‹ La théologie de saint HippolyteChapitre 28 sur 210 · De Rossi, BuUeltinodi arch.crisiiana, 1881 et · texte numérisé non relu

De Rossi, BuUeltinodi arch.crisiiana, 1881 et

prien, dont la correspondance éclaire d'un jour si vif toute cette histoire, n'en dit-il pas un seul mot? Comment Novatien luimême, correspondant avec Cyprien au nom du clergé de Rome durant la vacance du siège apostolique, tient-il un langage très mesuré et très éloigné du rigorisme dont il donnera plus tard tant de preuves? Il y a dans cette supposition une telle somme d'invraisemblances qu'on nous dispensera d'y insister davantage '.

Mais Hippolyte, engagé de sa personne, à la suite de Novatien, dans le schisme de Novat, selon l'affirmation de Damase et de Prudence, voilà une idée beaucoup plus acceptable à première vue. Qu'on réfléchisse pourtant atout ce qu'elle renferme. D'abord elle oblige d'assigner à Hippolyteune longévité extraordinaire. Hippolyte, qu'on sait avoir été disciple d'Irénée, qui ne put entendre cet illustre maître à Rome qu'avant 177, ou en Gaule bien des années sans doute avant la mort d'Irénée arrivée vers 200, Hippolyte dont l'activité littéraire date des toutes premières années du troisième siècle, qui sous le pontificat de Zéphyrin — et sans doute bien des années avant la fin de ce pontificat, —était prêtre et prêtre influent, au point de se croire autorisé à le prendre de très haut avec le pape, comptait en 235 au moins soixante ans et peut-être beaucoup plus. Si l'on veut qu'il ait survécu à l'exil de Sardaigne, que la depositio nous renseigne mal sur le temps de sa mort, qu'il ait pris part au schisme de Novat, c'est donc à un octogénaire qu'on prête cette initiative schismatique, qu'on attribue la composition des Philosophumena ; et ce prêtre chargé d'œuvres et d'années, qui aurait joué dans le schisme ce rôle néfaste, qui enfin aurait tout réparé, en face de la mort, par une conversion retentissante, n'aurait, lui non plus, pas un souvenir dans les lettres de saint Cyprien ni de ses correspondants? Voilà la supposition devant laquelle nous reculons, et il nous reste à indiquer comment on peut expliquer les choses, sans faire violence à la vraisemblance historique ni récuser aucun témoignage ^.

1. Voir la discussion complète de Funk, Der Verfasser der Philosophumena, p. 163-172.

2. Nous renverrons ici à l'excellente dissertation de M. Funk : Der Verfas'

IXTRODUCTIOX. XII

L'année 235 ayant vu l'extinction du schisme, et Ilippolyte étant mort dans la paix de l'Eglise, on conçoit que la paix se soit faite sur sa mémoire. Il partagea les honneurs décernés à Pontien, et comme, à tout prendre, ce schismatique avait de nobles qualités d'intelligence et de caractère, comme il avait fini par un mouvement généreux, il arriva, par un singulier retour, que sa gloire posthume éclipsa celle des papes légitimes qu'il avait combattus. De la révolte déchaînée par lui, rien ne resta, que le souvenir d'une faute noblement réparée, il ne figura point, à titre de réfractaire, sur les catalogues pontificaux, comme devait plus tard y figurer Novatien ' ; on savait seulement qu'il fut schismatique et désavoua son schisme en face de la mort. Damase recueillit, après plus d'un siècle, ces récits conservés à travers plusieurs générations; si l'on songe à l'état précaire de nos documents sur cette période archaïque, aux ruines accumulées par la persécution de Dèce, on ne s'étonnera point de trouver la tradition populaire en défaut sur des points secondaires. Puisque Ilippolyte avait été schismatique, rien de plus naturel que de rattacher son nom au grand schisme qui avait rempli une moitié du troisième siècle, et qui durait encore. Voilà, selon toute apparence, comment Hippolyte fut tardivement agrégé au schisme de Novat : Damase recueillit cette rumeur, et Prudence la redit, sur la foi de Damase.

On remarquera d'ailleurs que, tout en enregistrant une erreur dont l'origine précise nous échappe, Damase nous met sur la voie d'une rectification. Car il se borne au rôle de rapporteur — Hippolytus fertur, Flaec audita refert Damasus — , il ne se fait point garant de ce qu'on lui a raconté. Et le rôle assigné dans ses vers à Hippolyte dément ce que nous savons par ailleurs du mouvement novatien : Hippolyte ne serait point un obscur comparse, mais un protagoniste du schisme, un homme dont on écoute la voix, et à qui un mot suffit pour

ser der Philosophiimena, p. 180 sq., qui dispense de recourir aux travaux antérieurs.

1. Novatien ne figure pas dans le Liber Ponlificalis, mais le Catalogue libérien mentionne son schisme.

XLir THEOLOGIE DE SAINT HIPPOLYTE.

faire rentrer tout le monde dans le devoir. On ne trouve pas à encadrer ce rôle dans l'histoire du schisme novatien, histoire exceptionnellement lumineuse, grâce à la correspondance de saint Cyprien. La seule issue possible paraît être celle que nous avons indiquée : Damase aura commis une légère confusion, qui s'explique aisément à la distance d'un siècle et demi, et, par un raccord maladoit, brouillé deux schismes similaires. Tout converge d'ailleurs vers l'attribution, au docteur honoré d'une statue au Champ Véran, de tous les ouvrages connus sous le nom d'Hippolyte, et des Philosophumena. Ainsi le personnage historique d'Hippolyte recouvre son unité : il est pour nous l'illustre écrivain de l'Eglise romaine, antipape de 217 à 235, rentré au bercail avec son troupeau durant la persécution de Maximin. Dans la célèbre statue qui représente Hippolyte siégeant comme un docteur, nous croyons reconnaître un monument du schisme : les dissidents qui tenaient pour l'épiscopat d'Hippolyte, contre Calliste et ses successeurs, auront affirmé sur ce marbre leur attachement à l'homme et leur admiration pour le docteur; plus tard, la statue aura rejoint, au Champ Véran, les autres reliques du martyr : on ne saurait y voir un hommage à Hippolyte défunt, d'autant que, presque au lendemain de sa mort, son cycle pascal fut abandonné. Les titres de martyr et d'évêque, consacrés par la tradition, s'expliquent de façon plausible, le premier par sa déportation en Sardaigne, le second par l'attitude qu'il avait prise en face du pape légitime. De 217 à 235, Hippolyte fut, pour un groupe sans doute peu nombreux, le véritable évêque de Rome. Au lendemain du schisme, il redevint, pour tous les fidèles de Rome sans distinction, ce qu'il n'avaitcessé d'être aux yeux des catholiques, le prêtre Hippolyte — presbyter Hippohjtus. — Mais ses prétentions à l'épiscopat, consignées dans les Philosophumena, et sans doute dans d'autres ouvrages, furent portées par les manuscrits en Orient, où l'on n'avait pas le moyen de rectifier l'assertion. De là une croyance à l'épiscopat d'Hippolyte, évidemment très ancienne, puisqu'elle s'impose déjà à Eusèbe. L'embarras de cet auteur, qui donne Hippolyte pour un évêque, mais ne sait de quelle Église, s'explique très bien par la contradiction entre le lan-

INTRODUCTION'. XLIII

g-ai^e de l'Orient et celui de rOccident : les documents orientaux afTirmaient l'épiscopat d'IIippolyte, mais les souvenirs occidentaux convergeaient vers Rome, qui pourtant n'avait pas conservé le nom d'Hippolyte sur la liste de ses évoques.

Développée avec beaucoup de vigueur et de lucidité parDoellingerdès 1853, cette solutionaaujourdhuiconquis presquetous les esprits ', et nous redirions volontiers avec M. Funk ^ : elle est aussi certaine que peut l'être un fait encore dépourvu d'attestation directe. Nous supposerons ce fait acquis dans l'étude que nous entreprenons sur lœuvre théologique d'Hippolyte.

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