‹ La théologie de saint HippolyteChapitre 137 sur 210 · Adv. Arlemonern, ap. Eusèbc, H. E · texte numérisé non relu

Adv. Arlemonern, ap. Eusèbc, H. E

retrouve chez lui presque à l'état natif, montre qu'il n'a guère connu les scrupules d'art.

Indifférent aux choses de la Grèce, il devait accueillir avec moins de faveur encore toute culture étrangère. Les brahmes et les druides ont trouvé place dans sa galerie des philosophes, et devant l'ascétisme des gymnosophistes il manifeste un étonnement presque sympathique. Notons en passant les traces douteuses de pythagorisme qu'il a cru relever chez les Celtes. Il a pris, pour réfuter l'astrologie chaldéenne, et d'autres formes de divination, une peine qui alors n'était pas surperflue.

Mais parmi les pièces d'érudition grecque ou barbare dont il a émaillé les Philosophumena, la plus curieuse sans contredit est l'écrit naassénien qui remplit une grande partie du cinquième livre. Sous les interpolations scripturaires, dues à un gnostique chrétien, on a déjà essayé, avec succès, de retrouver la substance d'un mythe païen, ou plutôt de plusieurs mythes, ramenés à l'unité par le syncrétisme de la gnose K Nous l'essaierons à notre tour. On excusera les incohérences de cette pièce bizarre : nous n'aurions pu les faire disparaître qu'aux dépens de la fidélité due à notre auteur.

Les Naassènes, ou Ophites (de l'hébreu naas, serpent), avaient recueilli sur l'origine de l'homme les traditions suivantes :

Le premier homme ^, au dire des Grecs, naquit de la Terre. Peu contente d'engendrer des plantes dépourvues de sentiment, ou des bêtes dépourvues de raison, la Terre avait voulu devenir mère de

1. Voir Reitzenstein, Poimandres, p. 83-98. Dans les pages suivantes, nous nous sommes aidé de cette restitution, en l'abrégeant quelquefois.

2. Philosophumena. 5, 7, p. 142 sqq. — Les coupures que nous avons dû faire au texte d'Hippolyte no sont pas indiquées dans notre analyse.

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ce noble animal, doux et agréable aux dieux. Mais qui fut ce premier-né, et où retrouver son berceau? Question difficile. Les Béotiens nomment Alalcomène, et le font émerger des marais de Céphise: d'autres nomment les Curetés de l'Ida, race divine; d'autres, les Corybantes de Phrygie, que le soleil vit, les premiers, croître comme des arbres: l'Arcadie nomme Pélasgo, plus ancien que la lune; Eleusis nomme Dysaulès. habitant de Raria; Lemnos nomme Cabire, fruit d'un transport mystérieux, futur père de beaux enfants; Pellène nomme Alcyonée de Phlégra, l'aîné des géants; au dire des Libyens, Garamante, premier-né des plaines brûlantes, goûta le premier le gland, doux présent de Zeus. Engraissant de son limon le sol égyptien, le Nil y dépose assidûment des germes de vie; des animaux en sortent, qui se développent dans une moite chaleur. Les Assyriens nomment Oannèsl'ichthyophage, qui serait né parmi eux. Les Chaldéens nomment Adam.

Or la terre, selon la légende chaldéenne, n'avait engendré qu'un corps, ce corps gisait sans soufile, sans mouvement et sans vie, statue inerte, image du grand Adam, l'homme d'en haut, asservie à d'innombrables puissances. Pour enchaîner à la matière l'homme d'en haut, il fallait un lien : ce fut l'àme ('{'u/'i), qui livre à la souffrance et à l'expiation le composé humain. Enigmatique et mystérieuse, l'àme change perpétuellement d'attitude, de forme, de disposition : impossible d'en fixer le type ou l'essence : effiorescence d'un principe antérieur, éclosion spontanée, ou efi"usion du chaos, on ne sait.

Selon les mystères des Assyriens, l'àme, objet du désir de tous les êtres, explique tout dans la nature. Comme il n'est de croissance ni de vie que par l'àme, tous les êtres situés au-dessus de la terre, ou à sa surface, ou au-dessous d'elle, désirent une âme. Adonis. Endymion, Attis personnifient diversement l'objet de cet universel désir. Avec les mystères de l'Assyrie et de la Phrygie, ceux de l'Egypte sont appelés à témoigner en faveur de la même doctrine. Race la plus ancienne du monde après les Phrygiens, les Egyptiens auraient introduit parmi les hommes les cultes mystiques. Dans le mythe d'Isis et d'Osiris, ils représentent le mystère universel de la génération, traduit par cette formule : « Je deviens ce que je veux, je suis ce que je suis ». Ils admettent un premier moteur immobile, cause de tout devenir, étranger lui-même au devenir; être uniquement bon, vers qui converge l'enseignement des mystères égyptiens. Le symbole obscène de ces mystères se voit à la porte de tous les temples, dans tous les carrefours, à

l'abord de toutes les maisons : on estime qu'il porte bonheur. Ce symbole a passé en Grèce avec le personnage d'Hermès. Le dieu honoré à Cyllène est appelé Verbe ; il est l'interprète universel, l'artisan de tous les êtres passés, présents et à venir, le guide, le conducteur et l'inspirateur des âmes. Homère le montre à l'œuvre, dans sa fonction évocatrice : les âmes des prétendants de Pénélope, par lui évoquées, figurent toutes les âmes appesanties par le sommeil des sens, auxquelles il faut rappeler le degré de gloire et de bonheur dont elles sont déchues. Emanées de l'homme d'en haut, elles sont tombées ici-bas dans des corps de boue, sous l'empire d'un démiurge inférieur. Les éveiller et les avertir de leur céleste origine, c'est le but des grands mystères d'Eleusis. En chaque homme, l'homme intérieur est une émanation de l'homme type, de l'homme d'en haut, Adam. Homère a interprété ce mji.he, en situant l'opération d'Hermès aux bords de l'Océan, dont le cours règle les générations des hommes et des dieux : Hermès convie les âmes à cette génération selon l'esprit, qui les rétablira dans leur dignité originelle.

Tel est le mystère de l'homme androgyne ^ qu'on retrouve sur tous les points de la Grèce, sous diverses formes et divers noms. C'est Géryon, dont le nom rappelle sa terrestre naissance [Vf,, pÉw). C'est le croissant céleste de la lune, qui rappelle le mélange cosmique des éléments (xépaç, jeu de mots avec •/.spdvvujj.i). Dans les hymnes d'Anacréon, comme dans les mystères de Samothrace, on reconnaît le même personnage. C'est le Corybante de Thrace et de Phrygie, ainsi nommé parce qu'il apparut descendant d'une cime (xopy^T]). C'est encore le Papas de Phrygie, qui mit un terme au mouvement confus des êtres (lîaûw). Les Phrygiens l'appellent le Cadavre, parce que l'homme d'en haut est dans le corps comme enseveli: le Dieu; le Stérile, en tant qu'il accomplit les œuvres de la chair ; le Chevrier \xlrSKoe,) parce qu'il préside aux révolutions du monde (àe't, xroXôJ) ; le Fécond, en tant que capable d'une vie supérieure, la vie de la Gnose, qui commence par la connaissance de l'homme et se consomme par la connaissance de Dieu ; VEpi vert moissonné. Dans l'initiation d'Eleusis, les Athéniens présentent aux époptes cet objet du grand, admirable et souverain mystère ; un épi moissonné. Ce spectacle est une invitation à la naissance spirituelle, à ce retour en haut qu'exprime le nom même d'Eleusis (cf. iXeûaeaOai). Tel est l'objet des grands mystères, terme de l'ini-

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