‹ La théologie de saint HippolyteChapitre 19 sur 210 · Achelis, p · texte numérisé non relu

Achelis, p

INTRODUCTION. XXV

tiellement conservée dans un unique manuscrit du quatorzième siècle, que Mynoïde Mynas apporta du mont Athos en 1842, — aujourd'hui à la Bibliothèque Nationale, supplément grec n. 464. On connaissait depuis la fin du dix-septième siècle le premier livre de cet ouvrage, édité par Gronovius^ et attribué à Origène sur la foi de quatre manuscrits ; mais l'attribution demeurait suspecte. Cependant Çlmmanuel Miller, qui publia en 1851 le texte découvert par Mynas, n'hésila point à inscrire en tète de son édition princeps le nom d'Origène ^, qu'il avait lu dans une note marginale. Pas plus que le premier livre, les derniers, seuls contenus dans le manuscrit nouveau, ne portent la marque de l'illustre Alexandrin. Le nom d'Hippolyte, prononcé pour la première fois en 1852 par Jacobi^, rallie aujourd'hui presque tous les suffrages. Nous allons passer en revue les éléments d'autobiographie répandus dans les Philosophiimena, espérant en faire jaillir quelque lumière sur la mystérieuse personnalité d'Hippolyte.

L'auteur n'en est point à sa première rencontre avec les hérétiques; mais la modération de sa polémique n'a fait jusqu'ici qu'encourager leur audace. Aussi est-il résolu à ne plus rien ménager : il entreprend d'exposer tous les anciens systèmes de philosophie profane, pour y montrer le point d'attache de toutes les hérésies. La tactique n'est pas entièrement originale : on en trouverait le principe chez Tatien et Tertullien entre autres. Mais le vaste ensemble qu'on nous annonce

1. J. Gronovius, Thésaurus antiquitatum, t. 10, Lugduni Batavorum,

2. Origenis Philosophumena, sive Omnium haeresium refutalio. E codice Parisino nunc primum edidit E. Miller, Oxonii 1851. — Nouvelle édition sous le nom d'îlippolyte : S. Hippolyli episcopi et martyris refutaiionis omnium haeresium Ubrorum X quae supersunt. Recensucrunt latine, verterunt, notas adjecerunt L. Duncker et F. G. Schneidewin, Gottingae 1859; reproduite dans Migne, P. G., 10, 3, parmi les œuvres d'Origène. — Philosophumena, sive Haeresium omnium confulatio. Opus Origeni adscriptum e codice Parisino productum recensuit, latine vertit, notis variorum suisque instruxit, prolegomenis et indicibus au.xit Patricius Cruice. Parisiis, 1860. — M. Diels a donné une nouvelle recension du 1" livre dans ses Doxographi graeci, Berlin 1879, p. 551-576; prolégomènes, p. 144-156.

3. Dans Deutsche Zeilschrifl fitr chrislUche Wissenschafl, 1852.

dénote une puissance desprit peu commune. Quatre livres devaient être consacrés à la philosophie profane : c'étaient les Philosophumena proprement dits '; selon l'opinion courante 2, le second et le troisième livres manquent, le quatrième est mutilé au commencement. Les six derniers livres retracent l'histoire des hérésies. Et voici le programme de l'auteur ' :

Aucune des fables ayant eu cours chez les Grecs ne doit être négligée, car, il faut le reconnaître, ces doctrines, malgré leur incohérence, trouvent des adeptes, grâce au fanatisme prodigieux des hérétiques, qui, en affectant le silence et dérobant leurs secrets mystères, ont réussi à passer aux yeux de bien des gens pour serviteurs de Dieu. Nous avons autrefois esquissé leurs doctrines, sans entrer dans le détail, mais nous bornant à une réfutation sommaire. Nous estimions superflu de mettre au jour leurs secrets; nous espérions qu'à nous les voir indiquer à demi-mot, la honte et la crainte de voir leur athéisme démasqué par une révélation complète suffiraient à les détourner de leur opinion déraisonnable et de leur coupable entreprise. Mais puisque, loin d'être confondus par notre modération et de réfléchir que, si Dieu tolère leurs blasphèmes, c'est pour les convertir par l'humiliation ou les livrer, s'ils persévèrent, aux rigueurs de sa justice, je me vois forcé de dévoiler leurs secrets mystères... Nul ne les réfutera, si ce n'est l'Esprit-Saint qui se transmet dans l'Église, donné d'abord aux Apôtres qui en firent part aux vrais fidèles. Successeurs des Apôtres, participant à la même grâce du souverain sacerdoce et du magistère, constitués gardiens de l'Église, nous ne savons ni fermer les yeux, ni taire la parole de vérité ; nous nous dépensons entièrement corps et âme, sans pouvoir, même à ce prix, répondre dignement aux bienfaits de Dieu et le payer d'un juste retour: du moins nous ne fléchissons pas dans l'exercice de notre charge, nous remplissons la mesure du devoir qui nous incombe, nous communiquons libéralement à tous les dons reçus de l'Esprit-Saint.

L'accent de cette page est trop vibrant et trop fier pour convenir au premier venu ; aucun lecteur ne s'y trompera, l'homme qui parle ainsi a conscience de sa valeur et de son rang dans l'Église. Non seulement il a déjà écrit contre les hérétiques, mais il la fait pour remplir un devoir pastoral, un devoir de ce souverain sacerdoce et de ce magistère qui lui ont

1. Philosophumena, 1, prooem., éd. Cruice, p. 5, 14 : 'A).).' êuTtv aùtoïç Ta 6o^a!;6(j.Eva àpyj-iV ixèv èx tv;ç 'EX'/r.vwv (Toçîa; ).a66vTa, kv. SoyixcxTwv oiXocoçou|J.£vwv... — 9, 8, p. 427, 3 : npôxEpov IxxeiTai Oç' :?,jj:wv ht toï; s)t).0(7030-j|jiévoi; •/) cô?a 'Hpax),£ÎTo-j. — On lit dans le ms., à la fin du 1. 4 : 4>t),oaofû'j(iÉvwv ô Pio/tov.

2. Nous aurons l'occasion de discuter cette opinion daas notre chapitre II, p. 80 à 90.

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