‹ La théologie affective: ou, Saint Thomas en méditationChapitre 38 sur 45 · II · texte numérisé non relu

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40â LA THÉOLOGIE AFFSGTiVE.

quoi donc, dira un chrétien, me mettre tant en peîae? Deqaai me servira de fisûre de grandes aumônes , de jeûner^ de Kortiler ma chair ? De quoi servent tant de règles et d'aualérités ) Pmtfiâ iommu-naus mortifiés tout le jour^ trmtétcmnme des victimes (Rom. 8>f Enfin, il ne faut que recevoir cette maùme, qui a pour pcéteite Thonneur de la Charité, pour diminuer de beaucoup le prix di toutes les saintes réformes des Ordres religieui^ égaler le mariage i la continence, et confondre toutes les choses saintes, tant les oo»*séquences en sont dangereuses. Partant, il fout plutèt estimer que de deux âmes, qui ont une Charité égale, celle-là mérite plus qui est plus rudement exercée, et que Dieu fovorise ses aaints, quand i 9 les éprouve dans les aîlaires plus difficiles, qu'il les enrce dans les charges plus pénibles et dans les plus rudes . combats de Tadversité ; car il leur donne siyet d'accroître leur mérite et d'emporter les plus beaux prix du Ciel, puisqu'après tout, leurs travaux se changent en délices , leurs plaies on saphirs «t en de riches pierres précieuses, qui enrichissent leur couronne immo^ telle. Si bien qu'ils disent é Dieu par reconnaissance : Sehn la multitude de mes douleêk , vos cansolatiaM ont réfmii m(m âme (Ps. 93). Ce qui se doit aussi entendre des difficultés intérieures que l'on ressent par les inquiétudes de la conscience, par les sécheresses et les infirmités contre lesquelles on combat avec beaucoup d'angoisses et -de sueurs. Si deux personnes, dit Richard de Samt-Yietor (1), ont une Charité égale, l'une emportée suavement par la douceur de la dévotion, l'autre travaillée rudement par la force de la tentation ; celle-ci mérite autant et même peut mériter plus par les efforts de son combat, que l'autre par l'aiiégresse de sa dévotion. Car le grand ennui et l'amertume du cœur ne détruisent pas les vertus, mais les exercent. Et saint Paul montre que quelqu'un peut grandement mériter dans le travail de la tentation, lorsqu'à dit : Quand je suis infirme, ahrs je ms puissant (ii. Cor. 12).

Je me consolerai donc dans toutes les peines et les angoisses de cette vie souffreteuse, regardant à la récompense éternelle qui m'en doit arriver plus grande. Hélas I que ne souffrent pas les amateurs de la terre et de ses biens périssables, pour faire un plus grand gain? Quel détroit de mer ne passent-ils pas? En

(1) In Cant. Cantic. c. 18.

quel port fecolé n'alxmlent-ils pas? En quelle région barbare ne nigocfent-ils pas, exposant corps et biens pour des choses êt-ili peu? Regretterons-^nons donc nos peines pour des récompenses si précieuses? Certainement, 6 ma bienheureuse et trèsdélectable Sioni cité des Tivants! je n'estimerai pas si peu tos richesses immortelles et les grands Mens dont vous abondez, que j'esttme quoi que ce soft au monde capable d'en détourner mes tRsirs; Je prendrai donc courage dans les difficultés et les Iratwix, 6t tftdierai d'en -fidre bon usage, pour acquérir un de ws plus beaux prix.

BH. Goiirfdérez que la continuité d'une bonne oeuvre sert encore nenreifleusement pour exceller en mérite, tellement que teax tpA auront phis longtemps persévéré dans une bonne œuvre auront des joies tout autres que ceux qui if'y auront persévéré que peu de temps. La vérité de la précédente consid&*atioii rend celle-ci plus assurée ; car si le mérite s'accroît à proportion que l'oeuvre est difficile, il est constant que la persévérance, dans un même état et dans une même astion, office plus de difficulM h l'esprit qui, aimant le changement de son naturel, et se délas-* sant par h variété, se fatigue à comtimier une même action, et dès lors son mérite est plus grand. Bt puis h persévérance est une excellente vertu, qui fait les grands hommes et les phis grands -saints ; or la continuité en une sainte action e9t une espèce de persévérance qui mérite une récompense particulière. 11 en est de même de la constance, qui est une fermeté de courage qui rend l'âme inébranlable en ses résolutions , invincible aux passions de l'appétit, aux inquiétudes de l'esprit et aux malheurs des événements contraires. Cette vertu est digne de loïKmge, et fait gagner aux grands hommes leurs plus belles couronMs; or k continuité de l'action est encore une espèce de omstance, qui ne Ami point manquer de récompense. De plus, une action con^ linuée longuement équivaut à une action plusieurs fois réitérée en un même espace de temps; et même, il semble qu'elle ait quelque chose de plus, car il faut une plus grande force pour se soutenir pendant une heure entière dans une même action sans l'interrompre, Tinterruplion donnant quelque relâche à Tesprit et rendant l'action plus aisée ; c'est pourquoi, de même qu'un homme mériterait plus si, dans l'espace d'une heure, il avait multiplié quatre fois la môme action, que s'il ne l'avait faite

qu'une seule fois et dans une petite partie de ce temps, il est tout évident que l'ayant continuée une heure tout d'une suile et sans repos, il doit encore mériter plus excellemment. C'est anaî la pensée et l'opinion de tout le monde, que celui qui persévère plus longtemps dans un acte d'amour, d'espérance, de patience et de quelqu'autre vertu, mérite 'davantage. Si bien que, selon la pensée de tous, ceux qui auront été une année plus tôt que les autres dans la religion, pour cette année de plus seront élevés dans le Ciel bien au-dessus des autres, tant la persévérance dans une action sainte donne d'avantage à l'homme juste.

Goûtant bien cette vérité, reprenez- vous vous-même de votre légèreté et de votre inconstance à persévérer dans les bonnes œuvres et à garder vos bonnes résolutions. A peine avez-vous commencé à entendre une messe, une prédication ou à faire quelqu'autre exercice de piété, que vous désireriez déjà être à la fin ; il ne s'en faut rien que vous ne perdiez patience. Quoi I est-il possible que vous perdiez ainsi courage à persévérer pendant quelque espace de temps dans des actions de piété que Dieu couronnera d'une gloire imirfbrtelle? Sans doute la pensée de l'éternité n'est pas bien imprimée dans votre âme, puisque, travaillant pour l'acquérir, le temps vous pèse si fort. Dites plutôt avec le Prophète royal : J'ai gardé vos commandements éiernelU' ment en vue de la réœmnense (Ps. 118). H veut dire que s'il fallait servir Dieu sans cesse jusqu'à la fin du monde, il en a le désir à cause de la grandeur de. la récompense, laquelle est éternelle, et au prix de laquelle les plus longues vies des hommes sont à peine des instants. Si donc ce doit être un bonheur de persévérer jusqu'à la fin du monde, pour acquérir l'éternité au jour du jugement, comment vous laissez-vous aller si aisément au dégoût et à l'ennui dans les saints exercices, dont la durée n'est qu'un éclair au prix de l'éternité. éternité 1 que tu es peu comprise 1

DK-NEUYIÈME MÉDITATION.

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