‹ La théologie affective: ou, Saint Thomas en méditationChapitre 39 sur 45 · DE L ETENDUE DU MERITE · texte numérisé non relu

DE L ETENDUE DU MERITE

L Considérez premièrement , touchant les biens spirituels , qu'il y a deux choses que l'homme ne peut pas mériter dignement, savoir, la première grâce justifiante, quand il est en péché mortel, et, quand il est en bon état, le don de la persévérance finale. Quant à la première grâce sanctifiante , par laquelle les péchés mortels lui sont remis, le Concile dit que nous sommes gratuitement justifiés par Dieu, puisque rien de ce qui précède la justification, soit la Foi, soit les œuvres, ne mérite la justification (1). Ce qui est confirmé par ces paroles de saint Paul : Car si c^est par grâce j ce n'est donc point en vue des œnvreSy car autrement la grâce ne serait plus grâce (Rom. il). C'est pourquoi Dieu invite tous les hommes à sa première grâce, qui efface tous les péchés mortels, comme à un bien qu'il leur veut donner gratuitement : Venez aux eaux, vous qtii avez.soify et qui navez point d'argent, achetez et mangez; venez et achetez sans argent , et sans aucun échange, le vin et le kit (Isa. 55). La grâce, dit saint Grégoire (2), n'a pas trouvé le mérite de l'homme pour venir en lui; mais après qu'elle est venue en lui , elle a fait le mérite. Ainsi Dieu venant à une âme indigne , la rend digne en y venant , et fait en elle le mérite qu^il récompense. La raison de cette vérité est , qu'encore que l'âme produise des actes de Contrition ou de dilection de Dieu par-dessus toutes choses , pour se disposer à la grâce sanctifiante, toutefois elle est toujours en état de péché mortel avant que la première grâce sanctifiante lui soit accordée; ainsi elle est une criminelle ^digne des enfers , indigne de la vie étemelle et temporelle et l'ennemie de Dieu; c'est pourquoi, par cet acte de Contrition, elle ne peut mériter 1% grâce qu'elle n'a

(i) Conc. Trid. S6S8. 6, c. 8. — (î) Greg. 28. Mor. 22.

406 LA THÉOLOGIE ÀFTECnVE.

pas encore , et après qu'elle la possède , elle n'a plus besoin de la mériter. Ajoutez que ce qu'elle fait de méritoire après h première grâce sanctifiante, procède de cette grâce comme on fruit de la raciae, et on fib de soâ père. Dès lors, cette première grâce n'en peut pas provenir et être méritée, non plus qu'une racine n'est pas la racine de soi-même, et un père le père de soi-même. Il était aussi bfen convenable que la première giâce sanctifiante étant la source et le fondement de tout mérite, elle nous f(!kt donnée par pure grâce et par faveur, sans notre propre mérite, afin que nous fussions plus excités à reconnaître la bonté de Dieu et sa bienveillance à notre égard; c'est pom^ quoi si Dieu promet la rémission du péché à Tâme, qui s'excite à la Contrition ou à la dilection, ce n'est pas comme récompense d'une action, qui en est digne, n^ais comme une foveur accordée à une personne qui se dispose et se rend capable de la recevoir. De là vient que saint Augustin a dit avec raison (1) , que ceux qui sont retirés de la masse du péché ne sont pas nommés vases de mérite, mais vases de miséricorde. Au reste, après que l'âme a reçu la rémission de ses péchés mortels et qu'elle est en état de grâce, elle ne peut pas encore mériter la persévérance jusqu'à la fin; car cette persévérance contient plusieurs secours et grâces actuelles de Dieu , par Ie3queUes yno âme est puissamment excitée a la vertu jusqu'à la mort, et fortifiée contre toutes les attaques de ses ennemis spirituels et toutes les tentations qui pourraient la faire tomber dans )e péché. Or, ces choses , Dieu les donne gratuitement ; car si l'homme juste les pouvait mériter, il Ëiudrait que ce fût pai^ le premier acte de vertu qu'il produirait après la rémission de ses péchés, ou bien par quelqu'autre plus signalé que Dieu aurait destiné pour cet effet. Le premier ne se peut soutenir; car, après cet acte, l'homme serait assuré de son salut et de n'être jamais damné, d'autant qu'il aurait mérité la persévérance de laquelle Dieu ne le frustrerait pas, lui qui récompense chacun selon ses œuvres. Ce qui est néanmoins très -absurde , puisque les justes après plusieurs actes de vertu ne persévèrent pas toujours, mais quelquefois se précipitent en des abîines de, péchés dont ils ne sortent jamais, ce qui est une marque évidente qu'ils n'ont point

(l)DeNaturaetGrat. c. ».

mérité h penéYérance. Que si l'on dit que cette persévérance ne se peut oftériter que par quelque tcte héroïque plus excellent, que Dieu requiert pour cet effet, c'est sans raison que cela est im en avant; car rScritore sainte ne nous en donne aucune connaissance, et on ne voit pas pourquoi ce mérite se trouverait plutôt en un acte grand qu'en un acte commun; car l'un et l'autre est bien capable de mériter la persévérance de la gloire étemelle en l'aufre vie, pourquoi pas aussi la persévérance de la grAce en cette vie momentanée et passagère, si elle se pouvait mériter. Ponc il faut conclure que, comme l'homme dans l'état du péché n'«i mérite point la limission, ainsi dans l'état de la grâce il ne mérite point la persévérance.

Que nous reste-t-il, ô mon Dieu ! sinon de nous humilier pro-» foodéffl^t, soit que par malheur nous soyons en état de péché, soit que par bonheur nous vivions en votre grâce, dans laquelle, sans votre miséricorde, nous ne pouvons persister. Seigneur ! •ecoarez-nous en l'une et en l'autre condition ! Nous implorons votre clémence pour sortir de la servitude du péché, et quand noua en serons sortis p0 votre pure miséricorde, nous tremble* rons, craignant de manquer de persévérance. Nous vous demanderons jour et nuit le don de persévérance et de fermeté, par la fréquente répétition de l'oraison que votre Fils incarné nous a enseignée, pour obtenir la sainte persévérance contre toutes sortes de tentations, qui tendraient à nous replonger dans notre premier abîme. Ah! Seigneur, vous la donnez par miséricorde, et je ne dois pas avoir moins de confiance en votre miséricorde qu'en votre justice.

II. Considérez en second lieu , que les choses que l'homme peut mériter condignement , sont l'augmentation de la grâce et l'augmentation de la gloire ; car, après qu'il a reçu gratuitement la première grâce sanctifiante, il la peut faire valoir par ses mérites^, la multiplier et l'accrottré comme un talent que l'on fait valoir. Le Concile parle aussi évidemment en cette matière (1) : Anathéme, si quelqu'un dit que l'homme justifié ne mérite pas véritablement l'accroissement de la grâce par les bonnes œuvres faites par la grâce de Dieu. ''les théologiens observent que le Concile a usé du mot véritablement , pour celui de eendignemefa.

(i) S«88. 6, Can. 82.

408 LA THtOLOGIE AFFIGTIVE.

Saint Augustin maintenait cette vérité en ces termes (1) : Ia grâce mérite d'être augmentée , afin qu'étant augmentée , elle mérite d'être accomplie, la volonté l'accompagnant , mais ne la conduisant pas, la suivant, mais ne la précédant pas. Et s'il semble là même et ailleurs parler contre le mérite, il donne assez à entendre que ce n'est que contre le mérite qu'attribuaient les Pélagiens à la seule liberté, sans l'aide de la grâce, dont il combat partout la présomption, avec autant de force qu'il défend le mérite qui est fondé sur la grâce divine. Ainsi ce grand docteur ne se contredit pas, mais plusieurs abusent de ses paroles et s'éloignent de ses pensées: Eloignons- nous d'eux pareillement , considérant, après le séraphique Docteur, que comme celui qui pèche d'une sorte de péché, mérite de tomber en un autre qui le rend plus mauvais, ainsi que celui qui pèche par superbe, mérite de tomber dans l'impudicité ; par la même raisonj^» celui qui use bien de la grâce par l'exercice des bonnes œuvres, mérite qu'elle lui soit accrue. En efief, l'homme qui est justifié a toutes les conditions requises pour mériter l'accroissem^t de la grâce, s'il fait des œuvres saintes et loipl^ies ; car il a la grâce sanctifiante, qui est la source du méritll, il a la liberté, il est dans la voie et en état de faire progrès vers un plus grand bien ; enfin la promesse de Dieu ne lui manque pas , car c'est lui qui a dit cette parole : A celui qui a, il sera donnée et il abondera (Matth. 25), et c'est lui encore qui encourage les hommes à s'enrichir de plus en plus dans la gràce, que celui qui est justifiéy soit justifié encore (Âpoc. 23). Or, l'homme méritant ainsi en celte vie Taccroissement de la grâce , mérite pareillement l'accroissement de la gloire ; car la grâce et la gloire vont d'un même pas et se règlent par une même mesure, et la gloire correspond à la grandeur de la grâce. C'est pourquoi comme une plus grande gloire renferme une vision de Dieu plus parfaite, une lumière de gloire plus vive et plus éclatante, et ensuite des acceaMires et des biens secondaires et plus nobles, comme une plus éminente place dans le Paradis, une plus grande clarté et agilité corporelle, après la résurrection finale, et enfin toutes choses proportionnées et convenables à une grande félicité , l'âme qui mérite l'augmentation de la grâce, mérite pareillement toutes ces choses,

(1) Epist, 106.

et fait un profir indicible dans les biens ^ qui sont réservés pour rélemilé.

Admirez la bonté de Dieu, qui pour nous honorer davantage, veut que nous concourions à Taccroissement de notre bonheur à titre de mérite, car nous sommes entrés si avant dans sa bienveillance, que nous avons part aux plus grands trésors de sa grâce et de sa (^oire en vertu d*un droit, et à titre de juste récompense. Seigneur I que vous êtes noble et magnifique de nous témoigner tant de bonté, et de traiter avec de très-vils serviteurs par un procédé si obligeant et si honorable I Oh I bienheureux ceux qui se peuvent prévaloir de vos faveurs si signalées et de la r^eption de votre première grâce, pour faire des progrès continuels de vertu en vertu I Oh ! bienheureux ceux qui ne perdent point le temps et l'occasion de bien faire, pour en acquérir des biens qui surpassent les pensées de tout esprit créé! Bienheureux est l'homme qui a mis sm appui en vous, il a disposé des degrés en son eceur pour s*élever jusqu'à vous (Ps. 83). Oh! malheur aux hommes qui perdent les occasions de bien vivre! Seigneur! préttrvez-moi d'une telle imprudence, excitez-moi par de nouveaux aiguillions à courir sans cesse dans l'observance de vos commandements, et que ma vie soit le sentier des justes, qui comme une lumière croissante^ s'élève jus-^ qu'à la clarté du jour parfait (Proverb. 4).

III. Considérez qu'il est douteux si l'homme mérite ou ne mérite pas condignement la première gloire ou les premiers degrés de la béatitude. D'un côté, il doit être bien constant que plusieurs ne les emportent pas par le titre de leurs mérites, mais par une pure grâce et faveur de Dieu , comme sont ceux qui sont baptisés dans l'enËince, ou bien qui ont formé et achevé en un moment leur acte de Contrition un peu avant le Sacrement qui leur confère la première grâce, et partant, leur acquiert la première gloire et les premiers degrés de la béatitude, par les mérites de Jésus-Christ et non par les leurs propres, afin que comme la miséricorde de Dieu est exaltée en leur donnant gratuitement la première grâce, elle le soit pareillement en leur donnant la première gloire, ou le commencement de leur félicité. Au reste , il y en a d'autres qui , en recevant la première grâce, persévèrent encore dans la Contrition ou la dilection, par laquelle ils se disposaiàit à la recevoir; et

MO LA TIl£0L06IE AFnCTIVE,

bien que cêUe Contrition ou dilection ne paine être méritoire di la félicité, avant la grâce sanctifiante, par ce qu'elle partait d'ime Ame digne de la damnation et ennemie de Dieu ; toutefois» après que cette première grâce eat infuse y que lui manque-t-il pour mériter l'entrée du Paradis ou la première gloire? En celte gjrande difficulté, il vaut mieux que nous nous jetions dans les bras de la miséricorde divine et que nous n'estimions pas avoir un droit de justice, 1& où il est trop douteux et si difficile i défendre ; car, totgours iaui»il que TAme ait reçu la grAce sanctifiante avant qu'elle soit capable de mériter par la continuation de sa Contrition ou de sa dilection. Or, supposé qu'elle soit dans la grâce sanctifiante par la misériccurde de Dieu, elle sera pareillement en droit de recevoir la gloire qui correspond 1 celte grâce, et ce» par la même miséricorde de Dieu : il fsiut donc de deux choses l'une, ou bien qu'elle mérite le bi^ qui lui est déjà acquis, ce qui lui serait inutile, ou bien qu'elle mérite un accroissement de grâce et de gloire par cette continuation, ce qui semble beaucoup plus conforme à la vérité. Concluons donc que les saints ont eu Jinr première gloire ou les premiers degrés de leur félicité, non à titre de justice, mais par miséricorde ; et qu'ainsi il est vrai que Dieu donne sa gloire aux saints par-dessua leurs mérites, parce que les commencements leur sont donnés par pure miséricorde, et les accroissements par justice.

Je me réjouirai d'apprendre cette vérité pour en remercier particulièrement la miséricorde divine. Ohl il est bien convenable, mon Dieu! que la chose soit ainsi, et que vous ayei mis la première pierre, et le premier fondement de la Cité céleste ; que toute la cour céleste se répande en louanges. Ainsi, votre libéralité et les mérites de Jésus paraissent mieux en la couronne et l'héritage de vos saints. heureux du Paradis, rendez grâce au Seigneur parce que êa miséricorde est ëiemelle (Ps, 135)1 J*apprendrai pareillement à reconnatire en nous le mérite avec une humilité parfaite, puisque nos bonnes œuvres ne s'étendent pas sur la première grâce et sur les prenûers degrés de la gloire, qu'il n'appartient qu'à la miséricorde divine et au sang précieux de l'agneau sans tache, Jésus-Christ, de poser en nous. Ainsi, je m'humilierai dans la pensée de mes bonnes œuvres, ne leur attribuant que l'accroissement de la gloire et la gloire

ra LA GRACX, 4il

de quelque degré d'iugnienUtion , mais à voire sang précieux, ô Jésos I et au grand mérite de votre passion, le commence^ ment et le progrès» car le commencemeat n'est dû qu'à votre grAce, et le progrès n'est pas sans votre grâce.

"Vingtième méditation.

SUITE DB L'iTINDUI DV MBRITI.

L Considérez que le mérite des hommes se peut multiplier en tout lieu, en tout temps et en tout état possible. Car, pour ce qui est du )ieu, peu de personnes mériteraient, si Dieu eût circonscrit à un certain espace, le pouvoir de mériter. Tout lieu est donc propre pour pouvoir mériter. La sainteté n'est pas liée aux prisons, elle n'est pas attachée à la solitude, ni renfermée dans les cloîtres des religieux, de manière à ne se rencontrer point hors de là. On peut mériter dans les armées, on peut mé* riter à la cour, aux champs et à la ville. Et si l'on veut parcourir les histoires des saints, l'on ne verra aucun lieu excepté, jusque-là que Job mérita même sur le fumier, où il fut sept ans, selon l'opinion de quelques-uns, à combattre les furieux assauts de Sa« tan. Et comme Thomme, en vivant vertueusement, peut n^ériter en tout lieu, aussi peut-il mériter dans tout le temps de sa vie, tant qu'il a l'usage de la raison et de la liberté. La bonté de Dieu ne lui a posé aucunes bornes et aucunes limites durant le cours de sa vie, au delà desquelles il fût dans l'impuissance, ou de s'écarter de l'enfer par -la pénitence de ses péchés, ou d'acquérir les richesses du Ciel, par le prix des bonnes oeuvres méritoires ; tout temps ; est propre, tout âge y est convenable. Ce n'est pas comiqe dans le gain des biens temporels et des richesses corruptibles , car pour les acquérir et les augmenter, il faut attendre les occar sions et les opportunités du temps; pour acquérh* les tr^ors célestes et étemels, tout moment de la vie humaine, tout instant est oonvenable, si l'homme ^ veut finre bon usage, peur nous^

faire reconnaître combien Diea est plus libéral à dispenser les trésors des yéritables biens, que les trésors des biens comptibles, qui ne devraient pas être appelés biens, puisqu'ils sont cause de tant de péchés qui se commettent au monde. Enfin, Thonime peut mériter en tout état possible, soit séculier, soit religieux, soit ecclésiastique, soit dans Tétat du mariage, soit dans la chai^, qu'il soit juge ou marchand, artisan , soldat ou laboureur , prince on sujet, qu'il soit de grande ou de vile naissance, riche ou pauvre. Et si nous méditons les histoires des saints, nous en trouverons dans toute sorte de conditions. Chacun, sans préjudice des qualités, peut prendre sa part du royaume céleste, dont les richesses infinies et inépuisables sont données par la magnificence divme aux bonnes œuvres de toutes sortes de personnes qui veulent vivre saintement. Ces vérités nous sont indiquées par la vision de la Cité céleste, qui apparut à saint Jean le bien-aimé disciple, en laquelle il vit douze portes ; troin du eôté de V Orient^ trois du côté du Ifori^ trois du côté du Midi et trois du côté d'CkdderU (Apoc. 21). Cest pour nous représenter que des quatre parties du monde on vioit au Paradis, n*y ayant aucun lieu duquel on ne puisse s'achemina vers le Ciel. C'est encore pour nous enseigner que l'homme peut entrer au Ciel en tous les âges de sa vie; dans l'enfance, signifiée par rOrient ; dans la jeunesse ardente, signifiée par le Midi ; dans la virilité, plus refroidie en ses passions, dénotée par Septentrion, et dans la vieillesse qui va à la mort, par l'Occident. Que dénotent , dit le maître des théologiens , les portes qui sont en cette cité» sinon que l'homme peut en tout âge et en tout temps entrer à la Cité d'en haut ? Et chaque âge a trois portes pour entrer dans le Paradis. Les portes du premier âge sont au nombre de trois : l'innocence baptismale, l'humble obéissance, la discipline raisonnable; par ces trois portes les enfonts entrent en Paradis. Le second âge de la jeunesse a trois autres portes, savoir : la pénitence, l'abstinence et la continence; par ces trois portes les jeunes entrent dans le Paradis. Le troisième âge de la virilité a trois portes : l'observance des commandements, la vertu des mérites et la patience dans les adversités; par ces trois portes, les hommes entrent dans le Paradis. Le quatrième âge de la vieillesse a trois autres portes : le souvenir de ses offenses, l'effusion des larmes et le pardon des injures; par ces trois portes, les vieillards décrépits entrent dans le Paradis. Enfin

DE Ul GRACE. 415

ces quatre (Murties figurent encore toutes sortes de peuples, lesqueb a?ec la croyance de la Trinité entrent dans le Paradis : rOrieni dénote les Juifs, dont est né, comme de l'Orient, le soleil de justice, Jésus-Cbrist; l'Aquilon dénote les peuples Gen-* tib; le Midi, les chrétiens plus éclairés dans la Foi; et l'Occident, les hommes qui seront convertis à la fin du monde par les prédications d'Enoch et d'Elie, si bien que les hommes de tous les états trouveront la voie qui conduit au Ciel.

Admirez les merveilles de la libéralité de Dieu, il n'y a pas de lieu où la sainteté ne puisse être cultivée. Dieu! que je voudrais pour votre gloire vous avoir aimé dans tous les lieux où j'ai été, et y avoir laissé quelque vestige de dévotion. Oh! je désire en laisser où je me transporterai dorénavant. On peut mérita eu tous les âges de sa vie. Seigneur ! je vous rends grâces pour ce bienfait ! Oh I que je désire pouvoir mériter en tous les instants dans lesquels vous avez voulu que je pusse mériter I Oh! s'il n'y avait aucun instant vide et perdu en ma vie! Oh! si je pouvais réparer le temps perdu ! Toutes sortes de personnes sont admises au profit spirituel du mérite : ô Seigneur I vous ne faites acception de personne ! Oh ! faites que je m'emploie pour votre amour à assister toutes sortes de personnes, sans mépriser la condition d'aucun, et dédaigner, pour sa bassesse, de contribuer à son salut.

n. Considérez la grande facilité qu'ont les âmes sanctifiées par la grâce, d'acquérir des mérites. Premièrement, elles peuvent mériter dans les actions indifTérentes , qui d'elles-mêmes ne sont pas méritoires, en les relevant par une droite et sainte intention ; car, comme ces actions peuvent devenir perverses, par la mauvaise intention avec laquelle on les ferait, ainsi peuvent -elles être méritoires , en les ornant et en les enrichissant d'une sainte intention? Ainsi , nous pouvons par la seule direction de notre volonté, changer le plomb en or, une action mdifférente en une œuvre qui mérite le Ciel. Il n'y a pas d'action si basse et si terrestre qu'elle soit, pourvu qu'elle ne soit point mauvaise, qui ne puisse être ennoblie par la sainteté de l'intention, et devenir céleste et divine. Ce qui même se peut faire par la seule intention virtuelle, laquelle peut animer plusieurs actions, pour en rehausser le prix et faire qu'elles soient méritoires , tandis que par le défaut de l'intention actuelle elles ne le seraient paf.^^

414 LA THiOLOGlB AlfVGTIVE.

SÊConàmÊmà, les àmn peuvent néritar «I mérUnt m «Mi cneofft ^'dlles n'aient pas la pensée de mériler. La -grtm s'aafmente sent que l'en pense à eon accrassemeot, et Tmi ataoee ws ie Gel, saM y prendre garde ; eoinroe, snr un v ai s Boa n» on M baaaeoup de cbemm sans vcir qn'on avanee« Dieu B*a pontf ▼onhi que te grand trésor des fnérites dépendtC de notre pensée et de notre réteiion , afin que notre inadvertanœ ne r«Beindrtt pas. Il en est de même de h iFertu qn'ont les bonnes seuffBS de satisftiire el d*expi^ les peines du pmfatoirei qm eoit 4aes à nos pédiés ; encore que nous ne peneions pas «n lea predrisant à BOUS acquitter des flammes da purgatoife, mus «ous m acquittons, et par ce trait singulier de la bonté de Dieu, {dosievs âmes s*€n irerront bientôt délivrées. Or, les bonnes œuvres dnt la même vertu pour mériter que pour satisfaire, et les âmes se trouveront bien avancées dans la gloire, et y avoir fait de grands profils , sans y avoir que fort peu pensé. Troisièmement , Fàme peut mériter par le d^ir seul, qui supplée h l'œuvre qu'on ne peut accomplir. Si quelqu'un ne peut jeûner, ne peut se mortifier, ne peut feire des aumônes, qu'il en ait au moins le désnr. Dieu lui en tiendra compte, et ce désir demeurera écrit au livre de vie, pour être un jour récompensé. Ainsi, plusieurs sont élevés dans le Ciel au-dessus des autres, non pour avoir bit plus d'œuvres , mais pour avoir formé plus de saints désirs. Si bien que la bonne volonté est un instrument très^propre à nous faire acquérir de grandes richesses spirituelles. En ^et, «i h mauvaise volonté et le désir de faire une action nmt est cri» minel devant Dieu , qui en prendra vengeance comme de Inaction même, il est bien raisonnable que Dieu, qui a plus d'indinatîon à récompenser qu'à punir et à châtier, ne laisse pas sans récompense le seul désir de inen faire, quand rexécutton n'est pas possible. Bien plus , le désir d'avoir de bons désirs produit des mérites , selon cette parole de David : Ifon âmê a iériré ée désirer ws justifkations (Ps, 14 S). Quatrièmement , en peut accroître ses mérites en multipliant les bonnes intentions dans une bonne œuvre, laquelle se peut faire pour y pratiquer diverses vertus qui s'y rencontrent; car une bonne fin n'empêche pas l'autre, d'autant que l'honnêteté n'est point contraire à l'honnêteté , ni la bonté à la bonté : c'est pourquoi celui qui revêt un pauvre nu pour seitlager sa misère ^ peut rapporter cette même

aciion k Dieu. Or , iniiBt de bonnes 6m qui se rencoolrent en «06 inéaie action, autant d'actes de vertu qui avreiM lear rAcom* pense. Qu'un homme fiisse oraison , il la peut foire pour rendre i Dieu le culte qui Ini est dà, et en cette vue Foraison a le mérile de k vertu de religion ; 9 la peut fiiire pour secourir la roi» sère du prociiain, et en cette vue, Toraisen a le mérite de la vertu de miséricorde; il la peut faire pour effacer les peines de ses péchés, et en cette vue, elle aura le mérite de la vertu ds pénhenoe. Si bien fne, par ce moyen, une seule bonne action ea vaut plusieiirs. Cin^èmemeat, on peut accroître ses mérn tes par fapprobation d'une bonne œuvre déjà faite; car autant de fois que l'âme se cemplatt dans le bien qu'eDe a fait, autant elle mérite. Ce qui est assez évident por la considération de cdoi qui, après une mauvaise action, y repenserait souvent et s*T complairait , comme si quelqu'un après en avoir maltraité un autre, en y pensant, se réjouissait plusieurs fois de l'avoir eoiragé; en repensant è la chose, il pécherait, et démériterait antast de fais ; donc aussi, celui qui a fait quelque bien et qui l'approuve toujours, multiplie toujours ses mérites. -C'est pourquoi I eomnie cette approbation peut être appliquée à toutes les bonnes œuvres de tous les saints, non pour une fois, mais cent et cent fois, il résulte de là un nombre incomparable de biens et de mérites divers. En sixième et densier Keu, l'homme peut encore mérita en effipant plusieurs fois la même chose à Dieu , qui l'aura toujours peur agréable , et hii décernera quefaïue nouvelle récompense; car il agrée autant l'offrande qui lui est ftiite la seconde fois que k première, diffi&rant en ce point des rois de la terre, aux yeux de qaA l'dffrande réitérée d'un même présent perd de son prix. De là, c'est méritm* que de renouveler les mtoies vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance. De là si quelqu'un a donné son cœur à Dieu, il peut répéter cent et cent fois cette offrande, et toujours avec accroissement de grâces et de mérites. Que si l'on dit que ce monde est plein d'embarras et de troubles de toutes parts qui ruinent le bon mérite, il n'y a qu'à considérer l'exemple de Marie-Marthe, laquelte servant Jésus-Christ de bonne affection, ne laissa point de mériter, nonobstant ses distractions et ses sollicitudes. Il n'y a donc qu'à se porter toujours aux bonnes œuvres et à y avancer de bonne foi^ pour trouver la voie du mérite.

Dieu irès-bon ! j'adore votre provideoce, je révère et j'embrasse votre bonté qui a fourni aux hommes tant de moyens de s'enrichir en grftces et en mérites devant vous, et d'augmenter en sainteté et en perfection. Peu y parviendraient, si vous eussiez été moins libéral à donner tant de moyens de s'agrandir dans les véritables richesses de votre Paradis. Seigneur I que votre sagesse est merveilleuse, par elle vous comblez les justes de tant de bienfaits cachés et de faveurs secrètes, pour les rendre plus justes. Ce sont des bienfaits cachés, non qu'ils ne soient d*eux- mêmes assez visibles et assez reconnaissables, mais la plupart des âmes vivent dans l'aveuglement et sans considérer les effets de cette bonté magnifique. illummateur de mon ftmel dissipez mes ténèbres, afin que je découvre de plus en plus vos bienfaits cachés à tant de monde, par lesquels vous prenez plaisir à obliger vos créatures, sans que la plupart s'en aperçoivent et vous en rendent grftces; car, ô Seigneur! qui vous est semblable en magnificence! vous donnez aux hommes mille moyens de prendre part au trésor immense de la gloire, et vous n'appréhendez pas qu'il soit épuisé; car il est infini, et la source dévie qui est en vous ne peut être tarie par les mérites où parviennent les justes durant toute la carrière de cette vie. Courage donc, mon âme, réjouissons*nous de découvrir ces moyens si faciles de devenir riches dans le Ciel. lexcellente découverte! si nous nous en pouvons prévaloir! Oh! que les mondains et les amateurs de ce siècle nous doivent faire de confusion, eux qui saisissent si avidement les occasions d'avancer dans les biens périssables, tandis que nous négligeons si fort de nous enrichir dans les biens étemels ! Vraiment les enfants de ce siècle sont plus prur dents que les enfants de lumière (Luc. 16). Oh ! que nous le regretterons un jour, quand il ne sera plus temps! Seigneur! réveillez-nous d'un si grand assoupissement, avant que notre vie arrive à sa fin.

m. Considérez comment , avec tant de moyens et de facilité d'étendre nos mérites, il arrive qu'il y a tant de personnes chrétiennes et faisant profession de sainteté, qui sont si vides et si dénuées de tous bons mérites? N'est-ce pas une chose étonnante de voir ime telle pauvreté au milieu de tant de trésors d'or et d'argent, et de pierres précieuses si faciles à gagner? L'on peut dire à cela que plusieurs personnes ne méritent point dans leurs

bonnes œuvres, parce qu'elles sont coupables de quelque péché mortel qui leur est caché , et que plusieurs ont des consciences erronées, pensant être bien quoique dans un état très-mauvais. Les uns sont dans des senthnents hérétiques, qu'ils prennent pour de solides vérités. Les autres ont un orgueil caché, dont ils ne se corr^ent jamais. Les autres fomentent des attaches, qu'ils ne considèrent pas assez comme mortellement mauvaises; enfin les autres. ont d'autres défauts, pour lesquels ils sont en effet privés de la grftce sanctifiante, qui est le principe du mérite rigoureux dont nous traitons ici. Que si saint Paul disait : Je ne me êens coupable de tien, mais je ne suis pas justifié pour cela^ car celui qui me juge est le Seigneur (i. Cor. 4), à bien plus forte raison le pourront-ils dire, ceux qui n'ont pas Tombre des vertus de ce saint Apôtre. Or, s'il est vrai que plusieurs sont en péché mortel, il n'y a point de quoi s'émerveiller s'ils sont pauvres en mérites. De plus, le Docteur subtil, pénétrant heureusement les vérités de la Théologie, a remarqué une chose consolante , c'est que Dieu ne donne pas toujours sur-le-champ la grâce méritée par les bonnes œuvres; mais il réserve quelquefois le prix des mérites jusqu'au temps de la mort, de peur que nous y défaillions, ne résistant pas fortement aux tentations des démons et à leurs illusions. Dieu donc, dit-il, peut conserver nos mérites, afin qu'ils aient leur efficacité à la fin de la vie, lorsque nous en avons plus grand besoin. Or, bien que cette doctrine ne puisse s'entendre pour l'accroissement de la grâce sanctifiante, elle ne semble pourtant pas improbable pour plusieurs grâces actuelles méritées par les bonnes œuvres, dont Dieu diffère le don jusqu'au temps de la plus grande nécessité de l'homme, ménageant suavement, par une sage conduite , l'affaire de son salut. Dès lors , il ne faudra pas s'étonner si plusieurs personnes, qui méritent beaucoup, ne ressentent pas les effets de leurs mérites; elles les ressentiront plus opportunément au temps du combat et des dernières attaques de l'ennemi; elles auront une mort très-sainte et trèsglorieuse, y étant assistées extraordinairement, â cause de tous les mérites de leur vie. Après tout, quoique les voies du mérite soient larges et faciles, plusieurs néanmoins, par une tiédeur inexplicable, négligent de s'y engager ; il leur semble qu'ils font assez s'ils évitent la damnation éternelle, et ils n'ont aucune générosité spirituelle pour prétendre à une couronne des plus riir. 27

418 LÀ THÉOyiOGlB AFFICTIVE.

ches di4 grand empire céleste; de là neot b froideur dans km ezercîoee «imitiiels, une lâcheté meiveilIeusQ à eiilrepreD<b» aucune chose en la we de Dieu et de aon Paradia, et uim grande, négligence à produire, comme il confient , lea ONitm n^itoires» quoique Dieu, par une muMihide de bienfiûtt eacUs, ait donné t^nt de oiojena de lea étendre et de le& Braltiplie^ Je reconnatlrai ces vériiéa, j'appréhenderai que ma voie intérieure ne soit gâtée par quelque défaut caché; je dirai avec Da^id : DébuH¥VM%, S^newTy de met féàiée mkée (P. 18). Une autre Ams je me consolerai dans l'espérance que Dieu» à Th^ire da ma mort, me donnera plus de secours et d'assistance que ja n'en ressens maintenant, et ainsi je ne demeurerai pas toujours en cette crainte d'être hora de son amour. Je tâcherai aussi de mettre en pratique les moyens de multiplier les mérites; car ilsu se multiplient en enrichissant les œuvres indifférantai d'une intention spirituelle et céleste. bonlé divine 1 que n'ai-ja •\ lyouté à chacune de mes actions toutes les iptenliona eiceUentea que vous connaisses y pouvoir être apportéea. Les mécilea ai multiplient par le bon désir, qui supplée à l'oettYie mtma^ mon amour! que n'ai-je conçu tous les bons désira possSilest Que ne puis-je vous donner autant de gloire que tous les saints vous en donn^ont dans toute l'éternité 1 Les mérites se mulfrr plient ai multipliant plusieurs intentions dans une même action. Q mon bien-aimé! que ne puis-je, en chacune des œuvres qua je ferai pour votre service, et en chacune de mes paroks, mettre toute la perfection que vous connaissez y pouvoir être mise par plusieurs personnes infinies . s'il était possible ! Les mérites se. multipli^nt en approuvant plusieurs fois le bien qui a été fait. mon Dieu! qui êtes ma force et m(m espérance, pour vous complaire davsMatage, je veux à tous les moments de. ma vie approuver, par un nouveau consentement, tout ce que j'ai fait de bien et tout ce que feront les autres pour votre service. Enfin les mérites se multiplient en réitérant plusieurs fois l'offrande d'une même chose à Dieu. Seigneur! à qui je suis tant redevable, même pour un seul bienfait, donnez^.moi la grâce de vous offrir mon cœur; et parce que vous me donnez mon cœur à chaque instant, en continuant à me le conserva, je vous le dois tous les jours , à chaque instant ; oh ! receves-lci av^ant. <^ fois que je vous le dois*

w u 61UC&. 4i9

VINGT-UNIÈME MÉDITATION

L AfiGftOttSBIlBirr M Là ORAGB SAlfCTIFUNTE.

(. G^nsidirei que jusqu'à la mort la grftce peut s'acoroitre 4»& les âme». Saint Jean Chrysostôme ^ méditant cette véritév dîl quê^ dam les noces du monde, les épouses, après un moki on deia, sotti moins gracieuses à leurs époux, mais qu'il s'ea 68i pas ainsi des noces spirituelles, parce que plus on avance^ pl«s ardei^es soBt les afiections de l'époux du Ciel, si les âmes^ ienlent Uen veiller sur elles. La grâce est grande y mais die aam plus grandb encore, si noua le voulons. Saint Paul était gfand,. quand il fut baptisé; il devint plus grand quand il pré« dit et qu'il conibndit les Juifs; ensuite il fiit ravi au Paradis «É monts jusqu'au troisième Ciel. A nous aussi il nous est permis,, si BOUS le voulons, d'accrottre la grAee du BapMme, laquelle djh WHl plus forte par les bonnes œuvres. Et en effet, l'auteur de In grâce, qui eei Dieu» ne manque ni de puissance ni d'affectàon pour la répandra incessamment dans l'honuBe ; et la grâce, d» an nature» est capable d'un accroissement sans limites ; car elle est uua ressemblance avec Dieu et une participation de sa nataroy cjpii peuvent devenir toujours plus parfaites et plus grandes. IStAn le sujet qui reçoit la grâce n'en est jamais teUe« ment rempli qu'il ne soit capable d'en recevoir davantage, car la grâoe en descendant en l'âme, étend et dilate sa capacité, et la dispose â en recevoir une plus grande; ainsi la grâce naît de la gràen,, ci- les progrès servent à d'autres progrès; les gsûns font phon à d^antres gains, et les mérites à d'autres mérites. Et, onmme dit^ l'évèque Ennodius, les bienfaits de Dieu viennent par degrés ,' et promettent des choses meilleures à ceux auxquels ils en apportent de bonnes. En effet , s'il n'y a point de mnlice si noire qu'une âme abandonnée ne la puisse augmenter eiioaveit si bien que le Prophète royal dit à Dieu : L'oral dé

ceux qui vous haïssent monte toujours (Ps. 73), pourquoi y aurait-il des limiles pour sa bonlé, pourquoi ne pourrait«elle pas devenir toujours meilleure ? L'état de cette vie semble le demander, n'étant qu'une voie et un progrès vers le Ciel ; or, dans une voie, tant qu'elle demeure voie, on peut toujours s'avancer, autrement ce ne serait plus une voie. Enfin la vision de Dieu peut toujours s'accroître, et n'étant point totale pour aucun des bienheureux, elle n'y est jamais si claire et si rayonnante que, par la toutepuissance de Dieu, elle ne puisse Tétre davantage ; or la grâce de cette vie correspond à la gloire de l'autre ; elle est toujours capable d'être perfectionnée. Cela provient de l'efficacité des Sa* crements, et encore des bonnes œuvres faites en état de grâce ; car, conune les Sacrements produisent quelque grâce dans un sujet bien disposé, et que les bonnes œuvres ne sont point sans salaire et sans récompense, il est nécessaire que l'homme sanctifié augmente de plus en plus par leur usage et par Fexercice les richesses spirituelles de son âme, tellement qu'il n'a jamais tant de grâces en cette vie qu'il n'en puisse encore acquérir davantage et devenir plus saint. Au reste, par les mêmes moyens par lesquels fa grâce s'accroît, les vertus surnaturelles se perfectionnent; le sujet qui se trouve disposé pour être enrichi d'une grâce plus abondante , l'étant pareillement pour recevoir des vertus plus parfaites ; c'est pourquoi, comme Dieu ne cherche que des âmes bien préparées pour y verser ses dons, il ne manque point de perfectionner les vertus de celles dont il perfectionne les grâces. Vous diriez le train d'une noble princesse, qui s'augmente et devient plus brillant quand elle est élevée â de nouveaux honneurs et à de plus grands biens ; car ainsi la grâce étant agrandie dans le royaume de Tâme, le cortège des vertus infuses et surnaturelles en reçoit un nouveau lustre par son accroissement. Enfin l'âme a deux sortes de vies spirituelles, qui doivent s'accroître en même proportion ; la première vie est la grâce sanctifiante et habituelle, la seconde est l'action sainte et vertueuse ; dès lors, où la première vie s'accroît, la seconde doit pareillement s'accroître, et ensuite les vertus surnaturelles, qui sont les principes des saintes actions, lesquelles constituent cette seconde vie.

mon âme! ne passez pas légèrement sur cette belle vérité; r^rdez quel avantage elle vous offre de monter tous les jours

de cette vie, par un progrès perpétuel, dans ia noblesse et les beautés singulières de la grâce. Désirez donc de vous enrichir tous les jours par la réception des Sacrements et l'exercice des saintes œuvres ; ne passez plus de journées , ne passez plus d'heures que vous ne fassiez quelque nouveau progrès dans la grftce de Dieu. Gravez dans votre mémoire les paroles du Sage : La voie des justes , comme une lumière resplendissante , croît et s^avance toujours jusqu'à son midi (Prov. 4). Pensez que toute la vie du bon chrétien est un saint désir de profiter, sans s'arrêter à ce qu'on est. Méditez ce que dit le dévot saint Bernard (1) : Jamais le Juste ne s'estime être au bout de la carrière, et il ne dit jamais : C'est assez, mais il a toujours faim et soif de justice ; en sorte que , s'il vivait toujours , il s'efforcerait toujours, autant qu'il lui serait possible, de devenir plus juste, il s'évertuerait sans cesse d'aller du bien au mieux; car il s'est dimné au service de Dieu pour une éternité, et non pas pour un an ou quelque temps, comme un mercenaire.

n. Considérez qu'il faut deux choses pour croître en la grâce sanctifiante, les grâces actuelles et la coopération de la volonté par des actes de piété. Premièrement, il faut des grâces actuelles de Dieu pour avancer dans ia grâce sanctifiante et les vertus infuses ; si bien que, pour ce sujet, il y a un don de Dieu qui s'appelle un don d'accroissement en grâce et en vertu. Bienheu-' reux est Vhomme, dit le Prophète royal, qui a eu secours de votre fart; il a disposé des degrés en son cœur; car le législateur les bénira, ils iront de vertu en vertu (Ps. 83). De même, Salomon admirant le bonheur d'une âme qui, dans le désert et les difficultés de cette vie, va sans cesse montant à un plus haut degré de perfection, dit : Quelle est celle-'là qui monte du désert, abondante en déliées, appuyée sur son bien-aimé (Cant. 8) ; c'est-à-dire soutenue de sa grâce ; car, comme dit saint Bernard (2), c'est en vain qu'elle s'efforce , si la grâce do Dieu ne la fortifie. C'est chose si difQcile d'avancer, que la grâce de Dieu y est nécessaire ; c'est aller contre le fil et le courant de l'eau, c'est naviguer contre vent et marée, c'est se raidir contre un torrent plein de violence ; parce que plusieurs habitudes vicieuses et passions défilées subsistent dans l'âme après la grâce sanctifiante , par

(^) Epist. 288. -> ()) Serm. 85. In CaQt«

422 LA THtOLOOlE AFfECTIVE,

lesquelles elle est poussée du côté des œuvres du péché. Or, siy pour leur frésistor et n'eu être pas emportée» H M tel îles griices nouvelles , combien davantage , afin que iioii-saiileaMnt elle ne soit pas emportée ou retardée, et qu'elle demMre stable sans reculer; mais pour qu'elle avance malgré oes ebstides, et qu'elle monte de plus en {dus ? Le navire ne va pas de eoinaoème contre le fil de l'eau ; ce n'est qu'à force de raiMS ou par l'aide des hommes ou des chevaux qui le tirent, ou à la faveur des vents propices qui enflent ses voiles ; il en est de même d*une àfloe qui fait des progrès contre l'impétuosité de ses passions ; elle a besoin de rames, de cordages et de vents fevorables, qui sont les grâces du Saint-Esprit. Les philosophes platoniciens disaient qu'il y avait en l'homme un principe de rénovation, parce qu'il pouvait se rendre meilleur qu'il n'avait été premièrement créé. Ce mot est jusle, pourvu que par ce principe ils veulent entendre la grâce divine; parce que, comme raisonne le séraphique Docteur, la cause étant plus noble que son effet, l'homme ne peut de lui-môme être la cause de son amélioration; car autrement Teffet serait plus noble que sa cause, l'homme meilleur étant l'eflet de l'homme moins bon et moins parfait; il faut donc que la source de la grâce y intervienne et soit la cause de son accroissement. C'est pourquoi ce n'est point par hasard ou par la témérité d'une aveugle fortune que certaines âmes vont tous les jours croissant en perfection, c'est par un conseil du Ciel et un secours spécial de la grâce divine. C'est encore aussi par la coopération de la volonté de l'âme déjà justifiée, qui multiplie les bonnes œuvres et spécialement les actes de la Charité, ce soleil et cette reine des vertus, cette épouse du Roi céleste, qui lui est la plus agréable de toutes \e§ vertus ; c'est pourquoi ses propres actes méritent un plus grand accroissement de giîce sanctifiante, que les actes de toutes les autres vertus. En efleti conmie ceux qui servent les rois de la terre, méritent plus leurs bonnes grâces par certaines actions que par d'autres; comme un général d'armée, qui gagne la victoire sur ses ennemis, ou force une puissante ville à se rendre à discrétion, mérite plus du roi, que ne ferait un serviteur qui lui accommoderait parfaitement un jardin, ou lui rendrait quelqu'aulre service moins considérable ; de même les âmes justifiées méritent plus une augmentation de grâces, en formant les actes de la^ pure Charité, que par toutesk les

DE LA 61UGB. 43S

WiXné ntim. d'est pourquoi il est très-j^robable qû^ntitfint une «ction de pure Charité a de degrés de ferveur et dlntensité, au-. tant elle ajoute dé degrés de grâce sanctifiante. Ce qui n'a pas lieu pour les actes des autres vertus, aux degrés d'intensité desquelles correspondrait seulement quelque portion d^un degré de jgrftce sanctifiante. Si bien que pour trois degrés d'intensité qu'aurait un acte de tempérance ou de justice, Dieti augmenterait la grAce d'un tlegré seulement. Et cette térité est si utile et si digne d'une sainte curiosité, qu'il est important de lui donner quelque jour par la comparaison de ce que gagne tme âme avant sa justification, par un acre d'amour de IMeu. Elle acquiert autant de degrés de grftce sanctifiante, que l'acte d'amour par lequel elle s'y est disposée avait de d^rés. La raison en est que cette âme est aussi aimée de Dieu qu'elle-même aime Dieu. Si donc une âme, qui était encore ennemie de Dieu, gagne autant de grâces que son amour était fort et fervent, autant doit-elle en gagner iprès qu'elle est justifiée et rendue amie de DieU. Ainsi raisonne saint Paul : Si étant ennemis y nom ëommes rédonciliéê avec Dieii jMf la mort de wn Fth^ bien plta, étant réconciliés, nous serons êauvés en sa vie (Rom. 5). Ainsi deux choses font abcroitre la grâce sanctifiante;

Désirez ce secours de la grâce, et demândez-le instamment aU Saint-Esprit. Seigneur I qui, comme un père très-débonnaire, désirea l'avancement de vos enfants, et, comme un maître trèsaffectionné, désirez la plus grande perfection de vos disciples, leiir ftiisant entendre cette voix évangéiiqUe : Amis^ montez plus haut (Luc, 14), ne permettez jamais que nous nous ralentissions datis les œuvres de votre service; mais élevez nos désirs aux vertus plus excellentes et aux plus saintes pratiques de la vie spirituelle, afin qu'après avoir jeté les fondements de la pénitence, entrant, par une plus fidèle coopération aux secours de vos grâces, dahs la voie du progrès, nous élevions les murs des vertus et le comble de la sainte Charité, qui vous étant la plus agréable des vertus, et obtenant la meilleure part . en vos bonnes grâces, nous unisse de plus près à vous^ qui ét6s notre fin dernière, notre ès^pérance et notre béatitude.

IL Considérez qu'encore que la grâee avec led vertus pUisSè totijours s'accroître pendant Ciette vie^ néanmoins elle tie peut Jàmair arriver à un si haut point, selon le couris ordinaire,

4fU LA THÉOLOGIE AFFECTIVE,

qu'elle vienne ft Ater toute inclination au mal, qui est la source du péché, et rendre Tàme impeccable. Telle est la doctrine de rÉglise, déclarée dans le concile de Vienne, où furent condamnées les erreurs des faux spirituels, qui, sons ombre de sainteté, avançaient plusieurs dangereuses propositions , entr'autres que l'homme pouvait, en cette vie présente, acquérir un si haut degré de perfection, qu'il en devenait impeccable et ne pouvait plus s'accroître en grâce, parce que si quelqu'un pouvait toujours s'accrottre, il pourrait être trouvé plus parfait que Jésus-Christ. Secondement, que i*homme, après avoir atteint ce degré de perfection, ne devrait plus jeûner ou prier Dieu, parce que la sensualité serait tellement sujette à Tesprit et à la raison, qu'alors l'homme pourrait librement accorder à son corps ce qu'il voudrait. Le pape Clément Y , dans le concile de Tienne , appelle ces erreurs abominables. Les grâces que peuvent acquérir les âmes , par les voies ordinaires , n'éteignent donc pas toutes leurs concupiscences sensuelles, et ne les exemptent pas de tout péché. Cela parait assez dans les Apôtres qui avaient fait autant de progrès en la grâce de Dieu que personne au monde. Cependant saint Paul , dans Tabondance des grâces divines , confesse sa dette et avoue ses infirmités : Je sens, dit-il , une autre loi dans mes membres ^ qui combat la loi de l'esprit, et qui me captive sous la loi du péché (Rom. 7) , c'est-à-dire qui me fait ressentir malgré moi les atteintes des concupiscences de la terre. Et le bien-aimé disciple saint Jean : Si nous disons qu'il n'y a point en nous de péché ^ nous nous trompons ^ et nous sommes sans sincérité (Epît. 1 c. 1). C'est pourquoi l'abondance des grâces n'ôte point en cette vie tout le sentiment du péché; mais elle en empêche souvent le consentement, et fait que l'homme juste sentant quelquefois des choses injustes combat et résiste, les désavouant puissamment, tant que la grâce l'assiste. Au reste, si la grâce et les vertus ne se peuvent point tant accroître, qu'elles ôtent d'un cœur qui aime Dieu toutes les inclinations et toutes les passions terrestres , ce n'est pas que les actes surnaturels des vertus ne détruisent les habitudes vicieuses qui leur sont contraires; car qui dirait que le chaud ne chasse point le froid, ou la science les erreurs ? Et si les actes et les habitudes naturelles ont cette force , pourquoi pas les actes et les habitudes surnaturelles qui ont plus de perfection ? Il faut donc plutôt

dire que c'est parce que le progrès de la grâce et des vertus n'est jamais si grand qu'il détruise tout le foyer du péché, d'où naissent les offenses vénielles des âmes les .plus saintes de celte vie. En effet, jamais le progrès n'en vient â un tel point qu'une âme puisse ^aler en grâce la Vierge sacrée ou son Fils Jésus* Christ. Pas plus , dit l'angélique saint Thomas , que le feu , si parfait qu'il soit en lumière et en chaleur, ne peut attemdre la perfection du soleil; car Dieu ayant prévu â quel degré pourraient s'élever les grâces et les vertus des anges et des hommes, selon la mesure des grâces, des facultés et du temps qui leur seraient assignés â cet effet, il donna â Jésus-Christ et à sa sainte mère la grâce et les vertus â un degré encore plus éminent, qui par sa perfection incomparable éteignît le foyer du péché et leur conférât le privilège d'une sainte impeccabilité. Or, cette éminence et cette perfection de grâces et de vertus ne se trouvant en aucun saint durant l'état de cette vie , il ne faudra pas s'émerveiller s'il est tenté et s'il succombe quelquefois au péché véniel. Tellement que quelques théologiens ne croient pas qu'il puisse passer plus d'un jour sans j tomber. D'autres considérant ce qui est dit dans les Proverbes : Le juste tombe sept fois dans le jour (Prov. 24) , maintiennent qu'il ne peut passer (rois ou quatre heures sans pécher. Il faut avouer néanmoins qu'il est difficile de détermmer un temps précis, parce que la chose dépend de diverses circonstances; de l'état de la vie, de Téloignement des occasions, de la coutume, de l'emploi, de la disposition et de la complexion de l'homme; toutes choses qui font que les uns seront plus longtemps sans pécher que les autres. Ce que l'on peut dire plus probablement c'est que les péchés véniels, qui se commettent par inadvertance, sont plus fréquents que les péchés de propos délibéré, qui se pourront éviter quelques jours entiers par ceux qui prennent bien garde à eux. C'est pourquoi les paroles de Salomon se doivent entendre des péchés qui se font par surprise. Ajoutez que le texte de la Bible, hébreu , grec ou latin , ne porte pas : Le juste tombe sept fois le jour , mais seulement : Le juste tombera sept fois , sans faire mention si c'est en un jour ou en plusieurs. Enfin saint Augustin dit (1) qu'il faut entendre ce passage, non de la chute dans

(1) L. 11. avit. c. 81.

«MM) L4 inÉOLooiE afMgtive.

le péché, mais ds la chute en quelque efDieUoil , de laquelle le

Juste est souvent attaqué et délivré.

Gonduei de -ce point qu*en quelque état de justice que vous soyes en cette vie, vous avez toujours besoin de recourir à la niséricorâe divine, afin qu'elle vous assiste contre vos passions et vos mauvaises habitudes. Ne vous découragée pas pour quelques vicieuses hicHnations qtii restent en vo\is, et vous tourmentent parmi toutes vos dévotions; tous n'êtes pohit pour cela hors de i*état de grâce, efibreez-vous seulement de les vaincre Juiqu'à la mort par un combat fidèle et bien constant. Apprenet combien il vous eet nécessaire de dépendre incessamment Jusqu'à toire dernier jour de la Providence divine , pour être préservé» des chutes ordinaires. Dites avec saint Paul : Malheureu» kmm» qM je 9Mi*, qni mê délivrèm du earps de cette mort? k gtàêê iè Dku p9r JéM^ChtiH (Rom. 7). Ah! Seigneur, vous êtes mon secoure en toute tribuhtion ! secoures-nous, afin que nous découvrions les tromperies de notre ennemi , et que tes ayant aperçues, nous les évitions, et que nous méprisions ses attraits trompettrs. Reconnaisses enfin le besoin qu'ont las âmes plus parfaites et plus religieuses des examens de conscience et des osttvres de pénitence ^ pour se relever de leurs chutes ordinaires. Le juéte, dit saint Jérôme (1), tombe sept ibis dans le jour ; s'il tombe , comment est-il juste ? s'il est jusie, comment tombe*t-il ? mais il ne perd pas le nom de juste, se relevant par la pénitence autant de fois qu'il tombe.

(1) Ipiit. ad RtItUcimi.

Oe LA GRACE, 417

VINGT-DEUXIÈME MÉDITATION

DE LA PBR8EYERA1ICB DANS LA GRACE.

I. Cl<msidérez rincertitode de la pdnétéramôê dans la griôe mictifiante ; car les Ames qui l'ont reçue, ne connaissent point sûrement qu'elles la conserveront jusqu'à la fin. Les hérétiques combattent cette vérité el maintiennent que les âmes fidèles ont une certitude de Foi de leur bon état, duquel ils disent qu'elles sont assurées comme de la vérité de l'Incarnation et de la Passion de Jésus*- Christ; mais malheur à ces hérésies et à ces doctrines, qui promettant la paix et le repos, égarent tout Age et tout sexe, ainsi que parle saint Jérôme. C'est le Jargon des Faux-Prophètes , qui disaient : La paix , et il n'y opoit point de paix (Jérém. 6). Ces erreurs ne servent qu'à ôter aux Ames la crainte des jugements de Dieu, sans laquelle tout se pervertirait dans l'état spirituel, ni plus ni moins que dans une cité, Où Ton n'aurait aucune crainte des magistrats. C'est pourquoi l'Eglise prévoyant la ruine qui arriverait aux âmes, si elles admettaient une telle doctrine, nous en enseigne un autre toute contraire, disant (i) : Que, comme aucune personne pieuse ne doit douter de la mi-^ séricorde de Dieu, du mérite de Jésus-Christ, de la vertu et de refBcacilé des Sacrements; de même chacun se regardant soi-même, sa propre infirmité et son indisposition, peut douter de sa grâce, vu que personne ne peut savoir d'une certitude de Foi qu'il a la grâce de Dieu. Dieu même le déclare disant : Que personne ne tait s'il est digne de haine ou d'amour; nwiê que toutes choses sont réservées dans rincertitude pour l'avenir (Eccle. 9). C'est pourquoi les plus grands saints ont été dans l'ap^ prâiiension sur ce sujet , comme Job et saint Paul, et ceux qui étant sur la terre semblaient avoir déjà un pied dans le Paradis. Ce qui ftilt que la prétendue confiance des hérétiques n'est

(1) Seai. 9, c. 9.

428 hk TIftOLOGIE AFFECTIVE.

qu'une pure tromperie, leur repos une léthargie et leur joie une rêverie. En effet, les promesses que Dieu fait de pardonner les péchés et de donner sa grâce ne sont que sous h condition de recevoir les Sacrements , avec les dispositions suffisantes. Or, personne ne peut être assuré infailliblement qu'il aura apporté toutes les dispositions requises en recevant les Sacrements, ou que celui qui les aura conférés aura eu l'intention qu'il fallait et toute autre chose nécessaire ; partant il n'y aura personne qui ne puisse avoir quelque sujet de crainte. D'ailleurs, si l'on considère la grâce, c'est une qualité spirituelle d'une merveilleuse beauté, mais pourtant insensible, les cinq sens de la nature ne la pouvant découvrir pour juger sûrement où elle est. Et quoique l'on sente quelquefois des ferveurs de dévotion, des douceurs et des repos de conscience; toutefois ces choses peuvent procéder d'ailleurs que de la grâce sanctifiante, par exemple de l'habitude; car lésâmes qui ont été longtemps dans les parfums célestes d'une vie dévote, en gardent encore quelque temps après la senteur, ainsi que les parfumeurs celle de leurs parfums. Enfin plusieurs sont trompés par une douleur imparfaite de leurs péchés, laquelle les égare et les trahit , s'y confiant trop témérairement , comme si elle était suffisante. Et puis c'est un trait de la providence de Dieu d'ouvrir les yeux aux justes, plutôt pour leur faire voir leurs défauts que leurs perfections, afin qu'ils n'en conçoivent pas de vanité, mais qu'ils soient plus modérés, plus humbles et plus retenus. Or, si l'âme juste ne sait pas en quel état elle est présentement, combien moins peut-elle connaître ce qu'elle sera à l'avenir, n'y ayant rien de plus changeant et de plus muable que la volonté humaine? Certes les cœurs les plus dévoués à la vertu se pervertissent souvent par Timportunité des tentations qui les sollicitent jusqu'à la mort. Tel a combattu une tentation pendant dix et douze ans entiers, qui se relâche en un moment et fait plus de pertes en une heure qu'il n'a acquis de mérites en plusieurs de ses années. Nous sommes en ce monde comme sur une mer orageuse, où peu de vaisseaux échappent aux pirates et aux naufrages. Nous combattons contre les forces et les ruses des enfers, où la victoire penche tantôt d'un côté, tantôt d'un autre, sans qu'on puisse juger certainement qui méritera le triomphe. Et nous pouvons dire d'une

créatore : Peut-être sera-t-elle damnée, peut-être sera-t-elle sauvée; regardant nos mains : Peut-être seront-elles brûlées éternellement, peut-être non.

Je déplorerai l'état des âmes en cette vie, et je ferai souvent à ce sujet les lamentations de l'abbé Esaye : Misérable que je suis, puisque je ne suis pas encore quitte du feu de l'enfer. Ceux qui y précipitent les hommes, et qui tâchent de m'abimer daiis les brasiers de l'enfer, travaillent encore et agissent en mon cœur, et s'efforcent d*y jeter le désordre. U ne m'est pas encore asàuré que je doive partir d'ici pour le Ciel. Le droit chemin ne m'est pas encore ouvert. Je ne suis pas encore pleinement délivré des puissances de l'air, qui s'efforcent de m'assujetUr parûmes mauvaises oeuvres. Je ne suis pas encore avec mon libérateur qui est venu pour m'en délivrer; car leur méchanceté s'exerce encore en moi. J'ignore encore quelle assurance je dois avoir devant mon juge. Je ne sais si je dois être châtié à la mort ou non. Je ne suis pas encore exempt d'être du nombre des criminels et des damnés. Le coupable lié dans la prison est sans joie. Celui qui est serré de liens de fer ne peut faire sa volonté. Celui-là ne peut manger avec plaisir qui a la corde au cou, et il ne pense plus à commettre de nouveaux crimes, mais il vit dans le deuil et dans la douleur. Combien de temps donc demeurerai-je ivre sans avoir bu de vin, et négligerai-je ces choses qui sont devant moi? Mon cœur est sans consolation, ma conscience est pleine de remords, et je ne crains point assez les supplices du feu, parce que je ne sois pas certain si je dois y aller. En somme, je ne sais que faire. Pleurez avec moi, mes frères, qu'un secours m'arrive pour augmenter mes forces.

IL Considérez les moyens de persévérance, tant de la part de Dieu que de la nôtre ; car pour persévérer quelque temps notable et jusqu'à la mort dans la grâce sanctifiante , il faut, premièrement, que Dieu y concoure et y travaille diversement ; car si Dieu ne garde la dté, en vain se tourmente celui qui la défend (Ps. 126). C'est pourquoi le Concile prononce anathême contre quiconque dit que celui qui est justifié peut persévérer, sans le secours spécial de Dieu, ou qu'avec ce secours il ne le puisse (1).

(1) Ses». 6. Cau. S.

480 L4 TEtOLO» AFFICTIVE.

E» eiH, k penMfiBce mk xim ém d» Diea^ « fUfoMk wm nmhkudt el um soit» de doM et de inoort, cpé aMi bte de temps en temps à ceux qui consenreoè tongneoMBA et jiafA k mort k koa ilal oA ib sont ; car, pour cet effel^ Dka ks înspii# èi- tHDps ^^ kmps ei leur envcue kt Imiket jêA* rieuM» dont ils ont boioiii, quoi^'ils soittit gutek par k gràoo sandiiaAk; ainsi que Vmiï, dit saki Aogvatk, qaoiqw kkn sa», doit être éclaM par k liMaière (1). tt kup doo» mémo tantM des doocaurs pour lea conokr^ tantôt dea Isr* reov pour ks aignilknner. Il loa aasisla extéfknroaaaBi, koMI en ks roiirani doa occasions, d'autrsfoîs en éteignant d^eu ki occasions at an empêchant qu'ils ne reçoivent de trop^ mdK secousaoi des tentalkns, o» par k douceur des créatures që attkeni au péché, ou par k rigueur des ennemis et des adfsp* sites qm an font succomber plusieurs, ne permettait pas qa*iit aient de trop rudes adversnres, ou s'ils en oal, kur donnant une grande doueeur et une grande patience pour ne as potal emperter à la haine ou à la vengeance. Et encore qualqiuCaia les raviasant de bonne heure de cette vie par me «iort subitay parce qu'il prévoit qu'à k kngue ik y pourraient se rdentir «t consentir aa péché , si bien qu'entre ces kveurs il faut mettre une mort un peu hfttive. Considérant bioi ces choses^ oa pool dire que le grand dos de la persévérance comprend du moin» neuf sortes de grâces intérieures on extérieures ; car nous com» paron» k grâce ou au principe d'oà eUe {ntment, ou an sii}et dans lequel eHe est reçue, ou au mal duquel eUe nous délivre^ Si nous la comparons au principe d^oâ eHe provioit, qui eal Dieu, il y a la grâce de (nrédestination, de vocatkn et de justification. Par la première, les justes sont prédestinés; par la a»^ eonde, 9s ont été appelés, et le sont encore tous les jours; par la troisième, ils ont reçu la grâce habituelle, et en reçoivent les ac«» croiasements. Si nous la comparons au sujet dansr leqmel eHe est reçue, il y a la grâce de la bonne pensée et du bon désir et k grâce de l'exécution ; par la première, les justes sont illuminés de bonnes pensées; parla seconde, ils sont embrasés de bons désirs; et par la troisième, ils exécutent effectivement les bomies pensées et les affections. % nous la comparons au mal duquel dHo now

(i) Da Nat. et Grat. o. 16.

Il£ LA GRACe. 431

dilivMy U y a la grftce de la protectioai celle de la déUvranca et c«Ue de la séparation de ce monde ; par la premièrei, lea juates sont protégés dans leurs tentations» recevant des aecoura pour y résister ; par la seconde, ils sont retirés de l'état du pé* ché mortel par une bonne pénitence, comme aussi de plusieurs rencontres périlleuses pour le salut, où ils périraient s'ils y demeuraient ; et par la troisième, il^ sont retirés de cette vie par uuQ bienheureuse mort, qui termine les combats et tous les pénis où ils étaient. Or, la sainte persévérance est l'assemblage de tous ces dons ou de plusieurs d'entr'eux que Dieu donne aux âmes justes, aux unes plus, aux autres moins, ou selon leur besoin, ou selon son affection singulière, par laquelle il accorde aux uns plua qu'aux autres. Au reste , comme Dieu désire que l'homme contribue à son salut, les moyens de persévérance ne consistent pas seulement dans les grâces , mais aussi dans les généreuses pratiques et les saintes actions par lesquelles une âme s'unit aux desseins de Dieu et coopère à ses grâces. En effet, il iiBiut que l'homme prie pour persévérer, disant souvent avec le Prophète : Quand ma force s't^ffaiblirn ne me détaxiez poi (Ps^ 70), c'est-â-dire , si je succombe au péché par un malheur déplorable, ne permettez pas que j'y croupisse. U fout qu'il s'humilie et conçoive de bas sentiments de soi-même, parce que Dieu rémU aux suferbes et donné la grâce aux humbles (Jacq.. 4)^ de oe pas être vaincus par la tentation ; et souvent pour punir la superbe d'un esprit qui s'en fait trop accroire, il permet dea chutes hpnteuses, afin que le péché humilie celui que la grâce n'a pas humilié. Il faut suiftout exercer la patience ; car la plupart des rechutes ne procèdent que de l'impatience â de-^ meurer sevré de ses mauvais plaisirs, ou è persévérer dans ses saintes résolutions et ses pénitences. D'où vient la bienheureuse persévérance, disait un saint et un aïKien Pontife de l'Eglise,, sinon da la patience ? En votre pajtiencey dit le Fils de Dieu, vous posséderez vos âmes (Luc, 21). Elles ne seront paa possédées par Satan. U fi|ut le bon emploi du temps, l'éloignement des corn* paguies vicieuses, les examens de conscience, la fréquentation des Sacrements, la retraite annuelle et une multitude de pieux exercices de samteté* en considération desquels Dieu retire quelquefois les justes du péché où ils sont tombés, afin qu'ils marchent ensuite avec plus de précaution, jusqu'à ce qu'ils soient au bout

45i LA THÉOLOGIE AFFECTIVE.

de la carrière ; enfin il faut souvent former les actes de Charité et d'amour de Dieu par-dessus tout ; car , dit excellemment saint Prosper, on ne persévère pas en une chose que l'on n'aime pas de tout son cœur (1).

Examinant ces moyens de persévérance , espérez que vous l'aurez, si vous la voulez ; elle est en votre pouvoir, si vous en avez la volonté ; car les grâces de Dieu ne vous manqueront pas, et Dieu ne vous quittera pas que vous ne le quittiez vousmême le premier : Si quand nous étions encore pécheurs^ dit saint Paul, Jésus-Christ est mort pour nouSj combien davantage^ étant réconciliés y serons-nous délivrés par lui (Rom. 5) ? Si avant la grâce sanctifiante, ses grâces actuelles nous ont été données pour nous la faire acquérir, combien plus nous seront-elles données après l'avoir abquise pour nous y conserver ? Quoi, étant ennemis de Dieu, il nous a assistés, et étant ses amis, il nous délaisserait ? Il n'y a aucune apparence. Espérons donc la persévérance. Rendons aussi des actions de grâces à Dieu pour le temps passé, ainsi que faisait saint Augustin (2). Le tentateur s'est absenté, parce que, mon Dieu, vous l'avez chassé, et le temps et le lieu propres à nous faire pécher a manqué par le bon ordre que vous y avez mis. Le tentateur s'est présenté en temps et lieu propres à ses mauvais desseins ; mais vous avez retenu ma volonté pour n'y pas consentir. Béni soit le Seigneur^ qui nous a délivrés de leurs morsures (Ps. 123). Enfin, comme Dieu s'emploie de son côté le premier, pour nous faire persévérer, employonsnous effectivement du nôtre par toutes sortes de pieux exercices, n'épargnons rien pour un fait si important, d'où dépend l'éternité.

III. Considérez quelques motifs de persévérance dans la grâce sanctifiante. Le premier est son excellence ; car, puisque c'est un don si excellent , puisqu'elle nous apporte tant de biens, qu'elle nous donne de si grands pouvoirs au-dessus de notre naissance, qu'elle est le milieu et le lien qui joint notre nature à l'être suprême de la gloire, nous serions extrêmement insensés de n'en point faire une très-haute estime pour nous la conserver soigneusement. Tous les empires du monde , toutes les richesses , toute la gloire des hommes , toute leur sagesse et

(l) Do Vcc. Cent, cl.— (â) Solil. c. 16.

leurs forces ne sont rien en comparaison de la grâce divine. Considérez encore que c'est un instinct général et commun à tous les animaux , quoique d'espèces Irès-différenles y de conserver leur vie ; ils emploient toutes leurs forces quand ils sont en danger de la perdre, ils se défendent, ils attaquent, ils s'enfuient, le vermisseau même, tout chétif qu'il est, se dresse contre celui qui l'écrase, et quand ils manquent de vigueur ponr se maintenir, ils témoignent par des cris , par des larmes, par des lamentations, par des hurlements et par des gémissements, que ce n'est qu'à grand regret que la vie leur est ôtée. Que si ces bétes terrestres font tant d'efforts et soutiennent tant de combats pour une misérable vie, que ne doivent pas faire les hommes raisonnables et les fidèles chrétiens pour une vie, non pas chétive et commune à tous les vivants de l'obscure prison de ce monde, mais pour une vie immortelle, céleste, angélique et divine, telle qu'est la vie que donne la grâce qui doit élever les âmes à l'éternité bienheureuse? Quel combat ne doivent-ils point soutenir , afin qu'elle ne leur soit pas ravie ? Quelle sollicitude et quelle vigilance ne doivent-ils pas avoir pour se conserver en sa possession? Quelle animosité et quel courage ne doivent -ils pas témoigner pour sa défense? Et quelles larmes, quels soupirs et quels gémissements ne doivent-ils pas répandre plutôt que de s'en voir privés? Il y a plus, si nous venons à manquer de persévérance, tout ce que nous aurions jamais fait pour la gloire éternelle demeure perdu et inutile. Si l'homme juste cesse d*êlre juste ^ dit le Prophète, toutes ses bonnes œuvres seront mises en oubli (Ezéch. 18). De quoi sert à un homme, dit saint Basile, d'avoir été à un grand festin, si aujourd'hui il meurt de faim, parce qu'il ne trouve plus de quoi vivre? Ainsi, de quoi profite à un homme d'avoir pratiqué la vertu, si aujourd'hui il l'abandonne; car il est dit : Je te jugerai tel que je te trouverai (1). Saint Jérôme dit un mot remarquable : Dans les chrétiens, on ne loue pas les commencements , mais la fin (2). Saint Paul commença mal , mais finit bien. On loue les commencements de Judas, mais la fin en est épouvantable. C'est que la gloire étemelle est attachée à la persévérance finale, et comme en un tournoi tous courent, mais un

(1) Epiftt. ad Cbilon. — (2) Epist. ad Furiam.

iêul emporte le prix (i. Cor. 9); ainsi toutes les vertus Ail et courant dans la Kte dé ccftte vie , la persévérmce émpoirle k prix. Enfin le Fils de Dieu nous exhorte hi-nféme, et par m paroles» et par ses exemples, et parses set^tifs. Par ses pafDftf, celui qui aura penévéré jusqu'à la fin sera muvé (Matât. Hff. Par ses exemples, car il a per^véré sur la croix. Par ses «fcours, car it n^est pasr spectateur oisif de notre côitabaf, é il ne se tient pas comme accoudé sur la barrière à ne rien fldn qu'à contempler du haut du Ciel nos chutes et nos plaies; 1 nous arme la poitrine de fer et le cœur de constance, il nous console dans nos lassitudes et dans nos fhiblesses, il détouilie souvent les coups que nous ne parerions pas, et assiste fidèlement de grâces suffisantes tous les justes, tant il a de disir qu'ils persévèrent. C'est pourquoi saint Augustin n*excose pas ceux qui disent n'avoir pas reçu le don dé persévérance ; car (Mi peut dire à l'homme , dit-il : Tu aurais persévéré en ce qae to avais entendu et connu, si tu l'avais voulu (1). En effet, IKea commandant la persévérance aux justes, et ne leur commandBttt rien d'impossible , il est nécessaire de conclure qnto lies grftceB suffisantes ne leur manquent pas pour persévérer jusffu'ï ht fin , s'ils en veulent bien user. En effet, tous ceux qui sont justifiés peuvent persévérer , et reçoivent qudques secours du Ciel poor pouvoir se maintenir dans la grâce et ne la pas perdre, qudque d'ailleurs il soit véritable que les élus seuls et les prédestinés reçoivent le don de persévérance; mais alors la persévéranee s'entend de celle qui est consommée ef accomplie par la bontle mort, laquelle leur est propre sans qu'ils puissent la réitérer, n'étant pas possible que celui-là n'ait persévéré, qui est déjà mort généreusement. Et c'est en ce sens que le même saîtit Augustin en traite, au sujet de la prédestination des sïnnts (8). C'est pourquoi il ne se contredit pas, sdit qu'il assure que les saints prédestinés reçoivent le don de persévérance finale qui enferme une mort heureuse, soit qu'il avance qu'il est au pourvoir de tous les justes de persévérer , puisqu'aucun n'est justifié sans recevoir quelque don pour pouvoir persévérer, si bien qu'il est inexcusable, s'il fait une fin malheureuse. A quoi sert donc, sous prétexte de suivre les paroles de ce grand docteur, de

(1) L. de Corr. et Grat. c. 7. — (2) De Doiio Penev. 1. a. e. 1 et e.

0C tk GtikCÈ. 4SS

8*Aoigner de ses pensées peur obscurcir des vérités qui sont aussi claires que le jour , et qui ont eu un cours perpétuel en tons les siéclea de l'Eglise ?

Si donc j'ai ie donneur d'être réconcilié avec Dieu et d'être en sa grâce » je persévérerai jusqu'à la mort, y employant toutes whM fb BHyjena. Je ne me contenterai pas de la première ioimnr par hqaeHe je ne repens de mes péchés^ si je n'en reçois une seconde pour faire des fruits dignes de pénitence^ et ne point retourner à mon vomissement, mais pour surmonter toujours mes tentations. noble Rédempteur du monde ! qui, étant sur la croix, y avez persévéré jusqu'à ce que tout ait été consommé, donnez-nous aussi la force de ne jamais abandonner les (ibu^fês dé iotfB ^elrvice. Imprimez eh mon âme une juste estime dé votre ^cé, afin' que je Hé pense, que je ne désire et qtré je *fe fasse que ce qufe rtquiert ïà loi de vôtre amour. 0* très-noble Fils dé Dieut vous ètels lé jirinci^é de notre bien, soye:^-eti le moyetf pai^ là conâVlùàtion îk Vos secours, et la ÛYi par le ti^ès- ^iMf don dér la persévérance. Acftévez, ^igneut", ce que iàtà âVeât comndéncé eh tiùtts. Donnez-voiîë à mon âni'e, qtd vous cherdlé, tôtlb ipA votks éte^ dotiné à élle^ ^tfand elle né voiois connalf»aSt pas. Ré([ieVer-la qtristmf elle refàtii'nei^' veirs vott^, vMs qW riivez Appelée, qtrand' elle s'écartait di! V6us. ViHté^ ^&xmit îtm éœnr j^ vos' lûmfSk^ ef tos frts)UI('àtiiihs. Effacez de Mti méitoeife totlfëit letf i^pi^ntMMis' éf le^ fhntAmes qtti portent att màf . FaftteV Séî^cttr tM«-bdtf ! que je l'teséhfe vétre dôucèWr divine, qui ne i^6ttFpé jamaiâf pél^sbhne, ^n que toutes les douceurs tei¥é^- <r^ lUe ébfefai aniéii^éls' éf né me séparent' pbitit dé vétt^, qu7 étés ittbti Miive^tt iiéti. Faifes, (^ dbttcenr dé itrn ^ I qi!e âéf lès ayàBf ptoi' afflléeé, j'a^teWSsé j^r à vtttre' jugemeilï, pàif y êfife (M^ ^r ^ âtiges à* i6ft& droite, à^ tous V6^ saiiit^, et ëife Aéfié étr toyaùmé âé vt^tré IMInédicllioA', pour voti^ oohteittpl'er fltëe i ibteV^^ àUlér a yMs m^ inAf^ tdùs leis siècle^ dëir ëmm. Anta éNvdr.

VINGT TROISIÈME MÉDITATION

CONFnUIATION DE CE TRATTÉ PAR LA BULLE OU PAPE INNOCENT X, SUR LES DIFFICULTÉS DE LA GRACE DÉBATTUES EN CES I«RNIIBS TEMPS.

I. Considérez qu'entre diverses questions controversées sur h matière de la grâce, il y en a eu cinq, entr'autres, de notre temps, qui ont causé beaucoup de trouble dans l'Église , en France surtout. La première , si les commandements de Dieu sont possibles à ceux mêmes qui sont déjà justifiés. La seconde, si l'on résiste à la grftce intérieure du Saint-Esprit. La troisième, si la liberté nécessaire pour mériter ou démériter consiste seulement à agir sans contrainte, encore qu'on agisse avec nécessité, sans pouvoir faire autrement. La quatrième, quelle fut l'erreur des Demi-Pélagiens, et si leur hérésie consistait à admettre une grâce, à laquelle la volonté humaine peut obéir ou résister? Et la cinquième , si Jésus-Christ est mort pour tous les honoimes sans exception, et si c'est une hérésie de dire qu'il est mort pour tous les hommes. Sur ces points , plusieurs commençaient à errer et défendaient cinq propositions damnables, croyant qu'elles avaient saint Augustin pour auteur; et maintenaient leurs opinions avec tant de chaleur et de contention, qu'ils venaient à appeler les autres, qui ne s'accordaient pas avec eux, du nom de Demi-Pélagiens et d'hérétiques. Si bien que les. erreurs qu'ils maintenaient en ces cinq propositions, étaient comme cmq plaies dangereuses au corps de l'Église, qui pouvait en beaucoup souffrir, si l'on n'y eût apporté un prompt remède. C'est pourquoi plus de quatre-vingts prélats de la France ont supplié le Pape Innocent X de vouloir déterminer nettement ce qu'il fallait tenir et croire dans ces difficultés, afin de pacifier tous les débats, et d'arrêter le cours de l'hérésie, qui grossissait comme un torrent, et gagnait plusieurs esprits. Innocent IV se voyant sur les

bras dnq grandes affaires qui travaillaient rÉglise, en son temps, représenta ses douleurs dans le concile général de Lyon, prenant pour texte ces paroles : vous qui passez par la voie y soyez attentifs, et voyez s'il y a douleur pareille à la mienne (Thren 1) ! Et continuant son discours, il compara ces cinq grandes affaires aux cinq plaies du crucifix, touchant ainsi tous les cœurs , et les excitant à penser sérieusement au remède. De même le pape Innocent X pouvait considérer les erreurs que Ton soutenait sur ces cinq difficultés, comme autant de plaies très-fficheuses pour le corps de TÉglise. C'est pourquoi lui, qui en est le chef visible, en a dû être touché de douleur, et ce, d'autant plus que ce n'étaient pas des hommes de basse condition qui les défendaient, mais plusieurs de ceux qui devaient être le sel de la terre et la lumière du monde , et qui voulaient faire passer leurs erreurs pour des vérités fondamentales de la religion , bien qu'elles ne pussent contribuer qu'à sa ruine et à sa destruction. En effet, aussitôt que les autres souverains Pontifes, ses prédécesseurs , eurent aperçu les semences de ces erreurs parmi les propositions du docteur Baîus, ils ont témoigné, en les condamnant , le grand déplaisir qu'ils ressentaient de ce que des hommes qui, hors de cela, étaient des gens de probité et de doctrine, s'échappaient jusqu'à soutenir par parole et par écrit des opinions pleines de péril et de scandale (1). Quelle douleur donc n'aura pas ressentie le chef de l'Église, de la voir affligée en plusieurs de ses membres par ces plaies funestes d'erreurs très-dangereuses , et qui gagnaient toujours sur les esprits crédules?

Etonnez-vous à la pensée de l'inconstance et de la légèreté des hommes qui, ayant été nourris dans les principes de la vraie Théologie, changent si facilen^ent d'opinions , aii péril de leur salut. Remettez-vous bien avant dans l'esprit ce que dit saiiit Paul: Tu es debout par la Foi, ne t* élève points mais crains (Rom. H). Hélas! quelle déplorable perversion parmi les hommes , quand ceux qui sont établis dans l'Eglise pour la défendre et la soutenir, sous prétexte de quelque argument ou passage des Pères, qui leur feit peine, an lieu de prier et d'employer leurs études pour 7 répondre , se rendent lâchement, comme des soldats sans

(1) Wus ▼, Gregoiins xm, et Urbanus vm, in Brlla eontra Bahim.

courage, à la première vue de l'ennemi. Et puiS| jpoor n0 Iffs jgSkr rattre s'être mépris, réunissent toul^ leurs forcef pour fig^^ et jeter les âmes dans l'erreur. Il vaudrait bien mieux jfoup m d'avoir igaoré les lettres^ que de les avoir ^jpppscg ppur en ^ un si mauvais usage. Ainsi en toute sorte de cô^ditiops , |« diable tend ses pièges, poi^r attirer des homijaes ({ans l'enfer, sous quelque prétexte que ce soit. Priez donc pmr .q&ux qui ^'appliquent à l'étude de la plu^ sublime des sciences^ ^fin ^09 leurs lesprits ne s'évanouissent point en ces profonds discours, et qu'ils ne s'écartent jaiQais d,e la r^le de la foi. Dieu éternel, ayez pitié de nous !

II. Considérez quel jugement a porté le souyerçin Pontife Innocent X sur ces cinq propositions, pour guérir les plaJi/s$ de l'Eglise, qui lui ét^it commise de la part du CieU La première de ces propositions était : Certains commandements de pieu swi ifnpossïbîes aux hommes justes, selon leur^ forces présentes^ i^m- (pÇïh veuillent et s'efforcent de les garder ^ et même la gr^ nécessaire pour les leur rendre possibles, leur manque. Nous la déclarons, dit le souverain Poati&, téméraire , impie ^ blasphématoire, digne d'anathème et hérétique , et nous la condamnons jcomme telle. La seconde propositip/â : On ne résiste jqrnais. en l'état de la nature corrompue, à la grâce if^térieure ; pous la déclarons hérétique, et la condanmons comme telle. L^ troisième : Pour mériter et démériter en Vétat de la nature dédm, il n'est pas retfuis d'avoir la liberté qi^i exempte de f^éce§sité^ mes il suffit de la liberté qui met hors de la contrainte; qpus la déclarons hérétique, et la condamnons comme telle. Quant à la quatrième: Les Demi'Pélagiens admettaient la nécessité de la gr$ce intérieure pour diaque acte, et même potir le commencm^t de la Foi ; et ils éfaient hérétiques en ce qu'ik prétendaient que cptte grice étaii telle que la volonté humaine y pouvait résister qu obéir ; nous la (^écjarons fausse et hérétique, et la condafunop^ comnjie tella. Pour la cinquième : C'est être Demi-Pplagien, de dire que Jésus-Christ ett mort, ou a répandu son sang pour tous les homm^ i nous la dé-* clarons fausse, téméraire, scandaleu3e ; et, si ça l'j^ntend en ce sens que Jésus-Christ soU mort pour le salut seulement des prédestinés, nous la déclarons impie, blasphématoire, çon^uipélieg^e, dérogeant à la bonté de Dieu, et hérétique, et comme telle nous la condamnons. Ce sont les décisions du YicairiS de Jésus-Christ,

MS LA GIUGE. 4^

et de ^Uii qu'il a établi dans son Eglise, pour terminer les diffé- Tfoéa 4e la religioUi afin que l'unité et l'union des esprits soient jQpnservés ; fit ces jugements , il les a portés après un long et pénible examen, fail en plusieurs conférences de Cardinaux et de savants hommes assemblés par son commandement, pour en faire I9 (Jiscussion, après avoir consulté les plus fameuses facultés de Théologie, après avoir cité et appelé & Rome tous ceux qui aul'aient la volonté de parler sur ces matières, et voudraient être eolenduB, après plusieurs prières publiques et particulières, faites à Dieu poyr ijnplorer son assistance et ses lumières , afin que ces décrets fussent portés selon la vérité de la Foi catholique oi'- Uiodoxe ; et le Pape a prononcé ces arrêts avec plein pouvoir et autorité, défendant à toMtes sortes de personnes de penser, d'en*seignçr ou de prêcher autrement sur ces propositions, sous les peines décernées contre les hérétiques. Et cette Constitution s'est publiée ensuite dans tous les évêchés de la Frani^e, au contentement de tous les catholiques qui étaient demeurés fermes dans l'ancienne créance de l'Eglise, et au grand regret de ceux qui s'étaient laissé surprendre par ces erreurs, bien que la plupart d'entre eux cèdent tous les jours à l'autorité du Pape, et reconnaissent s'être mépris, d'avoir cru et soutenu ces propositions si damnables ; et même par la providence de J)ieu, la censure de ces propositions qui avait été empêchée dans une assemblée tumultueuse de la faculté de Paris, y a été reçue avec un consentement universel de tous les docteurs, quatre ans après , à pareil jour (1).

AdPïirez, dans cette constitution et dans ces décisions si nettes, la force de la vérité, qui étant quelquefois un peu obscurcie par les nuages de l'erreur, vient enfin à éclater comme un beau soleil qui dissipe tous les nuages qui lui faisaient ombrage ; et puisque le souverain Pontife de l'Eglise a eu en si grande horreur ces cinq propositions, qu'il les a voulu décréditer par des censures si graves, ayez aussi en haine et en aversion cette doctrine hérétique, sous quelque voile et quelque apparence qu'on vous la présente. Si peut-être vous avez un peu hésité sur ces articles , si vous y sivez donné quelque applaudissement

(1) L'auteur donnait la einquième édiUon de cetta Théologie au moment oti la Sorbouie reçut la eonsUlutiou du Pape, qui condamne les cinq propositions do ^(wsénius.

440 L4 THÉOLOGIE AFFEGTIVB.

OU consentement, après avoir entendu la voix du grand Pastear, humiliez-vous, soumettez votre jugement à l'obéissance de la Foi; car c'est chose humaine de pécher, mais c'est chose diabolique de s'obstiner et de persévérer dans Terreur. Il n'en fiaudrait pas davantage pour vous damner, que de vivre plus longtemps en ces maximes damnables, puisque sans la Foij il est impossihle de plaire à Dieu (Héb. H). Qu'est-ce qui a fait révoquer en doute le salut de Tertullien et d'autres grands hommes, que de s'être rangés d'un parti nouveau qui s'élevait en leur temps, bien qu'il eût souvent pour prétexte une pénitence plus sévère et une vie plus austère? Dites donc de cœur et d'affection : Je suis enfant de l'Eglise, je veux mourir dans son obéissance, et dans la ferme adhésion à la Chaire de saint Pierre, de laquelle je ne me séparerai jamais. Dites après saint Jérôme , écrivant au pape Itemase : Je suis associé de communion à votre Béatitude, c'est-à-dire à la Chaire de saint Pierre. Je sais que l'Eglise est bâtie sur cette pierre. Quiconque mangera l'agneau hors de celte maison, est profane. Si quelqu'un n'est dans l'arche de Noé, il périra durant le déluge.

III. Considérez la merveilleuse importance qu'il y avait, que le souverain Pontife portât son jugement contre ces cinq propositions ; car premièrement , ceux qui en étaient les défenseurs allaient renouveler les opinions que Luther et Calvin et leurs sectateurs avaient tâché d'introduire dans l'Eglise, contre la grâce suffisante, la liberté et la mort de Jésus-Christ pour tous les hommes. Ils apportaient un nouveau secours à leurs hérésies condamnées, pour les faire renaître, et ainsi fortifier les hérétiques dans leurs erreurs, et débaucher les esprits de plusieurs fidèles catholiques, même de plusieurs religieux et religieuses, dans les cloîtres desquels on employait mille artifices, pour leur faire sucer le poison de celle doctrine. Si bien que là où les supérieurs ont eu moins de vigilance pour en préserver leurs maisons, ce mal s'y est glissé, et des âmes qui s'étaient consacrées à Dieu, sont sorties de ce monde infectées de ces erreurs , et ont comparu au tribunal de Jésus-Christ , chargées du crime d'hérésie, qu'on leur faisait passer pour une doctrine toute céleste; car ils appuyaient leur doctrine sur les mêmes raisons et sur les mêmes passages des Pères, et nommément de saint Augustin, et sur les mêmes explications, que

DE LA GEACE. 441

ces hérétiques fiimeQx , n'apportant qaasi rien de oonsidérable , qu'ils n'eussent puisé dans ces mauvaises sources ^ comme si l'Eglise catholique eût été dans Terreur et dans Tignorance, et eût eu besoin d'apprendre des hérétiques la vraie doctrine, et de tirer des lumières de ceux que les ténèbres enveloppent de toutes parts. De plus, rien n'était si contraire à l'esprit de la vraie pénitence, que la doctrine de ces propositions; si bien que c'est merveille de voir ses défenseurs avoir tant à la bouche le mot de pénitence, vu que par cette doctrine ils la ruinaient entièrement. En effet, si un esprit s'est une fois persuadé que les commandements lui sont impossibles, comment concevra-t-il du r^et de n'avoir pas observé ce qui lui était impossible? Ne se flattera-t-il pas plutôt dans ses excès et dans ses débauches, disant que la Foi lui enseipe que cela ne peut être autrement ; que c'est chose impossible de faire autre chose. Hais si un esprit s'imagine que jamais il ne résiste à la grâce de Dieu, quelle présomption n'aura- t-il pas? il aura raison de croire qu'il est saint puisque jamais il n'a commis d'infidélités aux grâces de Dieu; comment donc se reconnaîtra-t-il infidèle à Dieu, et grand criminel ? mais encore si un homme croit qu'étant nécessité d'agir, il ne laisse pas d'être libre, et que c'est chose nécessaire de suivre la grâce que Dieu envoie au moment qu'il lui platt, pourquoi chercher à se faire violence, à contraindre ses appétits? Il dira eu lui-même : Qu'ai-je à faire de me tourmenter et de me faire violence? Au moment où la grâce descendra du Ciel, si je suis prédestiné, et qu'elle doive un jour me tomber en partage, je serai tout ravi et transporté des mouvements de contrition ; des larmes amères tomberont de mes yeux avec une douceur charmante, sans que j'en puisse arrêter le cours, et l'ardeur qui m'échauffera sera cause que je n'aurai point de peine. Et puisque maintenant je sens de la répugnance à me convertir, c'est une marque que je" n'ai point la grâce , et ainsi c'est en vain que je travaillerais maintenant â mon salut. Enfin si Jésus-Christ n'a pas aimé toutes les âmes raisonnables, et que la plupart aient été Tobjet de son mépris et de son rebut, sans qu'il ait rien souffert pour leur amour, non plus que pour les démons de l'enfer, où sera ce motif qui jette tant de pécheurs daûs la pénitence? Où sera cette pensée d'un Dieu mourant, pour donner la vie aux pécheurs, qui en

4i$ hk THÉO^OME AFFCCTIYE.

touche iêtAi et qi^ {idt embrasacr les crojs fit les s^ktis&ctions |qs ph» austères? Chaque pécheur poucx» dire : Aimerai-je celui fui n'a jaioais eu d'af&ctioj» pour mon salut? Ope jceux ^ savent i^u'ils ont été l'objet de son attention , et pour lesquels il a souQert, soMfl)nin( pour )w; mpi qui n'ai aucune cipnoaiâ- If nce qu'il ait soiffiert pour n^oi, embrasserai-je u«e vie de souffrance et ^ uif^B, ilps deç piortification^ coatwgkeUes, à la vue de celui qi^ peut-être n'a jamais pensué à woi, s'il est vrai qu'il ffe soit morjt qi^ pour ses élus seule^ient, qui apnt en si petit no^nhr/s, f^ ffcix à\i reste? Ainsi raisoQneroDt les esprits perç^aidés de cette îoctTis)^\ au lieu que les autres, qpi croient que JésuçrjÇhr^ le§ avait en v|jie d^ aa mont, ^ qu'il a offert çpn s^ng à ^ p^e ^ro^ » pour )eur o))leiûr d^s grâces m Ç^ ^» f'JMf W ve^ul^ f9Jir^ l^on n^^^» ^\ \^ Paradis en yiàutfe , 8(f ^tepi obli^ h !e aerviri et à somTtm' pour lui tout QÇ q|ue la pépitç^q^ 9 d^ pli^ sévère et de f]^s ri|[ourcux. Car M sérail u^e ingratitude criixdnel)e 40 pe r|^ rendre à celui qui ^ tan^ douff^i et qui a'est anéanti lui-w,êiae sur la croix. Après tout, cette doc^ine^ en é(oi#tçt respri( ^ péi^tence, qui seul peu^ ^rréfer le; mv^x 4;^ n^nde, porte h plupart des Ames q^i en seront IffffÇi pp^y^iqp^esy à l'excès du désespoir. Peu de pefspn^ £^ppt éffil ^ la religion et de se sacrifier à Jésus-Ci^ flfo^T^F^ (ibepui) dirji qu'il laissera aller l'affaire de so^ sajut comipe elle pourra^ qu'elle ne dépend pas de lui , que c'est pieu seul qui 1^ pondpjf si ab^olumej^t^ qu'il n'en sera ni plus, ni Qipjps, quelque cbose qu'il fasse. Car il ne faut, à leur compte, qu'une ^r&ce victorieuse par soi-inéine, laquelle aura |pfaillible;nent et pepess^jren^ent son effet en ceux à qui elle sera donnée | et §| elle n^que, les^iues deu)eureront dans la piasse première de p^ditipn où Adajii les a plongées , et où Qieu les a abandonuées. §i \>i^n que de quelque côté qu'on considère cette doctrine, elle est détestable; c^r, pour le passé, elle fait renaître les anciennes hérésies; pour le présent, elle éteint l'esprit de pépiteqce, n'en retenant que le nom, et pour Tavenir e)le prépare et excite les âmes au désespoir; il était donc trèsimportant qu'elle fût sévèrement condamnée.

Je rendrai donc des actions de grâces à Dieu, de ce qu'il a déloupié l'orage qui menaçait l'Eglise, Je le remercierai de ce qu'il a donné la pensée et la volonté au souverain Pontife de

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