‹ La théologie affective: ou, Saint Thomas en méditationChapitre 37 sur 45 · DES TRQIS CHOSES QUI RENDENT LE MÉRITE PLUS GRAND · texte numérisé non relu

DES TRQIS CHOSES QUI RENDENT LE MÉRITE PLUS GRAND

I. fisMdérez cpi'iiae grâce plus franëe wgmeHle le mérile i'jme aotion ^ntiBble. T«ll«ineiit que si 4euK personnes, detit l'wM a plus dé grtee faabiliielle que l'autre, produisent tme Qdnàwe sMQbiaUe, par enem^iiè donnent toutes deux une igée aiunôBe, assisteot au service divin avec une égale dévotion, néMMnoîns h personne qm est plus avancée dans la giAee sanctifiante méritera plus que Taubre en cette action. La raison en est que la grâce babitudie est le pmeipe du «lérite ; dès iors, là 'OÂ celte grice sera plus parfaite , eHe eonfërera une plus grande 4iipaté à l'œuvre. On voit panni les liomsies q!ie les Iravaux â'uae persenne plus digne sont plus estimés. Le ca^ tdne a une meilleure solde que le sergent ou le sdldat, «neofe que ces «dermers n'aient pas de moindres Cfttigues. Dmis for- 4re ludkiaire , le conseiller^ aéra mieux taxé pour sa journée que 4e procureur., qui n'aura pas moins travaillé que Im. En «n mot, ies^ peines des ^personnes instituées m plus grande dignité sont plus estimées. €r , la diversité 4e la grâce sanctifiante £ût les diverses dignités des ftmes en «e qui i^garde le (3el et tome diverses hiérarctûes pami 4iles, coname parmi les anges. C'est pourquoi oeUes qui isont fins levées dans la grâce prodttiaeot des eeuvres que Dieu récompense d'un jitus iiaut prix. Ce fut par cette isaise» qae Jésus^hrist mérita pl«is par une seule 4e ses actions, par un seul de ses pas, par une smile de ses paroles et de ses pensées, que ne pourraient faire, et que n'eussent &it ensemble tous les anges par les plus héroïques actions qu'il leinr eàt été possiMe de faire, et même tous les hommes par toutes ies aouffrances qu'ils eussent pu endurer; car la dignité de sa personne et l'éminence de sa grâce élevaient à une dignité infinie chacune de ses actions. uC'«st4>oivquoi;sMit i£aul dit que : Jém9^>0hri$ï êfj^mi 4$$ prières

et des suppltealionê à son Pèrcj dans les jours de sa thakj fui exaucé à cause de la dignité de sa personne (Héb. 5) ; selon que Font interprété plusieurs Pères. Aussi les personnes qui font des actions méritoires n'offrent pas seulement à Dieu ces actions, mais aussi elles s'offrent et s'emploient elles-mêmes au service divin en les faisant; c'est pourquoi , lorsqu'elles sont plus grandes et plus excellentes, par une grâce sanctifiante plus abondante, s'ofihint aussi elles-mêmes à Dieu, elles offrent quelque chose de plus digne que celles qui ont moins de grâce, et qui par là même emploient moins en s'employant elles-mêmes; or, qui offre et donne plus à Dieu semble mérilpr justement quelque chose de plus; c'est pourquoi les personnes plus aimées de Dieu méritent plus que les autres en des actions semblables. Eh! pom*quoi non? quand elles font des prières à Dieu, elles obtiennent plus aisément conome étant personnes plus agréables. De là vient qu'on a tant de soin de se recommander aux oraisons des personnes les plus saintes , par l'espérance que l'on a qu'elles réussiront mieux en leurs prières. Or, si leur oraison est plus efficace, leur œuvre doit être aussi plus méritoire; car il n'y a pas plus de raisons pour l'une que pour l'autre. Et pourtant Dieu ne laisse pas, en récompensant in^lement les personnes inégales en grâce, de les recompenser selon leurs œuvres, puisque les œuvres reçoivent une plus grande dignité de la circonstance d'une plus grande grâce, qui les revêt en certaine façon, et leur donne un plus beau lustre devant celai qui sait peser toutes choses exactement.

J'admirerai cette vérité; car plus j'avance en ma méditation, plus je découvre de singularité et de merveilles surprenantes dans la grâce. Je féliciterai les personnes qui sont au service de Dieu depuis un plus long temps, parce qu'ayant plus fait de progrès dans la grâce de Dieu par leurs services passés, elles sont plus dignes devant lui, et méritent un salaire plus excellent pour chacune de leurs œuvres. Ainsi s'accomplit en elle la parole de l'Evangile : A celui qui possède il sera donné, et il abondera (Matth. !25). Mais quelle merveille que le noble et le roturier, le riche et le pauvre, la maîtresse et la servante de si diverses dignités devant les yeux du monde, ne le soient néanmoins dans Tordre du Paradis que par des grâces plus parfaites , qui seules leur donnent plus de dignité pour mériter davantage ? Je ne* dois

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donc pas juger de la grandeur des personnes et de leur dignité selon l'extérieur. Oh ! combien de personnes, petites et misérabled^ttx yeux charnels, ont de grandeur et de dignité devant les yeux spirituels! Je désirerai donc parvenir à une grande perfection de la grftce sanctifiante. mon Dieu I donnez-la-moi trèsabondante , selon qu'il appartient à votre grandeur et à votre magnificence de la donner. Seigneur ! il ne vous en coûtera rien ée nous la donner plus grande, car vous êtes tout- puissant, et vous ne vous appauvrissez pas en donnant de grandes choses.

II. Considérez que les difficultés des bonnes œuvres en pareil cas accroissent eocore le mérite de la gloire étemelle. Saint Paul le dit : Chacun recevra sa récompente selon son propre travail (i. Cor. 8). Saint Jérôme le proclame (1), quand il dit que la grandeur des tribulutions fait la grandeur des récompenses, et qu'autant nous souffrons de plaies, autant nous méritons de couronnes. Le grand saint Grégoire le confirme (2), en disant qu'on n'arrive aux grandes récompenses que par les grands travaux. C'est pourquoi il dit ailleurs que saint Paul essuyait^ les sueurs de ses travaux avec le Hnge des récompenses. L'an|élique Docteur l'explique (3), quand il dit qu'une œuvre est difficile et laborieuse en deux manières, quelquefois par défaut de bonne volonté, chacun trouvant pénible ce qu'il ne fait pas de bon cœur, et alors le mérite diminue par la difficulté. Mais quelquefois la difficulté provient de la grandeur de l'œuvre et de l'entreprise , et aloi*s la grandeur du travail fait la grandeur du mérite ; et il est vrai de dire : tant plus de mal, tant plus de mérites. La raison en est que la grâce sanctifiante ou la Charité est bien la principale cause du mérite, mais non pas l'unique et la cause totale ; car avec elle toutes les bonnes œuvres contribuent à accroître le mérite comme les souffrances de cette vie ; dès lors, comme un tonneau percé en plusieurs endroits laisse découler plus abondamment la liqueur, ain^i le mérite est plus copieux et plus abondant, se tirant non-seulement de la Charité, mais aussi de l'excellence morale des actions et des difficultés qui les accompagnent. C'est pourquoi, jpar cette maxime, les bons chrétiens sont animés aux bonnes œuvres, par la maxime contraire ils sont scandalisés et en sont détournés, car si la seule Charité est méritante et fait tout le mérite, pour-

(1) la Ps. 94. - (9) L. 8. Moral, cap. 5. — (8) Q. 114. Art. 4.

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