DE LA GRACE HABITUELLE OD SANCTIFIANTE, ET DE SON EXCELLENCE
I. Considérez que la grftce habituelle est une qualité surnaturelle que Dieu répand en rame, pour Télever à un être divin. Toutes ces paroles ont leur utilité, et sont nécessaires pour entendre la nature et l'essence de la grâce. Elle est appelée qualité , parce qu'elle n'est pas proprement une substance , mais elle est un accident qui survient à la substance, comme la blancheur , et c'est une qualité admirable , qui qualifie et ennoblit l'âme d'une excellente manière. Elle est appelée surnaturelle , car elle surpasse 1 état , la condition , la capacité de toutes les choses naturelle ; elle est élevée , non-seulement au-dessus de tous les astres et de tous les cieux , mais aussi au-dessus de tous les anges, bien qu'ils soient au sommet des œuvres de la nature. Elle est encore appelée surnaturelle, parce qu'elle rehausse l'âme au-dessus de sa première condition naturelle, et au-dessus de ce qu'elle était auparavant, lui faisant changer son état en un autre beaucoup plus grand et plus honorable, ainsi que font ceux qui de roturiers deviennent nobles pour prendre une nouvelle position et jouir de nouveaux privil^es, ou bien qui de sujets deviennent princes souverains, pour vivre avec beaucoup de lustre et d'éclat. Et Dieu nous forme, pour iiinsi dire, à trois fois, ainsi que Noé bâtit son arche à trois étages ; il nous donne l'être de la nature, l'être de la grâce, et l'être de la gloire; mais celui de la grâce, comme un milieu, pour nous élever à la gloire. De là vient que cette qualité est infuse par Dieu dans l'âme ; car comme elle est d'une essence très-sublime, il n'est pas au pouvoir des créatures de la produire par leur propre vertu. Cette merveille est réservée à Dieu qui seul peut lui donner naissance comme â une chose toute divine. Elle est aussi dite infuse en l'âme, parce que c'est un don réel et véritable, qui est reçu dans la substance de l'âme, laquelle n'est pas admise à l'état de grâce par la seule
806 LA THiOLOCiE AFFECTIVE.
acceplation et la bienveillance extérieure de Dieu, ni par Timpatation de la justice de Jésus-Christ, comme maintiennent faussement les hérétiques. La grice eat mi bien qu rtne possède intimement en soi-même, comme un vase qui est rempli d'un baume très^-précieux. Elle est aussi appelée permanente pour la distinguer des grâces actuelles, qui ne font que passer et répasser en Tâme comme des éclairs redoublés, et ne font que la toucher sans s'arrêter en elle. Car la grflce habituelle et sanctifiante est permanente dans Tàme, comme Tftme Test dans le corps qu'elle aniniê et vivifie. Elle natt pour Aire immortdie, eoiaaie de £ût elto le serait» li elle ne rmcontrait jamais les péeMi qui la taH périr. Enfin oeUe grftee est iuhm en Fème pour l'élever à m être divin y e'est-à-Httre à un être nooveaa, qui estphu que nâsonoable et ififellectuel, qui est plus qu'angéii<pie et eérapbî* que, si Yim eonsidère ces eréatures dans Tordre ée k Mtum , parée que la griee donne une nonvdie neissanee à rame qui h reçoit et tw comnwiqtte un être nouveau ; et oet être «st «p^ pelé divin, perce qu'il rend l'âme semblable â Diea d'uno no»« velle nmiiêre , dont la connaissance plus exacte est réservée i la Ittoûère de globe qui pmt la montrer à découvert. C'est pourquoi aussitôt que l'âme a reçu cette qualité, die est agréai ble â Die»; elle a droit à la béatitode, Dieu l'aee^ comme sienne, il ne h regarde plus comme étrangère, mais eorame sa fille et son héritière : de là vient que saint Paul Fappello l'esprit d'adoption. Maii nous âvom reçu Vesprit tadeptitmf pêt hqud nous m(m$ : Abba, Père (Rom. 8). Pour expliquer ce poiiÉ très-difficile , les théologiens mystiques mettent en avant que la grâce n'émane pas de Dieu simplement eonune tm effet de sa cause; mais oemme elle est le plus clair, le plus parfirit, et le plus brillant rayon de Dieu, et la pks vive expression de sea être infim en oette vie , elle dérive de lui comme an rayon dn eolefl sur la nue. C'est pourquoi , comme la nue illuminée du soleil en représente les splendeurs, et comme le miroir exprime le visage et l'objet dont il a reçu l'image, ainsi l'âme illustrée de la grâce qui découle de Dieu en elle, en a une vive représentation. Or, pour distinguer cette ressemblance de l'âme avec Dieu par la grâce, de celle qu'elle a par sa création, ayant été formée â son image et à sa ressemblance, l'on ajoute que cette ressem- Umwo xenféréo par la grâce est nne ressemblance de l'âme avec
tB La oftAce. 887
la Miore dMiie, Mlê qa*eHe est dans son infinité et dans son ineompréhensibtlité; resse m b l ance qui jamais n^auraft pu être produite par Dieu, s'il n*était inflni et incompréhenaible. Ainsi la tisimi de Meu représente son être infini, et borne la connaissance (fitine telle qu'elle est en sa grandeur infinie. Toutefois, Gapréolus nous suggère une meilleure idée, en distinguant deui ressemblances ou conformités arec Dieu, Tune arec sa nature même, l'autre avec ses perfections on attributs. Il dit que la première conformité appartient à la grftce sanctifiante ; la seconde aux vertus qui rendent aussi Tâme semblable à Dieu. Or, la ressemblance de Pftme avec Dieu par sa création, n'est que relative à quelques-unes de ses perfections ou de ses attributs; et celle qu'elle a par la grâce, est relative à sa nature même, ce qui est une noblesse admirable.
Quel grand trésor ne portons -nous donc pas en nous-mêmes, quand nous avons la grftce? Dieu immortel! y a-t-il chose au monde que nous devions tant appréhender de perdre, que la grâce, quand nous la possédons; mais y a*t-il chose que nous dévions chercher plus ardemment que la grâce, quand nous ne l'avons pas? grtce sanctifiante I que tu es noble et désirable! Certainement, je me suis proposé de l'avoir pour épouse (Sag. 8), et de contracter une alliance immortelle avec elle, pour ne la jamais perdre. très-précieux vêtement! ô splendeur céleste! ô pureté incomparable! Je Fat préférée aux royaumes et aux trônes^ et fat compté pour rien les rid^esses au prix d'elle ; je n*ai point fait de comparaison entre elle et les pierres précieuses, parce que tout For du monde à son égard n'est qu*un peu de sable et de poussière, et l'argent n'est que de la fange. Je l'ai aimée plus que la vie et la beauté ^ et je l'ai préférée à la lumière du soleil ^ parce que sd lumière ne s*éteint pas (Sag. 7).
n. Considérez que la grâce sanctifiante, étant teHe que nous venons de la considérer, est d'une excellence très-haute et trèssublime entre toutes les choses créées. Le Docteur angélique ne craint pas de dire que le bien de la grâce seule surpasse le bien de la nature de tout l'univers; paroles que son interprète Cajetan recommande beaucoup, désirant que nous les ayons toujours devant les yeux de notre entendement pour les méditer, comme nous faisons maintenant. En efiet, il faut bien que cette grftce soit quelque chose d'un prix très - meneiUeux ^ puisque
Jésus-Christ a souffert, et a donné tout son sang pour l'acquérir. Elle est plus excellente que Tâme raisonnable et immortelle , car elle est une participation de la nature divine. Et quoique la grâce soit une qusdité de l'âme, toutefois, elle n'est pas le produit de son fonds , ni son œuvre naturelle ; mais elle provient d'une cause supérieure qui la lui donne, pour lui servir de forme divine, et comme d'une autre âme qui la vivifie, et qui l'élève à un ordre plus haut. C'est pourquoi comme l'âme du corps surpasse en dignité le corps, ainsi la grâce qui est la vie surnaturelle et comme l'âme de notre âme la surpasse en perfection. C'est pourquoi saint Grégoire le théologien dit que Dieu nous a premièrement créés, mais qu'il nous a refaits et restaurés d'une &çon plus divine, et qui surpasse de beaucoup la première. C'est ce qui a donné lieu à saint Thomas d'assurer que la justification du pécheur est une œuvre plus grande que la création, parce que la grâce, qui est le terme de la justification, est plus que le ciel et la terre, et tout ce qui y est compris par la nature. Au reste, si l'on compare la grâce avec les autres dons et qualités spirituelles, et si l'on pèse bien tout, elle l'emporte, et se trouve d'un plus grand prix. Cela est indubitable pour les grâces actuelles, qui ne sont que les servantes et comme les nourricières et les pourvoyeuses de la grâce sanctifiante, pour lui disposer le lieu de sa demeuré. Aussi ces grâces ne sont que des éclairs, et la grâce est une lumière fixe, ou, pour la comparer aux choses plus excellentes, un soleil. Ces grâces conviennent aussi aux âmes pécheresses, auxquelles elles sont envoyées pour les convertir, sans toutefois y réussir toujours. C'est pourquoi trop souvent elles laissent les âmes dans l'horreur du péché, et dans l'état de la damnation ; mais jamais celle-ci n'est reçue en une âme, qu'elle n'en chasse le péché mortel , qu'elle ruine par sa présence , et qu'elle ne la mette dans la voie du salut. Que si maintenant nous comparons cette grâce avec les bonnes habitudes, et les vertus infuses théologales ou cardinales, nous lui donnons encore la préférence , car ces vertus accompagnent la grâce sanctifiante , comme les puissances de Tintellect et de la volonté accompagnent la substance de l'âme, dont elles émanent comme par rejaillissement et effluence naturelle; tellement que la grâce sanctifiante est, à l'égard des vertus, comme la mère à l'égard de ses filles, lesquelles, si elles sont bien apprises, lui déféreront toujours, et
lai céderont volontiers la place d'honneur. Il est vrai pourtant que les filles quelquefois sont en plus grande estime, parce que les mères avec l'ftge perdent peu à peu la beauté de leur visage; mais il n'en est pas ainsi de la gi^ce sanctifiante, parce qu'elle ne décline pas peu à peu, et n'est pas moins gracieuse par le cours des années, car elle ne périt jamais ; ou, quand elle périt, c'est en un seul instant, avec tout son éclat et sa splendeur entière. Enfin, la grftce ne le cède pas en sa perfection essentielle à la lumière de la gloire, et à la vision de Dieu, qui mettent l'âme dans la jouissance réelle de sa félicité ; car ces habitudes et ces dons du Paradis naissent encore originairement de la grâce sanctifiante, dont ils soiit les fruits et les actes derniers, et ainsi ils lui en sont en quelque sorte redevables. C'est pourquoi à bon droit elle est estimée pour le plus riche présent que la sainte Trinité donne à ses créatures; elle vaut mieux que tous les empires de la terre, tout le monde ne la vaut pas, les anges, même les Séraphins, ne la peuvent mériter par eux-mêmes. Le sang tout seul de l'Homme- Dieu Jésus-Christ la contrebalance, parce que sa valeur est au-dessus de tout prix. De là nous approuvons le mot d'un célèbre docteur qui terminera cette consi-^ dération : c'est que la grâce sanctifiante peut se diviser à l'infini, et que la moindre partie de celle-ci vaut mieux que toutes les richesses du monde.
Ici il faut produire les mêmes affections qu'au premier point, et y ajouter des regrets et des lamentations, de ce que les hommes connaissent si peu l'excellence de la grâce divine. C'est pourquoi ils la méprisent souvent, et la traitent avec indignité. Ofy dit saint Paul, si celui qui contrevient à la loi de Motsej sur le témoignage de deux témoins, est mis à mort sans pitié aucune, de combien plus grands supplices celui-là est-4l digne, qui aura fait outrage à Vesprit de la grâce (Hébr. 10). Je redouterai donc de recevoir avec moins de respect cet esprit de grâce habituelle , et cette âme de mon âme. Si je suis employé au salut des âmes, à l'administration des Sacrements, ou à la parole de Dieu, ou de quelque autre manière, je répulerai la dignité de cet emploi, et je l'estimerai plus grande, que si Dieu se fût servi de moi pour créer le ciel et la terre, ou les Ordres des anges ; car la beauté inestimable de la grâce divine est si grande, que sa vue pourrait amollir tous les cœurs endurcis des pécheurs, ir. 24
370 LA THÉ<HiOGlfi àfimCTIYE.
suavité ineffable, dont se délecte le cosur dm BoUe Fils de Dieu! Dessidei mes yeux, Seigneur : que je fasse iM die sa noblesse, et que je travaille toUs les jours de ma vie à soi aoquisilioB fem lOon prochain, préférant sa splendeur ifèt> asmahle à tous les «nours de la terre.
ni. Considérez ^e k ^ràoe saiictMante ost aussi plus eioeUente que k Gharilé. Et quraque ceMe iiérité soit comprise dans k point précédent, il est pourtant à propos de rexaminer particulièrement, à cause des difficultés qm s'y renco&breiit, et parce que pluneurs, confondant Thabitude de k Charité avec k grâce sanctiûante, comme si c'était une même chose, me s'accordent pas avec nous. Or il est vrai qu'elle «t k Charité sont intimement unies et associées oisemble, d'ime union qui ne peut ae dissoudre par les s^oits naturels. D'où vient que souvent l'on prend pour une même chose d'êb^ en état de grêce, et en état de Charité, parce que quiconque est en grâce est aussi dmis k Charité; et quiconque est dans la Charité est aussi dans h «race. Néanmoins, à parier proprement ^ exactement, k grâce sanctifiante n'est point k Charité, mais plutôt elle en est la ncine, on k source, et la Charité en est le ruisseau et le rameau; la grâce est la mère, et k Charité en est la fille aînée, la première en beauté et en excellence entre toutes les vertus. Car nous considérons la grâce comme une forme céleste, qui apporte â Tâme un être nouveau et en fait une nouvelle créature d'un ordre plus rekvé. C'est pourquoi comme les puissances qui émanent de Tâme ont moins de perfection que Tâme même, aifisi la Charité qui naît de la grâce, comme la première puissance, pour former par son moyen ses plus hautes opérations. De là vient que la Charité e^ distincte de la grâce et lui est inférieure en dignité, ainsi que la volonté est autre chose et moindre chose que l'âme. Aussi la grâce perfectionne le fonds de la substance de l'âme, et la Charité la "volonté seule. La grâce donne l'être surnaturel et divin , et la Charité donne l'opération , qui est d'un degré plus bas que l'être. Enfin, dans la patrie, la Charité n'est pas le plus riche joyau de l'âme bienheureuse , elle cède l'honneur à la lumière de gloire. C'est donc une marque, qu'en la voie de cette vie, la Charité ne sera pas la plus noble qualité de l'âme; et partant, c'est la grâce qui est la plus noble de toutes les émanations de Dieu au dehors, par laqueHe toutes
MB LÀ GiUCC. 571
Iw Vêlons hii Mmt agréables. Que si ^saînt Paul préfère la Charité à 4e«te8 les aatres perfectioiis, quand il dit : Je montre encore m$ V9ie flm emeUenU (u €or. 12), il ne compare pas la Charité mec la geàce sanoliAante, mais seulement avec les grâces gratuilesiefll dcNHiées et avec les autres vertus ; c'est pourquoi M ne «e peut «en conclure des louanges qu'il lui donne au préjudice 4e ta frice eanetiftaiite.
& done -oeMe énineRle qualité s'élève encore par-dessus la feMime dmrké, e'est & bon droit que nous lui pourrons aUri- Iraer «es titres et ses éloges. Disons donc de la grâce comme saint Failli a ^t de ia Charité : Quand je parlerais k langue êeê w^gee ^ ies hemmeiy m je n'ai point la grâce sanctifiante, je ne 8im rim. ^umd je iistribtieraiê aux pautfrei tous mes biens y que je livrerais mon eorps pour être hrûlé^ si je n'ai pas la grâce saniffianle, il ne me oert de rien (i. Cor. 18). Dieu étemel, eeyes éaac béni Incessamaient pour la production de cette adflBÔrabie qualité I Seigneur! en toute éternité je vous louerai. Gencevens ensuite une grande horreur do péché, qui ruiiie iniséraMeinent 4a grâce dans nos âmes comme il a fait dans les anges. O ie mal horrible et effroyriile que le péchél qui ie pmirrak assez abhorrer?
QUÂTORZiÈlllË MÉDITATION.
DES TROIS AUTRES EXCELLENCES DE U GRACE SANGTn?rA!fTE.
9. Qon^dà*e2 que la grâce sanctifiante a Dieu seul pour au'leur*; 41 »la produit par l'action la plus noble, qui est la créa- 4ion tpar hquelle il produit quelque chose de rien, sans le concoure d'raeun autre agent, si bien que cette grâce est créée. Le -Prophète ropl était en ce sentiment, quand il disait : Dieu ! oréez en moi un comr nouveau, et renouvelez en mes en^ tmiUm «Il esprit droit (Ps. 50). Car alors il demandait â Dieu la qwdilé sarmtureUe de la grâce , et le priait d'y employer
rœuvre même de la création , parce qu'elle est produite par création et sans que le sujet y contribue» n'é(ant point extraite de lui , comme les autres formes accidentelles. Le Docteur angélique enseigne cette même vérité : Toute opération de la créature, dit-il, présuppose de la matière; il est impossible que la créature produise aucune forme qui ne soit extraite de la puissance de la matière, et de là vient que l'âme raisonnable est créée de Dieu seul. Or, parce que la grâce sanctifiante élève l'homme au-dessus de la nature, en tant qu'elle forme un acte et ordonne à une fin, auxquels la nature ne peut atteindre par toutes ses puissances, cette perfection n'est point tirée de la puissance de la matière, mais est conférée par Dieu seul. Le saint Docteur prouve fortement cette vérité, en considérant l'élévation de la grâce au-dessus de toute la nature ; ce qui ne lui pourrait convenir, si elle était contenue^ dans la puissance même obédientielle de la nature intelligente; car cette puissance étant naturelle, et existant en vertu de la première création, il s'ensuivrait que ce qui est naturel comprendrait virtuellemeot la grâce; ce qui serait favoriser l'erreur de Pelage, que les Pères ont toujours puissamment combattue. C'est pourquoi la grâce étant d'une plus haute dignité que toute la nature, elle ne tient rien du sein de la nature; elh est produite par une action créatrice et dès lors par Dieu seul. Aussi la grâce étant la plus noble qualité du monde, comme étant une participation de l'être divin infini, il lui appartenait d'être produite par Topération la plus noble, car l'action productive doit être d'autant plus sublime et plus élevée, que le terme en est plus grand et plus rehaussé en perfection. Donc, comme la grâce est telle, que rien ne se peut imaginer de plus parfait, ainsi que rien ne se peut imaginer de plus parfait que Dieu même, dont elle est une participation formelle, elle demande d'être produite par une action des plus parfaites, telle que la création; or la création est plus noble que la transsubstantiation même; et ainsi la grâce est produite d'une manière plus noble que le corps de Jésus-Christ n'est produit dans le Sacrement. Et comme aucune créature ne peut servir d'instrument pour coopérer ici avec Dieu, la création convenant à lui seul exclusivement, il s'ensuit de là que Dieu seul est auteur de la grâce, et qu'il est uniquement le créateur de cette forme et de cette beauté toute surnaturelle.
DE LA ORACE. 375
Toutefois , il faut distinguer ici la création de la grâce d'avec son infusion ou sa réception dans Tftme ; car bien que ces deux choses se fassent en même temps et ne soient point divisées, l'esprit toutefois les doit concevoir distinctement. Quant aux Sacrements ou aux dispositions de l'âme qui peuvent être les instruments de la grâce , ils ne sont les instruments que de sa réception dans Tâme et non de sa création; Thonneur en est réservé à Dieu seul.
Vous seul, 6 mon Dieu I vous êtes donc le créateur de la grâce ; aussi êtes-vous le principe surnaturel , et parce que vous êtes élevé à un degré et à une éminence de perfections au-dessus de tout être naturel, et parce que vous avez la puissance d'opérer d'une manière qui est au-dessus de toutes les forces des êtres naturels ; car étant surnaturel en votre substance, vous donnez l'être à cette noble et divine qualité de la grâce surnaturelle, pour rendre Yos anges et nos âmes toutes célestes et toutes divines ? Seigneur ! je vous révère et je yous adore comme auteur de la grâce; je vous soumets toutes les grâces que j'aie jamais reçues de votre miséricorde, et je vous en fais hommage de latrie et d'adoration; oui, je vous en fais hommage de latrie et d'adoration , comme ne provenant que de votre grandeur infinie; car la nature et toutes ses puissances n'ont aucune part à sa création.
II. Considérez une autre excellence de la grâce sanctifiante , en ce qu'elle est une participation formelle de la nature divine, et qu'elle rend une âme comme divine et toute pleine de Dieu par imitation de ses perfections. Ce point est relevé et contient un mystère difficile à comprendre et à expliquer ; mais il vaut mieux connaître un peu , quoique obscurément , les grandeurs de la grâce divine, que de connaître plusieurs autres choses nettement et clairement. Considérez donc que la perfection la plus essentielle de l'essence divine est l'acte par lequel Dieu se voit et se connaît actuellement soi-même et toutes choses ; car la nature divine a , par essence intellectuelle , une connaissance , une vision et une compréhension infinies. Or la grâce sanctifiante est la racine et la source de la vision intuitive de Dieu, elle donne à TAme le droit de jouir de cette merveilleuse vision , et le corps seul ou quelque reste de péché lui font obstacle pour un temps, après lequel elle entre pleinement en possession de la jouissance de. Dieu par la sublime intuition de son essence, qui lui est C(»n-
874 LA THÉOLOGIE AFFSGTIVE«
muniqnée comme une conséquence de la grftce sanetiflanU, Dès lors elle fait entrer Tftme en participation de la natusa da Dies, et cette intuition admirable, qui est une des formes de Dieu, ii est permis d'user de ce terme, devient aussi comme la forma de l'Ame. Aussi saint Pierre, le chef des théologiens sacrés, a dit de la grftce : Il imis a fait de grandes et fn'écieutiê ^^^otMSseê , ^ que par elles nous entrions en partage de la nature divine (n. Vm, 1). Et Jésus-Christ même, la Vérité éternelle, dit des bonnoea saaetifiés : Le royaume de Dieu est au dedans de vous (LuCp 17), car la grftce sanctifiante étant la semence de la gloire , et la contenant virtuellemeiyt avec toite sa grandeur et ses privil^s^ Fftaie entre par die en droit de voir Dieu face à face. Mais il } a da plus à méditer ici que les vertus surnaturelles , théologales et cardinales, demandent d'être produites par le même principe qui donne naissance à la grâce, ainsi que les propriétés sont pro* duites avec ressenoe même dont elles sont émanées par une même ei indivisible production, et par la même cause efficiente ; et c'est ce qui fait entrer Tftme en participation des excellences divines, car toutes ces vertus créées avec la grftce, sont autant de participations de l'ordre divin ; ainri la Fm, la première vertu théologale, rend l'âme participante de Tassurance et de la certitude, avec laquelle Dieu connaît et entend son ess^ice ; aussi n'y a-t-il rien de plus certain que la Foi surnaturelle. L'Espérance fait que, comme Dieu ne veut d'autre bien que le bien incréé qu'il est lui-même, n'attend aucun autre bien que celui de son essence, l'abîme de tout contentement ; aussi l'ârne, par l'Espérance théologale , souhaite, n'aspire et n'attend que ce même bien incréé pour comble de son bonheur. La Charité rend l'âme participante de ce poid» et de cette inclination que Dieu a pour soimême ; car la Charité, qui cfst jointe inséparablement à la grâce, est une inclination amoureuse au bien surnaturel et béatifiant. Il en est de même des quatre vertus cardinales ; elles renferment toutes quelque imitation des mœurs et des attributs ou perfections divines, Aelon qu'il paraîtra ci-après.
Admirons cependant la sublimité de la grâce divine et la stupidité et l'égarement de l'âme humaine, qui considère si peu ces choses qui sont en elle-même, et qui en est si peu touchée d'affection et de reconnaissance : L'homme sans sagesse ne le connaîtra pas^ et rinsensé ne l'entmdra pas (Ps. 01). Cieux I étonnez-vous que
n. Lk GIUGIU S7((
des 'bommes éclairés par la Foi se passionnent pour la connaissance ei la possession de tant de choses basses et inutiles, tandis qu'ils s'oublient et n'ont aucune ardeur pour conserver et défendre en eux-mêmes (e don tré$-excelleat de la grâce trèsi-précieuse. Oh ! pardoD) Seigneur, pardon pour le passé, ce sera votre grâce qui sera dorénavant l'objet de mon étude et de mes vœux ! Je combattrai pour elle, et je parlerai pour la fiûre connaître au monde et T; faire estimer.
lÛ. Considérez ensuite Vefilet admirable de la grâce sanctifiante, qui est de rendre Thomme en&nt adoptif de Dieu, en le faisant eatrer en participation de sa nature et lui donnant droit à sou tbéritage éternel. Cette vérité est merveilleuse et donne à la créature un avantage incomparable, par lequel elle surpasse eu noblesse tout ce qu'il y a de perfections paturelles au monde, même dans les plus illustres Séraphins; et c'est la grAce sancti^ fiante qui lui apporte cette grande et très-haute élévation; car elle fait renaître l'homme à une vie toute divine, puisque de fils de Thomme qu'il est par nature, elle le fait monter jusqu'à la dignité de fils adoptif de Dieu et de cohéritier de Jésus-Christ , selon qu'en parle saint Paul : Enfmts ei héritiers de Dieu et cohéritiers^ ie Jétus-ChrisÈ (Rom. 8). C'est pourquoi le grand saint Léon dit que ce don est au-dessus de tous les autres dons, que Dieu donne le nom de fils à Thomme, et que l'homme appelle Dieu même sou Père. Et c'est un don réel et solide; car, aux termes du disciple bien-aimé, le Père a eu pour nous tant de charité , qu'H a voulu que nous fussions appelés enfants de Dieuy et que nous le fussions en vérité (i.Jean, 3). Et le Concile définit la justification, qui est l'œuvre de la grâce sanctifiante, une transformation de l'état dans lequel l'homme est né enfant d'Adam en un état de grâce et d'adoption filiale. Si bien que , par la grâce, l'homme cesse d'être enfant du premier Adam et de Satan, et il devient le fils de Dieu. En efiet, selon la doctrine des jurisconsultes et des théologiens, adopter quelqu'un pour fils, c'est rendre fils quelqu'un qui était étranger, et ce par une espèce de nouvelle génération. Et comme par la génération le père communique au fils sa nature, l'engendrant semblable à lui; ainsi par l'adoption, l'adoptant communique à un étranger ce qu'il est lui-même, par désir et affection, lui attribuant la prérogative de fils, et lui donnant droit â son héritage, â aea
biens et à ses richesses, comme s'il était fils par nature. Ainsi plusieurs empereurs romains adoptaient des étrangers, qui après eux ont joui de l'empire, de toutes ses grandeurs et de toutes ses richesses. En un mot, ce que les hommes ne font que par désir, Dieu le bit en réalité; car imprimant sa grâce sanctifiante dans une âme , il se donne â elle et est en elle réellement ; en sorte que, si par impossible il n'avait l'immensité, qui le rend toujours présent en tout lieu, la grâce le rendrait présent dans on nouveau lieu, selon ce qui a été considéré ci-devant, parce que c'est le propre de cette grâce; et voilà pourquoi saint Thomas l'appelle une participation de la nature divine. En efiet, ce que iait en Dieu la nature divine, la grâce le fait par imitation dans une âme; et comme la nature divine est en Dieu le principe des plus nobles et des plus sublimes actions, comme. la vision et l'amour, aussi la grâce est dans une âme la racine et le principe de la vision intuitive et de l'amour béatifique, de ses connaissances surnaturelles et de ses aflections célestes, par lesquelles elle règle toutes ses œuvres dans la droiture et la sainteté. Et ensuite elle a droit à l'héritage de Dieu, et Dieu s'oblige envers cette âme, par la grâce sanctifiante, à lui donner l'empire céleste et la jouissance de la béatitude étemelle, pour la rendre heureuse de sa félicité même. Et tant que cette dignité d'adoption lui demeure, ce droit lui est assuré, sans qu'elle en puisse être privée; elle reçoit donc par ce moyen une élévation tout admirable. Car son adoption ne se fait pas seulement par la communication du droit du Paradis, mais aussi par le don du Saint-Esprit et la communication de la nature divine; la grâce ayant cette vertu d'attirer avec soi le Saint-Esprit, dont elle n'est point séparée, ainsi que l'union hypostatrque ne peut être séparée du Verbe. C'est pourquoi la grâce sanctifiante est comme un lien, par lequel la nature même de la divinité est présente intimement dans l'âme justifiée, et lui est communiquée pour être elle-même le principe des actions les plus élevées du monde et d'une infinité de joie , de gloire et de félicité.
Se peut-il rien imaginer de plus grand que cette noblesse, d'avoir droit de posséder un Dieu aussi grand et aussi infini. possession éternelle de Dieu, que tu es peu considérée des hommes! ô adoption sublime! ô droit par -dessus tout droit! ô grâce sanctifiante, que de choses grandes, sublimes et mer-
veilleuses sont dites de toi! A amitié ineffable du Dieu toutpuissant et du Père des lumières, de qui est tout don parfait et qui est tout aimant, que les hommes connaissent peu ta valeur inestimable ! c'est pourquoi ils te perdent si aisément , ils te recherchent si froidement, te conservent si négligemment, et te méditent si peu ardemment.
QUINZIÈME MÉDITATION
DE TROIS EFFETS SIGNAlis DE LA GRACE SANCTIFIANTE.
1. Considérez que la grâce sanctifiante par soi-même et de sa nature efface tous les péchés mortels, qui souillaient Tàme avant qu'elle en fût revêtue. C'est ce que Dieu promettait par le Prophète : répaneherai sur vous une eau pure , et vous serez purifiés de toutes vos iniquités (Ezéch. 36). Aussi la grâce est la sainteté même, la pureté même, et dès lors elle ne souffre point de souillure, elle est incompatible avec tout ce qui se rencontre dans l'offense mortelle ; car si vous considérez le péché comme une difformité qui reste dans une âme, lorsqu'elle ne rétracte point une action perverse, qu'elle a commise contre son devoir au mépris de Dieu, la grâce sanctifiante rétracte cette action perverse, en ce que de sa nature elle est une conversion habituelle à Dieu, et une soumission à toutes ses saintes volontés; ce qui est rétracter tous les actes passés qui auraient été en opposition avec cette union à Dieu. Si vous le considérez comme une difformité, en ce qu'il est une privation de la grâce sanctifiante, il est aisé de voir qu'elle détruit cette privation et la laideur qui en résulte; comme la vision dissipe l'aveuglement, et la lumière les ténèbres. Si l'on considère le péché . comme une injure et une offense qui * a été faite à Dieu, la grâce répare encore celte injure, en ce qu'elle fait que l'action injurieuse à Dieu , n'est plus volontaire. Si l'on considère l'inimitié que Dieu portait à l'âme pour son péché, qui la rendait hideuse et haïssable, la grâce l'embellit et la lui rend aimable, en sorte que Dieu chérit cette âme d'un
STft LA TUtOliOGlIS ArFKGTlVE.
amour de compIaiMnae qui lui e9t nécessaire, Bon qa*il ait be* soin d'aimer cette ftme, mais parce qu'étant juste et droite il ne peut pas ne pas se complaire en un objet si beau et si digne. Enfin, si l'on considère encore le péché dans la peine éternelle des enfers qu'il mérite en punition de l'injure et de l'offense commise contre Dieu, la grâce délivre l'&me de cette peine, parce^ qu'elle la rend digne du Paradis; ce qui ne serait pas si elle devait soufDrir des peines éternelles, car jouir de Dieu et mériter une peine étemelle, c'est chose contradictoire. C'est pourquoi elle en est affranchie par la grâce sanctiiante. Ainsi il n'y a rien de si hideux et de si horrible dans le péché, que la grâce ne combatte et ne détruiSfO. Cela ttt que méoae le péehé ne peut subsister avec la grâce, ainsi que saint Paul semble Tavoir enseigné : Qtiel accord peut-il y avoir entre Jésus-Christ et Déliai (il. Cor. 6)? Et le bien-aimé disciple : Quiconque est né de Dieu ne pèche point, d'qutant que «a semence demeure en luiy et il ne peut pécher (i. Sptt. c. 3). Àussi,^ par la toutie-puissance divine, l'âme ne peut être tout ensemble immopde et pure, sainte et perverse, fille de Dieu et fille de Satan, innocente et i^riminelle, digne de la vie éternelle du Paradis et de la mort éternelle des enfers. Ce sont des extrémités inçompaii})le$ pour pouvoir s'accommoder ensemble.
Quelle estime ne devons-nous donc pas faire de la grâce, puisqu'elle détruit si puissamment notre ennemi mortel, qui nous as^ sujetlissait sm. misères de l'enfer éternel? Q n'en est pas ainsi des grâces actuelles, bien qu'elles tendent à la ruine du péché, elles ne réussissent pas toi\|ours, et le péché ne laisse point de régner avec elles ; mais au même moment que cette grâce paraît, les péchés disparaissent et s'anéantissent. Je la veux donc souhait tçr plus ardemment que ceuii qui sont assaillis par leurs ennemis n'aspirent après le secours. Je la vçux désirer avec plus d'ardeur que les malades et les moribonds ne désirent le remède qui doit guérir parfaitement toutes leurs infirmités. Qh! certainement, mon Diçu ! je rechercherai votre grâce partout où je la pourrai trouver. S'il faut passer les mers et les montagnes, s'il faut ^e jeter dans la profondeur des abîmes, etc., ô mon Dieu! je ne veux rien épargner, pourvu que je puisse arriver à sa bienheureuse possession!
II. Considérer que la grâce sanctifiante porte les vertus surna-
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lurrilefty Im théologales et les cardinales , dans rame où eUe est reçue. C'est une noble reine qui a pour cortège les habitu* des surBiturelles qui inclinent l'âme à toutes les choses bonnes et justes, et elle ne fait point son entrée dans l'&me qu'elle n'y soit honorablement accompagnée. De la grâce, dit saint ijitonin, procèdent toutes les vertus qui embellissent et illustrent l'âmoy comme les rayons partent du soleil ; d'elle sort le rayon de la Foi, qui perfectionne l'esprit, pour lui faire connaître et lui faire croire tout ce qui est de la Foi ; de la grâce procède la vertu de l'Espérance, qui élève l'âme à l'attente de hi gloire céleste. D'die descend la flamme de la Charité, pour aimer Dieu et le prochain. ElU emeigm la sobriété de la tempérance el h sagesse de la prudence ; la justice et la vertu, c'est-à-dire la force, qui esi ce qui se trouve de plus utile dans la vie (Sag. 8). C'est pourquoi Dieu l'appelle du nom de bénédiction , disant à Abraham : En ta semence toutes les nations seront bénies (Gen. 22)» c'est-à-dire que par Jésus-Christ tous les peuples recevront la grâce sanctifiante, cette vraie bénédiction de Dieu, source de tout bien. Aussi le Doctemr angélique la compare à l'essence de l'âme, parce que, comme de l'essence émanent les puissances et les facultés naturelles, qui sont les principes des actions ; ainsi de la grâce s'écoulent dans les puissances de l'âme toutes les vertus. En effet, comme l'homme, après avoir reçu son essence ou son êtra na^ turel, créé capable d'agir et d'atteindre quelque fin, doit ensuite, Tomme par un droit naturel, recevoir des puissances et des facultés qui le rendent propre à faire ses fonctions pour y parvenir ; ainsi l'homme recevant la grâce, qui est comme un être nouveau, qui l'élève au-dessus de sa première condition, et le rend capable de la possession de Dieu, sa fin surnaturelle ; il doit avec elle recevoir des habitudes infuses de vertus, pour pouvoir agir saintement et atteindre une fin si sublime. C'est pour^ quoi la grâce sanctifiante amène avec elle les vertus théologales de la Foi, de l'Espérance et de la Charité, afin que^ Tâme, par leur assistance, se porte à Dieu. L'âme reçoit aussi avec la grâce les quatre vertus cardinales, la prudence , la justice , la tempe* pance et la force ; afin que par leur moyen elle se comporta saiu-n tement envers le prochain et envers soi-même. Au reste, si ayant reçu tant d'habitudes saintes avec «lu grâce, elle ne se sent pas plus inclinée aux actes surnaturels, et ne se trouve pas moins
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combattue par ses vices et ses habitudes perverses, cela provient de ce que les effets de la grftce sont spirituels et hors du sentiment, et que ces vertus étant surnaturelles et d*un autre ordre que les habitudes vicieuses, elles ne les détruisent pas nécessairement. Ajoutez que Dieu ne communique pas toujours toutes les vertus morales surnaturelles à toutes les ftmes qui reçoivent h grâce sanctifiante, car il donne aux uns plus, aux autres moins, selon leur indigence, ou bien selon leurs disposîtkns, ou selon la conduite de sa sainte providence, qui établit différentes mesures; c'est pourquoi cette considération n'empêche pas que l'ftme ne soit vraiment enrichie de vertus et remplie de Ûens spirituels que lui apporte la grâce. Mais, ce qui est beaucoup phis digne d*étre considéré, et ce qui mérite davantage de fixer l'attention de nos esprits ; comme la grâce sanctifiante en cette vie produit la Foi vivante ou animée de la Charité, ainsi en l'autre vie, n'étant plus arrêtée par la masse du corps et les peines dues au péché, elle produira la claire et intuitive vision de Dieu, accompagnée de l'amour béaiifique. Et ce sera là sa dernière opération et son dernier fruit ; ce sera toute la félicité de la créature angélique et humaine, qui prend sa source dans la grâce sanctifiante, dont la valeur ne se peut estimer. Bien plus, la grâce est la même chose que la gloire en son essence, n'en différant que comme le moins parfait du plus parfoit, et ce qui est commencé de ce qui est achevé.
Oh ! que la grâce est donc excellente et précieuse, puisque tant de biens nous arrivent avec elle ! Qui ne l'estimera donc, qui ne la recherchera, qui ne la conservera parfaitement? noble Jésus, auteur de la grâce ! l'âme peut-elle vous oublier en ces considérations, puisque c'est vous qui nous avez acquis celte grâce et tous les biens qu'elle cause, au prix de vos travaux et de l'effusion de votre sang royal et divin ! noble sanctificateur, c'est pour ce précieux trésor que vous vous êtes défait de tous vos bians , afin de nous l'acquérir ! très-cher Rédempteur, soyez toujours aimé, toujours révéré et admiré de ceux qui entendent ces virités et de ceux qui ne sont pas capables de les entendre ! Seigneur, répandez sur mon âme les bénédictions de cette grâce !
m. Considérez ensuite (ffm la grâce sanctifiante donne un lustre de merveilleuse beauté à l'âme qui la reçoit. En effet, la