A. Uéville, Revue des Deux-Mondes, 15 juin 1865, p
quelque philosophe ou quelqjie poète, ce marbre fut sans doute démarqué au temps de Constantin, et que sa christianisation tardive y laisse transparaître l'empreinte d'un art profane, il n'oublie pas seulement que la tête et une partie du bras sont de restauration moderne, il oublie que, bien avant le temps de Constantin, le désaccord de ce canon avec la réalité sautait aux yeux, et que conséquemment pareille métamorphose, infligée à un marbre païen, eût constitué un anachronisme injustifiable.
Orientés par ces considérations vers le premier tiers du troisième siècle comme date probable de la statue et de ses inscriptions, nous sommes naturellement conduits à interroger l'histoire ecclésiastique sur les noms des écrivains qui ont laissé un souvenir dans la littérature de ce temps. La liste n'en est pas longue. Énumérant ceux qui fleurissaient durant la jeunesse dOrigène, Eusèbe s'exprime ainsi' :
20. En ce temps-là fleurissaient plusieurs hommes dont la science illustra l'Église ; les lettres qu'ils échangeaient existent encore, et sont faciles à trouver, elles nous ont été conservées dans la bibliothèque d'Aelia, fondi'-e par Alexandre, alors évêque de cette ville, et d'où nous-mêmes avons tiré les matériaux du présent ouvrage. De ce nombre était Bérylle, évêque de Bostra en Arabie, qui a laissé des lettres et diverses compositions ; de même Hippolyte, lui aussi chef d'une Église. Nous est également parvenu un dialogue du savant Caïus, écrit à Rome sous Zéphyrin et dirigé contre Proclus, le défenseur de l'hérésie phrj-gienne : l'auteur y réduit au silence ses adversaires, audacieux fabricants d'Écritures nouvelles, et mentionne treize épîtres seulement du saint Apôtre, ne comprenant pas dans ce nombre l'épître aux Hébreux, qu'aujourd'hui encore quelques Romains estiment n'être pas de l'Apôtre.
22. Alors Hippolyte composa, entre bien d'autres ouvrages, son traité de la Pàque, renfermant un comput et un canon pascal selon un cycle de seize ans, où il prend pour point de départ la première année d'Alexandre.. De ses autres écrits, les suivants nous sont parvenus : Sur l' Hexaméron ; Sur ce qui suit l'Hexaméron; Contre Marcion; Surle Cantique; Sur des passages d'Ézéchiel; Sur la Pâque; Contre toutes les hérésies ; bien d'autres existent encore en diverses mains.
Bérylle, Hippolyte, Ca'ïus, Proclus, voilà les noms fournis par Eusèbe. Bérylle, évêque de Bostra, ne jouit pas d'un grand renom en Occident. Caïus est connu presque uniquement