‹ La théologie de saint HippolyteChapitre 147 sur 210 · Pseudocyprien, De Pascha computus · texte numérisé non relu

Pseudocyprien, De Pascha computus

2. Salinon a déduit cette date précise, à l'aide d'une observation ingénieuse. On remarquera sur le Canon pascal une double date (21, 22 mars) à la troisième ligne, et de nouveau à la onzième. Salmon explique cette indécision par la supposition que voici. Hippolyte a dû construire son cycle d'après des observations faites au cours des années précédentes. En 216, il aura observé la pleine lune à la date du 21 mars, et conclu à la à la même date pour 224, 232, etc. Mais dès 221, la pleine lune apparais-

et qui commence à la première année d'Alexandre Sévère (222), comprend plusieurs tables, dont une principale, qui donne la clef des autres. Nous allons la transcrire, et en indiquer le principe. Rédigée, selon le style romain, en ides, calendes, etc., elle deviendra plus intelligible si nous la traduisons en style moderne. D'ailleurs nous en respectons la disposition matérielle, nous bornant à reléguer au bas

Terme pascal.

DOMlMCAI.i:.

13 avril.

"2 avril.

il, 22 mars.

0 avril.

29 mars.

18 mars.

tx

5 avril.

25 mars.

13 avril.

2 avril.

21, 22 mars.

9 avril.

29 mars.

18 mars.

tx

5 avril.

25 mars.

t distingue les années comprenant un mois

intercalaire,

selon

ancien

calendrier.

X distingue les années bissextiles selon le calendrier jul

ien.

(1) Incarnation. — (-2) Ezécliias. — (3) Josias.

— (4) Exode,

selon

Daniel.

— (6) Esdras, selon Daniel. Désert. — (6 Ezéchias, selon Da

liel. Josias. — ||

(7) Passion du Christ. — (8) Josué. — (ii) Josué,

selon Daniel.

Exode.

— ,11) Désert. — (1-2) Esdras.

sait lo 22 mars : Hippolyte aura conçu quelque doute sur la valeur de sa première observation, et consigné sur son tableau une double date. Ce flottement apparaît en Tannée 224 : ce serait la date de la publication du cycle. Nous ajouterons : celle de l'exécution du monument.

de la page, pour plus de clarté, les gloses interlinéaires *. La première colonne verticale renferme, pour une période quelconque de seize années, l'indication du terme pascal 2, c'est-à-dire de la date à laquelle tombe la pleine lune pascale. D'ailleurs Hippolvte réprouve , comme tout l'Occident, l'observance quartodécimane, qui reste attachée à la date judaïque du 14 nisan : c'est au dimanche suivant qu'est fixée la solennité chrétienne, et il va fournir les moyens de déduire cette date, à l'aide du terme pascal. A cet effet, il dispose sur sept autres colonnes parallèles les lettres dominicales, qui donnent pour sept périodes consécutives de seize années le jour de la semaine répondant au terme pascal. A, B, C, D, E, F, G représentent respectivement dimanche, lundi et les autres jours de la semaine. Un calcul très simple montre qu'une période continue de seize années, soit 5844 jours, équivaut à un nombre exact de semaines, moins un jour. 11 suit de là que si le terme pascal initial, celui de l'année 222, fut un samedi, seize ans après, le terme pascal de l'année 238 dut être un vendredi; seize ans après, le terme pascal de l'année 254 dut être un jeudi, seize ans après, le terme pascal de l'année 270 un mercredi, et ainsi de suite, en

î. Quant aux gloses marginales, les unes se réfèrent au calendrier grec, fondé sur l'année lunaire, les autres au calendrier julien. L'année grecque de douze mois lunaires, formant ensemble 354 jours, était fort éloignée de l'année solaire, qui mesure exactement 3G5 jours 5 h. -18' 47" 51. Pour obtenir une concordance, on insérait à des intervalles réguliers, entre février et mars, un mois intercalaire de 30 jours {inlercalaris, È(Aoo).tu.aîo<;). Quant au calendrier julien, fondé sur l'année solaire, il comporte un autre système de compensation (année bissextile). Le canon d'Hippolj'te tient compte des deux usages. — Sur la durée de l'année solaire selon les astronomes grecs, voirP. Ta.nnery, L'astronomie ancienne, cli.8.

2. Voir de Mas Latrie, Trésor de chronologie, l'avis, 1889, Introduction, p. 65.

remontant l'ordre des jours de la semaine. C'est ce qu'exprime, sur la ligne horizontale, la série des lettres G F E D G B A; sur la deuxième, la série DGB AGFE, et ainsi pour chaque ligne liorizontale. Il y a lieu de croire qu'en susbtituant i\Voctaétéride grecque sonheccnedécaétéride^ Hippolyte voulait précisément mettre en lumière cette loi qui préside à la succession des lettres dominicales. Il suffît de jeter les veux sur le tableau pour voir que le même terme pascal revient tous les huit ans; tous les cent douze ans, après l'expiration de sept heccaedécaétérides, revient, non seulement le même terme pascal, mais la même lettre dominicale; d'où ressort l'existence du cycle.

Non content de dresser cette table pour l'usage liturgique de l'Eglise, Hippolyte en avait fait l'application à la chronoloofie de l'Ancien Testament, en déterminant la date de la Pâque correspondant à divers faits bibliques : de là ces gloses interlinéaires, que nous avons transcrites hors cadre. On remarquera que plusieurs de ces gloses sont opposées deux à deux : ainsi pour la Pàque de l'Exode, on trouve deux indications discordantes (note 4 et note 10); de même pour la Pâque célébrée au désert (note 5 et note 11), etc.. 11 est manifeste que le chronologiste a conduit son calcul par deux voies différentes : d'abord en descendant, ainsi que dans sa Chronique, depuis la Création, qu'il place, nous le verrons. Tan 5500 avant le Christ; puis en remontant, d'après la prophétie de Daniel. La vérification sur laquelle il comptait ne s'est pas présentée, il consigne sur son tableau les deux résultats, sans nous indiquer comment il résolvait la contradiction. Chacune de ces notes détermine, à un multiple près de 112 ans, l'année qu'il a en vue, et, par suite,

permet de déduire presque sûrement la date précise ^. Voici la table que l'on a dressée ~ :

Exode, avant J.-C. 1689; selon Daniel : 1556

Pâque de Josué 1648 — 1516

— d'Ezéchias 784 — 653

— de Josias 671 — 541

— d'Esdras 564 — 434

Deux autres dates sont relatives à la vie du Christ. La date assignée à la Passion, A^endredi 25 mars de Tan 29, confirme de la manière la plus éclatante les indications fournies par d'autres ouvrages d'Hippolyte. Un texte de son Traité sur la Pâque, conservé par le Chronicon paschale 3, porte qu'en cette dernière Pâque, le Sauveur ne fut point convive, mais victime : le repas qu'il prit avec ses apôtres la veille de sa mort n'était point le repas pascal, mais lui-même fut l'Agneau, immolé au propre

1. Par exemple, s'il s'agit do déterminer l'année de la passion du Christ, répondant à la note 7, on observera que cette note désigne dans le cycle l'année 222 + 15 + 16 = 253. Donc l'année 253 est séparée de la date cherchée par un multiple exact de 112 ans. Dans le cas présent, ce ne peut être que 112 x 2. soit 224 ans. Une soustraction donne 253 — 224 = 29, année de la mort du Christ.

2. Salmon, H"rmathena, 8, 1892, p. 170. 171. — On remarquera que les intervalles de ces dates diffèrent d'une unité (du moins les trois premiers) selon que l'on considère l'une ou l'autre colonne. On trouve respectivement :

Nouvel indice des incertitudes d'Hippolj-te dans le détail de ses calculs.

3. Chronicon paschale, rec. L. Dindorf. Bonn, 1832 p. 13; éd. Achelis, p. 270 : Kal 7câ),iv ô aÙTo: ('l7r:t6).uTo:) sv tw 7rpq)Tti) Xoyw toû nepl toû àYÎou Xlâoya cryyvpà[jL(jiaToi; £ipT)x£v oûtw;. Oùôà èv toïç TtptÔTOi; oOoè èv toïç èffxàxoti; w; oùx ât]/-'^"'*'^® 7rp6or,Xov, ôti ô TtâXat Trpostnwv ôtioùxéti (pàY0P''2'' TÔIIacT/a, elxoTw; TÔ [iàv ùeTttvov èSecTTVTiiTe upà toO Hxaxjx, tô 6e ITào^a oùx IçaYSv, àXX' êitaOev. OùSî yàp -/caipô; y;v ty]: ppwaîw; aOtoû.

jour de la Pàque. Le Syntagma inculquait également cette le^on aux Quartodécimans*. Nous rencontrons do nouveau la même opinion, sous une forme moins complète, dans le Commentaire sur Daniel '. On a cru la retrouver dans la <7/j/'t)/u'g«t% ainsi interprétée chez le Ghronographe libérien ^ ; Imperante Tiberio Caesare passas est Dominiis Noster Jesus-Christus, duobus Gcminis coss.^ VIII Kal. april. Cette date repose sur Tinterprétation obvie de saint Jean '*. Elle fixe à l'an 29 de notre ère la date traditionnelle de la passion du Christ. L'accord des divers documents que nous venons de citer n'est pas la vérification la moins remarquable de la thèse à laquelle nous avons souscrit, touchant l'unité du personnage d'Hippolyte.

Sur la date de l'Incarnation, nous ne rencontrons plus la même conformité, he Commentaire sur Daniel donnait au Christ trente-trois ans de vie, le Canon pascal ne lui en donnerait que vingt-neuf ou trente. Mais notre texte du Commentaire sur Daniel est suspect à un autre titre, car il rapporte la Nativité du Christ à la quarante-deuxième année du principat d'Auguste ^, ce qui ne laisse pas plus de vingt-neuf à trente ans jusqu'à la date assignée, dans la ligne suivante, à la Passion du Sauveur. Le chiffre de

1. Frai/iii., 12. Lagarde, p. 91, 30 : IIcit/xvriTat 5è iJirj Y'vwcjxwv oti w xaipw eTtaffx^'' à XpiffTOî, oCix ssaye tô xaTà v6(jlov ïlâcsyat. Oj-o; yàp -^v to IlâcTX* tô 7tpox£xr,pyY{*'^^'''^ ^''■'- "^^ TeX£ioû[i.£vov tt) wpiajjLîvr] iiiiépa..

2. CD., 4, 23, p. 242, 5 : "ETtaOêv oè Tptay.6(7Tw rpi-rw etîi irpô oxtw xa).av8wv àTtpùiwv, T)[jL£pa uapacrxEyrj, ôxTuxatosxâ xu> liti Tiêspio-j Kaîffapo;, ÛTraxeûovTO; 'Pouçou xat 'Pûuêe/./iwvo;.

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