I. L ESCHATOLOGIE \ ROME
L'imminence des derniers temps, objet d'espérance ou d'effroi pour les premières générations chrétiennes, était devenue, au commencement du troisième siècle, une véritable obsession. La prédication raontaniste d'une part ', d'autre part les rigueurs exercées contre les chrétiens par le gouvernement de Septime Sévère, avaient surexcité les esprits; sous l'empire de préoccupations diverses, on interrogeait les Ecritures, afin d'y reconnaître les signes précurseurs du dénouement ; et il ne manquait pas d'exégètes pour en faire l'application au temps présent. C'est ainsi que le chronographe Judas ', commentant la prophétie de Daniel sur les soixante-dix semaines, avait arrêté son comput à la dixième année de Septime Sévère (202), et annonçait l'apparition de'l'Antéchrist. Ces prédictions trouvaient à Rome un terrain d'autant mieux préparé que, au cours du deuxième siècle, les docteurs romains les plus illustres, un saint Justin, un saint Irénée, s'étaient faits les propa-
i. Voir Théologie de Tertullien, ch. i.\. 2.Eusèbe, H. E.,G, 7.
gateurs de l'idée millénariste : on rêvait d'un règne prochain du Christ en terre. Sous le pontificat de saint Zéphyrin (198-217), plusieurs courants de doctrines eschatologiques se dessinent dans l'Eglise romaine : tandis que certains esprits se repaissent d'illusions, d'autres poussent la défiance jusqu'à vouloir tout ignorer quant à la fin du monde.
Le millénarisme grossier professé à la fin de l'âge apostolique par Cérinthe n'était sans doute plus qu'un souvenir : du moins il apparaît comme tel dans le témoignage de Gaïus ^ Nul ne promettait plus aux saints, pour prix de leur abstinence, mille ans de fêtes et de débauches. Mais le souffle plus épuré de l'eschatologie montaniste avait suscité dans Rome un mouvement, dont Proclus était l'âme. Vieillard éloquent et austère, que des allusions contemporaines nous font seulement entrevoir 2, portant, l'un des premiers, l'auréole du célibat chrétien, il a dû prêter l'appui de sa parole à ces mirages venus d'Asie, qui montraient, dans un avenir prochain, la Jérusalem céleste descendant du ciel en terre pour accueillir le Christ et les saints 3 : n'était-ce point là, pour promouvoir les tendances encratiques de la secte, le plus efficace des arguments? On avait vu autrefois, dans la Phrygie pacatienne, des multitudes s'ébranler pour aller attendre en rase campagne, dans la plaine qui sépare Pépuze de Thymium, l'apparition du souverain Juge ^. Et le fait ne semble pas isolé. En Syrie, un évêque — sans doute montaniste, lui