I. — LE SCHISME n'uiPrOLYTE
L'iiistoire de l'Eglise offre pcMi d'épisodes aussi étranges que le schisme de saint Hippolyt(\ Un personnage éminent du clergé romain, persévérant presque jusqu'à sa mort dans le rôle d'antipape ; en face de lui It; pape légitime, saint Calliste, combattu de son vivant et vilipendé après sa mort par ce rival destiné à partager avec lui les honneurs des autels : spectacle plus rare qu'édifiant, dont nous devons chercher à pénétrer le mystère, pour comprendre les questions de doctrine qui s'y trouvèrent engagées. Longtemps enveloppée de ténèbres impénétrables, cette histoire a commencé à se dévoiler par la découverte des Philosophumena *. On ne peut compter faire la lumière complète sur tous les points, au moyen de ce document unique et d'une évidente partialité; mais sa lecture s'impose au début d'une enquête sur les luttes soutenues par Hippolyte durant quatre pontificats successifs (Zépliyrin, Calliste, Urbain, Pontien).
1. Sur l'aUribution de cet ouvrage à Hippolyte, voir notre Introduction.
THÉOLOGIE DE SAINT lIIPPOIATi;. 1
Ces luttes qui remplirent les vingt dernières années de sa vie, en accusant le relief de sa physionomie intellectuelle et morale, commentent les écrits de sa jeunesse, et souvent permettent à l'historien d'achever des traits à peine amorcés. L'intérêt puissant qui s'attache à cette crise, et la lumière qui en rejaillit sur son rôle tout entier, nous paraissent autoriser une dérogation à l'ordre chronologique ; nous reviendrons ensuite en arrière pour retracer, autant que possible, tout le traA-ail de son esprit.
Esclave * d'un chrétien nommé Carpophore, qui appartenait à la maison de César, chrétien lui-même, Galliste possédait la confiance de son maitri', et reçut de lui des sommes considérables, destinées à des opérations de banque. Il ouvrit effectivement une banque au lieu dit Piscina publica, et, grâce au nom bien connu de Carpophore, l'argent des veuves et des fidèles y alllua. A quelque temps de là, Calliste se trouvait insolvable. Dénoncé à son maître, il se hâta de fuir vers Ostie, et se jeta dans la première barque qu'il trouva prête à prendre la mer. Mais Carpophore l'avait suivi : apercevant son maître sur le rivage, Calliste affolé saute par-dessus bord ; on le repêche, et on le livre à Carpophore, qui le ramène à Rome et l'envoie au moulin : c'était, on le sait, un châtiment assez ordinaire pour les esclaves délinquants. Des chrétiens intervinrent pour obtenir l'élargissement du captif : ils assuraient que Calliste reconnaissait avoir, entre les mains de certaines personnes, de l'argent en dépôt. Carpophore répondit, en homme