IV. LA CHRONIQUE D HIPPOLYTE
Parmi les sciences auxiliaires de la théologie, Hippolyte estimait que l'histoire et la chronologie ont un rôle
1. De Rossi, Inscriptiones christianae Urbis Romae, 1, n. 11. Ibid., Prolegomena, p. lxxxii.
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important à remj)lir. Il les cultiva, sinon toujours avec succès, du moins avec zèle, soit incidemment dans ses traités d'exégèse ou de controverse, soit ex professa, dans un ouvrage spécial, qu'il nous faut caractériser brièvement.
La Chronique d'Hippolyte, qu'on avait pu croire perdue sans retour, nous a été conservée en partie dans un manuscrit qui fut au quinzième siècle en la possession de Constantin Lascaris, et se trouve aujourd'hui à la Bibliothèque royale de Madrid {Codex graecus 121, présentement catalogué 4701). Dès 1850, Mommsen*, reprenant une idée autrefois émise par Ducange, avait prouvé que la substance de cette Chronique nous était parvenue dans trois versions ou adaptations latines indépendantes, et avait montré le parti qu'on peut tirer de ces trois versions, ainsi que de diverses chroniques alexandrines ou byzantines, pour reconstituer, avec une sérieuse approximation, l'œuvre primitive d'Hippolyte. Ses vues viennent de recevoir une confirmation éclatante grâce à M. Adolf Bauer^, qui a mis au jour le manuscrit anonyme de Madrid. Nous
1. Mommsen, dans Abhandhmgen der philologisch-hislorischen Classe der Kônigl. sâchsischen Gesellschaft der Wissenschaften, vol. 1, Leipzig, 1850, p. 557 sqq. ; Monumenia Gerinaniae historica, Auclores antiquissiml, t. 9, 1891, p. 78 sqq. — Mommsen n'a guère été contredit que par C. Frick, Chronica minora, p. v-li.
2. Adolf Bauer, Die Chronik des Hippolytos im Malritensis graecus 121, Leipzig, 1905. En publiant, sur quatre colonnes parallèles, la partie encore inédite du ms. (fol. 51 à 62) et les trois versions latines, 31. Bauer a rendu manifeste la relation de celles-ci avec l'original grec. Les parties conservées du Barbarus sont une traduction fort incorrecte, mais tout a fait littérale. — Pitra avait ébauché un recueil des fragments grecs de la Chronique, Analecta sacra, t. 2, p. 274-282. — L'important fragment édité parSchoene, Eusebii Chronicorum libri duo, 1, Berlin, 1875. Append., p. 65, appartient en réalité au Commentairo sur Daniel. Cf. éd. Bonwetsch, p. 4.
allons indiquer brièvement l'état de nos sources, avant de faire connaître cette chronique, laborieusement reconquise.
Le manuscrit grec ne renferme que le commencement, et sans doute la moindre partie, de l'œuvre d'Hippolyte; mais il fournit la preuve que les divers traducteurs ont élagué beaucoup, car on y trouve de longs développements qui n'ont laissé nulle trace ailleurs. Les premières pages, entièrement inédites, ont été publiées par M. Bauer; elles correspondent aux feuilles 51 recto à 62 verso du ms. Puis vient un long fragment de périple méditerranéen, intitulé Staotac-fxbç x-^ç GaXâffaYjç, et qui occupe les feuilles 63 recto à 82 verso.
Ce fragment était connu : publié à Madrid dès 1769 par Jean Iriarte^ précisément d'après cet unique manuscrit, il passait pour un ouvrage distinct ; mais une lecture attentive montre qu'il appartient à la Chronique. Le reste du manuscrit est perdu.
Parmi nos versions latines -, deux sont connues sous le titre de Liber generationis. La plus ancienne a été recueillie par le Chronographe de l'an 334 : c'est le Liber generationis IL L'autre, exécutée entre 374 et 460, et
1. Jo annes Iriarte, Regiae Bibliothecae matrilensis codices graeci ms. vol. 1, Matriti, 1769, p. 480-499. Cette édition assez défectueuse a été reproduite sans changement appréciable par Gail, Geograpfti graecv minores, t. 2, Paris, 1828. Yoir Letronne, Journal des Savants, févr. 1829, p. 114-119, etE. Miller, ibid., mai 1844, p. 300-314. L'édition de C. Muller, dans ses Geograpfti graeci minores, Paris, 1855, réalise un grand progrès, grâce à une collation nouvelle du ms. par E. Miller. M. Otto Cuntz vient de le coUationner encore une fois. Voir son Abhandlung ùber den Stadiasmus Maris Magni, à la fin du livre de A. Bauer, p. 243-276.
2. Ces trois versions ont été éditées par Mommsen, Monumenta Germaniae historica, Auctores anliquissimi, t. 9, Berlin, 1891, et par C. Frick, Chronica minora, Leipzig, 1892.