moyens propres pour y parvenir, autrement ce serait l'obliger à Timpossible. Les princes de la terre, qui savent gouverner, pourvoient leurs officiers de lettres et d'autorités pour l'acquit de leurs charges, ils n'envoient pas à la guerre et aux entreprises périlleuses des soldats nus et désarmés. Ce serait trahir leurs propres sujets, les exposer aux affronts, aux ignominies, et à une mort certaine. Comment donc serait-il croyable que Dieu eût mis l'homme en ce monde, avec obligation de ce porter au Ciel, et de s'élever par ses bonnes actions au-dessus des nues, par-dessus le soleil et les étoiles, sans lui donner des ailes pour se porter si haut, et des secours surhumains qui fortifiasisent
sa faiblesse, pour rendre supportable et aisé le joug de sa loi? Comment Dieu aurait-il laissé l'armée de ses saints sans armes, ayant à combattre contre les anciennes ruses et les malignes puissances de Tenfer ? Certes, Dieu a plus de soin de ses guerriers. Il a bien pourvu les animaux de la terre d'instincts, de propriétés, de forces, et de tout ce qui leur est nécessaire pour remplir leur carrière et arriver à leur fin. Les tigres et les aigles ont autant de vertu et d'agilité qu'il en faut pour prendre leur proie. Les oiseaux ont leurs plumes pour voler, les poissons ont leurs ailerons pour nager, les arbres ont leur sève pour pousser en leur temps des feuilles, des fleurs et des firuifs. , Aurait-il donc délaissé l'homme qu'il a formé à sa ressemblance, sans le secours spirituel de la grâce dont il a besoin pour arriver à sa fin? Après ces raisons, il &ut encore peser la malignité de l'homme, qui lui est rest^ après le péché originel; il est si fort attaché à sa propre volonté, et si enclin aux délectations de la chair et du monde, et si absorbé par l'amour-propre, qu'il ne s'en peut dé&ire sans la puissance de Dieu et sans sa bonté, qui lui donne des goûts spirituels, dans lesquels il ressent parfois plus de douceur qu'en toutes les chosft du monde, qu'il prisait trop auparavant. Quand il ressent ces goûts, qui sont des attraits de la grâce divine, il se détermine à renoncer à tout ce qui est du vice pour se donner à Dieu. Hais pourtant son être est si perver§ et si corrompu, qu'il ne tarde pas à retourner à ses anciennes habitudes, si Dieu ne continue de l'attirer par d'autres attraits intérieurs de la grâce pour l'accoutumer à la vie spirituelle, en sorte qu'il ne soit plus si prompt à retourner â son premier état; c'est pourquoi Jésus-Christ dit : Personne ne peut venir à moiy ii mon Père ne VaUire (Jean, 6). Si donc l'homme a si grand besoin de la grâce, il faut croire que Dieu ne la refuse pas.
très-douce vérité ! Dieu donne la grâce aux misérables mortels bannis en cette vallée de misères, et brisés jusqu'à la mort par la chute du péché. Est-il quelqu'un sur la ferre qui ne se console de savoir qu'il peut être favorisé des grâces de Dieu son Créateur ? mon Seigneur ! si j'y avais part, oh ! si vous m'aimiez, ohl si j'étais gratifié de vous! mon âme aspire à ce bien, mon cœur tressaille de joie, quand je pense que vous aimez les hommes, et que vous leur faites des grâces singu-
Itères. Oh I eerfainement, si l'on me mettait à même de choisir, je oe pourrais rien souhaiter de mieux, ni rien désirer de plus doux, de plus haut, ni rien de plus agréable, que d'avoir votre grftce! Oh! donnez-moi, mon Dieu, de la connaître, de la méditer et de la comprendre ; afin que la connaissance m'en donne l'affection, que l'affection m'^ inspire la recherche, et que la recherche m'en donne la possession. Je sais, ô mon Seigneur! que je ne la puis assez dignement estimer; et pour ce sujet, je désire être illuminé de vous afin que je conçoive son excellente dignité, autant qu'il en est besoin pour la chérir et la rechercher. Eclairez-moi donc, 6 mon soleil vivant ! afin que je contemple et que j'affectionne ardemment les merveilles de votre grâce.
IL Considérez l'essence de la grâce , et ce qu'il fout entendre proprement par la grâce. Cette considération est nécessaire pour ne point s'abuser en la méditant, et ne point attribuer à autre chose la gloire qui lui appartient. C'est pourquoi il faut imiter ceux qui ont à saluer un prince qu'ils n*ont pas encore vu ; comme ils s'informent premièrement de sa personne pour ne point se méprendre, et rendre à quelque autre les respects et les révérences qui lui sont dues : ainsi devons-nous nous efforcer d'entendre ce que c'est que la grâce divine, pour ne pas méditer hors de propos quelque autre chose en sa place. Guillaume, évoque de Paris, comme un peintre excellent, la représente avec plusieurs très-belles et vives couleurs, disant : Nous entendons ici par la grâce, un secours de la libéralité divine, pour faire les choses bonnes et agréables au Créateur, et dignes de la félicité étemelle ; nous entendons encore un aide pour combattre contre soi-même , et contre tous, et se vaincre soi-même, et tout ce qui nous fait obstacle ; un aide pour se soutenir, se contenir et se retenir, pour se lier, se dompter et s'assujettir soi-même d'une sujétion parfaite ; un aide pour se conserver sans blessures et sans plaies au n)ilieu des glaives, des flèches et de toutes les armes qui nous attaquent de toutes parts, et nous menacent de la mort spirituelle; un aide pour nous conserver froids, et non-seulement sans brûlure, mais aussi sans chaleur au milieu des feux et des flammes de la fournaise ardente de Babylone ; un aide pour nous conserver libres dans les liens, dans les chaînes, dans les prisons et dans la servitude ; en un mot, pour nous cons^ver purs dans le cloaque
9Bi U THÉOLOaiE ÀFFSCTIYE.
de rimmondice. Jamaii personne ne parla plua avantageusement de la noble essence de la grice divine ; mais les théologiens en parlent avec moins de paroles, et disent que la grftce est un don surnaturel de l'ainour divin, infiis gratuitement m nos Ames pour leur faire acquérir la béatitude. Toutes ces paroles ont leur poids, et méritent d'être méditées à loisir. En premier lieu, la grâce est appelée un don surnaturel de l'amour divin , c'est en quoi commence à se découvrir l'exceUenee merveilleuse de la grâce ; car l'être qu'ont reçu les anges et les hommes avec leurs excdlentes puissances et leurs propriélés, ne sont que des dons de l'amour naturel de Dieu dans la création de toutes choses ; mais la grâce est le finnt et l'effet de son amour surnaturel, par lequel il veut élever ses créatures au-dessus de leur premier état et de leur oondition. En second lio% ce don est infiia gratuitement en nos âmes, oe qui montre que la grâce n'est point quelque chose hors do noua, ou seulement, l'affection qui est oi Dieu, par la*« quelle il nous aime et nous accepte pour ses amis ; car, quoique cette affection qui est en Dieu, puisse être appelée du nom de grâce, toutefois, ce n'est point elle que nous méditons ici, mais le bien qu'elle produit en nous ; car l'affection et la bienveillance de Dieu est efQcace, son amour est actif et opère le bien dans les êtres, dit le saint Docteur, et entre autr« biens , il y produit un effet d'une vertu admirable, qui est reçu au dedans de l'âme, qui s'appelle la grâce divine. Et parce que cette grâce est extrêmement précieuse, et que l'homme n'aurait pas de quoi la payer, Dieu la donne gratuitement, comme faisait ce peintre très«expert en son art, qui, faisant grande estime de ses peintures, pour ne point faire* de tort â leur prix, les donnait par un excès de libéralité, plutôt que de les vendre â trop grand prix. Enfln ce don est infus gratuitement en nos âmes pour l'acquisition de la béatitude, c'est ce qui la distingue des grâces extérieures de Dieu, comme les Sacrements , les prédications , et plusieurs autres choses qui, étant hors de nous, contribuent à notre salut. C'est aussi ce qui marque la fin où tend la grâce, et quelle est la prétention de l'amour divin dans la largesse qu'il nous en fait, qui n'est autre que de rendre les hommes heureux à jamais ; car , comme nous devons acquérir noire dernière perfection de la béatitude par plusieurs degrés, l'amour divin répand sa grâce dans les âmes pour les aider dans le progrès qu'elles y doivent
DK LA GRACE. 283
faii*6 jouroellement, Quo èi quelques giàv es semblent être de telle nature, qu'elles n'avancent point leur sujet à la béatitude, comme le don de ProphétiCi celui des langues et autres dons gratuitement donnés, qui ne rendent point une âme plus sainte ; du moins elles servent pour procurer le salut des autres. Par ce moyen, ia grâce est toujours infuse pour Tacquisition de la béatitude, soit de la sienne propre, soit de celle d'autrui.
Seigneur ! que votre grâce est précieuse , elle qui surpasse tous les êtres et toutes les belles qualités de la nature ! Qu'est-ce donc , ô mon Dieu ! que la vivacité naturelle des esprits angeliques et humains, que la splendeur des étoiles et la lumière du soleil; qu'est^^ donc que l'odeur des parfums, la variété des fleurs et la valeur des pierres précieuses? Votre grâce infuse en nos âmes est quelque chose de bien plus noble, qui a pour principe votre amour surnaturel , et pour fin notre félicité sur* naturelle. glorieux saint Pierre! que vous disiez avec grande raison : // voui a fait des promesses très-grandeiy trèê'précieuse$f afin que par elles vous entriez en partage de la ncUure divine (il, Chap. 1)« Dieu très -bon! puisque vous donnez cette grâce par pure bonté, ô Seigneur très-miséricordieux I donnez-la moi maintenant, et rendez-m'en possesseur pour toute Téternité.
III. Considérez ia diversité de la grâce divine ; car le soleil no jette pas hors de soi plus de rayons divers, que Dieu dans son infinie bonté ne fait rayonner hors de lui de grâces diverses. Et pren)ièrement, comme la grâce qu'il donne a pour objet l'acquisition de la béatitude, si c'est pour l'acquisition de la béatitude d'autrui, il donne les grâces appelées gratuitement données pour rédiûcation des autres, et pour les porter à la vertu. Que si c'est pour l'acquisition de notre propre béatitude , il nous donne les grâces appelées gratifiantes, que chacun reçoit pour soi-même et pour son propre avancement. Au reste, comme Dieu conduit et dirige diversement les êtres à la fin pour laquelle ils sont créés, imprimant aux uns quelque mouvement, par lequel ils sont mus et poussés vers leur fin, comme il apparaît dans les cieux, qui reçoivent le mouvement et l'impulsion de l'angp, donnant à d'autres des puissances et des facultés permanentes, et par lesquelles ils s'appliquent d'eux-mêmes à l'action qui leur est propre, comme il apparaît dans les éléments qui se portent d'eux-mêmes à leur propre lieu, et dans les plantes qui poussent au dehors
leurs propres fleurs par une puissance qui leur est particulière, intime et permanente; ainsi il conduit et dirige les âmes à leur salut y ou bien en leur imprimant des mouvements spirituels, qui sont des actes intérieurs de connaissance, que Ton appelle lumières, ou illustrations divines, et des actes de volonté, que Ton appelle motions ou inspirations divines, dont se forment les premières sortes de grâces gratifiantes, qui sont les grâces actuelles, appelantes j excitantes, aidantes ^ prévenantes, suivantes, opérantes, coopérantes j suffisantes et efficaces, ou bien en leur donnant certaines habitudes et qualités permanentes, par lesquelles Tâme est établie plus solidement dans le bien, d'où naissent les grâces habituelles et les secondes sortes de grâces gratifiantes, lesquelles se divisent encore en grâces justifiantes et en vertus infuses surnaturelles, comme sont les vertus cardinales et thédogales, au moins quant à la Charité.
J'admirerai en cela la bonté incomparable de Dieu, qui possède tant de sortes de biens pour gratifier ses créatures et relever leur faiblesse par une si grande diversité de secours. Quel prince peut jamais bire tant de grâces et distribuer tant de sortes de faveurs que notre riche et opulent Créateur? Car, 6 mon âme! qui est celui qui est comme notre Dieu (Ps. Hi), qui, par la très-copieuse abondance de ses grâces, relève le pauvre de la terre et l'indigent de la poussière, afin qu'il prenne place avec les grands et les princes (Ps. 112). béni soyez-vous, Dieu mfini! que toutes les âmes aient confiance en vous et espèrent de votre part des gratifications, puisque la multitude de vos richesses est si grande, et l'œuvre de votre amour si merveilleux! misérable créature! comment te pourras-tu excuser après le grand soin et le grand amour avec lequel Dieu pourvoit à tes besoins? tu le connaîtras et tu le verras clairement à l'heure de la mort , où tu demeureras étonnée, et muette de confusion, pour n'avoir pas voulu opérer ton salut malgré la providence et l'amour de ton Dieu, et une si grande multitude de secours et de grâces.
hb la geagb. 285
DEUXIÈME MÉDITATION
DB8 6RACI8 ORATUITEMKNT DOMNilS.
I. Considérez que les grftces graluitemetU âonnéêê sont certains dons et certaines perfections surnaturelles que Dieu accorde , quand il lui plaît, et à qui il veut, pour servir principalement au salut du prochain; car comme il illumine les anges les uns par les autres, et que dans le corps humain les membres se donnent un réciproque secours ; ainsi il en use à l'égard des hommes, opérant le salut des uns par Tassistance des autres, auxquels il accorde pour cet effet ses grâces gratuitement données. Cette application à sauver les autres, est une des grandes œuvres du monde pour laquelle le Fils de Dieu s'est incamé, s'est feit homme, et a opéré des mystères et des miracles sans nombre. Le divin saint Denis (1) l'estime tant, qu'il na craint pas d'assurer que de toutes les œuvres du monde , la plus excellente est d'agir avec Dieu, et de l'aider à procurer le salut d'autrui. Quand quelques-uns s'y portent avec grand zèle, le Saint-Esprit a trouvé un homme qui souffle pour lui, et le Yerbe divin a rencontré un second dans ses combats, ainsi que parle le théologien saint Athanase (2). C'est pourquoi le prophèle Daniel ne trouvant rien qui soit assez grand et assez sublime sur la terre pour exprimer, par une juste comparaison, la mérite de ceux qui s'y adonnent, s'élève au-dessus des choses d'ici-bas, pour trouver dans la grandeur des cieux des exemples assez beaux pour les y comparer. Ceux , dit-il , qui enseignent la justicey resplendiront comme la clarté du firmament (Dan. c. 13). Cela fait que Dieu munit des hommes de plusieurs sortes de vertus, pour les rendre propres à des actions si relevées; car il donne aux prêtres, dans leur ordination, un caractère et un
(1) De Coel. Hier. c. 8.— (S) Orat. Si.
pouvoir qui seraient miraculeux, s'ils étaieat mâos communs. Ces pouvoirs pourtant ne s'appellent pas encore grâce gratuitement données , quoiqu'ils tendent au salut du prochain , Dieu ayant établi certains moyens dans l'Eglise, par lesquels les hommes y peuvent parvenir, s'ils en ont la volonté. Mais outre ces pouvoirs, il donne à ion gré d'autres grtoes particulières, à l'un d'une sorte, à l'autre d'une autre, pour les rendre capables de servir le prochain, sans avoir ordonné aucun moyen arrêté pour y arriver infailliblement; c'est pourquoi ces grâces sont des faveurs extraordinaires, et non attendues, et pour cela s'appellent grâcee gratuitement données.
Je conclurai de là combien il fiiut se sacrifier pour le sahit des âmes, puisque l'entreprise en est agréable à Dieu, et qu'il distribue éôs grâces et des talents particuliers pour rendre les hommes habiles à y contribuer en quelque chose. Je désirerai donc de gagner les cœurs à Dieu et de les enflanomer de son amour. Que s'il me vient à l'esprit que c'est diose périlleuse de diriger les consciences à cause des grandes difficultés qui s'y rencontrât, je me proposerai les paroles de samt Grégoire le théologien (1), qui rassure les courages pusillanimes, en disant : Qu'il vaut mieux que le père de fomille noua tance un pea pour quelque légère faute commise dans l'ouvrage de la maison, que de nous en chasser pour avoir été fainéants et inutiles. Donnês*aioi donc , mon Dieu , une grande affection et un xèle ardent pour l'avancement des âmes, gratifiez-moi de quelque tiilent pour y réussir à votre plus grande gloire.
II. Considères la diversité des grâces gratuitement données pour travailler au salut du prochain. Saint Paul, qui en 4lait rempli, et qui a plus travaillé à la conversion des âmes, que les autres Apôtres, en fait ainsi le dénombrement : Leg dôM du SaitU'-Eiprit, qui u manifestent au dehors ^ sorU donnés à cftscim pour l'utilité de VEglise. L*un reçoit du Saint-Esprit le don de parler avec sagesse. L'atUre reçoit du même Esprit le don de parler avee menée. Un autre reçmt le don de la Foi par le même Esprit. Un autre reçoit du même Esprit le don de guérir les malades. Un antre le don des miracles. Un autre le don de Prophétie. Un autre le don de parler diverses langues. Un autre le don de
(1) Oral. 40.
M LA GJUCft. MT
ki inUrpréler. ilaiê m $êiàl eê mim Bifrié fmt touia cm éo$e$f di^rHuùêi à dutam $elan qu'il lui pkU (i. Cor. 12), Le Docteur angéliqae a esUmé que saint Paul a raeenlé B0ffi$ani<ment tout ce qui se peut désirer pour avancer le salut des autres; car pour cet effet i rhoinme deii atoir trois sortes de perfections. La première est une ceoMdssance exacte et accomplie des cboses divines dont il fiiut instruire les autres, à quoi lui servent k Foi, la sagesse, la science. La Foi qui est une certitude suréminente des articles révélés, sans hésiter le moins du monde. La sagesse, qui est la connaissance des conclusions théologiques qœ Ton acquiert par Tétude ordinaire de la Théologie. ,La science qui est une connaissance profonde des vérités BaCurelleSy pour en tirer à propos des raisons et des comparaissons qiR donnent plus de lumière à l'esprit auqud on veut enseigner ce qui appartient au salut. La seconde perfection requise pour l'assistance sfûrituelle du prochain, est de pouvoir puissamment prouver ce que Ton met en avant, pour le lui persuader et le lui foire croire. Et comme les choses surnaturelies se prouvent mieux par des effets qui procèdent évidemment de Dieu, pour cela saint Paul met entre ces grâces de pure foveur la guérisott des maladies, qui &it espérer aux malades et aux sains la guérison de Tàme par celle des corps, l'œuvre des miracles,^ la Prophétie et le discernement des esprits, qui est, ou la connaissance des pensées intérieures, peur savoir quelles dles sont, ou la connaissance de l'état de grâce, de péché, et de ce qui est en Tàme de la part de Dieu, et de la part de l'ennemi commun. Enfin la troisième perfection du lélateuf des âmes, pour réussir heureusement, est de pouvoir expliquer nettement ses pensées, et rendre ses conceptions intelligibles; et à cela lui «servent le don des langues, pour se foire enlendre de toutes sortes de peuples, et l'interprétation des paroles secrètes de r&riture sainte, où la difficulté des Prophéties, des visions et des sens mystérieux, demande des faveurs spéciales et extraordinaires du Saint-Esprit, que saint Thomas a souvent tâché d'obt^ir par des austérités corporelles, jeûnant trois jours entiers, afin que le Saint-Esprit l'éclairât sur quelques passages trop obscurs. Saint Paul a donc suffisamment exposé les grâces gratuitement données, qui ^sont propres à attirer des âmes à Dieu.
Seigaeurl ccmibien grande est l'abondance de vôtre douceur,
288 LA THiOLOGlE AFFECTIVE.
et que vous faites des choses merveilleuses pour le salut des nKNrtels I Oh 1 qu'il faut que les âmes vous soient chères et précieuses, puisque pour elles vous établisseiE tant de ministères, et que vous comblez les Apôtres et les hommes apostoliques de tant de vertus I O^béni soit votre amour envers les àmesl ohi s'il vous plaisait me donner quelqu'une de ces grâces pour servir mon prochain et l'élever en votre Paradis I Oh I si je voyais un jour dans le Ciel, une ftme, sauvée par mon travail et par mon minisnistère, vous donner de la gloire en toute éternité i la très-désirable consolation de mon àmel ô la belle conquête et le noble prix de mes travaux ! Seigneur I je ne veux point perdre l'occasion de réduire des cœurs sous le joug suave et la douce loi de votre amour. Je ne veux pas de repos en cette vie, il y aura assez de temps pour se reposer dans votre saint Paradis, si vous nous faites miséricorde.
III. Considérez ce que dit saint Paul, après le récit des grâces gratuitement données : Aipirez, dit-il, à des grâces encore mâtleuresy je vous montre un ékemin encore plus excellent (i. Cor. 12), voulant ëre que la grâce sanctifiante et la Charité qui unissent l'âme plus immédiatement â Dieu, qui est sa fin, sont préféraMes â toutes les grâces gratuitement données, qui disposent les âmes du prochain â s'y unir, et que c'ast une chose plus désirable de se sauver soi-même que de sauver les autres en se perdant,^ comme celui qui se noie quand il veut retirer quelqu'un qui se perd dans l'eau. De quoi profite à l'iwmmey dit Jésus-Christ, de gagner tout le monde ^ s'il vient à perdre son âme (Uatth. 16)? Plusieurs possèdent ces grâces gratuitement données pour le profit des autres, qui cependant sont en état de péché mortel. Tel fut Caïphe, quand il prophétisa sur la nécessité de la mort de Jésus-Christ ; telles furent les Sybilles dans la gentillité, qui, prophétisant les mystères de llncamation, en facilitaient la croyance à ceux qui devaient lire et entendre leurs prédictions, et qui cependant étaient hors de la grâce sanctifiante ; tels sont ceux dont parlé Jésus-Christ : Plusieurs me diront en cette journée : Seigneurj n'avons-nous pas prophétisé, chassé les démons et fait plusieurs miracles en votre nom; et alors je leur dirai : Je ne vous connais pas (Matth. 7). Ce n'est pas que les grâces gratuitement données, ou que leur usage en travaillant au salut du prochain, ne soient de grand mérite pour mettre l'âme dans un état de su-
dime perfection» Car, comme les grâces gratifiantes, bien que lirectement elles soient pour le propre salut de celui qui les a, servent néanmoins par occasion au salut d'autrui, celui qui en est plus rempli) ayant d'ordinaire plus de puissance pour persuader par la probité de ses mœurs, et plus de force pour obte-nir la conversion des pécheurs par ses ardentes oraisons ; ainsi, ces grâces gratuitement données, qui servent directement au salut d'autruii contribuent merveilleusement au salut de celui qui les reçoit, en augmentant ses mérites et sa sainteté, si l'exercice s'en fiiit en état de grâce et avec une intention droite. Toutefois, comme elles n'ont point de connexion nécessaire avec la probité de la vie, il arrive quelquefois que tel prêche et convertit les autres, qui ne se prêche pas soi-même et ne reconnaît pas sincèrement ses péchés pour en faire une sincère pénitence. Que si l'on dit que le bien commun est préférable au particulier, et partant qu'il faut faire plus grand état des grâces divines qui aident â en sauver plusieurs, que de celles qui ne servent qu'à en sauver un seul, il n'y a qu'à se représenter la différence des biens temporels et spirituels; comme ceux-là sont de peu de durée, ce n'est point grand cas de les perdre un peu plus tôt pour le bien public ; mais ceux-ci étant pour l'éternité, l'homme sage, qui suit l'ordre de la Charité, les préfère à tous les autres, et aimera mieux son propre salut spirituel, que celui d'un million d'autres.
Je conclurai de là avec quel grand désir je dois embrasser l'affaire de mon propre salut, et tout ensemble avec combien d'ardeur je dois rechercher les grâces sanctifiantes , qui m'approchent de plus près de ma fin et de mon souverain bien. Je penserai donc aux autres, mais de telle façon que je ne m'oublie pas moi-même. Je ne m'embarrasserai pas si assidûment dans la vie active, que je ne me retire quelquefois au désert à la suite de Jésus-Christ et de ses Apôtres, pour y mener la vie contemplative, et y faire la recherche de ma propre conscience. Je me donnerai véritablement aux autres, et les rendrai possesseurs du fruit de mes peines et de mes fatigues ; mais iussi je me donnerai quelquefois à moi-même, pour me posséder Qaoi-méme en repos et tranquillité. Je me ressouviendrai de cette leçon d'un auteur spirituel : Veille sur toi-même, réveille-toi toi- KQême, avertis-toi toi-même ; et, quoi qu'il soit des autres, ne te II. 19
Sift LA THÉOLOâlK AITieTIVE.
n4glig9 H^ (t)« Eofia» je Bia défienî é^ ipinaa d» ma» mnmi, qui, 9<Mi4 iprÀMe de ptofiter à aulrui» en dMMie' pkAw^ h» faisait eob^iNrefîidro piav-dMaiis kura ioroes, kur wipaciH al Inr puiasanea^ el las engagaani an én^ oacaaiaiis péH B w Mta , de^ quaUia iU na sartaot pas 9am caafuaîaik it gniirerai éoiia m maa espiil ya^rfanaaint du Saga ^ &Mf mt» ^o» j i r i cfc ai fi mlm ta fumaimi laaû jrord^^ ds tooik^r aé de l'ffUocfr (Ec^ 19.) iQiQa Dîett I ^i déairea la salut éa taut la moada, fHtas-mai wairH corda, afin qua ja m'emploie kUeme&t au kieft apîritoel du pro> cbam» qua ja n'j perda pas mon sahit el Bian eapéfiicd étanielle.
TROISIÈME MÉDITATION
DES GRACES ACTUELLES, 9T PRENIEBEMENX DE. L^tll^ N)|G|3«TS; Wlft FAïaS, LE BIEN, POUR LE VOULOm EX POVA US OOMNAITil»
I. CoBsidéres qua las grftces aetiielles sont nésessiâres poor observes tous les commandements de Dieu, et faire les œuvrv du salut. Geite. vérité a été autrefois puissamment combattue par Pelage, appelé par saint Prosper la Couleuvre de Bretagne, refi- p gieux d'une via austère, m»» pourtant très-supeite et très-pré- ^ somptueux, qui croyait que k nature humaine d'elle-même, ^^ns i autre asaetance particulière de Dieu, avait assez de perfection et | de puissance pour faire toutes les actions requises à son salttt, et pour mériter la gloire ; si bien qu'elle n'avait pas besoin de se rendre suppliante envers Dieu pour lui demander secours t cet effet, étant hors de raison de demander de Taide pour uae chose que l'on a pouvoir de f^ûre par soi-même. Le prétexte spécieux de cet hérétique était l'honneur qu'il protestait vouloir rendre à Dieu en qualité de Créateur. Car il ne lui semblait pas que Dieu eût créé parfaitement ce monde, si l'homme, qui en est la principale pièce , eût été faible et défectueux jusqu'à ce point, que de ne pouvoir faire tout le bien nécessaire pour être
(1) tamu L. 1. c. aa.
DE tA GIIACE. 29f
ttavé. Le Concile géfféral d'Ephèse condamna Pélâge ennemi de far grftce. Mais avant cette condamnation, saint Augustin, qui naquit en ÂArique fe même jonr que Pelage en Angleterre, et qui fiorïssait quand cette errem* commença à se répandre, et qae les^ dames de qualité la recevaient d'antant plus volontiers qu'eHes sont téaeSy et qifeRes^ aiment les opinions qui semblenf leur oflHr de Favantage, en considéra mûrement la conséquence, et combien de malheurs arriveraient aux âmes dans la vie spirituelfe, si effes concevaient mie aussi bonne opinion d'elles-mêmes, que cef bénllfiqae mortifié vonlait le lem* faire entendre ; car ce serait en vain qu'on leur voudrait persuader ta crainte, l'humilité, lesr actions dé grâces et h reconnaissance pour les miséricordes divmes. Us attribuent, disait saint Augustin, tant de pouvoir à lâ volonté, qu'ih ôteni Toraison à la piété. S'il leur semble qu'ils défendent la cause et le parti de lieu, disant que la nature humaine est vigoureuse et saine, ils ne voient pas qu'ils rejettent la miséricorde du médecin. Cehii-là même qui est te sauveor de la nature, en est le créateur. Nous ne devons' donc pas telfement louer le créateur, que nous soyons contraints , et même convaincus de dire que te saufveur est superflu. Honorons donc de dignes louanges la nature hnmafffe, et itipportons ces louanges à la gloire dtt Créateur ; mais soyoïfS^ tdîément reconnaissafnts de ce qu'il nous a créés, que nous ne sopns pas ingrats de ce qu^ nous a sauvés (f). ]^ ces merveilleux discours , ce granrf défenseer dfe la vraie religion combattait le &ux zMe , et la piété prétendue de ses ennemiis. Eh effet, la nature humaine n'est pas selon sa condition naturelle dans la plus haute perfection qui se peut inmgmer; elfe est composée de parties contraires , et elle a des infirmités quî loi sont intimes, et que Tordre de la providence naturelle dé Dieu ne Mi pas empêcher, c'est pourquoi elle a besoin d'éh'e fortifiée par un autre ordre de la providence surnaturelle, princfpatement après le péché origind ; c'est pourquoi saint Pauf At en- terme exprès : Ce n'est pas à celui qui v)sut, ou qui conrt\ wms à eeM qui fait miséricorde (Rom. 9). Voulîanr dire que , comme Esatt courait en v^in à là chasse pour emporter la béuédTctlon de son père, aiuisi l'homme a beau désh*êr et s'efforcer
(1) D. Angoat. 1. de Natara et Gralia. c. 18. -^ MA. c. 58.
3U2 LA TliÉOLOGi£ AirF£GTiy£.
par ses puissances oaturelles, il ne fera jamais tout ce qui est requis pour lo Ciel, si la miséricorde de Dieu ne l'assiste de ses grâces. 11 en est de Thorame, dit saint Thomas (i), après le péché, comme d*un infirme, qui peut bien faire quelque mouvement du corps, remuer ou le bras, ou le pied, mais à cause de sa langueur il ne peut faire assez de mouvements pour marcher droit et avec allégresse ; car ainsi l'homme après le péché , sa nature n'étant pas entièrement corrompue et privée de tout bien naturel, peut faire quelque mouvement dans les bonnes œuvres, comme serait d^honorer son père, de remercier un bienfîEdteur, d'assister un nécessiteux ; car toutes ces actions ne sont point vicieuses. Mais pour accomplir sans exception tous les commandements, et marcher droit au Ciel, c'est ce qu'il ne peut qu'avec les grâces actuelles , sans lesquelles il manquera et trébuchera souvent, et au lieu de faire toutes les œuvres qui le pourraient rendre capable de la gloire , il en formera plusieurs par l'indination de sa partie inférieure, qui l'en rendront plus indigne. Enfin , après le péché, l'homme est semblable à une mauvaise terre, qui, pour porter quelque bon fruit, a besoin d'être cultivée par les hommes , arrosée des pluies , et aidée des influences du Ciel. J'apprendrai par là que l'homme doit s'humilier dans ses bonnes œuvres, et en rendre des actions de grâces à la croix , et au sang et à la charité de son Rédempteur. homme I qu'oi-tu que tu n'aies reçu, et si tu Vas reçu , de quoi te glorifies-tu? comme si tu ne l'avais pas reçu (i. Cor. 4). Pourquoi ravir et t'attribuer par un sacrilège ce qui est le fruit de la grâce sacrée et divine ? C'est le crime de Pharaon qui se vante de sa propre vertu : Le fleuve est à mot, je me suis créé moi-même, et qui, en punition de son orgueil, entend de Dieu cette parole : Je te jetterai aux hêtes de la terre, et te ferai dévorer par les oiseaux de proie (Ezéch. 29). Pourquoi donc présumer de la puissance de la nature ? Elle est affligée , elle est perdue , elle a besoin, non d'une fausse défense, mais de reconnaître sa Ëdblesse et d'en faire l'aveu. Je me reconnaîtrai donc moi-même, ô mon Dieu I je me reconnaîtrai impuissant au bien et aux exercices de la vertu, sans le secours de vos grâces, lesquelles je réclamerai sans cesse. Que vos miséricordes nous préviennent au plus tôty car nous sommes
(1) Qu. i09.
trop pauvres, secourez-nous, Dieu de notre salut, et pour la gloire âe votre nomy iélivret-nous (Ps. 78).
n. Considérez que les grâces actuelles sont encore nécessaires pour la Foi, et pour faire tout le bien nécessaire à la vie éternelle. Tellement que Tbomme est si infirme selon ses forces naturelles, que non-seulement il ne peut exécuter , sans la grâce divine, ce qu'il faut pour son salut ; mais même il ne le peut vouloir et désirer, si Dieu n'excite son cœur et n'ébranle sa volonté, pour désirer de croire, et faire ce qui lui est proposé, et pour l'objet de sa Foi, et pour l'objet de ses saintes actions. Cest DieUy dit saint Paul, qui opère en nous le vouloir et le faire (Philip. 2). Et le second Concile d'Orange, d'accord avec saint Paul, dit que si quelqu'un soutient que personne puisse , par les forces de la nature , avoir une pensée ou faire une œuvre salutaire , sans la grâce du Saint-Esprit, celui-là s'abuse et se laisse conduire par l'esprit hérétique, n'entendant pas les Ecritures : c'est pourquoi saint Augustin dit (1) que l'enfant prodigue n'eût jamais formé cette bonne résolution : Je m'en retournerai à mon père (Luc, 15), sans la miséricorde de Dieu qui le lui a inspiré. Ce que Dieu fait en donnant des lumières à l'esprit pour considérer ses perfections , ses grandeurs , ou ses jugements , et en touchant la volonté même immédiatement, lui donnant de saintes inspirations et des mouvements de crainte, d'espérance ou d'amour, par lesquels elle est excitée et fortifiée pour former des résolutions et des désirs salutaires, aussi bien que pour les exécuter. Car Dieu ne ravit pas les volontés par violence, ainsi qu'on élève par force une pierre hors de son centre, mais il agit sur elles comme un prince, qui, par un gouvernement sage, conduit ses sujets au but qu'il se propose, en les menaçant de peines et de supplices, s'ils ne font de bon gré ce qu'il leur demande, ou bien en leur faisant entendre les raisons pour lesquelles ils doivent s'assujettir à ses lois. C'est pourquoi la grâce divine ne détruit pas les volontés ; mais elle les gouverne et les change, bisant que de mauvaises elles deviennent bonnes , les prévenant avec une telle douceur et une telle suavité, que, sans gêner en rien leur liberté, elle leur fait vouloir et désirer comme il faut ce qui est nécessaire au salut.
(1) Epist. ad Paulinmn.
J'apprendrai par là à rejeter toute folle confiance et présomption en moi-même. Je concevrai pareillement de» affections de crainte. Saint Paul ne veut pas d'autres raisons pour rabattre l'orgueil des présomptueux et les effirayer , que rimpuissance de rhomme à former une bonne volonté. Opérez, dit-il, voire lohl avec crainte et tremblement : car c'est Dieu qui vous donne le vouloir et le faire selon son hon plaisir (Philip. 2)^ nous j excitant par ses grâces prévenantes, lesquelles il nous donne selon son bon plaisir, sans y être obligé. Si bien que je suis si pauvre de moi-même, que je ne puis pas vouloir parOûtement ce qui est de mon salut ; je n'ai donc rien de moi que la puissance de ne perdre, je ne suis fort que pour me donner la mort, et me laisser finalement traîner par mes concupiscences dans un abime de perdition. Si donc, mon Dieu, vous me délaissez, je serai sans affection pour mon bien souverain, que vous êtes vousmême ! Eh I Seigneur très - miséricordieux , ne m'abandonnez donc jamais , que votre grâce me prévienne , m'accompagne et me suive ! Ah ! donnez-moi un cœur selon votre cœur. Vous nous l'avez autrefois promis par l'un de vos grands Prophètes : Et j'ôterai le cœur de pierre de votre chair ^ et je vous dûnnerai un cœur de chair, et je mettrai mon esprit au milieu de vouSj et je ferai que vous marcherez dans mes commandements (Ezéch. 36). Hélas ! mon cœur est de pierre, il est dur, il est froid et pesant, il résiste à toute sainte impression. Vous donc en qui j'ai mis toute ma confiance, donnez-moi un cœur plus doux, plus ardent et plus tendre ; donnez-moi un cœur plus flexible à toutes vos volontés.
m. Considérez que les grâces actuelles sont encore nécessaires pour les vérités surnaturelles, et que l'homme n'est point capable de les connaître et de les croire, si Dieu ne donne quelque pieuse inclination qui y porte sa volonté et quelque lumière intérieure qui éclaire son esprit. C'est de ces vérités que la Sagesse incarnée parlait à son Père : Vous avez caché ces choses aux sages ^ et les avez révélées aux petils (Matth. il). Et saint Paul quand il dit que nous ne sommes pas capables de penser quelque chose de nous y comme de nous ; mais que tout notre pouvoir vient de Dieu (ii. Cor. 3). Et un Concile dit (1) que personne n'a
(1) Arausic. 2.
niea de soi fUA le mensonge et le péchi« En eSel, pui^ue ces irérités sont élevées au-dessus de la nature, elle ne peut pas plus y arriver d'elle-même sans secours y que Teau ne peut «'échauffer, si elle ne reçoit la chaleur par l'approche et l'activité du feu. Car l'homme n'ap{Nnend point natureHement une meffce soTBaturelle > mais seulem^t les vérités qui paraissent par des propriétés sensibles i pour la découverte desquelles la {prâce n'est point absolument nécessaire. Aussi Jésus -Christ n'a point répanda son sang pour acquérir aux hommes les qualités d'orateur ) de physicien , de médecin et d'aslronome ; car l'homme, par la vivacité de son esprit , peut acquérir quelque perfection dans ces sciences » et raisonnant en soi-même sur les choses créées» il peut remonter à la connaissance de plusieurs perfections if^hles du Créateur^ qui sont connues par lee chôêt$ qui sont (fàteê (Rom. 1) » ainsi qu'en parle l'Apôtre de vérité. Au reste, ces connaissances seront to^jours imparfaites et peu assurées, ce qui a fait dire à saint Thomas que tous les sages du monde se sont laissés aller à quelque eireur. Et puis, elles seront toiijours incapables de disposer l'homme A la grâce sanctifiante, qui requiert et présuppose de plus grandes lumières que ceUes de la nature ; c'est pourquoi saint Prosper , réfutant Cassien le chef des Demi-Pélagiens ; car les Pélagiens soutenaient que sans la grâce l'homme pouvait commencer et achever son salut| et ceujL-ci disaient seulement qu'il pouvait commencer, et non pas achever , c'est pourquoi ils furent surnommés Demi- Pélagiens ; le réfutant, dis-je, parce que dans ses Conférences il fait dire à l'abbé Chérémon que l'homme a souvent de bonnes pensées de soi-même pour commencer son salut, et qu'il n'a point perdu par le péché d'Adam la science du bien ; il dit au contraire que personne n'ignore comment l'école de la Grèce, et l'éloquence romaine, et toute la science du monde, mettant à l'œuvre tous les plus beaux esprits , pour découvrir le souveram bien, n'ont abouti qu'à se perdre dans leurs pensées ; leur cœur s'est obscurci, ne se servant d'autre guide que d'eujt*-tnémes pour connaître la vérité. Si donc quelqu'un, iyoule-t*il, ayant honte de ses misérables vanités et de ses erreurs, reconnaît que ce qu'il embrassait comme la vie et comme la lumière, n'est que mort et ténèbres, et s'efforce dès lors de s'en dégager, cette conversion n'est pas de lui-même,
296 LA THÉOtOGIE AFFECTIVE.
quoiqu'elle ne soit pas sans lui ; c'est la secrète et puissante grâce de Dieu, qui, dissipant les nilages des opinions terrestres, a ranimé le feu sacré dans son cœur et Ta embrasé du désir de la vérité. Enfin, cette proposition est si constante, que renuemi de la grâce , Pelage lui-même , la favorisait , accordant que h prédication de l'Evangile était nécessaire pour montrer aux hommes le chemin qu'ils doivent tenir, et les bonnes œuvres qu'ils doivent faire. Et quoiqu'il refusât à Jésus-Christ la qualité de Rédempteur, il lui accordait pourtant celle de précepteur et de législateur, disant qu'il était venu au monde pour nous annoncer l'Evangile de vérité et la volonté de son Père, et nous donner les enseignements et les exemples d'une vie vertueuse et salutaire, étant mort pour nous montrer jusqu'où devaient aller notre charilé et noire patience. Si bien que , de l'aveu même de l'adversaire de la grâce, l'homme avait besoin d'être illuminé en quelque façon par Jésus-Christ.
Je comprendrai donc la merveilleuse faiblesse de l'esprit humain , aveuglé d'ignorance et exposé è la tromperie , sans être capable de commencer son salut par les bonnes pensées des choses surnaturelles. Je les demanderai à Dieu après le saint Prophète. Donnez-moi de comprendre, et je rechercherai vos commandements; faites -moi connaître la voie dans laquelle je dois marcher (Ps. 142). Je l'invoquerai, après la sainte Eglise, qui m'en donne la manière. Seigneur! nous vous supplions de nous donner l'esprit de penser toujours des choses justes, et de les exécuter, afin que nous, qui ne pouvons être sans vous, puissions vivre selon vous. Je reconnaîtrai aussi que je suis redevable à la miséricorde de Dieu, de toutes les bonnes pensées que j'ai eues en ma vie, de mener une vie sainte, et dès lors je ne m'en attribuerai pas une seule, pas même la pensée de prier Dieu qu'il m'illumine : Car nous ne savons pas ce que nous avons à demander; mais le même esprit demande pour nous par des gémissements ineffables (Rom. 8). 11 nous excite lui-même à demander. Que suis-je donc sans la grâce, qu'un beau rien? de quoi donc me glorifierai-je , que de la bonté de Dieu à mon égard? Si donc j'ai jamais aucune pensée salutaire, ô mon Dieu! à vous en soit la gloire, à vous l'honneur, à vous les actions de grâces en tous les siècles des siècles.
DE LA ORACE. 297
QUATRIÈME MÉDITATION
DE LA NÉCESSITÉ DES GRACES ACTUELLES POUR FUIR LE PÉCHÉ, POUR AIMER DIEU ET SE DISPOSER A LA GRACE SANCTIFIANTE.
L Considérez que rhomme a besoin du secours des grâces contre le péché. Et premièrement, il est hors de controverse qu'étant infecté du péché , il ne peut s'en retirer, et en effacer la souillure de soi-même. Retirer une âme du péché est une chose si grande, que la création du monde et la résurrection des morts n'ont rien de si merveilleux; c'est pourquoi une œuvre si élevée ne peut appartenir qu'à Dieu, lequel étant le souverain juge des hommes , a seul le droit de punir le péché , seul aussi par conséquent le droit de le remettre par l'infusion de sa grâce; c'est pourquoi le prophète Jérémic dit à l'âme pécheresse : Quand tu te laverais avec du nitrcy tu demeurerais souillée en ton iniquité (Jér. 2); voulant dire que quel que soit l'effort qu'elle fasse de soi-même pour se purifier de cette tache, elle ne pourra s'en laver. Aussi le péché est comme une fosse profonde, d'où l'homme ne peut sortir, si on ne lui tend une corde d'en haut, ou si on ne lui donne quelque autre secours. Cette vérité est si constante, que l'ennemi de la grâce. Pelage, ne l'a point voulu révoquer en doute. Il confesse, dit saint Augustin (1), qu'il faut prier Dieu pour obtenir le pardon d'une faute. Mais il n'a jamais dit qu'il faut prier Dieu pour être aidé, afin de ne pas tomber dans le péché ; car il estimait que l'homme avait le libre arbitre assez puissant pour sê^ garder du péché , et que plusieurs étaient recommandés dans l'Ecriture pour leur justice et leur innocence sans tache; et si on lui montrait qu'ils étaient tombés dans quelque faute, néanmoins il soutenait qu'ils auraient pu n'y pas tomber. Saint Augustin , pour réfuter son erreur, lui
(1) De Nat. et Grat. c. 18.
108 LA TBDtOLOCIE AFTECHTE.
montre que tous ont péché, excepté la vierge Marie y de laquelle il proteste, quand il parle du péché, ne vouloir fiiire aucune mention , et que , si tous les saints et les saintes de cette vie , elle seule exceptée , eussent été interrogés de l'état de leur conscience, qu'ils eussent dit d'une commune voix après l'Evangélisle saint Jean : Si nout dmm que nous iCawms pas de péché , nous nous àbusonsy il n'y u pmni en fieus de vérité (i.Epit* c. 1). Que si l'Ecriture dit de Job : Il n'a point péché de ses lèvres en toutes ces choses (Job, c. 1), elle ne dit pas qu'il n'ait point péché aussi de pensées. Et lorsqu'il n'y avait encore que quatre personnes au monde, Adam, Eve, Caïn et Abel, si l'Ecriture sainte raconte la désobéissance d'Adam, la malice de la femme, et l'envie de Caïn, sans rien dire des fautes d'Abel, c'est qu'il n'était pas nécessaire de dke quOi tout juste qu'il fût, il avait pourtant commis aussi quelques légères fautes. En somme, parce que Pelage pensait qu'on ne pouvait le réfuter qu'en lui montrant que les saints mêmes n'avaient pu éviter le péché, saint Augustin produit contre lui les paroles de l'Apôtre saint Jacques : Nul homme ne peut dompter sa langue (Jac. 3). Afin, dit-il, que quand elle est domptée, nous confessions que c'est par la miséricorde de Dieu, par l'aide de Dieu, par la grâce de Dieu, non des hommes. Ces discours ont donné si\jct aux théologiens de con-* .dure que l'homme ne peut éviter tous les péchés mortels pendant longtemps sans la grâce sanctifiante et les grâces excitantes; et pour les péchés véniels, que même les justes ne les peuvent éviter tous, car ils tombent quelquefois, quoiqu'ils aient les secours ordinaires des grâces actuelles. Pour s'en garder pendant un temps notable parmi tant de tentations et de difficultés , il leur faut des privilèges de grâce très-particuliers et extraordinaires, tant il est vrai que, sans la grâce, ils ne peuvent les éviter tous. Philon fortifie cette vérité, quand il dit qu'il faut que le navire périsse, s'il est abandonné du pilote; que le charriot veMe , s'il est sans conducteur ; que les cités tombent, si elles sont sans magistrats et sans roi. C'est chose naturelle, dit-il, que le corps se perde s'il est sans âme, Tâme, si elle est sans raison, et la raison, si elle est sans vertu; et s'il en va ainsi en toutes ces choses, quelle misère ne devonsnous pas reconnaître en ceux qui sont délaissés de Dieu ! Car il est vrai, sans exception, que celui qui n'est pas maintenu
DU LA GEAGE. 289
par un plus fort et un plus excellent, est exposé à do grandes chutes. En eiïéi , nos ennemis sont plus forts que nous ; ils sont plus rusés et plus aguerris , puisque nous avons à combattre les Puissances de l'enfer : or, le faible ne peut résister au plus fort y s'il n'est aidé d'ailleurs. La chair convoite contre l'espriti et l'esprit contre la chair; ils combattent donc i forces égales ou à forces inégales; dans le premier cas, d'où vient que les victoires ne sont point pareilles de part et d'autre, et que si rarement l'esprit gagne contre la clmir? dans le second, l'esprit a donc besoin d'assistance pour surmonter les attaques de la chair, et ne point pécher dans la tentation. Cela fait que Dieu peut dire à l'homme toutes les fois qu'il est tenté, ce qu'il disait au roi Abimélech : Je t*ai empêché de pécher contre moi (Gen. 20); ce qui a lieu, selon quelques-uns, pour les plus légères tentations, au moins à l'égard de ceux qui n'ont pas la grâce sanctifiante.
Apprenons de là à recourir sans cesse à l'oraison, pour être garantis de péché. Que l'âme s'efforce, dit saint Augustin (i), de dompter la langue , et dans ses efforts, qu'elle demande du secours et prie de la langue pour dompter la langue; qu'elle prie celui qui a dit aux siens : Ce n'est pas voue qui parlez, mais l'esprit de mon Père qui parle en vous (Malth. 10). Elaut donc tenté, dit le séraphique Docteur (2), je m'enfuirai dans les bras de mon Père, afin qu'il 'me reçoive, lui disant : Ne nous induisez point en tentation (Matlh. 6). Je m'enfuirai dans son sein, et mettant en lui toute ma confiance, je me défierai de moi-même , lui disant : Et ne nous induisez point en tentation. Enfin rendez actions de grâces à Dieu de toutes les victoires que vous avez remportées contre les péchés, disant tantôt avec le Prophète : Si Dieu ne m'avait aidé, il ne s'en fallait rien que mon âme n'habitât en enfer ; si je disais : Mon pied s'est ébranlé y votre miséricorde me secourait (Ps. 93) : ou bien avec saint Augustin, qui a le plus déféré à la^pâce de Jésus-Christ : je rapporte aussi à votre grâce tous les maux que je n'ai pas commis, car que n'ai-je pas pu commettre (3)?
II, Considérez que ces grâces sont encore nécessaires â l'homme pour aimer Dieu par-dessus toutes choses, comme au-
(1) L. de Ifaiur. et Grat, c. 1((.— (3)D. Boiiay. p. 8, c. 17.^^) L. S. Confess. 7.
teur de la nature, le préférant constamment à toutes les créatures, et aimant mieux les perdre que de contrevenir aux devoirs de son amitié. Cette vérité a semblé difficile à entendre à quelques personnages d'autorité , parce que la nature humaine connaît naturellement que Dieu est digne du plus grand amour du monde, et le pouvoir naturel qu'elle a de Taim^ n'est pas de l'aimer moins ou autant que les choses créées, car ce pouvoir serait injuste et condamnable, mais de l'aimer davantage; ce qui leur a semblé suffisant pour dire que la nature humaine pouvait, sans les secours de la grâce, aimer et préférer Dieu à toutes choses. Mais il faut considérer que la science du bien est plus aisée que la pratique, et que les préceptes de la morale sont moins difficiles à apprendre qu'à exécuter. iSt puis, ce n'est pas tout d'avoir des ailes pour voler, si elles ne peuvent s'étendre, ou d'avoir des pieds pour marcher, si on est empêché d'ailleurs de pouvoir avancer. La nature humaine a bien le pouvoir d'aimer Dieu par-dessus tout, mais c'est un pouvoir empêché par sa corruption originaire et par un million d'obstacles ; c'est pourquoi elle peut sans pouvoir, et ne peut mettre à effet ce que l'esprit lui dit être convenable , et l'exécution est plus difficile que la seule inclination. En vérité, cet amour de Dieu n'est point chose si facile, il est grandement difficile au contraire ; il renferme l'observance de tous les commandements divins ; il ne s'agit pas seulement de faire des élans et de pousser des soupirs ; il demande plusieurs œuvres et de grands travaux ; il n'est jamais oiseux; il renferme la haine et la détestation de tout ce qui pourrait détourner de Dieu, comme sont les délices et les amorces du monde et de la concupiscence ; il suppose la victoire de toutes les tentations qui peuvent survenir dans un long espace de temps, lesquelles ne manquent point d'arriver en grande quantité ; il suppose en certains cas la soufiBrance de toutes les calamités et de toutes les misères auxquelles l'homme est sujet, misères très-grandes et qui abattent les âmes les plus généreuses ; enfin, cet amour suppose le mépris de la mort et la perte de cette vie, qu'il est quelquefois nécessaire d'abandonner pour ne point commettre de fautes qui lui soient contraires. Toutes choses qui sont si difficiles et surpassent tellement la faiblesse humaine, qu'il est aisé de juger, qu'il faut une force céleste pour l'en rendre capable. Ajoutez que, comme dit saint Thomas, la
volonté a été plus blessée et plus affaiblie par le péché originel que l'esprit; c'est pourquoi elle est extrêmement dominée par Tamour propre contre lequel elle a besoin d'un contre-poids pour se tourner du côté de Dieu. Au reste, si l'on voit des mondains aimer leurs plaisirs et l'objet de leur affection pardessus toutes les choses incréées et créées, divines et humaines, c'est que la nature est plus puissante pour les choses sensibles que pour un objet divin et invisible ; et si l'on voit un payen périr pour sa patrie, et un hérétique, pour la défense de son erreur, mépriser les douceurs de cette vie, et vouloir épouser une oruelle mort sur un échafaud, à la vue de tout le monde ; il &ut dire du payen que, si ce qu'il fait est vertu, il ne le &it point sans l'assistance des grâces divines. Car, dit saint Augustin (i), n'est-il pas plus raisonnable d'attribuer les vertus, que tu dis être dans les méchants, à la grâce divine, qu'à leur volonté seule, quoiqu'ils n'en connaissent rien ? Que si ces œuvres sont faites méchamment, comme fait l'hérétique qui est obstiné jusqu'à la mort, il ne s'en faut point étonner, parce que la nature est plus portée au mal qu'au bien, et trouve le premier plus aisé que le second ; c'est pourquoi ces exemples sont insuffisants pour persuader que l'homme, sans la grâce divine, puisse longtemps aimer Dieu par-dessus tout et le préférer à toutes les choses créées. Je plaindrai donc ici la nature humaine, qui a tant de faiblesse pour le plus légitime de ses amours et de ses devoirs envers Dieu. Hélas 1 nous sommes armés puissamment pour le mal, nous avons une audace et un courage qui nous fait surmonter mille difficultés pour commettre une action vicieuse et répréhensible, et pour vous aimer, ô bon Dieu ! comme vous le méritez, nous sommes faibles et débiles, toutes choses nous retardent, tout nous fait peur, tout nous arrête et sert à surcharger le poids de notre ingratitude envers vous. Eh ! Seigneur du monde, qui a donc donné tant de courage à l'âme mondaine qui combat sous l'étendard de Satan? Comment se pébt-il faire que celui qui est vamcu, qui est renversé et terrassé jusqu'au centre du monde, donne tant de force et anime si bien les pécheurs à commettre l'iniquité ? Et nous, que nous ne soyons pas encouragés par tous les biens de ce monde, qui sont autant d'attraits naturels
(1) Ub. 4. Contra Julia, c. 5.
SOS LA THÉCaM» ikFFMTIVE.
pÊVtwùstÊgÊBt nmeoeor») el ^maê donMr efltaiOMnff h pé* flraice f0 iRN» mê àml GaffrinaiMBl ja i h Toe dfr mm intmité ; na» je grâces. Eh, Seigneer ) qaî été» feut no» a|qpiB^ m m« Im f^ ftiseï pas iei ; nms sernsM» cnSés peor Yens ahaer p ai ûam m tool ; ce serrit m crime cHgiie du fev de Fenlef d9 ne tmk mrt c^Ta f ^gei 00e Cnoeee vmi^ibs ei cpsees» ott €scoFe amim» jmmomi* iKKi» dency è nen* Diea ! cesr grftcee q«e soue se ^e wl eM eah pleyer qvfk feire amevr. Héiaa ! Seigneur, à qoî de mw d to âfi celle grflee cpra iFeus T iTTseime i|fie ^oiie ne ne Is pesA ummmp^ et de moHnéme je ae nm» pois akner, S ftrat dose qov ce sell ToWy imm Ken, qui exaueîex moft déanr, tous qoi êk» mm refage.
DI. Considères encore h nécesstfé' de la grflce aetnelle potir se disposer, par mie véritable donfeor, à h grâce sanetifianle; car il esf si important que lllomme reconnaisse sa pauvreté et le besom qu^B a du secours du Cid, afin qu'i se s'endenne par et ne se fie pas trop à sos-méme, que plusieurs considératienr de ces choses loi sont très-profitables. T a^t-9 rien, cRtf le Pap» Innocent (1), de plus ftineste ponr nons, que 4» penser, qu'en recevant te libre nlHtre k notre naissance, nous n^avon? plus rien à demander i Bieu, c'est-à-dire-, qu'oubliant notre Créatenr, non» abjurions sa puissance pour nous montrer libres , eomne s'il n'avait plu? rien k nous donner. Oh ! lest ie nens eetfe héréme ; car, quoi de ph» injurieux pour Dieu, et de pkn^ fâcheus peur nous, que d'anéantir ams^ la grâce dti côté du- Cirf, et h priâpe du cèté de ta terre? N'estf-ce pas dire en (Pàutres termes : Qu'ar-je besoin de- Dieu? Y&ilà des kemm» (fui tCenê pm pm Dieu p&ttr mde (Ps. 51). Ces raisons font qu'iF est encoie très^ convenable de considéra le besoin que nous avens tou» des ^*âces actuelles , pour nous disposer comme S feut à la grâice sanctifiante,, pour laquelle il ne suffit pas de feire une benne ae-^ tien quelconque, ou de reconni^ttre ses péchés #une feçon teHe quelle. Il faut des actes de pénitence plus parfeits que ceux que la nature peut produire par soi-même. |!t comme la providence de Dieu, dit un de nos Docteurs, a ordonné des dîsposttiens naturdtes pour acquérir tes perfections qui sont éd l'ordre de hh
(i) I. Spist. 24.
iMi %k aucB. 309
mm ■fcdh «ritoaft ém diq^esilM» whéiihBm pour Itft pnriwiiMii q«i aanti aanleaaMi ib cet oràro, cowm 1» ^ee sMràfianlft; e'esl peurqttoi kt Oncib A» Trente, 8*explii|iiaiil neHecaeMt sur ca si^et, iii «Mthdaie eeatie ceux qei dinienl qmfry aaoft riaspiratioa et Fmift prévemnte dhi Sâiol-Espnl, rhmmn» puisa» ereirey espérer et le repentir ceHne il fiial pour qse ke gràee de b justifecalieA loi sok déniée (1). Iki effBt, la natare hmaaiBey aprèe le pécM, est tout eafremest dispesée pear lee btew spiritueis, qu'ele se YesM pour les biens terree-^ trea; car elle » moias d'im p ai oja a to pear la eonaamsanca de» cheeea Ai laoMk et de la civir, pour tee^lies die est mement sensible, qu'elles soient bonnes, ou qu'eHee soient rkhk valses; par exemple, elle discerne infailliblement l'eau et le feu, tes liens et les prisons, l'adversité et la laideur, les blessures et la mort ; mais pour les maux et les biens spirituels, semblables aux précédents, elle n'a point d'appréetation sensible. De là vient que, sans peine, elle se jette dans les glaives et les feux spiritoalii^ eft daoa la mort ttéme, (|tt est k sépwatia» d'awee Dieu; et Dieu même, qui est la source de toute douceur, est insipide à nos âmes, et elles n'ont point de sentiment pour sa bonté. Nous ne goûtons pas les délices de la vertu et d'une vie innocente, et nous nous délectons et prenons follement notre plaisir ims la nort du péché et dans tes pbies des offenses , n*7 sentant rien de sa mort, et n'y considérant rien qui nous j fasse de Thorreur. Si bien que notre état étant si déplorable, et étant sï assoupis et si stupides en ce qui regarde la vie spirituelle, nous- avons- besoin d'être aiguillonnés , d'être réveiHés et d'être puissanmient secourusr pour nous y disposer.
Déptorei donc Totre misérable condition après le péché , et voyes que de Tous-même , et sans Tassistance de la grâce* de- Dieu,, vousr demeurerez éternellement malheureux, toujours d&n» Tétai db péché, toujours entaché de Ta somllure, toujours dans l'obligation et dans la redevance des peines des oifers. Demandez à Dieu qu'il vous convertisse : Gonvertissez-moiy Seigneur, et je me convertirai ; car vous êtes le Seigneur mon Dieu (Jérém. 31). Ressouvenez-vous de ce que dît le grand saint Grégoire (^, qull fout demander à- notre Créateur la grâce des
(1) Trid. Sesf. ô. Can. 8. — (S) m. Bialog.c. 8.
304 LA THÉOLOGIE AFFEGTIYB.
larmes avec grand désir» Demandez-les donc à Dieu pour préparer votre àme à la sanctification. Seigneur trèshboni ma profonde misère demanderait de moi des pleurs et des r^rets cuisants; mais la dureté et Tinsensibilité de la nature me les refuse ! Mais, 6 Dieu tout miséricordieux ! c'est vous qui changez la pierre en fontaine, et les rochers en sources d'eau. Vous donc, Seigneur très-miséricordieux, qui avez fait sortir d'une pierre la fontaine d'eau vive pour le peuple qui mourait de soif, faites couler de nos cœurs les larmes de componction , nous donnant la grâce de la vraie contrition, afin que nous puissions pleurer nos péchés, et en obtenir la rémission par les mérites de notre Sauveur Jésus-Christ.
QNQUIÈME MÉDITATION.
SUITE DES DISPOSITIONS REQUISES POUR hk GRACE SANCTIFIANTE.
I. Considérez que nous devons nous préparer pour recevoir la grâce sanctifiante, et nous y disposer par nos propres actions. L'Ecriture sainte nous déclare cette préparation nécessaire, nous promettant la grâce, sous la condition que nous nous mettions en état de la recevoir. Si r impie fait pénitence, il vivra (Ezéch. 18). Et ailleurs : Convertissez-vous à nwiy dit Dieu, et je me convertirai à vous (Zach. 1). Et : Je suis debout devant la porte; si quelqu'un m' ouvre j j'entrerai en lui (Apoc. 3). Saint-Augustm (1), qui, entre tous les Pères de l'Eglise, a le plus parlé de la nature de la [grâce, quoique avec une obscurité dans laquelle il en est qui s'égarent du droit sentier de la vérité , dit sur ce sujet : Celui qui t'a fait sans toi ne te justifie pas sans toi; il t'a donc créé sans que tu le susses, mais il ne te justifie pas sans que tu le veuilles. Les exemples de la nature nous enseignent cette même vérité , que les formes ne s'appliquent qu'à
(1) Serm. 15, de Vcrb. Apoc.
des sujets convenablement disposés. La forme du feu ne s'attache pas à un bois vert ei humide, l'âme de la béte ne peut s'unir au tronc d*un arbre, ni l'Ame raisonnable au corps d'une bête, parce que les dispositions convenables ne s'y rencontrent pas. 11 en est donc de même de la grâce qui est une forme surnaturelle , elle ne s'unira pas à une âme qui n'est pas préparée à la recevoir. De plus, la grâce sanctifiante établit une alliance et un mariage spirituel entre Dieu et l'âme. Or, le mariage requiert le libre consentement et la volonté de l'épouse ; il demande aussi qu'elle se prépare, c'est pourquoi il est dit dans la parabole des dix vierges : Voilà V époux qui vient; allez au-devant de lui, et celles qui étaient préparées entrèrent avec lui aux noces (Matth. 25). De plus, le pécheur par la grâce fait une grande fortune , et s'élève à un état plus sublime que ne ferait un pauvre misérable qui deviendrait monarque du plus puissant et du plus florissant empire de la terre ; car , tout d'un coup il s'acquitte de la dette de tous ses péchés, quant à la coulpe, encore que leur multitude égalât celle des sables de la mer; il devient héritier de Dieu même en recevant le titre de fils adoptif. Or, il ne serait pas convenable de monter si haut sans passer par aucun degré, ni de tant acquérir de noblesse en un moment, sans peine ni travail. Le teinturier qui veut donner quelque excellente teinture à une pièce de drap blanc, attend qu'il soit propre à la recevoir, le disposant peu à peu, et le faisant monter de d^é en degré par la noblesse des teintures. Il en est de même avec proportion dans une âme que Dieu veut faire monter à la dignité de la grâce sanctifiante, et teindre de sa vive couleur. Comme elle est encore enfoncée dans le péché > et défigurée par son horrible souillure, il lui envoie ses grâces actuelles et excitantes, pour la retirer des affections terrestres, et la préparer par des actions vertueuses à la réception de la grâce sanctifiante, qui lui confère une dignité qui surpasse celle des rois, et lui donne un éclat qui la rend aussi belle que les anges. Si ces dispositions n'étaient pas requises , nous ne saurions expliquer pourquoi Dieu , étant aussi prêt à sanctifier que le soleil à illuminer, de plusieurs pécheurs qui entendent une même prédication, l'un s'en retourne avec la grâce, et l'autre avec son péché; pourquoi de plusieurs pécheresses qui font la lecture d'un même livre, l'une y trouve la sainteté, et l'autre demeure dans II. 20
306 LA THÉOLOGIE AFFSGTiVE.
rhoireur de sa me abominuble devant Dieu. Abia , 8up(KMié ijM Dieu requière des disposiiiona, noua diroua que ce pécheur art entré dana l*amitié de Dieu, parce qu'il a'eat dîapoaé à receToir aa grâce, et que cette pécherease eat demeurée dana aon malheufi parce qu'elle ne a'eat pas disposée» liaant cemme un roman dfll considérationa qui devaient élever aon cœur à l'amour d'une vie céleste. Ainsi de laint Pierre et de Judas; celui-là eat rentré dans la grftce de aon mettre , et non celui-ci» parce que l'un a*est préparé par lea regretSi les larmes et lea actea d*E«pérance» tandis que l'autre s'est livré au désespoir. Ainsi dea deui larrons crucifiés à cété de Jéaus-Christ mourant » e( répandant aon sang pour le salut de l'uq et de l'autre; l'un se préparant à la grftce sanctifiante» fut canonisé de la bouche du Fila de Dieu » et reçut l'assurance du Paradia » tandis que l'autre demeura obstiné. Enfin , noua avons considéré dana la première partie que les anges mêmes s'étaient disposés à l'infusion de la grftce qui les sanctifia. Que si ces célestes et nobles esprits, dont la nature est très-éloignée de toute matière et de toute impureté» puisqu*eUe est toute spirituelle, se sont préparés à la justification; combien davantage les ftmes humaines qui sont enveloppées de la masse de la chair» et qui sont bien plus éloignées de la grftce» que ne sont les anges très-purs, auront-elles besoin de dispositions?
Donc» pour avoir cette noble qualité, et cette forme céleste de la grftce sanctifiante» il faut se disposer, il faut s'éloigner de tout son pouvoir de ce qui lui est contraire et opposé, comme le péché et toute affection terrestre et corporelle. Ceux qvi cran gnerU ZH^ti , dit le Sage , prépareront leurs cœwrs devofU k Setgnfiur^ et en sa présence ils se sanctifieront (Eccl. 2). Ce bien n'arrive pas aux ftmes endormies et paresseuses : La nmn paresseuse produit Vindigenccj la main des forts les enrichit (Prov. 10)« Malheureux donc sont les pécheurs obstinés, aveugles» ô trèsignorants pécheurs ! vous vous trompez vous-mêmes, vous vous écartez du chemin de la grâce plus que l'Orient n'est distant de rOccident, et plus que la terre n'est éloignée des cieux. Si donc vous souhaitez la bonne grâce de Dieu, et prétendez être du nombre de ses enfants et de ses héritiers, changez d'habitudes, quittez vos mauvaises pratiques, ouvrez vos cœurs à la grftce, prépara la voie du Seigneur (Jean, 1).
ni LA GIUCE. 307
' n* ConaifUrei les motifr plus particaliers pour lesquels Dieu mit que l'homme se dispose è recevoir la grâce sanctifiante. Le premier est le bon usage de la liberté humaine, qu'il a voulu faire ' intervenir dans l'œuvre du salut; car il ne veut pas sauver les hommes qui ont atteint l'àgu de la raison, malgré eux, ou par turce, il veut qu'ils soient sauvés librement. C'est une loi qu'il a établie dans ses décrets étemels, que cette liberté demeurera en^ tiire , fit il souffirira plutôt la damnation éternelle de plusieurs miUkna d'ftmes, que de violenter en cette vie leur liberté. Dieu Is déahurût un jour à sainte Gertrude (1), en l'instruisant par ces ramvqoables paroles : Quand môme un roi voudrait que son écurie ttt nettoyée, il ne la nettoierait pas pourtant lui-même de ses mainj, cela ne conviendrait pas à sa dignité. De même je ne convertis personne, quand il s'agit du péché de la volonté propre» sans qu'il se fasse violence à lui-même, et qu'il change de vo«« lonlé. Le second motif est, afin que Thomme reçoive la grftce d'une façon qui lui soit plus glorieuse et plus honorable, car, s'y disposant par ses propres actions, il est en un sens la causa du bien qu'il a acquis par soi-même. En quoi Dieu fait parattre un trait signalé de sa bonté, sauvant l'homme à son plus grand honneur. Le troisième motif est, afin que l'homme conservât mieux la grâce sanctifiante, qui lui aurait coûté de la peine à obtenir. Car, dit saint Thomas (3), nous aimons davantage, et conservons avec plus de soin, ce que nous avons acquis avec peine et travail. De là vient que ceux qui ont acquis des biens à la sueur de leur iront et par leur industrie propre, ne les dépen-^sent pas si aisément que ceux qui lea ont reçus de leurs parents, et auxquels ils n'ont rien coûté à avoir. Or, il était surtout néces-r saire que l'homme sortant de Tétat du péché conservât dignes ment la (grâce et l'amour de Dieu. D est donc bien à propos qu'il travailla et ressente de la peine pour ses péchés passés, et pour se mmattro en grâce. Le quatrième motif est pour discréditer le vieê, el empêcher le péché ; car si Dieu donnait sa grâce aux pédieurs, sans qu'ils s'y disposassent en détestant le péché et eu l'abhorrant, ce serait ouvrir la porte à tous les péchés du monde, il n'y aurait pas de fin et de mesure dans la transgression des leisdivînss} c'est pourquoi Dieu, qui est la souveraine bonté,
(i) L. s. ^UniaMt. 0. S4. --r (S) L. S. Centra, Gentil, e. i&$.
308 LA THÉOLOGIE ÀFFBCTIVE.
et qui ne peut autoriser le péché, refàte sa grâce aanctifiaote et prive de salut quiconque ne le déteste pas. Le dnqoièina motif est pour donner davantage lieu à l'exercice des vortus, parce que les pécheurs reconnaissant qu'il en faut pratiquer Iok actes poor être convenablement préparés à la justification, sont obligés de l'exercer, et par ce moyen la vertu fleurit dans le monde, et sans cela y serait quasi tout éteinte et perdue.
Je tirerai de là les mêmes afiections que du premitf point, et puisque notre disposition est si nécessaire pour tant jde belles raisons, j'y louerai l'ordre de la providence divine, et approuvant son dessein, je m'exciterai de tout mon pouvoir à fidre une digne préparation pour la recevoir ; peut-être en suis-je maintenant privé, pour ne m'étre pas suffisamment disposé dans la réception des Sacrements , où la grâce sanctifiante me devait être donnée. Seigneur, vous voyez l'état de ma conscience. Hélas ! si j'étais si infortuné que d'être réduit à cette misère, ne permettez pas que j'y croupisse. Voyez si la voie de l'iniqmté eU en moi, et conduisez moi dann la voie étemelle (Ps. 138). Je veux donc dorénavant apporter une plus exacte préparation à me conf&<iser et à communier. Eh! Seigneur, illuminez mon entendement, afin que je reconnaisse l'importance pour l'éternité de la disposition à votre sainte grâce.
m. Considérez en quels actes de vertus consiste la disposition requise de notre part à la grâce sanctifiante. A ce sujet les théologiens disent qu'il y a des dispositions indirectes, comme sont toutes les bonnes œuvres que font les pécheurs sans penser à Dieu, parce qu'elles préparent la voie à sa miséricorde ; et celui qui s'adonne au bien, quoiqu'il soit infidèle, passe plus aisément à la dévotion chrétienne, que celui dont les moeurs sont entièrement corrompues. Us disent pareillement qu'il y a des dispositions directes, dont les unes sont plus éloignées, les autres prochaines, et les autres très-prochaines et inséparables de la grâce. Les plus éloignées sont les actions bomies qui laissent encore une âme bien loin de la grâce, comme si un infidèle priait Dieu de l'illuminer dans la voie de la vérité, sans rien faire de plus pour cet effet, ou si un pécheur priait Dieu de le retirer du péché , sans faire autre chose. Les dispositions pro* chaines sont les actes de Foi, d'Espérance, et l'horreur du péché par la crainte de la danmation étemelle ; mais la très-prochaine
disposition est Tacte d'amour, ou la très-parfaite Contrition, d'où tient que la disposition requise à la grftce sanctifiante se réduit eommiinéinent aux actes de Foi, d'Espérance, de Charité ou de Ciontrition, suivant la détermination du Concile. Il faut la Foi, perce que c'est le commencement du salut ; c'est le guide et le flambeau qui conduit l'Ame à la vie, et quiconque en rejette un seul article, s'obstinant contre l'Eglise, est incapable de la grâce. Qui fCaura pas eruj dit Jésus-Christ, sera condamné (Marc, 16). Sans la Foi, dit saint Paul , tl est impossible de plaire à Dieu (Hébr. 11). n faut l'Espérance, parce que Dieu ne veut donner la grâce qu'à ceux qui lui font l'honneur de l'attendre de sa miséricorde ; c'est pourquoi quiconque dit, comme Caïn ou Judas : Dieu ne me pardonnera pas , met obstacle à la grâce. Parce qu'il a espéré en moi^ dit Dieu, je le délivrerai (Ps. 90). Qui a Espérance se sanctifie (i. Jean, 3), dit saint Jean. Elle requiert l'acte d'amour de Dieu, par-dessus tout, parce que cet amour est une conversion et un retour de l'âme vers Dieu ; c'est pourquoi comme celui qui retourne sa face du côté du soleil, se met en état d'être illuminé de ses rayons, ainsi l'âme qui aime Dieu par -dessus tout se dispose suffisamment à recevoir sa grâce. Enfin, au défaut de cet amour, il faut le repentir des péchés, c'est à savoir, une Contrition parfaite hors du Sacrement, ou l'Attrition avec le Sacrement qui lui donne la vertu de la Contrition. Dieu^ dit le roi des pénitents, vous ne mépriserez pas un cœur contrit et humilié (Ps. 50) !
Admirons ici la grande bonté de Dieu, qui requiert si peu de choses de la part d'une âme, pour lui donner sa grâce sanctifiante, et lui remettre tous ses péchés mortels. Il eut pu, certes, demander à l'homme qu'il s'affaiblît par les jeûnes, qu'il se déchirât la chair par la discipline et par mille autres austérités très-pénibles. Cependant, par bonté, il s'est contenté de quelques actes intérieurs de Foi, d'Espérance,' de Charité ou de Contrition. Et encore, pour en faciliter la pratique, et les rendre tels qu'il faut, il envoie ses grâces excitantes, par lesquelles il touche et émeut les consciences, et met les âmes en train de les exercer. Dieu de bonté infinie, qu'est-ce que l'homme pécheur, pour que, vous le traitiez avec une douceur si grande? n mérite pour son ingratitude que vous l'abhorriez éternellement , et que vous le repoussiez pour jamais ; et cependant
8i0 hk THiOLOOIE AFFECTIVE.
i^ous allei au-devant de lui, tous le reelierdiet , ploi déMrm
de lui faire du bien, qu'il ne Test d'en recevoir» EtonMOSHNiK
de cette conduite si miséricordieuse de Dieu , et de k diireli «I
de Tobstination de Tûme pécheresse. Et pour ce qui aoim ra-
garde, croyons, espérons , aimons » regretloni MdiroEMnt m
fiiutes.
SIXIÈME MÉDITATION
t)E8 dttAOn ACTUftLLES EN t*AlltICtlUBR , BT ^HËMltotEim DB LA ORAGE EXCITANTE ET StlFPtflAIITE.
I. Considérei que la grftce eicitante consiste dans une sainte pensée et une pieuse considération , par laquelle Dieu éclaire l'esprit , et dans un saint mouvement et une affection de la volonté, par laquelle il la fortiOe pour aimer la vertu. Cette sainte pensée a une merveilleuse diversités Quelquefois c'est la considération des misères de cette vie ; quelquefois l'horreur de la mort et des jugements de Dieu ; quelquefois c'est la vue de la difformité du péché \ quelquefois c'est la pensée d'entendre un prédicateur, de demander conseil à on homme de vertu, ou de lire un livre de piété. Autre fois c'est la considération de« l'excellence de la vérité de quelque article . de la Foi, ou du bonheur d'une conscience tranquille ; autre fois c'est la connaissance des consolations que reçoivent les âmes saintes au sortir de ce monde. Quelquefois cette sainte pensée regarde Dieu, ses perfections infinies, sa bénignité, sa miséricorde, sa justice, ou bien elle s'applique à Jésus-Christ, à sa charité, à sa beauté, à son excellence, à sa Passion, à son Ascension, à sa gloire. Les pieuses affections de sa volonté n'ont pas moins de variétés; car quelquefois ce n'est autre chose qu'un dégoût des plaisirs de cette vie, et une horreur que conçoit l'homme du misérable et périlleux état où il est ; c'est la crainte de la mort, du jugement et de l'enfer, ainsi que l'explique saint Pros-
f%t d* Aquitaine (i) , disant qu'il n*y a rieh de ri heureux que Cette erainte, qui est la source et la maîtresse de la sagesse; et tAème Saint Augustin, qui dit qu'il but que la crainte entre la première , et par elle arrive la Charité , que la crainte est la médecine, et que Itt Charité est la santé (2). Cette même pieuse affection eftt quelquefbis un désir subit de changer de vie, et d'imiter \m plus veHueux. C'est quelquefois un élan après, le Paradis, une subite complaisance dans les perfections de Dieu, un U'ansport d'aSteetion pour Jésus^Christ : en somme, ce qui vient subitement A l'esprit touchant les choses surnaturelles, et à la volonté^ pour etciter Tâme, la réveiller comme en sursaut, et la porter I la vertu^ appartient à la grâce excitante. Et il n'importe par quelle occasion ou rencontre ces pensées et ces affections sur- ^ennent; car Dieu, qui est désh^ux du salut des hommes, et qui a tout créé pour cette fin, touche les âmes ultérieurement â toutes aortes d'occasions. C'est pourquoi ces pensées surviennent quelquefois dans une prédication et dans une conflîrence dévote, ou dans Tentretien de quelque personne spirituelle; d*auireâ fbis par la lecture d'un livre, autres fois en assistant à Tagonie et à la mort de quelque personne en voyant aussi les exemples des bons ou des méchants, dont les uns nous font envie, et les autres causent de l'horreur. Un songe même dans lequel un pécheur rêve que les démons l'emportent, ôu qu'il est saisi par la dent des bétes cruelles, en a tAi réveiller plusieurs de leur sommeil spirituel, après leur réveil corporel, pour faire une bonne pénitence et changer de vie. Pareillement la "^ vue des créatures fait concevoir plusieurs beaux sentiments de Dieu. C'est pourquoi le même saint Prosper (â) dit que les gentils dnt reçu des enseignetnents prophétiques dans les secours, et le témoignage des éléments, comme si les créatures inanimées leur eussent tenu lieu de Prophètes, pour leur enseigner la loi de Dieu, n dit ailleurs r' Aus ceux qui vont à Dieu y sont atti-^ rés ; la contemplation des éléments , le récit de ses œuvres, la crainte , la joie , le désir et le plaisir de la lecture portent A Dieu. Et qui pourrait raconter par combien d'affection» Dieu attire l'âme humaine, pour lui feire suivre ce qu'elle Aiyftit,
(i) De Voc. Gent. 1. S, c. 25. -^ {%) Tract. 9. la Epist. Joan. — (8) L. 8. de Voc. Gen. c. 6.
312 LA THÊOLOGffi AFFECTIVE.
aimer ce qu'elle haïssait, désirer ce don! elle avait dégoût? Or,. par quelque occasion que Dieu fosse entrer ces saintes pensées et ces pieuses affections dans l'àme, elles s'appellent grâces exdtantes, parce qae , par elles, comme par des voies extérieures, Dieu les excite à la pénitence ou à la perfection. EHes s'appellent prévenantes, parce qu'elles viennent sans aucun acte de la part de l'homme qu'elles préviennent; elles sont dites grâces antécédentes et premières, parce que d'ordinaire elles sont suivies d'autres ' secours divins; elles s'appellent aussi quelquefois grâces victorieuses, efficaces ou très-efficaces, ou triomphantes, selon l'opération qu'elles font, et encore, par égard à la fin prochaine pour laquelle le Saint-Esprit les donne, elles se nomment tantôt grâces d'un bon commencement, tantôt grâces de progrès et d'avancement, grâces contre la tentation , grâces de conversion, grâces de pénitence, grâces de la sainte persévérance, selon la diversité des actes pour lesquels elles sont données. Et comme ces actes sont quelquefois moins parfoils, et ne suffisent point pour justifier le pécheur, quelquefois plus parfaits, comme Tacte de contrition parfaite qui suffit pour sanctifier une âme, elles sont encore, sous ce rapport, de deux sortes; enfin elles s'appellent grâces suffisantes et médicinales, parce que, par leur moyen, l'homme peut faire son salut ei avuir tout ce^ qui lui est nécessaire. En effet , eUes le mettent dans la bonne voie et commencent la guérison de son infirmité, qui est Fignorance de ce qu'il faudrait savoir, et la convoitise de ce qu'il ne faudrait pas aimer; d*oû il suit qu'elles consistent dans des lumières de l'esprit, pour guérir son ignorance, et dans de pieuses affections de la volonté, pour donner un contrepoids à ses inclinations terrestres. Ce que confirme saint Augustin, quand il dit, que demander la grâce à Dieu, n'est autre chose que de lui demander qu'il nous fosse voir ce qui nous était caché, et qu'il nous renl|l^#4oux et suave ce qui nous paraissait pénible (1). Ce qu'il entend de la grâce excitante, considérée dans son état plus parfait, non dans son commencement et dans sa première enfance, dans laquelle on trouve encore les mouvements de crainte, qui ouvrent la porte à la Charité, à la suavité et à la délectation intérieure.
(1) L. 8, de Peccat. Merit. et Remiss. c. 19.
Admires en eeci la bonté de Dieu, qui se serl de voies si douces pour nous élever au Ciel, de nos pensées, de nos aflections, qu'il excite en nos ftmes à toute occasion : pourrait-on souhaiter une conduite plus suave? Seigneur! grande est l'ahon» dance de voire douceur (Ps» 30). Vous êtes certainement ce trèsgrand, et trës^haut Dieu, dont on ne peut parler ni penser assez dignement, à cause de Tineffable excellence de votre grandeur, de votre sagesse et de votre bonté infinie, et vous faites toutes choses pour un homme vil et misérable , et ne voulant pas forcer sa liberté , vous l'attirez à vous par de suaves attraits , et vous voulez qu'il vous obéisse de plein gré, parce que, sans sa volonté, il ne se fait aucun bien qui vous soit agréabl^JVO Seigneur très -bon! donnez -moi tous les jours de ma vie ces grâces excitantes , ne me relirez jamais ces lumières intérieures et ces pieuses affections; ou bien tenez-moi toujours en crainte, comme un bon père tient ses enfants, afin qu'ils demeurent en leur devoir; ou bien faites-moi ressentir tant de goût et de douceur dans la pratique de la vertu, que tout le reste me soit dur et amer en comparaison. Donnez-moi, Seigneur, une science certaine de ce que j'ai à faire, et une suavité victorieuse , pour n'aimer que vous seul, 6 mon Dieu I et pour que vous me soyez plus doux que tous les plaisirs mondains, afin que je n'aime pas les créatures, mais vous, qui êtes mon vrai bien et ma béatitude. ■ n. Considérez que les grâces excitantes et suffisantes ne sont point épargnées de Dieu pendant la durée de cette vie, mais qu'elles sont données en temps et lieu à tous les hommes qui usent de la raison. // illumine, dit saint Jean, tout homme venant au monde (Ev. c. i). Et où a abondé le délit, dit saint Paul, a surabondé la grâce (Rom. 5). Telle est la conduite qu'il tient à l'égard de toutes les créatures raisonnables de tout état, de tout sexe, de toute condition, leur fournissant ce qui est suffisant et requis pour les attiiMT À leur fin dernière. Telle est la miséricorde de FHomme-Dieu Jésus-Christ, qui est mort pour tous les hommes de la terre sans exception, pour acquérir à tous, et même aux réprouvés fidèles ou infidèles, des moyens suffisants de salut par une Rédemption abondante, et la gloire, étemelle à ceux qui feront bon usagtt^ie ces moyens, ou auxquels ils seront appliqués comme il faut. Autrement il ne serait pas le chef de tous les hommes, et son obéissance serait vaincue par la déso-
SI4 L4 THtOLOQlE AFPllCTIVE.
béissance d'Adam, qui a aiiTeloppé toutes \m inea, axcêpté aalli de la Vierge immaculée. Saint Proaper d'Aquitaine, lé meilleur disciple et le plus grand défenseur de saint Augmtin louchant la giîce, dit sur ce sujet (i), que Dieu n'a pas ntoins eu de soin d'aider les esprits en tout temps, que de nourrir les ecNTps, qu'avant le déluge et après, dans la loi mosaïque et énsh gélique, il pourvoyait pour tous aut moyens de salut , qu'il ttt mort absolument pour tout le monde. Et saint Augustin mèoie dit (3) : Si tu veux, le sang de Jésus-Christ a été donné pottr toi; si tu ne veux pas, il n'est pas donné pour toi. El Philippe, chancelier de Paris « remarque pour ce sujet que k Saint- Esprit est comparé à l'air : j'ai otmH më hmuhê, et j'ai af(tfé l'eipriî {Pu. 118), parce que rien n'est plus nécessaire et plus commun à toua les hommes que l'air; de mtaie que Di«s n'oflOre rien plus généralement à toua les homiues que le Saint» Esprit^ o'esl-à^ira ses grâces excitantea. Ce n'est pas pourtant que les hommes les reçoivent à tous les instants de leur irte, car ce sont des éclairs qui brillent et disparaissent Incontinent) ce aont dea touches du Ciel, et du doigt de Dieu, qui frappent par intervalles et à diverses rapriseSi C'est pourquoi, quand \H hommes feraient réflexion sur toutes les pensées et (ous le< mouvements de leurs âmes, ils ne se trouveront pas toujoun et sans relâche actuellement excités. Us ont le temps de dormir et de traiter léura négoces, et Dieu n'envoie ces secousses intérieureâ qu'en teltaps et lieu, comme il lui platt de choisir. Ils peuvent néanmoins tous les jours, et k toutea les heures du jour, opérer leur salut en vertu des grâces autrefois reçues, et en vertu de celles qu'il leur fournit ou leur Ibumira à l'avenir. C'est pourquoi il n'est pas bien certain que l'honmie reçoive, quelque espace de temps avant de mourir, la dernière bortne pensée et la dernière grâce de volonté , après quoi U est rejeté de Dieu à l'abandon sans en plus recévilr. Il est plutôt i croire que la dernière grâce arrive â l'article de la mort, où les mé^ chants sont dans le plus grand besoin, «t où ils sont réduits à une extrême nécessité dans laquelle Dieu n'abandonne jamais les âmes. Ainsi les âmes réprouvées n'ont point de quoi se plaindre, que d'ellefr-mômes r et de laur résistance aux attraits
(1) L. 1, de Vo<$. GsM. e. If. G«p. 14 et €ii|^. 16. ^ (1) Sçrm. si. Ëx.
M LA GRàCE. SiS
de la frtoè» Elles ont eu des inspirations iarnntiveUès , les» qu^ts, si elles se fiassent raidues dociles el obéissantes^ leuf eussent obtenu ia rémission de leurs péchés» Ainsi il est Trai qn'ellee n» se sont pas sauvées, parce qu'elles né l'Ont pas tôuIu^ comme il leur était possible de le vouloir» Malheur, malheur I écrit un théologien mystique, à la tiédeur de notre temps^ dans lequel » encore que plusieurs veuillent être probes dé vie et de flMBurS) ils ne veulent pourtant pas se donner la peme de fiiire des œuvres de vertu, pour acquérir cette probité. Ils s'excusent et se {daignent que la i^ce leur manque. Ah I que plutôt la grâce an» rait raison de se plaindre qu'elle ne recentre personne qui veuille pratiquer les bonnes œuvres ; car^ disait saint Bernard, il ne se trouvé personne qui veuille faire tout ce qu'il peut dans les âf» Aires de Dieu, soit que la faveur, ou la crainte, ou quelque bieil ntile y invite. Telles sont les paroles de ce Docteur» Que si les adversaires de la grftce suffisante eussent bien considéré ^eci, ils n'eussent peut-être pas avancé une doctrihe si injurieuse k la bonté de Dieu. Car ce n'est pas en penser digbementi que de se contenter de dire^ qu'il n'est pas injuste, et qu'il ne Ût tort à personne, en refusant la grâce suffisante pour punir le péché ori* ginel, ou des péchés personnels. Pour être bon et miséricordieux comme Dieu, ce n'est pas asses de n'être pas inique et tyran s il^priseê-4u, dit saint Paul â un réfurouvé, ké richeneê de $a bêntë et de sa patience, selon ta dureté et ton cmur impénitent , tu t'a*' maèses un trésor de peine au jour de la colère (Rom. 3). La bonté de Dieu est donc granie, même à Tégard des réprouvés, car, il fait luire son seleil sur les juites ei les injustes (Matth. 5) ; il cultive une vigne qui ne lui rapportera jamais de fruits, c'est pourquoi il dit : Qu'ai-je pu faire de plus à ma vigne (Isa. 5)? Le Fils de Dieu a prêché des réprouvés qui, ont assisté â ses exhortations ; ce qui eût été absurde, autant que d'exhorter un tronc d'arbre à courir ou un bœuf à voler, s'ils n'eussent eu des moyens suffisants de se rendre â ses exhortations. Mais osent*ils bien dire que Judas a manqué de grâces suffisantes dans la So» oiété de Dieu, et parmi tant de caresses qui lui furent faites? Certes, le grand saint Cyrille dit (1), qu'il avait autant de grâces que les autres Apôtres, dont la volonté coopéra à la grâce qui les
(i) L. 3. Hi JOlil.
316 LA THÉOLOGIB ÂmCRVE.
sauTa» Un autre dit que David lui donne trente malédietions, dans Tun de ses Psaumes, parce qu'il résista autant de fois aux remontrances de Jésus-Christ, ne voulant pas s'amender ; et saint Augustin dit qu'il jeta l'argent au prix duquel Jésus-GhrisC avait été vendu par lui, et qu'il ne connut pas le prix auquel il avait été racheté de lui.
Ainsi, Dieu très-grand et admirable en votre providence, vous êtes bon pour toutes les créatures, et celles qui sont vos eausemies, ne laissent pas de recevoir vos bienfaits, et d'être suffisamment invitées à votre festin céleste. Vous ressemblez au soleil qui ne laisse pas d'illuminer les peuples qui le maudissent. bonté suprême ! continuez toujours ainsi de répandre vos magnificences, allez toujours remplissant tous les cœurs de vos bénédictions qui les préviennent. Malheureux donc ceux qui se [daignent de vos jugements, comme s'ils n'étaient pas suffisamment secourus. Ingratitude et m^songe qu^ de prétendre ne pouvoir se convertir et aimer vos saintes lois I Misérables qu'ils sont, ne leur suffit-il pas d'être criminels devant vous , sans se rendre vos accusateurs très-injustes? Je confesse donc. Seigneur, que vous donnez à tous des secours suffisants. Rédempteur universel du monde I Sauveur de tous lei hommesy et jmndpalemerU des fidèles (i. Tim. 4) ! j'en rends grâces à votre charité très-abondante, et je fais un ferme propos d'employer toute la force de ma liberté, excitée par votre grftce, à y correspondre fidèlement jusqu'à la mort.
m. Considérez néanmoins que ces grâces se donnent inégalement, aux uns plus, aux autres moins. Saint Thomas enseigne celte vérité, disant que Dieu excite l'homme par sa grâce, mais diversement; quelquefois à un bien qui n'est point parfait, qui sert néanmoins de préparation à la grâce sanctifiante; quelquefois il l'excite d'abord à un bien parfait, et sans retardement, et l'homme reçoit la grâce sanctifiante, selon ces paroles : Quiconque écoute mon Père , et reçoit sa parok , vient à moi (Jean , 6). De là vient' la distinction de la grâce excitante ou suffisante en grâce initielle ou naissante, qui n'excite qu'à la crainte et aux moindres vertus, et en grâce adulte ou parfaite, qui excite à la Charité. De plus, la grâce est donnée aux uns, dit Richard de Saint-Victor, comme par gouttes, aux autres avec diffusion, quand ils en sont tout remplis, et aux autres avec surabondance. C'est pourquoi les théologiens distinguent plus
commun&neiit ces grâces en trois ordres , selon les degrés d'intaisité avec laquelle elles sont accordées. Les premières, auxquelles il est aisé à la nature de résister, ne lui donnent pas plus d'inclination pour le bien, que le vice et la corruption ne lui en donnent pour le mal ; c'est pourquoi, avec ces premières grâces, la nature demeure conune en équilibre, et peut se tourner aisément au mal, et rarement se tourne au bien. Les secondes grftces sont plus fortes et plus abondantes , elles font pencher la nature beaucoup plus du côté de la vertu que du péché ; c'est pourquoi elle ne peut pas s'en défoire aisément , quoiqu'elle ne laisse point encore d'y résister quelquefois, et cte se porter au mal avec je ne sais quelle peine et regret qu'elle sent, pressée qu'elle est par ces secours et ces grâces plus abon* dantes. Les troisièmes grâces , qui sont une plénitude de grâces si abondantes , qu'elles gouvernent la nature avec une suavité puissante, elles ne manquent jamais d'être efficaces, et d*élever tovgours, et de ravir la nature â une perfection céleste. Si bien que les cœurs les plus durs, s'ils viennent quelquefois à en être touchés, n'y font jamais de résistance. Telles furent les grâces de la Yiei^e sacrée et de plusieurs âmes d'élite, que la bonté de Dieu a voulu favoriser extraordinairement au-dessus du cours ordinaire de la grâce. L'expérience fait foi de cette assertion ; car il est évident que les uns ont beaucoup plus de saintes pensées et d'affections que les autres. L'Ecriture même nous en offre des exemples, afin que nous n'en puissions pas douter. Elle iait voir que les habitants des riches et opulentes cités de Tyr et de Sidon n'eurent jamais tant d'attraits que les Juifs de Bethsaide et de Corrozaïn ; et que s'ils eussent été aussi avantageusement partagés , ils eussent fait des conversions admirables, se revêtant de haires ou de cilices pour signaler leur pénitence. Si bien qu'il y a des âmes plus favorisées, quoique toutes le soient suffisamment. D y a même des nations entières qui évidemment sont plus éclairées, commei^il est manifeste que le soleil échauffe et éclaire quelques terres plus que les »auti^, et qui dès lors peuvent dire raisonnablement : Dieu tCà' point agi ainri à Végard de tontes les nations, et ne kur a pas reveU ses jugements (Ps. 147) On dirait que Dieu a voulu garder la même proportion dans les êtres surnaturels , que dans les qualités naturelles, lesquelles il a créées différentes et m^es ; afin qu'il
518 U^ TUÉÛLÛOIE AFflGTIVE.
y eCil divtrsilé dana la mulUlnde , et ipnê àsm caHi ittvMiÉi parAI l'ardre» at par Tordre la beayld; c^aal poorcpm lea élailis diSj^rent Tune de Taulre an clarté, laa pierrea préckuaea ont &> vers frit ai dit era éolaia ; il y a dea planiae, daa amoMux, du oorpa at daa esprits afaatagéa par-dasaua laa autrea, oomma il y a daa hommes plus rkhea et plus heureux que laa autres, psrcn qu'il plati ttasi à Dieu. Que ai œa préffirenoas na peuvent étn oondaumées dans Tordre de la nature, elles ne le peuvent être aussi dana Tordre de la grâce ; car, puisque toutaa les àmea ont dea grâces sonsantea pour se sauver, de quoi se plaindront-dles, ai ayant ce qui leur suffit, Dieu accorde à quelques»unea dsi bveura aignaléos? Ne seraiaot«-ellea pas envieoaaa? Saint Prosper d'Aquitaine (1) prend à tâche d'éclaircir cette même vérité, par la comparaison des pères qui aiment plua tendrement quelqu'un de leurs enfants que les autres, avant d'avoir examiné leurs mérites, et des maîtres qui font des fiiveura plus particulières à quelques-uns de leurs serviteurs. Que si, dit-il, nous n*osons blâmer ces jugemanta , fiiulâl se plaindre de la trèa*bieava31ant| équité du souverain Père et vrai Seigneur, ai, dans aa grande maison, toutea choses sont diverses av^ des différences innomhraUes. Enfin, saint Pierre, pour ce aujel, appelle la grâce de Dieu, mulHforme^ e'est4-dire, pleine de diversités (i. Epit. 4).
Admirai ici la providence surnaturelle de Dieu, qui a tant de sortea de moyoïs pour attirer â aoi las âmes. Adorei'y la profondeur de ses jugements, en ca qu'il âivorise ainsi plua spécialement certaines âmes par pure bonté. Loues sa magnificence à leur égard. Bénissex ces âmes que Dieu va comblant de béné^ dictions plus abondantes. Ohl que ces âmes bvoritas du rm de gloire aont â chérir et à révérer, ûh i si oq pouvait certainement kts diacerner d'avec lea autres , qu'il leur faudrait porter d'a(U fection, et rendre de req)eet ! Gardez-vous bien de murmurer iê oes inégalités, parce que Dieu faisant da plus grandes miséricoiv des aux uns, non^seuleiaent ne fait pas d'injustice aux autrea, mais^l laijr feit miséricorde et leur donne assez de grâces, pouvant jugement n'en point donner du tout. Ressouvenez- vous de ces paroles de saint Augustin (2) : Pourquoi, toutefois â celui-ci de la sorte, et à eelui-ci d'une autre sorte ? kmme, qui es-^tu (Rom. Q)?
. (i)L. ds VqiB4t» Ô^. Cap^ aa. »- (^ |i« i, id SImplis. Q. a.
Croyqnsi «ncpr» qu^ immis m lo poiiiions oompraidre, qiM celui qui a fiiit U cré»tiar$ corpomlla et «pirilueUe» • tout diapoié avec poids ot mesure. Mais sofi jugamonta ne h peuvent pénétrer* C han t o ua Alklm , eotaonona-luî uo cantiqiie de louange, et ne disons pas ; Pourquoi ceci» pourquoi cela ?
SEPTIÈBfE JIÉDITATION.
DIEU RETIRE TOUS LES HOMMES EN AGE Dl RAISON DE ILA ni PERDITION, PAR IM ORACEE PRÉVBMANTEa.
L Considérer que Dieu ue pourrait être accusé d'ii\justica, s*il délaissait tous les bonunes dans TéUt du péché et dans la masse de perdition» où les a jetés la &ute d'Adam, sans leur donner aucun secours de grâces prévenantes pour les en relira, Le Saiut-Esprit autorise cette considération par la bouche du Sage : Qui ïélèvera contre votre jt^ement^ ou qui vom imputêrg^ la rum des nations que v(m ave^ faites (Sag, 12)? («a raisoa en est que tous les hommes naissent infectés du péché origi-* l»el, qui les rend enfants de colère» et si^ets k Tindignatioa de DieU| qui dés lors n'ont aucun droit aux grâces et aux faveurs de Pieui mais bien plutôt â ses châtiments 9t à sa colère. £t puisi la grâce ne serait point grâce et faveur spéciale^ si elle était due eu justice; si Dieu donc laissait les hommes dans la masse de perdition» dans laquelle le péché originel les a mis« il ne pourrait être accusé d'injustice» refusant de fsire miséri-» corde â ceux auxquels il n'est aucunement obligé de la faire. Que s'il la peut ainsi refuser â ceux qui sont seulement dai^ le péché originel, bien plus justement la pourrait-il rafustt :à ceux qui, outre le péché originel, se sont chaigés de péchés ^Mrson-* nels commis par leur propre liberté , et par la transgression volontaire des lois divines, méprisant les avertissements inlériauna de la couscience : car les péchés personnels sont beaucoup plqa gna&i Qt rendwt una âma bien plus crimioelte #t plui coupa-
ble devant Dieu , que le péché orig^el, qui est le moins volontaire de tous les péchés. Partant on ne pourrait former de justes plaintes contre Dieu, si le pécheur, en punition de sa vie perdue, ne recevait de lui aucun secours suffisant pour rentrer en grâce y demeurant abandonné sans se connaître soi-même, sans se souvenir de son salut, et sans espérance de pardon et de miséricorde; parce que celui qui, après le baptême, pèche mortellement, mérite d'être toujours privé de la grâce de Dieu qu^il a une fois méprisée; combien plus, si étant averti, et excité intérieurement par la grâce excitante, il a méprisé de revenir, lyoutant péché sur péché I
J'apprendrai par là en quel déplorable état le péché nous réduit , faisant que nous n'avons aucun droit de prétendre par titre de justice â la grâce divine, pour nous retirer de notre malheur. Alors, après le péché, nous ne pouvons foire autre chose que de nous humilier très-profondément devant la miséricorde divine, envers laquelle nous avons une nouvelle dépendance, comme ne pouvant sortir du péché que par elle seule, ou échapper aux peines qu'il appartient â sa justice de nous faire ressentir. Je concevrai aussi que les premières grâces prévenantes sont toutes gratuites, et ne nous sont dues à aucun titre. Dieu les donne même à ceux qui sont ses ennemis, auxquels n'est due que la punition de leur outrage et son aversion étemelle; tellement qu'il ne leur ferait aucune injure de les en priver à toujours, les laissant dans la masse de perdition. Seigneur ! combien gratuite est donc votre ^ miséricorde envers des pécheurs très-indignes que vous daignez prévenir des premières grâces excitantes! Seigneur! puissions-nous vous témoigner un amour plus spécial pour les premières illuminations, dont vous avez éclairé nos entendements , et pour les premières mspirations par lesquelles vous avez touché nos volontés!
IL Considérez que Dieu retire les hommes de la masse originelle de perdition, en leur ôtant l'impuissance de se sauver, et en Jepr donnant quelque moy^n d'en sortir. Cette vérité paraît dafts la providence universelle de Dieu, qui s'étend sur tous les hommes de la terre. Vous aimez , dit le Sage , toutes les choses qui sont, et vous ne haïssez aucune de celles que vous avez créées y car vous n*avez rien établi avec haine (Sag. H). Aussi a-til lait miséricorde à Adam^ la source et la racine du péché;
D£ LA GRACE. 3il
bien davantage ceux qui, sans la participation de leur propre volonté, en sont souillés, auront-ils moyen, par sa miséricorde, d'en sortir, d'autant plus que ce péché, dans les enfants d*Adam, est très-digne de cpinmisà*ation, ayant été contracté par la volonté d'autrui. Mais l'on dit id que Dieu sans injustice pouvait laisser les hommes dans la masse et dans la perdition du p^hé originel. Il le pouvait sans doute, mais il y a bien plus d'apparence que lui, qui est prêt à pardonner les crimes les plus énormes des homicides et des blasphémateurs, aura aussi voulu pardonner à tous les hommes le péché originel qui rend les hommes moins coupables devant lui, comme n'y ayant en rien contribué que par Adam leur père. Où serait donc la clémence tant renommée du Père étemel , s'il laissait tant de créatures douées d'une âme raisonnable dans une perdition étemelle? au moins en devrait-il autant retirer de celte masse qu'il y en laisserait , afin de ne pas faire éclater moins sa miséricorde -que sa justice ; car pourquoi Dieu serait-il plus enclin à la rigueur qu'à la miséricorde? Cependant ils disent que Dieu ne retire de cette masse que les seuls prédestinés, et que, pour les autres , il les prend en aversion , quoiqu'ils soient en beaucoup plus grand nombre, et qu'il ne veut pas les secourir pour les dégager du péché. Ils disent même que Jésus-Christ mourant sur la croix pour le salut des hommes, et les envisageant tous dans une égale nécessité d'être rachetés par ses mérites , il eut aversion et dédain de tous les autres, ne voulant jamais de réconciliation avec eux. Arrêtez-vous un peu ici, pour voir en quelle absurdité tombent les esprits préoccupés; car, ou notre Seigneur Jésus-Christ avait assez de mérites pour racheter tous les hommes, ou il n'en avait que pour racheter les seuls prédestinés. S'ils disent que ses mérites n'étaient pas assez abondants, ils font injure à la dignité de sa Personne infinie. S'ils disent qu'il en avait suffisamment, mais qu'il n'a pas voulu en faire part aux autres , en vérité-», n'est-ce pas offenser la charité, la bonté, la débonnaireté de l'âme de Jésus-Christ , -la meilleure de toutes les âmes? n'est-ce pas faire outrage au cœur lé plus aimant de tous les cœurs? n'est-ce pas jeter la défiance dans les esprits des hommes? Quoi! il ne lui en eût pas coûté davantage, il avait répandu du sang plus qu'il était nécessaire, et il n'eût pas voulu les aider au plus fort de leur nécessité ! Si bien que Dieu, à leur compte, nous aurait obligés à aim^ tous les 11. 21
322 LA TUiOl^OCm ÀFFSGTIYE.
hommes de la terre» mu exception , i procwer leur salut, |t Jésus-Christ ne l'aurait pas &it? Jl aurait été mus charité aucune envers des âmes innombrables » qu'il pouvait sans autre noç^velle difficulté racheter comme lea autres, ti'eussent-^ils voulu faire , s'ils eussent été en sa place , eussent-^ils bien eu tant de dureté et tant d'envie que de voir des âmes malheureuses sans qu'il ; eut en elles ni propre péché ni transgression vraiment volontaire? Mais ils disent que Dieu l'a ainsi prédestiné pour montrer sa justice ; comme si les moyens eussent manqué à Dieu de la frire éclater, devant y avoir tant d'hommes sur la terre » qui, par leur propre malice, ne lui en donneraient que trop de s^jet Tels sont les mauvais chrétiens, qui, par le Baptême et par les autres Sacrements, ont été plusieurs fois retirés de tout péché, dans lequel ils se replongent par leur propre malice. Tels sont les infidèles, soit qu'ils aient connaissance de la religion chrétienne, soit qu'ils n'en stient jamais ouï parler; car du moins ils ont quelque illumination et quelque inspiration intérieure do Ciel, pour se porter à quelque bien , après quoi Dieu les illuminerait et les inspirerait de plus en plus, jusqu'à ce qu'ils fussent entièrement guéris; en sorte que s'Us demeurent dans la masse du péché originel, la cause en doit être attribuée à leur malice, dit saint Prosper (1), et à leur obstination, mais non à ce que Dieu leur manque, car l'assistance de Dieu est donnée à tous par mille voies difiGÏrentes, occultes et cachées» manifestes et évidentes. Parce que , dit saint Pierre , Dieu use de patience pour l'anuHir de vous, ne voulant qu'aucun périsse , mais que touê rieninent à h pénitence (a. Pier. 3). C'est pourquoi tous les infidèles ont des Anges Gardiens, qui les sollicitent à leur salut et à la grâce justi* fiante qui leur est offerte, quoiqu'ils ne la reçoivent pas, non plus que les grâces excitantes plus fortes, qui pourraient les porter à un acte parfait d'amour de Dieu qui les sanctifierait; et ces grâces, ils ne les reçoivent pas, parce qu'ils résistent aux premières grâces prévenantes qu'ils ont reçues et qu'ils reçoivent tous les jpurs pour s'élever par degrés au souverain de tous les biens. Et, pour ce qui concerne les enfants qui décèdent sans le remède du péché originel, qu'ils ne se peuvent eux-mêmes appliquer, kl providence de Dieu, qui a soin des petits passereaux et
(1) Ut vocat. Gentium. l.S, c. SQ.
DK LA GUACE. 523
ne los laUse point mourir de faim, s'étend encore sur eux; car, comme ils sont engagés dans la masse de perdition par la foute d'autruii aussi peuvent<-ils être dégagés par le secours d'autrui. Et les hommes pourraimit les assister, s'ils n'étaient infidèles par leur faute, ou si avant que de naître au monde, ces eniants ne perdaient la vie, soit par l'imprudence de leurs mères, soit par la malice des hommes, qui les tuent, ou qui méritent d'être châtiés par la mort de ces petits enfants. Quoi qu'il en soit, ils doivent être discernés des adultes sujets à la peine du feu, à laquelle ces petits enfants ne sont pas condamnés, ainsi qu'on le dira ailleurs.
Cependant exaltez ici la miséricorde de Dieu, qui retire lea hommes de la masse de perdition, leur donnant par ses grâces le pouvoir d'en sortir. Ne pensez pas que Dieu vous doive priver du Paradis et vous retirer ses grâces durant cette vie , à cause du péché originel ; car, puisque vous êtes au nombre des cbrétiensi il vous a été pardonné au Baptême, et puisque tant de fins vous avez eu l'Absolution de vos propres péch^, eonflei-vous que vous n'êtes point dans la masse du péché originel. Donnezvous la consolation de croire que Jésus^Christ a étendu sa eha« rite sur vous, et a offert pour votre Rédemption le prix de son sang et de sa vie, si bien qu'il ne tiendra qu'à vous de vous pré* valoir de sa Rédemption surabondante. Rédempteur de tous tes hommes, en qui tous seront vivifiés par la résurrection, comme tous sont morts ou mourront par Adam I imprimez ces vérités en mon âme, et délivrez-moi des troubles que cause la doctrine contraire, afin qu'étant prévenu de votre grâce, j'y coopère fidè^ lement jusqu'au dernier soupir, ne me défiant paa de votre amour, et croyant que vous êtes mort pour moi.
ni. Considérez d'où vient qu'il y a tant d'âmes pécheresses engagées dans la- masse du péché originel, et dans Tétat encore pire du péché mortel, propre et personnel, d'où elles ne sortent pas, nonobstant les grâces excitantes qui sont rép^ues par* tout, n y a deux sources principales de ce désordre lamentable : la première est l'inégalilé des grâces suffisantes, dont Dieu prévient les volontés humaines ; et la seconde source, le défaut de coopération de la part des âmes aux grâces prévenantes et siif« fisantes, soit naissantes, soit plus parfaites. Pour la première sourcei U faut souvent se mettre devant les yeux «a cette »••
tière que , quoique les grftces suffisantes soient données à tous > les hommes, c'est pourtant avec inégalité et difTérence. Dieu en t donne de plus grandes et de plus fortes aux uns qu*aux autres; -i car le monde ne serait pas bien si tout y était égal en tous les ti ordres ; il y en a de grands et de petits. Datu une mmonf dit l'Apôtre j il n'y a pa$ ieulement des vases d*er et d'argent , mais Qusn de hm et de terre (ii. Timot. 2). Et cette inégalité de grâces, quoique suffisantes à chacun, est la cause la plus ordinaire pour laquelle les uns quittent leur vie païenne et débordée, tandis que les autres y demeurent avec obstination. Car plurienrs se convertissent, parce qu'ils sont plus fortement prévenus par une grâce plus abondante. De là ces paroles étranges de saint Paul : Il a fniié de qui U lui plaît y et il eniurdt qui U lui phAt (Rom. 9), parce qu'il donne des secours plus spéciaux aux uns qu'aux autres, qu'il est dit endurcir, non par la privation de toute grâce suffisante, mais seulement par celle des secours privilégiés, qui rendent la grâce suffisante plus abondanUe, plus active et plus puissante pour la conversion du pécheur. En quoi Dieu use de son droit, non-seulement sans faire tort à personne, mais aussi en faisant du bien à chacun. Aussi, dit ensuite le même Apôtre considérant ces hautes vérités : Le potier de terre n'a^t-^l pas la puissance de faire d'une même masse un i)ase d'honneur et un vase d'ignominie (Rom. 9) , qui ne servira qu'à des usages vils? Car c'est par ces grâces diverses et inégales que l'on voit des bons et des méchants parmi les hommes, des fidèles et des infidèles, des chastes et des luxurieux, des tempérants et des débordés, des humbles et des arrogants, des modestes et des insolents, des religieux et dès impies. Néanmoins, comme la volonté prévenue de la grâce doit contribuer pour sa part, et que quelquefois il arrive que ceux qui ont de moindres grâces, s'avancent devant Dieu, tandis que les autres, qui en ont de plus fortes , reculent en arrière , résistant toujours au Saint-Esprit, comme saint Etienne le reprochait aux Juifs , il y a une seconde source de ce malheur , qui est le défaut de la volonté humaine qui refuse de coopérer à la grâce excitante, se portant par l'abus de sa liberté infirme, où elle n'est pas appelée. C'est pourquoi TApôtre saint Paul continuant de faire ses réflexions sur ce que les Gentils se sont convertis à la foi de Jésus-Christ et à son amour, et non les Juifs, conclut finalement pour dernière réso-
lution, que ce désordre provient de la faute des Juifs, qui se sont Umt attachés aux œuvres de la loi Mosaïque , quoiqu'elle fitt abolie par la publication de l'Evangile. Ds ont prétendu que la loi Mosaïque les justifierait, non la foi et la religion chrétienne, qu'ils ont volontairement rgetées. Ce n'est donc pas la fiiiblesse de la grâce qui les portait à croire, qui est la source de leur infidélité. Telle qu'ils l'avaient reçue, elle avait d'elle^ mêoie assex de force et de vigueur pour leur faire embrasser Jésus-Christ et sa doctrine. D'où vient donc leur incrédulité? ils se sont trouvés peu disposés à coopérer. Et si Ton recherche plus avant, qui les a ainsi indisposés ? eux-mêmes se sont indisposés diversement , ainsi que font tous les jours les pécheurs fidties ou infidèles ; les uns par leur avarice, les autres par leur ambition et leur vaine gloire, pour ne pas céder à un autre ; ceux-ci par l'amour lascif, ceux-là par haine et aversion du prédicateur ou du livre qui les pourrait éclairer et toucher, d'autres par quelque autre prévention d'opinion, quelque compagnie ou habitude vicieuse, qui les rendent tels, que la grâce n'a pas prise sur eux, comme le dard, qui n'a pas prise sur une roche. Ainsi le cœur est rebelle à la grâce, à cause de quelque faute volontaire et de l'abus de sa liberté , qui l'a réduit à ne faire aucun bon usage de la grâce suffisante.
Adorez en ces pensées les jugements de Dieu sur le salut des hommes, qu'il appelle au gré de sa volonté seule par des grâces suffisantes , mais de différentes forces et très-inégales. Oh ! la jfrofondeur des richesses de la sagesse divine (Rom. 11)! Il ne fait rien d'injuste , mais tout avec miséricorde , sans qu'il soit possible à l'honune de pénétrer les raisons de sa volonté, pourquoi donnant son compte à chacun, et autant qu'il lui est nécessaire pour se sauver, est-il néanmoins plus libéral pour ceux qu'il lui platt? Qu'il vous suffise donc que de sa part il ne manque à personne pour l'affaire du salut ; contentez-vous de le voir bon à votre égard, et ne murmurez pas s'il a encore plus de bonté pour un autre, craignant qu'il ne vous dise : Ton cbU esM méchant parce que je sui» bon (Matth. 20)? Prends la grâce que je te donne, et fais-en bon usage, craignant qu'un autre n'emporte ta couronne. Le pot de terre dit^l à son potier : Pourquoi m'as^u formé ainn (Rom. 9)? Réprimez donc la curiosité danga^use de rechercha id les jugiements de Dieu qui peuvent être secrets et cachés, mais jwiais
Si6 LA THÉOLOGIE AFVKTIVE.
injustes. Et puisque saint Paul termine toutes les fpieslioDB mh* cette matière par cette dernière réponse^ que lac tma eoep^t à la grftce et suivent les lumières de la Foi, tandis que les laUM se glorifient en des œuvres qui n*ont ni force ni mleur devant Dieu. Arrêtez-vous là avec saint Paul, accusant plutôt ta dur^ et rimpénitence de votre cœur, que le défaut de volonté ou de bMité en Dieu, qui est riche enven tom ceux qui VinvoqnêiU (Rom. 10). Accusez plutôt notre indisposition volontaire, et appréhendez que plusieurs de nos affections mal réglées ne causent en nous iMm'^ siblement cette indisposition. Ne dites Jamais que Dieu a laissé les hommes pour la plus grande partie dans la massa de perdition du péché originel, vous feriei bijure à sa bonté, à sa provideoes et A son amour ; car il veut que tous les henmies soient sauvés, et ce serait une Joie pour lui, a'ils se voulaient donner au bien. Dieu étemel, soyez béni de m'avoir fidt entendre eee vérités, et la grandeur de votre charité I
HUITIÈME MÉDITATION