MS LA G1U€E. S
eoiistante qui ne t»rfe jamais; parce qa'fl est juste, il hût s'assujettir à lui en toutes choses ; et parce qu*il est miséricor^ dieui, il ftiut le prier et l'invoquer dévotement pour avoir son secours. De là vient que la grâce efficace qui nous fkit rendre effectivement à IMeu ce que nous lui devons, noms porte à croire ce qui est même au-dessus de la raison, contre les sens et rexpérience, pour faire- hommage à Dieu, qui est la vérité infaillible , et ainsi elle humilie notre esprit et le captive, pour lui ftiire préftrer à ses propres pensées et à ses conceptions les révélations divines. Elle nous porte h aimer Dieu comme le sou- Terain bi^, à adhérer à lui affectueusement, à nous reposer en lui comme en celui qui est capable de nous rendre heureux et de rassasier tous nos désirs. Et parce que le prochain est capable du même bien, et qu'il appartient à Dieu qui l'a créé pour soi--méme et pour sa gloire, la même grâce qui nous fait aimer Dieu, nous fait semblablement aimer le prochain pour l'amour de Dieu, sans avoir égard à aucune qualité sensible, on à notre propre intérêt. Troisièmement, elle nous porte à observer les commandements de Dieu , et quelquefois les conseils, parce que Dieu étant souverainement juste, veut que la justice règne et fleurisse dans les autres ; de là vient qu'il donne des rè^es de justice et de droit, non-seulement par forme d'instruction et d'enseignement, mais aussi par autorité et pour obliger. Or, la grâce rend nos volontés conformes à celles de Dieu^ et travaille à lui soumettre tous les désirs des anges et des hommes; c'est pourquoi eHe porte à la pratique des commandements et des conseils, qui est la chose la plus juste et la plus équitable. Enfin , comme Dieu est miséricordieux et qu'il condescend à l'infirmité humaine, pour la combler de ses dons, et qu'étant juste, il ne les donne qu'à celui qui les désire et le prie, et ne fait miséricorde qu'à celui qui connaît sa misère, afin que sa sagesse ne soit pas méprisée, et qu'il soit traité avec honneur; et comme d'ailleurs nou$ ne savons pas prier comme il faut (Rom. 8) , pour ce sujet la grâce divine nous dirige encore pour prier Dieu, et lui demander ce qui est honorable pour lui, et salutaire pour nous, comme ce qui est compris en Toraison Dominicale.
Par là je comprendrai la merveilleuse force et l'énergie de la grâce, et combien elle nous est utile et fructueuse. Je recon-
548 LA THÉOLOGIE AfTEGTlTE.
naîtrai pareUlemant ai je ne suis biea réglé en toates eet chostt que je ne fiiis pas bon usage de la grftee. Partant, je m'en repentirai, et m'efforcerai de ne point manqua à la grâce en un seul de ses articles. Ohl quel bien pour une âme d'être gouvernée par la grâce divine! seigneur 1 attachea-moi inséparablement à l'esprit de votre grâce et â votre sainte conduite, et que jamais il ne m'arrive de m'y rendre rebelle rt réfractaire.
m. Considérez plus particulièrement que la grâce suffisante doit devenir efficace pour prier Dieu , et lui demander ce qui est nécessaire à notre salut. Il faut estimer, dit le séraphique Docteur, qu'encore que Dieu soit très-libéral, et plus prompt à nous donner que nous à prendre et â recevoir, il veut toutefois être prié, afin qu'il ait l'occasion de nous départir les dons de grâce du Saint-Esprit. Or, il veut être prié, non-seulement dans l'oraison mentale, qui est une élévation de l'esprit â Dieu, mais aussi par l'oraison vocale, qui est la demande des choses qui nous sont convenables. Il veut que nous le priions par l'intercession des saints, afin que nous obtenions par leur faveur, ce que nous ne méritons pas d'obtenir nous-mêmes , è cause de notre indignité. Le pieux roi Josaphat reconnaissait cette nécessité de recourir à Dieu par l'oraison. Vu que nous sommes si faibles et si nécessiteux, vu que nous ignoron» ce que nous devons faire, il ne nous reste qu'une ckose j de lever nos yeux vers vous (ii. Paralip. 20), et nos cœurs dans l'oraison. Et le pape Célestio, dans une épltre contre les Pélagiens, qui détruisaient l'oraison en détruisant la grâce (1) : Quel est le temps, dit-il, où nous n'ayons besoin de l'assistance divine? donc en toutes choses, en toute occurrence et en toute affaire il nous faut implorer Dieu notre protecteur. Nous sommes en effet sujets à tant de défauts, et exposés à tant d'adversaires, et encore plus pour l'âme , que pour ce qui concerne le corps , que nous n'avons point de remède plus puissant et plus immédiat que de recourir à Dieu; c'est pourquoi plusieurs théologiens enseignent que la grâce suffisante , qui est la plus commune de toutes, et quasi la première et la plus universellement répandue dans les âmes, est le don d'oraison, par le
(1) Epist. 1, c. 9.
moyen de laquelle elles peuvent obtenir de Dieu ce qui est le plus nécessaire au salut, pour se prémunir contre l'ignorance et contre la concupiscence, qui sont les deux plus puissants obstacles du salut. De là vient que plusieurs flmes sont dans un état très-misérable, faute de s'exercer dans l'oraison, et d'obéir au Saint-Esprit, qui nous pousse intérieurement à demander à Dieu. Ainsi plusieurs païens et barbares, qui vivent dans une grossière ignorance de toutes les choses célestes, pourraient se recommander à Dieu par quelque bonne prière, et obtiendraient plusieurs secours pour se sauver. A cela revient ce qu'enseigne saint Augustin (1) : Si une âme ignore ce qu'elle doit &ire , c'est qu'elle n'a pas encore reçu la grâce, mais elle la recevra, dit-il, d elle use bien de ce qu'elle a déjà reçu ; or, elle a reçu la grâce de chercher pieusement et diligemment , si elle veut. Mais qu'est-il besoin d'employer l'autorité des hommes , là où les pardes de Jésus-Christ sont si formelles et si expresses? Cherchez et pous trowereZy frappez et il vous sera ouvert : car quiconque iemanie reçoit, qui cherche trouve ^ et on ouvre à celui qui frappe (Matth. 7), De sorte que l'oraison est comme le canal par lequel les grâces de Dieu découlent sur nous, et sans l'exercice de l'oraison , toute âme est stérile , infructueuse , et plus près de l'enfer que du Ciel, et de la perdition que de son salut.
Vous donc. Dieu très-heureux et très-haut I qui êtes immortel et invariable, qui êtes rempli de tout bien et de toute félicité, plus sans comparaison que l'Océan n'est rempli de ses eaux, et le ciel d'étoiles, qui par votre regard réjouissez tous les anges, qui êtes la Sagesse incréée, qui illuminez de vos rayons tous les esprits du Ciel et de la terre, ah ! dilatez tous nos cœurs en votre amour, purifiez-les de toute affection terrestre, dissipez nos distractions et nos égarements perpétuels, afin que nous nous tenions élevés par la prière fervente dans le désir des biens de l'éternité, et dans les ardeurs perpétuelles après votre grâce, et qu'elle ne nous soit jamais retirée pour un seul moment.
(1) L. 8, de Lib. Arbitrio. c iS.
ONZIÈBfE UÉDITATION.
M là «OUtTRAGl ION M0 GRAfilS PLO» SPÉCaALSft FAIT» A9S GRAMOt FI€BBUM APRÉi VF CEWrÀK TIHFS IT M ClIltAItf
I. Considérez ^ et (Tune pr^fiMule coaiidération, qui les grandement dépravées i a[tfës un certain temps pass& qu» Dieu leur a donné pour faire pénilencoi et un certain noalm dep4» chés énormes, sont quelquefois privées de qudques grâces plul spéciales» sans lesquelles elles ne se convertkont plu» janaier Gefte considération est effroyable > et le serait beaueouj^ plue» si ee temps et le nombre de ces péchés nous éteient eennuftv l^^ Dieu sevl les connaît , et dès lor» U n'appartienl q/g'k M de donner cette connaissance. Les Ecritures dônc^ p«r lescpieUeB i daigne perler aux hommes, et les instruire àe» phi» iinp#rtant« vérités, nous en rendent témoignage^ JDûru, dit te preflièt» Job , Itêi a donné U srâce de la pémUneê^ €i U en ekuse far 9m argueH (Job, 24). Et saint Paul : Iguarn-'tu- que ea padmee^ (amena à la fénitente, maie toi, dane la duteU de ton emur ÔÊOfimietà^ kk fanumes un trésor de colère an jour de la veageanoe (Hoair 3) S Cette même vérité nous est plus clairemeit reprisenliB par le comparaison de la vigne qui fat délaissée pour avoif été feng* temps san& rapporter aucun firuil. (^*ai^ dû /bm âoÊfonta^^ à ma vigne que je n'aie font (Isaïe, S) ? VoiU sa gipftee sufiSsaut^ qu'il donnait à une Ame pour la &inr pappovter les kruite die bonnes œuvres. Dieu dit ; J'ai attendu fii'iUt proémM éa iom fruits, et elle n'a rapporté que des fruits aigres et sauvages : et maintenant je vous montrerai ce que je ferai à ma vigne. Je lui éterai sa clôture, et elle sera mise au pillage, f abattrai ses murailles, et elle sera foulée aux pieds. Je la rendrai déserte, elle ne sera point taillée ni labourée ; les chardons et les épines l'étoufferont, et je commanderai aux nues qu'elles ne pleuvent point sur elle (Isaïe, 5).
Tdl6 ert WM ftme fue Dieu • aUaodu» knslemps, il fiail pur l'ibaiH donner à tous aes «ttMniis» et kd retirant n protedîoO) il k prm mèflie de rinflnence de set grAoes plne spéciales^ sane lesfuellee elle ne fructifiera jamus. Tel eel le bol db k parabole de cent qui fiarent conviés ma noees et refaïaèreal d'y vaur. Je «Mt âù en vérité, dit te mettre du festin, cuca» de cm hemm» qm oui M vmJih ne jfoilani de «Mn teiifiifl (Luc i4). Ainsi Dieo agît à l'égard de pinsieurs âmes qa'il avait appelées par see grftees eicitantes, et foi l'ont refbsé. Ancune de eee âmes ne goûtera de moa Paradis y nidk n'en auca k moindre partie , ainri que ce meiivik riche > qn ne peut obtenir dans les enfers me senle goutte d'eau ek de eonsoktten céleste. Saint Jeen Damaseène , sor ce siQet (1)> distingue déni sortes de délaissements de IKeu. L'un fui est cerrectif et tempevel , lorsque Dien laisse tomber tes jusftea en qndqne péché, afin qu'ils s'en nlè?ent phis bntiS' Ues ek phai attentas à leur sahil , ainsi qn'il airiva à Dairid , ft sttttt Pierre, et à d'autres qui ont été abandcmiés, nais poor lenr aalul. Le aecond délaissement est abeoin et pour toujours, Isrsfne Dieu a|aal employé toutee sortes de remèdes propres k le gttérir^ l'booinae denture stopiée fk ioconble par sa fiute, aface il IsflDdie dans le dernier désastre, comme Judas. Qr, ce malheur arrive de deoi manières : pranièrement, le diabfe eheesi plnsieure irà d'un môase forl, l'ayant encore reprk s'attache i mienn k conserver , et s'y ferliAe peissamment , Sien ne ree^>èdnni pas, en punilien des péchés précédents. De Hb, sefonr k dodrk» de Msus^Ghrist , (Lnc. W) , lorsçi'm homme a M délivré de l'esprit immonde, si cet bemflse retombe, après hr réntssîee de son péché, k démon y retourne avec sept antres démons pires fae hn , il y habite , et œl henrnie esf phs ma^ traité qn'anpararvant. SeoendeoMni, l'habitnde endnrdt qnehptefoâr le coenr à un tel peint, que lee grftees orcKneires de Diev ne le pénètrent ph», et n'ont ptes kur effet. B en famInriV d'estraovdhiairee, qu'à ne pMt pas à 9ieu è» M donner, en* p«ttiition de l'abos qu'il a fait de sa misérieorde. El l'âme esf dans ne état d'enéarcissement, d'aveuglement et de péché, que saint Jean appelle fécké à mort, par kquei il ftiut entenèner qii^e péché pins grirf, Hkquel, è raise» àt l'habitude, êe
iik}h. a. Tk Fide erfkod. e. t.
352 LA THÉOLOGIE ÀFFBGTIVE.
Tobstinalion et de la malice avec laquelle il a longtemps éié commis , est comme incorrigible , et inaccessible à la grftce que Dieu a coutume de donner. Si bien que Dieu, qui voit tout, voit cette ftme dans un état de misère dont elle ne sortira jamais.
Crains cet état, ô ftme pécheresse et vieillie dans ton péchél qui as un million de fois méprisé toutes les exhortations d*autrui. Entendant cette vérité, firiémis en toi-même; tu as mille et mille fois chassé ton Roi céleste qui se présentait à ta porte pour te visiter , redoute qu'il n*ait pris la résdution de ne te plus visiter davantage. Appréhendez, ftmes tièdes et languissantes dans la dévotion, que vous n'approchiez de cet état misérable, si vous ne vous réveillez tout de bon de votre assoupissement, et ne prenez une nouvelle ferveur. Compatissez, ô ftmes pures qui entendez cette vérité, à la malice et à l'obstination de tant de mauvaises créatures, qui n'ont aucune affection sincère pour leur Créateur. Oh! qui me donnera des larmes, afin que je pleure sur le désastre de tant d'ftmes? et cependant, 6 Dieu éternel, votre jugement est juste; car si le pauvre se moque incessamment du riche, qui par sa bonté excessive le comblait de biens, il est enfin raisonnable que le riche s'en offense, et méprise celui qui le méprise. Seigneur! &ites-nou8 miséricorde, et ne nous punissez pas par ce délaissement.
n. Considérez qu'encore que Dieu seul connaisse certainement quand une ftme est arrivée à cet état , il y a pourtant certaines règles par lesquelles on peut conjecturer qu'une ftme est parvenue au comble et à la mesure des péchés pour lesquels Dieu lui retire ses grftces spéciales, ce qui amène sa damnation. Pour concevoir ce point, il nous faut mettre devant les yeuk las principales punitions marquées de Dieu contre ceux qui sont arrivés au comble de leurs péchés, elles sont fidèlement consignées dans l'Ecriture sainte ; car ce qui s'est passé dans les uns, peut justement nous donner lieu de soupçonner la même chose pour les autres. Premièrement donc, les hommes qui furent abîmés dans les eaux du déluge, au temps du patriarche Noé , qui en fut préservé avec sa famille, avaient atteint la mesure des péchés, après quoi Dieu ne les voulant plus supporter sur la terre, résolut de les exterminer, disant : La fin de toute chair est venue devant moi. Et pour en rendre raison, il ajoute aussitôt : La terre e$t rem'plie d'iniquité en leur présence (Gen. 4); voulant
ngnifier par là qu'ils commettaient leurs ^péchés publiquement et notoirement, sans se cacher, sans honte et sans confusion , ce qui enflamma la colère de Dieu. D'où il se peut inférer que la première règle par laquelle on peut juger probablement qu'une ftme est délaissée, c'est lorsque Ton pèche à la vue de tout le mcmde, sans se cacher, avec effronterie et impudence. Un autre exemple, c'est le châtiment exercé contre les Sodomites et les habitants de quatre .autres villes souillées de crimes abominables, ^ qui en étaient venus à ce point d'impudence, de se vanter eux-mêmes, et ^e se glorifier dans leurs péchés, s'en entretenant et s'en raillant publiquement. Ih ont publié kur péché comme Sodâmey et ne Vont point cachée malheur à leurs âmes, dit Isaïe (ch. 3) : et, dans la Genèse, il est dit de leur péché : Le crime de Sodâtne et de Gomorrhe est multiplié y et leur péché est grandement aggravé (Gen. 18). D'où il &ut encore reconnaître que les ftmes s'exposent à être abandonnées de Dieu, quand, outre la notoriété de leur crime, elles en font encore ostentation par une vanterie insolente. La troisième punition s'adresse à Pharaon et à toute son» armée, lorsque s'obstinant à ne pas délivrer les Israélites de la servitude en laquelle il les tenait, il ne put être fléchi par aucune prière de Muïse, ni par aucun des prodiges étranges qu'il fit en sa présence à dessein de le persuader, d'où il faut conclure qu'une âme est délaissée de Dieu et proche de sa malédiction , quand on la voit tellement obstinée dans sa malice , que ni prière, ni remontrance, ni menace, ni châtiment, quelque terrible qu'il soit, ne peut l'ébranler. La quatrième punition, encore tr^emarquable, est celle des Juifs, qui marchant sur les trace» de leurs pères, maltraitant les Prophètes et les hommes saints qui leur enseignaient la vertu, finirent par s'adresser au Saint des saints, Jésus-Christ, qu'ils crucifièrent par un horrible sacrilège, qui mit le coipble à leurs péchés. Aussi Dieu les livra aux armées romaines, qui réduisirent leur ville en cendres, firent mourir la plupart des habitants et envoyèrent les autres en diverses contrées du monde. Le commencement de ces péchés, qui finirent par combler la mesure, fut Tingratitude avec laquelle iU méconnurent le bienfait de leur délivrance de la servitude d'ÉgypIe. Le hien^aimé a été engraissé, dit Moïse, et il a regimbé, il a délaissé Dieu y son bienfaiteur (Deut. 32). Le progrès fut la haine qu'ils portèrent aux Prophètes et aux gens de bien qui leur reir. ^ 23
SM LA THÉOLOGIE AFPBCTIVE. î
montratent leur Amte. Quel Prophèiê «m pèm %'onMi pot jMr#- Méf lewr reproehait saint Etienne (4cf. 7). Enfin fi» iMeUfr» rent Jésus-Christ, dont la mort eoml^bi la mesure éè \tm crimes : d'où nous devons encore conjecturer qu'une ftme eH aussi insupportable à Dieu que ces Juife, lorsqu'elle décriait pire par les remèdes de son salut, qu^dle change en ?enh et en poison les corrections et les remontrances des hommes les plus saints et les plus Tortueux , jusqu'à les haïr et leor vouloir la mort.
Examinez-vous bien diaprés ces exemples, quoique Pétat d*abandonnement ne se connaisse pas avec certitude, mais par conjecture, toutefois, le malheur d'être délaissé des grâces de Dien est si grand, que le seul soupçon d'en être menacé doit être bien terrible et bien effrayant. Gardez -vous donc du péché et surtout du péché public, qui témoigné un cœur insolent 1 l'égard de Dieu. Gardez-vous de vous glorifier jamais en vos péchés. De qtm te glorifieê-tu ^ toi qiA es puissant en iniqwté (Ps. 51)? C'est un grand crime d'offenser un roi, mais c*en est un plus grand de se glorifier en sa présence de l'avoir offensé. Craignez d'accumuler rechute sur rechute, et à chacun de vos péchés mortels, tremblez que ce ne soit celui qui remplira la mesure, car Dieu seul l'a déterminée. Il faut moins de péchés pour les uns que pour les autres, et il se peut faire que le premier péché mortel que vous commettrez, sera le dernier qui remplira votre mesure, après laquelle vous serez à toujours dans réversion et rinimitié de Dieu. Ne vous endurcissez pas comme Pharaon quand on vous prie, ou qu'on vous menace, ou qu'on vous corrige de vos fautes. Enfin, profitez des enseignements des prédicateurs et des bons livres, et de tous ceux qui vous enseignent la vertu, de peur que vous ne tombiez dans la réprobation, comme les Juifs. Si vous êtes fidèles à ces pratiques, vous ne vous troublerez pas pour le passé, comme si tout était perdu pour vous, vous diminuerez votre mesure, par une fidèle conversion. Dieu suprême! juste juge de Funivers, qui nous donnez ces signes pour nous garantir des traits de votre colère, donnez-nous aussi la force de corriger nos mœurs pour le salut de nos âmes, et la gloire de votre nom.
III. Considérez que ces âmes, après le temps de pénitence écoulé, et le nombre de leurs péchés accompli , ne manquent
Dl LA GIUGS« SSS
it poiil d* grices raffisantei tant qu'elles eonserrenC h «it et TtMfs de k raison; si bien qu'il est wai qu'on toute «B»ur eHes pomnraiint encore se sauver absolument, en usant Um iBÊ gvAees 4fai leur restent. Toutefois il est des tliéologîons tfâ sotUsMiisnl que quelques âmes sont privées de toutes grâces •oMsKites, eoDMBO 4tant aveugles, endurcies, et enti^'emenl dé- MsséM dé Dieu; aiiis d'autres, en plus grand nombre, sour liiRneHi plus vnaisenblablement que le délaissement de Dieu 0D cetlt vie n'est pas lAsolu. et qoe ces âmes reçoivent encore tes attnrfts des fprâces spéciales, dites suffisantes. L'Écriture snaCe autorlM cette considération, lorsque pariant des Égjp-' UeM, entre lesquels était Pharaon endurci, elle dit à Dieu : Si vmifi «VM têmmmté H iélinré les ennemis de vos serviteurs dévoués è te m$H , hur domuml h temps et le moyen de se convertir de fMff mûlim^ êvee quelle indulgence jugsz-^us vos enfants, aux pères iêsqmh «aiw anz cemmtiniqué vos jugements et les pactes 4e vos fnmmms (Sog. 12) ? Dieu parle lui-m^ne dans le prophète Esédiial : EsU^ ma volonté que Vimipie meure, ou Hen qu'il se oon^ mviis» ie ses voies ^ et vive? Ek Heù! pourquoi m&wre2rWfm^ mmsm i'IsreM ? Parce que je n*mme pas la mort 4» mourtmtj âk Dku h Seigneur (Ezéch. 48). Et saint Pierre dit : Dieu est pci- Hênt, ne voulant pe» que personne périsse, mats que tous fkssent pMteme (ii. Pierre, 3)« Ces paroles et plusieurs autres sembla- Mes fsnl asses eonnaîtfe qoe Dieu ne retient jamais tetl^nenl les saîMtes eAisions de sa miséricorde, k l'égard des plus grands pécheiors de oette vie , qu'il n'en laisse encore distiller sur eux qu ciq<É gVjBtte, qui serait capable de les ranimer, s'ils en vou- Mem bien usm*. Anssi Dieu ne traite pas toujours les hommes selon que mér^ leur indignité ; c'est pourquoi , encore que les âmes les plus corrompues sment indignes de foute grâce suf^ MÉtuPcMe, de laqudle tant de fois elles ont (bit mépris , Dieu ne hisse pas de leur en départir encore quelques-unes, qutnque ce ué Bsia fets avec la même abondance qu'à celtes qui l'ont moins népfisé. aussi ces âmes, en quelque état de dépravation qu'elles «Amâ Ismbées, oe laissent pas d'être obligées â combattre les lentatioiis de cette vie, et â accomplir les commandements divins, el partant) comme Dieu ne commande rien d'impossible, et que Vexicuûm de ces choses serait impossible sans la grâce, il y a fiîfOQ do penser que la privation des grâces divines n'est pas
556 LA iUÉOLOGIE AFFECTIVE.
absolue, ei pour toutes sortes de grftces. L'Eglise paraît être k ce sentiment, puisqu'elle ordonne à tous les chrétîeoa qm ont l'Age compétent, de foire pénitence une fois l'année, et de oommunier au temps de PAques, ce qu'elle ne toait pas, s'il était impossible aux endurcis de se convertir ; c'est pourquoi le grand Concile universel de Latran, sous le pape Innocent III, détermine que tous les fidèles, sans en excepter aucun , tombés dans le péché mortel après le Baptême, peuvent être justifiés par une vraie pénitence. Enfin les hommes ne sont point au terme avant la mort ; tant que celte vie dure, ils sont toujours dans la voie, capables d'avancer dans le chem'm du Ciel, on d'aller en arrière. Que si l'on dit que la nécessité de pécher ne les excuse point , attendu qu'ils en sont la cause, et qu'elle leur est arrivée en punition de leurs précédents péchés , cette raison ne prouverait autre chose, sinon que les manquements des âmes obstinées seraiâit seulement volontaires dans leur cause et dans leur source, savoir dans les péchés précédents, et partant elles ne méritaient pas une autre peine que ces péchés passés. Que si Ton dit encore qu'un aveugle ne peut pas voir, quoi qu'il fasse, et que ces âmes sont vraiment aveuglées, à cela il faut dire qu'il y a une dîfiKrence entre l'aveuglement corporel et spirituel, en ce que celui-là 6te tout à fait la puissance de voir, mais que celui-ci en ôte seulement l'acte parce que la puissance de voir, qui vient de la grâce suffisante, demeure en elles. De là vient que l'aveugle spirituel est semblable à un languissant enfermé dans un lieu obscur , où il n'y a ni lumière ni clarté, bien qu'il ne puisse voir en cet état, il peut pourtant faire quelque chose qui le fera voir, conmie si avec un bâton il ouvre les fenêtres, ou bien qu'il crie de sa propre voix, et demande de la- lumière. Il en est de même d'une âme qui est privée des grâces plus spéciales de Dieu, et accablée du pesant fardeau de ses péchés ; elle peut faire quelque chose qui l'amènerait à la lumière, quand elle ne devrait faire autre chose que crier par une oraison fervente , qui attirerait sur elle des grâces plus fortes. C'est pourquoi , comme ce languissant ne manque point de moyens suffisants pour voir, quoique dans l'obscurité, s'il a la voix libre pour demander de la lumière, ou un bâton en main pour ouvrir les fenêtres ; ainsi une âme ne manque point de moyens suffisants, quand elle ne pourrait faire autre chose que d'élever sa voix dans l'oraison, ou de se servir du bâton
de la Foi qui lui reste, qui serait encore capable de la remettre en état si elle 8*en voulait servir. Mais son malheur est extrême, elle ne s'aidera jamais soi-même, ni par une constante oraison, ni par les méditations de la Foi ; c'est pourquoi , devant Dieu, elle est désespérée, et ne sortira jamais de Tabîme de la perditioD. Au reste, si Dieu ne lui Ate pas cette grâce suffisante, sans laquelle elle serait mmns criminelle, et qui n'apporte aucun remède ou amendement à son état , c'est afin qu'on reconnaisse que l'aversion qu'il a contre ces âmes, ne vient pas de son décret et de sa propre inclination, qui n'est que pour le salut de toutes ses créatures, mais qu'elle procède de la propre volonté de l'âme abandonnée, qui, assistée de sa grâce jusqu'au dernier point de la vie, n'a pas voulu s*aider soi-même , pour avancer pas à pas l'affaire de son salut ; et puis la différence d'un tel pécheur encore vivant, avec le pécheur damné, est telle, qu'encore que l'un et l'autre ne se convertissent jamais effectivement, toutefois le pécheur damné ne peut pas même se convertir, tandis que l'autre le peut encore , étant dans la vie , c'est pourquoi il a la grâce suffisante.
Louons donc la bonté de Dieu sur les âmes, sans en excepter les plus criminelles, et puisque Dieu ne les abandonne pas entièrement, quoiqu'il voie leur fin déplorable, nous qui n'en avons pas de certitude, ne sachant qui sont ceux qui appartiennent au sort des réprouvés ou des prédestinés, ne délaissons pas entièrement les âmes, et ne leur retirons pas les bienfaits de la charité. Travaillons par renseignement, par les exhortations, par les prières et les oraisons, par les larmes et les gémissements, par l'application des Sacrements, par toute autre voie que le temps et la prudence suggérera, à assister une âme dont nous ignorons la fin. Rédempteur de tous les hommes ! qui avez donné votre vie et votre sang pour tous, enflammez-nous d'une étincelle de cette grande fournaise de charité universelle, qui brûla en votre cœur sacré, afin qu'une mauvaise défiance ou un défaut de charité ne nous empêche jamais de contribuer après vous , au salut de nôtre prochain.
8S8 U THtOLOGUB APPMTITB.
DOUZIÈME ÎDÉDITATION.
miITl Dl LA SOCSTRAGTION DBS GRÀCn PLUS SPÉCIAtSS kmU LA M16U1IE ras PÉCHÉS.
I. Considérez derechef que Dieu punit <iuelquefois des âm^ par la soustraction de ses grâces, après qu'elles sont inrrivées i un certain nombre de péchés et de rechutes, lequel noinbre s'appelle la mesure ou le comble des péchés. Ce point est impc^taot, et mérite bien de fixer Tapplication de nos esprits. Or, après ce qui en a été médité, ce qui donne lieu à cette assertion, e'esti premièrement, la punition temporelle, de laquelle sont infaillible*ment châtiées plusieurs nations et plusieurs personnes, iprès uo certain nombre de péchés^ lequel étant accompli, leur ruine est inévitable, et leur désolation assurée, Tels furent les peuples Amorrbéens et Cananéens, qui habitaient la Palestine avant Ventrée des enfants d'Israël. Dieu les souffirit quatre cents ans dans des péchés très-abominables, et pendant cet espace de temps ils comblèrent la mesure que Dieu avait marqué^ avant de les e^ter^ miner, pour substituer en leur place les Israélites, et leur dooner la possession de ce beau royaume dont leurs péchés les rendaient indignes; c'est pourquoi Dieu parlant à Abrahem sar ce sujet, lui disait que sa postérité ne posséderait pa^ si tôt la terre de la Palestine ; car jusqu'à ce temps« le$ iniqwt4$ 4^ Anmrhémw ne 99nt point moQrê accQmpîies (Gen* 15). C'ei$t^-*diri» qu'ils n'étaient pjis encore au comble de leurs péchés qui les devaient faire périr sans ressources. De môme, le Fils de Dieu disait su^ Juifs ; Et VQU9 nocomplissez la masure de VQ9 père^ (Malth. 23) \ leur prédi^ sant qu'en ajoutant aux péchés de leurs ancêtres, ils prriveraient à la mesure et au comble, après quoi Dieu ne les souffrirait plus, mais ruinerait entièrement leur cité par les armées romaines. Quant aux particuliers, le cruel tyran Antiochus, après une infinité d'excès qui mirent le comble à ses péchés, fut réduit à des
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angoisses «xlréme»} daas lesquelles cê miiérablê frimt h Seigneur, donê il nfi dewit jameig obtenir miiéricarde (u. Nacch. 0). Or , la même règle que Dieu garde pour les puniiions temporelles, il l'observe souvent pour les spirituelles, et surtout pour la soustraction de ses grâces plus spéciales , desquelles le pécheur se rend kdigne, après en avoir abusé, et avoir réitéré ses rechutes trop souvent. Aussi est-il raisonnable qu'un ingrat soit privé des biens dont, par. malice, il ne sait aucun gré à son bienfaiteur. La justice ordonne que des officiers de guerre soient dégradés quand ils s'acquittent mal de leur devoir, que des magistrats soient interdits , quand ils abusent de leurs charges , que des prêtres soient frappés de censure, quand ils traitent indignement et profanent les choses saintes. Ce sont des arbres infructueux, qui, après la stérilité de plusieurs années, dont ils paient les soins et la culture du jardinier, ne méritent plus qu'on les cultive» mais qu'on les abandonne. C'est pourquoi Dieu arrête quelquefois le cours de ses grâces, et ne les fait plus couler si abondamment sur des âmes qui ont trop longtemps continué à l'irriter et à le mépriser. Leur ingratitude a séché la source de ses libéralités. Et mon peuple n'a pas entendu ma voix, et Israël n'a pus pris garde à moi^ et je les ai abandonnés au désir de leur cœur , ils marcheront à leur fantaide (Ps. 80).
n faut conclure de là, que c'est une grande punition de Dieu de n'être pas puni après une faute commise, car ces péchés impunis servent d'autant à remplir la mesure, et à iaire monter le comble à un point après lequel il faut périr. C'est une grande vengeance, disait saint Jérôme, quand Dieu ne se venge pas des pécheurs. Au contraire, il faut conclure de ce point, que c'est une faveur de Dieu d'être puni sur-le-champ par quelque affliction temporelle, puisque le péché puni n'apporte rien à la mesure et au comble des péchés; c'est pourquoi les sentiments d'Origène sont très^dignes d'être imprimés au plus profond de nos ceeurs. Si Dieu te recherche, dit-il, et désire que tu le serves, $'il te reproche ton péché, s'il te reprend, s'il te châtie, s'il s'indigne et se courrouce, et use de jalousie envers toi, recon^ nais que tu as de l'espérance de ton salut. Or, veux-tu entendre la terrible voix de Dieu courroucé ? Et pour ce eujet je ne miterai pas vos filles qui s'ahandennennU (Osée, 4), Cela est terrible, c'est l'extrémité quand nous ne sommes plus châtiés pour nos
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péchés ; car alors étant arrivés à rexcès des offenses. Dieu refire son zèle de nous, selon sa parole : Mon zèle $e refera de toi, et je ne me courroucerai plus contre toi (Ezech. 16). Il faut donc loaer Dieu, s'il nous afflige après nos péchés, et reconnaître qu'il ne nous abandonne pas.
II. Considérez plus particulièrement l'état des âmes qjM sont punies de leurs péchés, par la soustraction des grâces extraordinaires et plus spéciales de Dieu. Comme ces âmes ont encore des grâces suffisantes, que Dieu ne retire jamais, pas même aux plus opiniâtres dans leur malice, tant qu'il leur reste un souffle de vie, ainsi qu'il a été considéré dans la Méditation précédente, elles peuvent, absolument parlant, se convertir par un généreux effort de leur liberté qui les fasse correspondre à ces grâces suffisantes; car autrement ce serait en vain que nous les appellerions suffisantes. Hais comme les hommes font rarement tout ce qu'ils pourraient absolument, soit pour le bien, soit pour le mal, et n'emploient pas toujours toute leur force, il arrive que ces âmes ne font jamais leur plus puissant effort pour une vraie conversion ; au contraire, par une obstination et un endurcissement volontaire, elles continuent et accroissent leurs crimes, elles deviennent de jour en jour plus coupables; elles ressemblent à des malades abandonnés des médecins, qui prennent les choses les plus nuisibles à leur santé; elles s'enlacent de plus en plus, et servent de jouet à la multitude de leurs passions indomptées. Que si quelquefois, par les bonnes lectures et les exhortations, par les bons exemples des personnes vertueuses, ou par la solennité des bonnes fêtes, elles s'approchent des Sacrements, ce n'est pas avec une volonté généreuse; c'est pourquoi, faute de disposition suffisante, les Sacrements ne leur donnent pas la rémission de leurs péchés, et au lieu de les éclairer, leur servent de voile et de faux prétexte, par lequel elles s'imaginent s'approcher du Ciel, quand elles s'en éloignent encore davantage, et s'approchent de plus en plus des enfers, où elles sont attendues. Elles sont du nombre des âmes auxquelles Jésus- Christ disait : Je m'en vais, et vous me chercherez, el vous ne me trouverez pas, et vous mourrez en votre péehé (Jean, 8); car Dieu s'est relire d'elles par l'éloign^ment de ses grâces spéciales. Elles cherchent Dieu pourtant quelquefois, mais ce n'est que par des velléités. Elles le
voudraient bien, disentrelles, elles voudraient, mais eUes ne veulent pas, et leurs dispositions à la sainteté sont toujours défectueuses et insuffisantes. En un mot, elles sont endurcies comme Pharaon, dont Dieu disait : J'endurcirai le cœur de Pharaon (Exod. 7), non pas en lui communiquant la malice, mais en ne lui faisant pas miséricorde. Elles sont comme ces païens et ces idolâtres, dont parle saint Paul, livrés à leur sens réprouvé^ à la merci de leur concupiscence, pour faire ce qui n'est pas convenable. Cependant représentez-vous que Dieu voit de ses yeux mille fois plus étincelants que le soleil, la pauvreté de ces âmes, il voit que les grâces suffisantes et communes qu'il leur envoie libéralement, ne gagneront jamais leur consentement entier, et que s'il augmentait les grâces suffisantes jusqu'à les rendre spéciales, elles se convertiraient par&itement. S'il leur ^donnait un remords plus pressant de conscience, un peu plus de clarté et d'inspiration, elles seraient sanctifiées. Et quoique Dieu connaisse ainsi cette grâce qui les sauverait infailliblement, il se résout à ne la jamais donner en punition d'une centième, ou d'une millième rechute qui a mis le comble à leurs péchés ; c'est pourquoi il se dégoûte d'elles, et commence avant la mort à les vomir, et à exécuter l'arrêt éternel de réprobation contre elles. Si bien que pouvant être sauvées, elles ne le seront jamais, et Dieu ne les convertira jamais, et il leur dit tacitement ce qu'autrefois il disait par le prophète Amos à plusieurs peuples destinés à la ruine : Après les crimes de Moab^ trois et quatre fois répétés , je ne révoquerai point ma menace. Après les crimes de Juda, trois et quatre fois répétés^ je ne révoquerai pas ma menace. Il a rejeté la loi du Seigneur^ et n'a pas gardé ses commandements. Le Seigneur dit encore : Après les crimes d'Israèi^ trois et quatre fois répétés, je ne révoquerai pas ma menace. Il a vendu l'homme juste pour de l'argent , le pauvre pour une vile chaussure (Amos, c. 3).
J'infère de là combien c'est une chose dangereuse de continuer longuement ses péchés, et de multiplier ses rechutes ; car qui sait si pour ce sujet Dieu n'abandonnera pas et ne laissera pas tomber dans l'aveuglement et l'endurcissement de cœur par la soustraction de ses grâces spéciales ? Oh ! l'étrange châtiment ! oh! la privation redoutable I Ah ! Seigneur, ne me reprenez jamais en votre fureur, et ne me châtiez pas dans
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totra colère. Prifei-moi plut6t, ô Seigneur! de toutes lee douceurs de la vie, que de votre grftce, faites plutôt fondre sur ma tète les plus grandes calamités de la terre, que d'arrêter le cours de vos béuédiclions et de vos faveurs spirituelles sur moi. Eh! Seigneur, donnez-moi de plus grands remords de conscience, des goûts plus savoureux de votre bonté infinie» et des lumières plus éclatantes qui me fassent pénétrer plus avant ces vérités importantes pour mon salut. Pour ce trajet je veux vivre en votre crainte, et me garder de retomber dans les mêmes péchés qui vous offensent trop grièvement.
III. Considérez que non-seulement Dieu punit les Ames par cette soustraction de ses grâces plus spéciales , pour des péchés énormes souvent multipliés, mais même pour des péchés véniels commis volontairement, pour des imperfections et des infidélités aux inspirations divines. Les iqaltres de la vie spirituelle inculquent souvent cette considération, afin que les plus justes et les plus religieux se gardent de se ralentir de leur ferveur et de manquer aui^ inspirations divines, parce que, s'ils tombent dans cet abus. Dieu cessera de communiquer k leurs âmes de plus grandes faveurs, puisqu'ils font mépris des petites. 11 se tiendra réservé et plus frqid à leur égard, d'où il peut arriver qu'elles ne lassent point de progrès dans la perfection, comme elles en eussent fait, étant secondées des grâces plus spéciales, mais qu*elles mèneront une vie traînante et languissante, échappant à peine au f^u des enfers, et ne s'élevant à rien de grand et de généreux dans la voie spirituelle. Et même quelquefois nonseulement elles n'avanceront pas, mais aussi elles iront en arrière, et se précipiteront en de grands péchés au tenops du combat et des tentations qui ne manqueqt pas dans la guerre de cette vie; d'où s'ensuivra le péché mortel» et peut-êti-e leur condamnation aux supplices éternels. C'est de là que le Sage dit : Qui méfrise les choses petites , tombera peu à peu (Eccl. 15). Considérez, pour adtendre mieux cette vépté, qu'ordinairement Dieu donne ses grâces par ordre et par degrés; premièrement les petites, et puis les plus grandes , quand ces dernières ont été ménagées. De lu vient ce mot plein de consolation : Courage, bon et fidèle serviteur^ parce qm iu as été fidèle en peu^ je t'établirai sur beaur coup; entre dans la joie de ton Seigneur (Matth. 25). C'est un maitre qui enseigne ses disciples par ordre de sciences ; au corn-
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mencement, il eoseigoe les choses^ plus aisées^ et puis» si elles ont été bien apprises» il ense^ne des choses plus hautes. C'est comme un roi qui foit monter un hra^e soldat par tous les honneurs de la guerre et par les moindres charges dont il s'est bien acquitté à de plus grandes; car ainsi Dieu va toujours accroissant ses faveurs à l'âme qui en fait bon usage. D lui envoie au commencement de bons propos et des résolutions de faire les choses assez communes, et si elle s'y rend fidèle et exacte, il lui donne des désirs plus enflammés pour de plus hautes perfections, parce qu'étant fidèle aux petites choses, elle donne une garantie qu'elle le sera dans les plus grandes, comme, au contraire, étant iofldèle aux petites, elle perd son crédit pour les grandes» Partant » elle piérite justement d'être privée des grandes lumières, quand elle n'a pa^ fait profit des petites; elle n'est pas digne d'être employée aux grandes affaires, puisque dans les petits emplois elle ne peut rendre bon compte de sa conduite; elle est donc à bon droit privée des grâces plus spéciales et plus abondantes» par des péchés véniels commis de propos délibéré. C'est de là qu'arrivent à une âme ces cinq stérilités, dont parle si richement Richard de Saint- Victor : la stérilité d'action, quand Dieu soustrait la grâce de bien faire ; la stérilité de paroles, quand Dieu soustrait la grâce de bien parler ; la stérilité de pensées, quand il retire la grâce de bien entendre et de bien concevoir ; la stérilité d'affections, quand il retire la grâce d'aimer, comme il convient. Et encore la stérilité d'intention, quand une âme privée de la grâce de pieu , ne se propose que choses vaines et injustes pour sa fin, qui est la plus détestable des stérilités, parqe qu'elle gâte tout le bien que Ton fait, et ne produit rien qui ne soii, infructueux et inutile. Ajoutez encore la stérilité des consolations spirituelles, que ressentirait une âme plus particulièrement à la fin de cette vie, et dans les approches de la mort, où Dieu se souvient davantage du mépris de ses inspirations et des infidélités dont on s'est rendu coupable, selon qu'il le dit par la bouche du Sage : Vous avez méprisé tous mes conseils , et moi pareillement je me moquerai de vous à votre mort (Prov. 1). C'est pourqi^i plusieurs personnes y sont alors privées des visites et des consolations, qui adouciraient merveilleusement la rigueur de ces dernières angoisses et ne reçoivent pas les faveurs particulières que Dieu accorde miséricordieusement à d'autres qui ont été plus fidèles
à ses prftces. L'on dira peut-être que ce mal n'est pas universel pour tous les justes , qui ont foilli par cette infidélité. C'est ce que j'accorde très-volontiers; car il arrive quelquefois que Dieu donne d'autant plus de grâces à l'homme, que ses péchés sont plus fréquents et plus énormes, multipliant les effets de sa bonté, à mesure que la nécessité du pécheur est plus grande. Mais je ne puis approuver que l'on fasse une conséquence générale pour tous, de ce que l'on a observé en quelques particuliers; car il y a une grande diversité de grftces. Néanmoins, puisque ces punitions s'exercent quelquefois, les plus justes doivent trembler et réparer les infidélités du passé, par une meilleure conduite à l'avenir.
Je regretterai donc d'avoir manqué à tant de bons propos que Dieu m'avait inspirés. Je n'estimerai pas ces choses petites et de néant, d'où peuvent sortir de grands maux et les obstacles à de grands biens ; car que sais-je si Dieu exerçant contre quelques-uns cette punition pour des péchés véniels, il n*en usera pas contre moi ? Si donc je sens mon cœur porté à mieux prier, à traiter mes supérieurs avec plus d'humilité, et mon prochain avec plus de douceur , je craindrai de manquer à ces choses , dont les conséquences sont très-dangereuses.^ Délivrez-moi donc, Sf'igneur, du mépris de vos inspirations, et ne permettez jamais que je tombe dans Tendurcissement. J'appréhenderai pareillement ce mot de David : Qui pourra zuhmter en présence de sa froideur (Ps. 147) ? Car cette soustraction de grâces plus spéciales est le froid de Dieu. Dieu de mon salut ! que je ne ressente jamais ce froid ; mais plutôt que je ressente toujours à la vie et à la mort l'ardeur de votre amour et de votre bienveillance.
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TREIZIÈME MÉDITATION