D£ LA G1UC
beauté étant une qualité si excellente et si aimable, que chacun la prise et l'estime, il ne faut pas estimer qu'elle n'appartienne qu'au corps, et que les esprits en soient privés. Dieu, très-pur esprit, a une beauté ravissanle et indicible. Les anges, pareillement, ont des traits de beauté incomparables, qui nous les feraient estimer plus que toutes les beautés de l'univers, si nous étions capables d'en être les spectateurs. Il en est de même d'une ftme raisonnable, laquelle toute seule a plus de beauté dans sa nature que tous les corps ensemble. Mais quand à la beauté naturelle de l'ftme vient s'ajouter la beauté de la grftce, alors il n'y a rien de si digne et de si aimable. Ainsi Judith avait une beauté naturelle très-exquise, qui lui acquérait une grande réputation; mais quand Dieu lui donna un nouvel éclat et de nouveaux traits de beauté, elle surpassa tout en charmes et devint toute ravissante. Il en est de même de l'âme que Dieu pare et orne de sa grâce, et à laquelle le Seigneur a donné ausn de la splendeur (Judith, 10). Car la grâce efface les taches et les souillures de l'âme, et au lieu des péchés qui y régnaient, die y introduit les vertus qui perfectionnent la beauté spirituelle. Le saint Prophète ressentait cette vérité, quand il disait : Vous me laverez, et je serai plus blanc que la neige (Ps. 50. Car, comme dit le grand saint Grégoire, le saint Prophète déclare par là qu'il n'y a point de beauté semblable à celle d'une âme sainte, comme il n'y a point de blancheur pareille à celle de la neige. Ressemblance qui est telle, que sainte Catherine de Sienne disait de la grâce, que nous la prendrions pour Dieu même, si elle paraissait à nos yeux. Aussi, c'est une ressemblance avec la nature de Dieu imprimée dans l'âme, que samt Pierre appelait une aurore, jusqu'à ce que Lucifer naisse en vos coeurs (il. Pierre, 1), parce que cette étoile, qui paraît la première du jour, ne donne pas plus de beauté au ciel que la grftce à l'âme. Cela fait qu'elle rend une âme le digne objet de l'amour de Dieu , qui , par sa justice et son équité, aimant les choses autant qu'elles sont belles et aimables, se complaît dans une âme justifiée, faime d'un amour surnaturel, et l'accepte pour sa gloire étemelle. Et comme par la lumière de gloire l'âme unie â Dieu se dHecte en Dieu ; amsi, par la grâce, Dieu uni à l'âme se délecte et se complaît en l'âme, et après la vue de sa beauté divine et infinie, il tient ses yeux collés sur la beauté d'une âflSl sanctifiée par la grâce ; et, dans cet état, elle lui est si agréable, que lorsqu'il la considère,
ne éiiRfliuiflit fmmi son affectm, il foi dH : 7k ts tmtU Mfc, ma UmhakÊéi , tm es toute Mfe, et U n'y a pta de Udie m ki: que In te Mfe, ma htennimée! ma lrès-eMr«, fMî fm mee #hee$ (Cant 4 et 7). Paroles bien firites pour fraospofter les toa jtsMieB, qui M soient ainsi aim^ et estimées ^e lear (sçtfn eéleste. Mais leur transport serait indiciUe, m le voile de ee €orps ne les empêchait , pendant cette ^ie , de se ^^cmiteinpler t ilécontert; eHes s'émerveilleraient de se voir si beHes et si noMenent parées; c'est pourquoi elles diront, pleines d'élonnement, quand elles en seront séparées : Quoi doncf est-ce moi?., «n corps mortel enfermait-il une âme si belle et si ravissante! Oh! béni soit mon Créateur, qui m'a donné une teHe beaaté.
Admirez dmic la force de la grâce qui confère une teHe beauté, que ceux qui étaient intérieurement difformes et hideax comme les démens de l'enfer, deviennent beaux comme les anges du Paradis : justes , f^jornseez^votts dans le Seigneur , tl appariient attx âmes eaînles de lui donner des louanges (Ps. 3^! Dieu très-bon, très-admirable sanctificateur, que vctos êtes grand et louable en vos œuvres! Hélas! jusqu'à quand le cœur de l'homme fera-t-il si grand état d'une beauté corporeOe, 'vaine, perfide, qui passe comme une ombre, qui se change enfin sa une difformité insupportable aux yeux de tous, tandis qu'il ne se donnera point de peine pour connaître et acquérir la beauté de votre grâce justifiante? Ehl Seigneur, cette beauté est assez grande pour mériter que nous combattions incessamment potir elle. Adieu donc les parures et les vanités mondaines : Trompeuses sont les grâeeSy et vaine est la beauté; la femme qui craint Dieu sera eomblée de louanges (Prov. 30). Je soupirerai donc après vôtre miséricorde : Ayez pitié de moi^ Seigneur^ selon votre grande miséricorde et selon la multitude de vos commiséraiions; effacez mes offenses, lavez-moi de plus en plus de mon imquitéj et purifiez-moi de mon péclié (Ps. 80). J'ahnerai la pénitence et la confession de mes fautes. Je ferai état de vos Sacrements, qui sont les canaux de la grâce et la source de la vraie beauté, el j'aurai horreur du péché, qui souille les âmes de taches abominables. Oui, ô très-noble Jésus ! je vous chérirai de tout mon cœur, parce que, par votre* sang précieux, vous avez ressuscité et fidt revivre celte grâce, qui était éteinte par le péché. admi-
M LA dihOE. 385
fable Rééemptevrl ¥o«s oMMîssiat rvxcdtenœ «( l'écht de oêtCe bewMé Bpirit«d(e , qui ravH ttvs les afBffs ; «iVit prarqnoi tons wrez vaidu la réparer aax Mpens de votre vie. Oh 1 qm ?ous aioMra mUaiK que wom ea êtes digne f
SEIZIÈME IIËDlTATiaN*
Vt'un AUTRE EPFIT DE LA GRACE, QUI EST LE HÉRITE DE LA GLOIRE ÉTERNELLE.
I. CoosidéMz ^*eQ verta de la grâce sanotifiMite il y a m nérite dam les Ames justifiées, par leqael elles se rendent ^Hgnes de posséder la gloire étemelle par un dr(Ht de justice. L'Eeritane eakite alArme celte vMté, et oblige les hommes à la crtriae; car Dieu dit à Abraham : Je serai tu récomjmie trèê'^frmtàf (Gen. 1J(). Et Jésus -Qhri^ console les affligés flor «tftte espérance, disant : Réjonmez^otiê ^ car votre récom^ fom mt 4éondanU dans k Ciel (Matth. S). C'est pourquoi srint Paul paratt plein d'allégresse au fcrt de aes trbulations : J'ai garié 4« F(n, j'ai aekeifé ma eourse; U netne reste qu'à attendre vne eaurmme de jtwtice^ que le jmte juge me dmimra (n. Tim. 4). H appeRe le Ciel une couronne de justice, parce qu'elle se donne par 4e ^It de justice à la Valeur du mérite ; il dit que {Heu lia lai 'donnsra comme «une chose qm lui appartient, et il «ppeHe Km jmie juge, pour 'témoigner qne Dieu la 'donnera «n quelité de juge qui garde la justice. Après ces oracles de ("Scrilnre eamte , FEglise a tranché net -sur ce sujet en ûhfers Conciles , disant tantôt : La récompense est due aux bonnes centres, si elles se font; mais la grftce qui n-est pas due précède, afin qu'elles se fassent. D'autrefois : Non sei^ment les vierges et les continents, mais aussi les personnes mariées, qui plaisent è Dieu par une foi droite et une sainte action, méritent de parvenir à la félicité éternelle. Aussi il était bien convenable que Vim sMabBt des récompenses pour les bonnes œuvres ^ comme
il propose des peines et des supplices pour les mauvaises; car les sages gouverneurs ne régissent bien les peuples que par les récompenses et les peines , qui sont comme les nerfs des républiques y les font subsister , et inspirent l'horreuir du mal et l'amour de la vertu aux âmes raisonnables ; c'est pourquoi, puisque Dieu est le plus sage des monarques et le modèle de la sagesse, il n*aura pas manqué de récompenser par le bonheur et par la félicité les œuvres vertueuses, ainsi qu'il punit justem«it celles que la raison condamne; autrement il serait plus enclia à la sévérité qu'à la douceur, ce qui répugne à sa nature. Et puis, les bonnes œuvres se font en son honneur et pour lui rendre obéissance, et souvent par le motif de la charité qui le préfère à toutes choses. Or Dieu ne souffrira pas qu'on ait fidèlement travaillé à son service, sans en être récompensé. Un honnête homme dans le monde serait confus de laisser sans récompense celui qui se serait employé pour lui, et Dieu le jugerait indigne de sa grandeur et de sa magnificence infinie. De plus, la grâce sanctifiante est d'une qualité si relevée, qu'elle ennoblit les œuvres qu'elle anime au-dessus des grandeurs, de ce monde, ainsi que le diamant, enchâssé dans une bagne, lui donne une très-grande valeur ; c'est pourquoi, comme le prix est plus grand que le mérite, n'y ayant rien en ce monde, que la gloire, qui soit au-dessus de la grâce, l'œuvre méritoire procédant de la grâce ne peut être suffisamment récompensée que par la gloire; et dès lors, par la grâce, on la mérite en toute rigueur. Ajoutez encore que la grâce unit comme par un mariage spirituel le Saint-Esprit et l'âme qui en est douée; les bonnes œuvres y tiennent lieu d'enfants, l'âme d'épouse, et le Saint-Esprit d'époux; c'est pourquoi si ces œuvres paraissent peu dignes du côté maternel de l'âme, toutefois, de la part du Saint-Esprit, elles sont dignes de l'héritage du Ciel, comme celui-là est digne du royaume, qui est né du mariage légitime d'un roi avec une femme d'humble naissance. Enfin la grâce sanctifiante est communiquée de Dieu à Târne par une affection d'amitié qu'il a pour elle et par laquelle il la prévient; laquelle affection d'amitié le porte à lui pardonner toutes ses offenses, à la recevoir en sa bienveillance et à la revêtir de l'or brillant et de la beauté sans égale de cette céleste qualité. Ce qui fait que l'homme devient l'ami de Dieu par sa première justifies-
DE LA GRAC£. 383
tion, et acqui^t une certaine noblesse tout illustre, en vertu de laquelle ses bonnes œuvres deviennent si considérables, qu'elles sont dignes du Ciel, comme procédant de celui qui est ami de Dieu et reçu en son affection, par laquelle il veut Tagrandir et le rendre heureux en toute manière.
Je me réjouirai à celte pensée que ce n'est pas en vain que nous travaillons en cette vie. C'est pourquoi, comme l'ouvrier se console dans ses travaux par l'attente qu'il a du salaire, ainsi je me consolerai dans les fatigues de cette vie. Quelles disgrâces ai-je à craindre dans le monde? Qu'est-ce que cette vie peut avoir de fâcheux et d'amer pour moi, puisque la bonté divine me fait espérer une félicité immortelle après les jours de celte vie, si je m'emploie fidèlement aux œuvres de son service? Seigneur, que vous êtes un Père admirable et magnifique! Quel serviteur oserait, après tous ses services, espérer d'être mis au rang des enfants ? Et nous, quoique serviteurs très-inutiles, nous espérons, par votre bonté, d'être mis au rang de vos enfants. Qui oserait, pour avoir levé une paille, attendre une cité royale en récompense ? et nous attendons pour nos œuvres si petites en elles-mêmes, votre cité royale du Paradis. bénie soit donc votre grâce, qui élève nos souffrances et nos actions à une telle dignité !
IL Considérez que l'action méritoire du Ciel doit être bonne en dle-même, et non mauvaise ou indifférente : Abondez^ dit saint Paul, en toute bonne muvre^ sachant que votre travail n'est pas sté^ rile devant Dieu (i. Cor. 15). Le mérite est une œuvre digne de salaire, c'est une action bonne qui se fait librement, et que Dieu accepte pour la vie éternelle. Or il est bien constant qu'il n'y a que les bonnes œuvres que Dieu accepte, en tant qu'elles se font pour accomplir sa volonté et obéir à ses commandements. Les mauvaises se font plutôt contre lui, se faisant contre son commandement et au mépris de sa grandeur; c'est pourquoi elles ne méritent pas la félicité pour récompense, mais l'enfer pour punition. Si Dieu les récompensait, il témoignerait se plaire dans le mal; il favoriserait le vice et inviterait les hommes au péché, ainsi que ceux qui donnaient les prix aux jeux olympiques invitaient à la course. Il en est de même des œuvres indifférentes qui ne sont ni bonnes ni mauvaises, il n'en reçoit point de gloire ni d'honneur. U n'est pas comme les rois, qui se senteat • II. 25
386 LA THÉOLMIB AFfSCTlVË.
qucSqoefois obligés de la neutralité 4e eeui qui leur ponrraial causer du dommage en se déclarant contre eux ; car 9 n'est pe plus ftible par la multitude de ses ennemis. Enfin s'il donÔÉ des récompenses aux actions îndiflRiretttes , et les jugeait dignes du Ciel, il exciterait les honnnes à des oeuvres inutileSy ce qi déroge à sa gloire et à finfinité de sa sagesse. Donc faction méritoire et digne du Ciel ne peut être mauvaise ou i n difl é ie ute , je mais elle doit être bonne en eHe-méme. Au reste, il n'est pas usé c de dire quelles bonnes œuvres sont méritoires; car ce point est diversement controversé par plusieurs savants. Les uns oat voulu restreindre le mérite des ftmes justes, et fermer davantage les trésors de la magnificence drvine. Les autres ont estiné i que les œuvres commandées ne méritaient rien devant Dieu, parce qu'elles étaient «lues, et qu'il n'y avait de mérite que pour j les œuvres de conseil. D'autres ont cru que tout le mârîle était attaché aux actes intérieurs de l'entendement os de la voloaté, et que l'acte extérieur ne méritait rien. Enfin il en est q« ont enseigné que de toutes les vertus la Charité seule formait ëes actes digues du Paradis par leur éminence et leasr perfection smgulière, et que tout acte vertueux, qui n'émanait point d'elle, était sans mérite et *de trop petite dignité. Ces opinions, soutenues par des docteurs catholiques, rendent le Ciel de plus difficile accès aux âmes justes, raccourcissent les ailes de leurs espérances, et des douze portes de la Cité céleste, qui est ooverte de toutes parts , ils n'en laissent qu'une seule ouverte, condamnant toutes les nutres ; c'est pourquoi il est important pour leur consolation de considérer qu'elles ne peuvent être soutenues. Car, en premier lieu, on ne peut soutenir, sans démentir TÉcriture sainte, que les œuvres d'obligation ne méritent le Ciel ; car elle promet ouvertement le Paradis, comme une récompense, A quiconque gardera les commandements. Elle dit : Aimez vos mmemis, et votre récotnpenie sera très-grande (Luc, 6). Elle dit : Si hi veux entrer dans la vie, garde tes eammandetnenis (Matth. 49). Les œuvres de commandement ne font point violence à la volonté; elles ne font pas plus de tort à la liberté, que les œuvres de conseil qui sont vouées; c'est pourquoi, loin de diminuer le mérite, elles l'augmentent plutôt ; car étant commandées, elles se font par un motif d'obéissance qui a son mérite devant Dieu. En aecond lieu, il faut considérer que non-seulemant les oeuvres ia-
IfiriMif es MBi inéritoireg y mais aussi les extérieures ; car dii^ Mt leurs difficultés propres, que Tesprit doit combaltre eo liss fMftt(|uaiU; dles ont leur liberté» et contribuent, à leur manièi^, A l'èQuiieur et à la gloire de Dieu, et celui-là donne plus , qui 4onM k Dieu, non-seulement Tintérieur, mais encore Textérieur; éè'mft pourquoi le Juge souverain des vivants et des morts ne fécpmp^sera pas seulement la bonne volonté et les affections; jspaîs ausfji les œuvres effectives, par lesquelles le prochain a été ^4^bl0é. fin Iproisiàia^e lieu , il faut considérer que, quoique ta JCibarité soit ila reine des vertus, et que ses actes aient plus de TjBif^fQft k la gloire et méritent les plus belles palmes du Ps^adis, Js^tofois les actes des autres vertus ne manqueront point de ré«- «om^ease ; car qui oserait soutenir que les oeuvres de la vie âc- Jjw^ ne méritent riep» puisque Jésus-Christ leur attribue si souvent JLe rojaume du Giej, tenant comice fait à sa personne ce q^i jBiara Mi au prochain ? La Foi qui captive TentendemeQt rend gloire à Dieu et a son mérite devant lui , coom^e aussi l'Espérance, qui compte sur sa fidélité qt se fie à sa promesse ; /ûnsi sont les actes des autres vertus morales, ^it de la justice, .çoit (Je la pénitence ou de la tempérance. Ce mii provient de la Imié de Djieu, qui n'accepte pas seulement pour le .Ciel les j^tes 1^ j^ sublimes de la principale v^tu , inais aussi les açtç^ .^ Yf^itus jnf(^eures, pourvu qu'elles aient vm dignité suffij^sg^te. Ainsi m bon prince ne récoIqppQnse pas seulement le$ jplus jéQéreu^ de ses soldats, xjadis aussi .tous ceux qui ont bi^ jiait^ qMQii- /qyiece soit avec moins d'ei^cellenoe ; c'est pourquoi la Charité po]iiv$ml ^ trouver de deux manières dans Jies bpnn^ ce^uv^s 4^ hommes, ou comme y fissi^aiU seulepient par .^ ;sçïvijle présence, ou bien comme agissant en commaiidant ou ep produisiuit l^s act^s des autres vertus, 4I suffît au mérite des vertus qu'eue f soit comme assistante, et il n'^st pas requis joéces^air^^t qp^dîfi if ^it agissante.
]S!&qtefs-vous donc à produire toutes sortes de bonnes çeuvres, f^ ;pe /pi^prisez aucune occasion, puisque Dieu^ }es met à un prix ji;^ .^evé que la gloire éternelle. Admirez ensuite et louez la jpagniQçenqe de Dieu, et la force des bonnes ceuvres. Quelle plus j;rande puissance, dit saint Augustin (1), que d'acheter le royaume
388 LA THÉOLOGIE AFVBGTIVE.
des Cieui non-seulement avec la moidé de ses Mens, comme fit Zacbée, mais encore avec deux deniers, comme fit la veoie de TEvangile ? Quoi de plus merveilleux, que ce même royaume vaille les trésors du riche et le calice d'eau froide du pauvre, etc.? Dieu souverain! que vous êtes admirable, d'avoir ^dos k grand royaume du Ciel et toute son étendue dans une petite ceuvre faite en état de grâce, laquelle est le germe de rétemilé et la semence de Tarbre de la vie étemelle. Oh ! quelle puissance en Dieu, que tout le grand royaume de ses anges, par un mirade indicible, soit enfermé dans une petite action, conseillée ou commandée, de Charité ou" de religion , de force ou de tempérance, à laquelle il est promis en récompense. Oh I Féclat et Téneigie sans pareille de la grâce divine ! oh ! quelle divine ardeur, et quel pénétrant aiguillon doit ressentir l'homme pour se porter à bien faire ! Disons donc après saint Paul : Ne naui décauragem point en faisant le bien ; car ri nou$ persévéranSj nom inoissofineroM lorsque le temps sera venu (Gai. 6).
ni. Considérez à quelle fin doivent être rapportées les œuvres méritoires de la gloire étemelle. En cette considération vraiment difficile, et qui exercg les meilleurs esprits, une chose est vraie, une chose est probable, et une chose est la plus sûre pour la pratique. Il est vrai qu'une bonne œuvre fiûte par une mauvaise intention, et pour une mauvaise fin, n'est aucunement méritoire devant Dieu. Prenez garde, dit la Vérité éternelle, de ne point faire vos œuvres pour être vus des lummes, autrement vous n'aurez point de récompense devant votre Père qui est aux Cieux. (Matth. 6). Le grand saint Grégoire disait à ce sujet : Je suis contramt de vous dire de veiller avec grand soin sur le bien que vous faites, de peur que la faveur des hommes ne soit le but des bonnes actions que vous faites, de peur que le désir d'être loué ne s'y glisse, et que ce qui éclate au dehors, ne soit au dedans vide de tout mérite. La raison en est, que la mauvaise intention gâte et infecte l'œuvre, et la rend mauvaise ; c'est pourquoi Dieu lui prépare des supplices au lieu de récoihpenses. U est vrai néanmoins que l'homme fait quelquefois une action de vertu, â laquelle quelque autre action vicieuse vient à se mêler , comme si, en priant Dieu, il est distrait, ou se complaît fortement en soimême. Et en ce cas, Thomme ne laisse point de mériter par la bonne action , quoiqu'il démérite tout ensemble par les actions
DE LA ORACC. 389
Téniellement mauvaises qui s*y rencontrent; si bien qu'il fait mi grand gain d'un côté et une légère perte de l'autre, mérite le Paradis pour une éternité , et les peines du Purgatoire pour quelque espace de temps. Ce qui n'est pas, quand il fait une bonne œuvre à mauvaise fin ; car il n'y a pas deux actions, mais une seule, laquelle est viciée et corrompue par l'intention dépravée ; c'est pourquoi elle ne peut être méritoire. Ce qui est probable, c'est que les œuvres, faites pour une autre fin que Dieu, mais qui est pourtant bonne et loisible, sont méritoires, et qu'ainsi ce que ron fait pour éviter l'enfer ou gagner le Paradis , ce que l'on fidt par le motif et pour le motif propre des vertus morales, comme si on est tempérant, parce que la superfluité des viandes est indigne de l'homme , si on est juste , parce qu'il faut que chacun ait ce qui est de son droit ; ce que l'on fait ainsi est méritoire de la gloire, si rien n'y met obstacle d'ailleurs. Cette opinion est probable ; car Dieu promet dans les Evangiles des récompenses aux actions de vertu, sans exiger qu'elles lui soient rapportées : Bienheureux les pauvres d' esprit ^ dit Jésus-Christ, car le royaume des deux est pour eux. Bienheureux les débonnaires, car H$ posséderont la terre (Hatth. 5). Aussi /il punira les actions méchantes , bien qu'elles n'aient pas été faites à dessein de lui déplaire; pourquoi donc, étant plus prompt à récompenser qu'à châtier, ne donnera-t-il point de salaire aux actions de la Vertu, encore qu'en les formant, on ne les lui ait pas rapporttées. Celles, Dieu ne demande pas toujours de l'homme ce qui est de plus haute perfection, il se contente qu'il fasse le bien, quoique' ce ne soit pas toujours le plus excellent. Ainsi, il récompensera les bonnes œuvres, même les médiocres et les moindres. Il est donc probable aussi qu'il récompensera les bonnes intentions , non-seulement les plus héroïques , comme sont celles qui tendent à sa pure gloire et à l'accomplissement de sa volonté ; mais aussi les intentions médiocrement bonnes, comme de vouloir éviter l'enfer, de vouloir soulager la misère du prochain par les œuvres de miséricorde , et de prétendre à rhonnêteté de la vertu, qui est aimable pour sa propre excellence et sa convenance avec la raison humaine. Il est vrai que saint Paul dit que sans la Charité il n'est rien : Si je distribue , dit-il , tous mes biens pour la nourriture des pauvres , et si je kvre mon corps pour être brûlé, et que je n'aie point la Charité,
890 LA THÉOLOras AFFBCnyE.
U ne me urt de rien (u Cor. 13). Mais saint Paul, m tè ph tÊffèf ne parte point de la Charité actuelle , pat la^Ua or M aea œiivrea eipreaaémeal pouc- la gloire de Diea, legardaBl éêtts gloire eoname aoii bien divin j il |>arle de k Charité habitiidl»} et de hi grâce sanctifiante, sans laquelle oh ne nérile rim pea( la gloire étemelle. Il fout pourtant reconnaître^ après avoir biaB toQt pesé , que c'est le plus assuré pour mériter de Dieu , de fiiire ses œuvres pour sa gloire, par l'intention de lui pWre^ ciB du moins de viser à lui pour l'intéresser en <)uelqiie manito en les foisant. Saint Augustin est exprès en cette opinioià (1) \ Qu'il n'arrive jamais , ditr-il , que les vraies vertus servent à m autre qu'à cehii pour qui et à qui nous discms : Dieu des verim^ êenvertUeep^mts (Ps« 79). Donc les vertus qui sortent aux délectations chamelles y ou à quelques profits et commodités temporelles y ne peuvent être de vraies vertus ; et ceHes qui ne serveni à rien ne peuvent être traies, car les vraies vertas doivent I dans les hommes i rendre gloire à Dieu, par qui eltes sont données adx hommes ; dans les anges , elles doivent rouire gloire à Dietf^ par qui elles Sont données aux anges. Or^ tout ee qui se foit de bon par l'homme, par tin autre motif que celai ffour lequd la vraie si^esse commande de le faire, est mauvais par défaut de bonne fin. Le célèbre évéque de Paris est de ee sentiment , et n'estime pas qu'une œuvre soit méritoire ^ qui se foit par la crainte des enfers; c'est faire, dit-il^ comme les larrons , qui ne s'abstenant de dérober qu'en présence des archers^ ne méritent pas pour cela d'être récompensés; c'est imiter lès nautonniers, qui , dans le péril du naufrage ^ jettent leurs marchandises à la mer , et faire comme les eofants qui apprennent leurs leçons par crainte du châtiment; et puis cette opinion est soutaïue par de très-grands personnages, qui ont été célèbres en divers siècles. Aussi il n'y a guère d'apparence que Dieu se soit obligé à récompenser du bien le plus grand du inonde des actions que Thomme n'aura point faites pour sa gloire, mais pour celle d'un autre. Il aura bien raison de dire : Ce n'est pas pour moi que vous avez travaillé ^ pourquoi vous récompenserais-je? C'est quasi comme si un laboureur demandait d'être payé de son labourage à celui dont il n'aurait pas cultivé
(1) li. 4. Gonftri Ittlia. Pélag. e. S.
DK LA CEACE, 204
les terres, ou comme si un vigneron demandait sa journée ou su semainte à celui dont il n'aurait pas taillé la T^e. Ce laboureur, ce vigneron n'ont rien fait pour celui à qui ils demandent le paiement, quelle apparence qu'il soit otriigé de le leur donner? Il en est de même de Dieu à l'égard de ceux qui ne font point leurs bonnes œuvres par le désir de sa gloire , et ne se livrent point à leurs travaux pour le servir; en quoi peuvent- ils être fondés à lui demander pour récompense le bien souverain ? Allez, pourra-t-il dire justement, adressez- vous à ceux pour lesquels vous avez travaillé, vous n'avez rien fait pour moi. Au reste, Tacle de Foi et d'Espérance regarde Dieu directement et l'honore , il en est de même de la vertu de religion et de ses actes, par lesquels on rend à Dieu ce qui lui est dû, et ce qui est de son di*oit, c'est pourquoi il est à croire que ces actes méritent le Ciel, pourvu qu'on soit en état de grâce. U en est de même des autres actes de vertu , s'ils sont laits par le motif de la religion, qui est de rendre à Dieu ce qui est de son droit; car comme la Charité regarde la gloire de Dieu,, de même la religion ; mais celle - là la regarde comme son bien ^ celle-d comme son droit, ce qui suffit au mérite.
Je conclurai de là en quel péril de ne rien mérita se mettent les âmes basses, mondaines et peu intérieures, qui ne s'accoutument pas à faire leurs bonnes oeuvres en vue de Dieu, et pour lui plaire ou le glorifier. C'est être bien mauvais économe dans la vie spirituelle, de ne pas prendre l'habitude de tendre à Dieu et de le regarder en toutes ses actions. Jouez donc ici au plus sûr, examinez par quelle méthode et ^ par quelle voie vous pourrez conduire toutes vos œuvres à Dieu. Apprenez l'art d'intéresser Dieu et sa gbire en ce que vous ferez. Désirez d'éviter l'enfer pour donner plus de gloire à Dieu dans le Paradis. Désirez plus la gloire que vous donnerez à Dieu dans le Paradis ^ que la gloire que Dieu vous y donnera* Si la beauté et l'honnêteté propre de la vertu vous invitent à en former les actes, ne vous arrêtez pas là, montez plus haut, à Dieu même. Enfin, en toutes choses , rapportez, le corporel «u spirituel , et le spirituel à Dieu.
DIX-SEPTIÈME MÉDITATION
DES CONDITIONS REQUISES AU mArITE.
I. Considérez trois antres conditions requises de la part de l'homme, pour qu'une bonne œuvre qu'il fait soit digne et méritoire du Ciel. La première est qu'il soit en état de grâce et de Charité, état inséparable de cette grâce. Car l'homme dépouillé de la grâce et de la Charité est l'ennemi de Dieu, indigne du pain qu'il mange et digne des peines étemelles; il répugne dmic que, demeurant en cet état, il soit digne da Ciel. Jésus-Christ a enseigné cette vérité, lorsqu'il s'est comparé à la vigne , et ses Apôtres aux branches, disant : Comme la branche ne peut fructifier, si eUe ne demeure unie à la vigne, aum vousj ei vous ne demeurez en moiy par l'union de la grâce sanctifiante (Jean, 15): Et lorsqu'il comparait cette même gr|ice à l'eau, disant : Ueau que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine ffeau r^aillissante à la vie étemelle (Jean, A). Enfin, l'âme snns la grâce est morte ; car , dit saint Prosper, la Charité est l'âme des âmes saintes, et la cause de tous les bons mérites; c'est pourquoi sans elle elle ne peut faire les œuvres de la vie et de la vie étemelle. La nature en ses raretés' tÈffOL^ en fournit un exemple dans le serpent Draconitas, dans la tête duquel se trouve la pierre précieuse de pareil nom draconitas ; mais pourvu qu'on la prenne dans l'animal pendant qu'il est en vie 7 car si l'on attend qu'il soit mort, elle se dissout en une sale humeur, et perd tout son prix. Telles sont les bonnes œuvres, tandis que l'âme est animée de la grâce et de la Charité; car si elle est morte et en état de péché, elles ne sont plus précieuses. La seconde condition requise au mérite est la liberté : car où il n'y a point de liberté, il n'y a point de mérite. Et, comme dit saint Grégoire le Théologien, le bien qui vient de la nature ne mérite pas de louange , mais cela seul qui découle d'une volonté et d'un dessein libre doit être estimé louable , car quel mérite
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a le fea de brûler, l'eau de descendre en bas? qnel remerctment doit-on^ à la neige de ce qu'elle est froide, ou au soleil de ce qu'il est brillant ? Ainsi Thomme qui agirait sans liberté ne mériterait rien devant Dieu, qui prend garde surtout à la bonne affection avec laquelle on le sert. La troisième condition est que Thomme soit dans la voie, c'est-à-dire dans l'état de cette vie mortelle, laquelle Dieu a déterminée pour servir de temps d'épreuve, et de voie pour arriver à l'éternité par la persévérance dans les bonnes œuvres. Car, comme il appartient aux princes qui donnent les prix aux coureurs, de limiter les heures et les jours pendant lesquels on les pourra gagner ; ainsi il appartient à Dieu de limiter le temps de pouvoir mériter. Ce qu'il a déterminé pour tout le temps que l'âme serait unie à un corps mortel et infirme, qui, par ses passions et ses infirmités, lui donne de l'exercice. C'est pourquoi le temps de cette vie est appelé le jour, pendant lequel on peut travailler. Mais le temps qui suit cette vie, est appelé la nuit dans laquelle on ne peut travailler. De là vient que l'homme ne pourra jamais recouvrer ce qu'il perd maintenant. En sorte que ni tous les saints , ni loutes les créatures , même par des larmes de sang , ne lui pourraient faire mériter la valeur d'un cheveu ; enfin il est écrit dans la parabole des dix vierges, que les sages se trouvant préparées, entrèrent aux noces de l époux y et que les folles, qui avaient laissé couler le temps inutilement, et s'avisèrent trop tard de leur devoir, entendirent l'époux qui leur dit : En véjritéf je vous le diSj je ne vous connais pas (Matth. 25), parce que le temps du mérite est renfermé dans les bornes de celte vie présente. Telles sont les conditions requises de la part de l'homme pour l'œuvre méritoire.
Je conclurai de ces considérations que les œuvres méritoires ne sont pas si onéreuses et si difficiles ; et je me réjouirai de la bonté de Dieu qui met notre salut à des conditions si aisées. Avec quelle joie devons -nous donc nous porter aux bonnes œuvres pour les multiplier d'heure en heure, et nous acquérir des trésors dans le Ciel? Certainement, disait le serviteur d'Elisée au prince Naaman : Si le Prophète feût commandé une chose difficile y tu la devais faire, combien plus maintenant j puisqu'elle est aisée (iv. Rois S)! Certainement, 6 Jésus! si vous nous eussiez dit : Portez mon joug sur vous; car mon joug est
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pesant et ma charge difficile, neus le defrions porter de tons nos efforts, combien plus, puisque vous nous dites : Portex mon joug sur vous; car mon joug ni ftiove, oi ma ekarge lé* gère (Matth. 11). Donc, tant que la journée de celte vie durera, je veux travailler, jusqu'à ce que j'arrive au terme du Paradis, j'avancerai dans la voie, je vous sacrifierai volontiers ma vie, mon être et mes puissances. Semeur! donnez-moi la force de persévérer, le courage d'avancer. Ainsi soit-il.
II. Considérez secondement qu'il y a une condition requise de la part de Dieu , pour qu'une œuvre soit méritoire , laquelle est qu'il ait promis et se soit obligé par sa promesse de récompenser les bonnes œuvres par la béatitude. Car, quoique les œuvres qui procèdent de la grâce, par laquelle elles sont surnaturalisées et comme déifiées, soient dignes du Ciel, sans la promesse de Dieu; toutefois elles ne l'obligent pas à le donner, s'il ne veut, et s'il ne s'oblige par sa parole et sa promesse; car il est le souverain Seigneur de tout le monde, et plus spécialement des honames justes, et de toutes leurs œuvres, qui dès lors ne peuvent avoir tant d'empire sur lui, que de l'astreindre à les rendre participants de son royaume céleste. Après que les hommes justes auraient fait toutes les bonnes œuvres possibles, il leur pourrait dire justement : J'accepte toutes ces œuvres pour l'acquit de vos dettes passées et des obligations que vous m'avez, parce que je vous ai créés et conservés, et que je vous ai donné la grftce et la puissance d'agir. Ainsi des débiteurs travaillent pour leurs créanciers, et quoiqu'ils méritent légitimement le loyer de leur journée, leurs créanciers peaveot retenir justement ce qui leur est dû, à moins qu'ils ne se soient obligés par leur parole à les payer, nonobstant leur dette. Cela donnait sujet à Salvien , ancien évêque de Marseille , d'écrire que dans toutes les choses que l'homme aura données à Dieu, il ne peut dire que ce soit un don par lui fait à Dieu; et quand quelqu'un offre ses biens et sa fortune à Dieu , il ne les offre pas comme un don présent, mais comme une dette qu'il n^acquitte même qu'en partie. C'est pourquoi , pour que l'homme ait un droit véritable au Paradis , il faut de nécessité que Dieu ait fait avec lui un pacte de lui donner le Ciel en paiement , afin qu'il ait droit de le demander et de l'obtenir. En quoi la miséricorde et la justice se rencontrent; la miséricorde, en ce qu'il accepte
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les ûMVfes dm boniiie» jiMie» pour une autre fin que pour Facqiiit <le leurs obligilHens ef de leurs dettes; et la }Qstieo, en ce qÉ'U proÉiel ie donner k leurs œuvres le prii dont elles soiil clignes. Cette conduite de IMeu fut apprécier aui saifits leiffS mérites à leur juste valeur; car ils cetnmrîsseBt par là cfir'ils ^portent tellemenl le Ciel par droit de justice, qti'ils deflaèureni néaaineind û^niment obligés à la miséricorde dirine^ qui^ sans avoir égard à leurs dettes , a aeeepté leurs œuvree pour le Ciel. Auaei eti auront-ils des sentiments immortds de reconnaissanee ^ pour kbqdete ils donneront une infinité de louanges et de bén^dlelîons pendant l'éternité à edui qui les traite « noblement» avec ces faveurs signalées , que de se rendre débiteur à ses débiteurs ioénies. Saint Augustin (1) admire souvent ee mystère; Dieu s'est fait débiteur y non pas en recevant quelque chose de vous^ mais len nous promettant ce qu'il lui a plu; car c'est autre chose de dire à un homme ^ tu. me dois, parce que je t'ai denmé, et autre chose, tu me dois^ parce que tu m'as promis) BOUS pouvons done demander à notre maître, mais de cette sorte : Rendez ce que vous avez promis, parce que nous avons feit ce que vous avez commandé. Que si ailleurs le môme saint Augustin dit : Vous payez vos dettes sans rien devoir^ et vous remettez vos dettes sans rien perdre ; c'est-à-dire que Dieu ne doit rien qu'après sa parole , d'autant que tous lui sont redeva^ bles^ et qu'ils ne peuvent l'obliger qu'autant qu'il lui plaît de s'obliger lui-même par sa charité incomparable et sa fidélité inviolable C^)..
J'admirend donc cette bonté de Dieu à mon ^ard de ce qu'il contracte avec moi, qui loi suis redevable de tout ce que je suis et de beaucoup plus que je ne puis : Seigneury je chanterai voire miséricorde et votre justice (Ps. 100). Je me représenterai que je suis semblable à un pauvre débiteur, qui travaille à la journée pour le service de son créancier , et qui ne laisse point de recevoir son loyer, comme s'il ne devait rien. Ahl Seigneur, que vous êtes bon et magnifique envers vos ehétives eréaturesl quelle langue vous louera asàez hautement? Quelle bouche vous bénira suffisamment? Quel coeur vous aimera assez ardemment? BétUê toti Seigneur y ô mon âme! et tout ce ftci est an dedam de
(I) flei»; IS, de t«rtii âpost. ^ (S) h QrofeM. cap, 4;
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moi, ton mmt nmn, qui te eouranne de mieérieerêê et i'§mow, qui rempHl de biens fe$ détirt (Ps. 102). Ahl Seigneur, je désire aussi tous promettre de ma part la fidélité iniriolable et l'obsenrance de tous tos saints commandements.
III. Considères s'il fiiut encore quelque diose de plus pour le mérite de la part de THomme-Dieu Jésus^-Christ. Ce point contient une difficulté qui demande une grande application et attention d'esprit, pour être nettement conçue. Pour cela, il fiiut supposer que si Dieu eût voulu donner la grâce aux hommes sans les mérites de Jésus-Christ, ils n'eussent pas laissé de produire des œuvres dignes du Paradis, ainsi que plusieurs estiment qu*il est arrivé aux bons anges. Mais la providence divine leur ayant donné le mystère de l'Incarnation et de la Rédemption pour moyen de salut, le point est de savoir si les mérites de Jésus-Christ contribuent aux mérites des 'saints. Quelquesuns pensent que les bonnes œuvres des saints ne sont méritoires, qu'en tant que les mérites de Jésus-Christ leur sont appliqués et comme imputés. Ce qui est une erreur dangereuse; car en cette sorte la glorification des saints ne serait point une récompense, mais un simple don qui leur serait fait à cause des mérites de Jésus-Christ , ainsi que la rémission des péchés mortels se donne, non à titre de récompense, mais de pure grâce dans le Baptême ou dans la Pénitence. D*autres ont cru que les œuvres des samts méritaient seulement en partie et imparfaitement la béatitude; mais que les mérites de Jésus-Christ leur étant surajoutés, elles la méritaient pleinement et parfaitement, ainsi qu'il arrive que le fils d'un père généreux, qui a beaucoup rendu de services à l'état sans être récompensé, venant à feire quelque médiocre exploit, mérite une grande récompense, parce que les mérites de son père sont ajoutés aux siens. Mais cela se dit encore sans raison, d'autant que les œuvres des saints, en vertu de leur principe, qui est la grâce sanctifiante, ont unB dignité suffisante pour la gloire, ainsi que plusieurs le pensent des œuvres des bons anges et des œuvres des hommes dans l'étal d'innocence, si rincamation n'eût été décrétée. C'est pourquoi il n'y a point de raison qui contraigne à surajouter les mérites de Jésus-Christ aux œuvres des saints, afin qu*elles soient entièrement méritoires par leur adjonction. Qu'apportent donc les mérites de Jésus-Christ aux mérites des saints? Premièrement|
ils sont la source et la cause de leur grâce justifiante, laquelle sumaturallse leurs œuvres jusqu'au point de les rendre méritoires ; et, comme ce qui eât la cause de la cause, est aussi la cause de l'effet, les mérites de Jésus-Christ sont causes des mérites des saints : Il nou$ a bénii» dit l'Apôtre saint Paul, de toute hénMction spirituelle par Jésuê-Chrigt (Ephés. 1). Secondement, les mérites de Jésus-Christ contribuent encore aux mérites des saints en ce qu'il a obtenu, par ses actions et ses souffrances, la promesse que Dieu a fiiite d'accepter les mérites des hommes pour le Cid; car ce fut en sa considération et en vue de ses tourments qu'il nouç^&it cette promesse. C'est ce que donne à entendre saint Pierre, qui, paillant de Jésus-Christ, dit : Par lequel il noue a fait de grandes et précieuses promesses, afin qtte par elles vous soyez faits participants de la nature divine, (u. Eptt. 1). Or, comme la grâce est le principe du mérite des saints, tandis que la promesse de Dieu en est l'accomplissement, Tun et l'autre provenant des mérites de Jésus-Christ, les mérites des saints ne subsistent que par ceux de Jésus- Christ, qui ne tiennent pas seulement à leur égard lieu de simple condition et de. circonstance nécessaire, mais aussi de racine et de cause principale , sans laquelle ils ne seraient pas. Et c'est en ce sens qu'il faut entendre ceux qui soutiennent que Jésus-Christ nous a donné ses mérites, c'est-à-dire pour nous acquérir le principe et la fin des nOtres, la grâce sanctifiante et la promesse de Dieu. En outre, les saints, comme membres de Jésus-Christ, ont avec lui une alliance et une société particulière, qui fait que leurs œuvres en contractent une certaine dignité morale, qui les rend plus précieuses et plus estimables, et fait que Dieu les aime davantage, comme un grand roi se réjouit des exploits de celui qui est son ami et son allié; car tous les hommes sont alliés au Fils de Dieu par le mariage spirituel de son Incarnation. C'est pourquoi il ne dédaigne pas de les appeler ses frères (Hébr. 2) ; Et, comme dit saint Paul : Les héritiers de Dieu et les cohéritiers de Jéstis-Christ (Rom. 8). Or, plus les personnes sont dignes, plus leurs œuvres sont estimées, comme la vertu qui vient d'un beau corps est plus belle, selon le dire commun. C'est pourquoi les hommes ayant été ennoblis par l'Incarnation et par l'amour de Jésus-Christ à leur égard, puisqu'il a souffert et travaillé pour eux, leurs mérites ^ sont plus grands et leurs bonnes œuvres plus aiméea de Dieu.
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jNTk et ï^àuelUmcê que nou$ avpxtf ne jtfoyieot qpe de ygjus et 4e réfflinfince 4^ vos mérites trës-subUaies« ^t de ,ce que im^ as<uu qu^q/uu» i^UUance ^ quelque société avec vous. £t comme k puîssaiice sgfNréme d^ la divinité n'anéantit pas la piûssançç des Fois et de ceux qui sont établis en dignité sur Ja teirre} mai^ r^iUretifiot sous la sienne et lui donne la force eC te vigueur qu'elle a, ainsi, à Jésus! vos mérites très-bauts ji'^uiéanti^segt jf^ les ioérites des justes, mais leur donnent le moyen d'être ^ de sub^slar en un degré de dignité inférieure au^ vôtres. Et comme la plénitude «t Tabondance du ruiswmu ne déshonore pa^ sa source, et Teicellence des fruits ne fÎEut ppipt tort ji h racine, ainsi, ô Jésus! les mérites des justes n'étac^t que les ruisseaux et les fruits des vôtres, qui en sont la source et la racine» ils ne leur dérobent rien. Je me glorifierai donc en vos mérites, en votre croix, en votre couronne et .çn toutes vos très-dignes œuvres. Je dirai, à l'exemple de votre Apôtre : Je vii; non pas moif mais Jénis-Chnst vit en moi (Galat. 2). Je mérite, non pas moi, mais Jésus-Christ mérite <en moi; par, par votr^ grâce, je mérite quand je m'appUque à la ver4u; mais ce n'est pas moi ^ui mérite comme cause principale, c'est Jésus^hrist qui mérite en moi, me faisant mériter, parce qu'il m'a mérité la grâce et la promesse de Dieu, qui couronne mes œuvres. Jésus! soyez béni et loué pour ces cboses de tovs Us saints du Ciel et de la terre.
M tk €ftMS.
DIX-HUITIÈME artSMTATIOTf.