‹ La théologie de saint HippolyteChapitre 49 sur 210 · Tertullien, Adv. Prax · texte numérisé non relu

Tertullien, Adv. Prax

'2. Harnack, Realencyclopaedie, art. Monarchiantsmu>i, p. 331, souscrit à ce jugement. Voir à rencontre, anonyme Der Munarchiannmus und die roetnische Kirche, p. 2G8-277.

LE SAJtELLIAMSMi:. 13

tion des personnes divines, Théodote ruinait Tlncarnation ini la réduisant à une simple habitation de la divinité dans le Christ. Pour fondre ces dt'ux hérésies en une doctrine cohérente, il eût fallu admettre Thabitation de la monade divine, commt' telle, dans l'humanité du Christ. Il ne semble pas que tel ait été le cas de Calliste, et, pour qu'on ait pu lui imputer à la fois deux erreurs si dilTérentes, il faut ou bien qu'il se soit grossièrement contredit, ce qui reste à prouver, ou plutôt qu'il se soit assez bien gardé de toutes les deux. Hippolyte va d'ailleurs nous éclairer sur ce point. Il entreprend d'établir que Calliste réduisait à une pure question de noms la distinction du Père et du Fils : Tcv AcYSV aÙTCV elvai ITcv, aÙTCv v.al ïlxzipx, cvÔ!J,ati ;a£v xaACjy.£vcv, iv oè cvra nv£D;j.a àotai'psTSv. Qu'apporte-t-il comme preuve ? La croyance de Calliste à l'unité fondamentale de l'Être divin, Être commun au Père et au Fils : Oyy. xk\o zhxi DaTÉpa, aAAo oè Y-bv, èv oà y.al -l x-j-.ï j-ip/îiv. On ne peut nier cela sans être dithéiste, comme Calliste le reprochait à Hippolyte. Ce qui montre ici l'embarras d'Hippolyte, c'est qu'il n'a pas osé écrire : cù/. àAA2v, comme l'exigeait sa thèse; il a écrit cjy. xkko, ce qui traduit la doctrine très correcte empruntée par Calliste à saint Jean. Suit une formule de l'Incarnation, dont on trouverait le pendant chez plusieurs Pères du second et du troisième siècle : le mot nv£u;j.a servait couramment à désigner la divinité sans acception de personnes, et cette acception n'était pas sans jeter un trouble plus ou moins grave dans la théologie de la Trinité, le même nom s'appliquant d'ailleurs particulièrement à la troisième personne'. S'inspirant de cette terminologie, Calliste a

1. Voir en particulier Hernias, Pasteur, Sun., b, (>, 5; 9, 1,1 (cf. 9,

pu dire que la divinité se lit chair en ]\Iarie. En lui faisant dire que cette divinité est identiquement le Père, Hippolyte montre son désir de le prendre en faute, mais il n'v réussit pas, car la divinité qui s'incarna est la divinité que possède le Père, encore que le Père ne se soit pas incarné. Elvai 10 iv -fj IlapOlvo) aapy.ojOàv rivîujj.a cjy sTîpcv T.xp'y. Tbv Hoc-.épx, à'ùJx Iv v.a; ts ajTs. La parole de Galliste, et l'appel qu'il fait à un texte de saint Jean (Joan. 14, 11), se justifient également par cette mutuelle inliabitation des personnes divines, destinée à tenir tant de place dans la théologie postérieure, sous le nom de r,zpi'/bypr,z'.: ou circumincessio. On remarquera ici encore que la force de la vérité a contraint Hippolyte de s'arrêter en deçà des conclusions qu'il voudrait tirer : itcpcv est au neutre, et il a dit : iv y.a- -zz ajTJ, non pas sva -/.al Tbv xjTcv. L'analyse du composé théandrique, attribuée par lui à Galliste, n'est pas non plus si obscure qu'il le donne à entendre. Il y a dans le Christ un élément visible et humain, qui est propre au Fils, et un élément invisible et divin, qui appartient au Père aussi bien qu'au Fils, quoique de manière différente. La distinction du Père et du Fils ne souffre par là aucune atteinte, et Galliste fait très justement observer qu'il ne reconnaît pas pour cela deux dieux.

Donc Hippolyte échoue dans sa tentative pour trouver

12, 2); saint Justin, 1 ApoL, 33; Tliéopliile d'Antioche, Ad Auluhjcum, 2, 10; Tertullicn, Adv. Prax., 14 : Spiritus personae ejus Christus Dominus; etpassim. Textes cités dans notre Théologie de Tertuliien, p. 96-98. — On trouve des traces de ce langage jusque chez Hippolyte, Adv. Noël., 10, p. 54, 23 : Ti ûÉ Èffxiv tô éÇcÀÔèv iv. toO IlaTpà; à).),' y; ô Aôyor; tt ôè tô i% aÙToû YevvïjOèv à/.),' y; TIveûfAa, to-jt' taxi'/ à Aoyo;; — (xo è^îXÔôv, correction indiquée par le parallélisme avec tÔYewrjOîv. — ms.,édd. : tô £Sr,/.6ov, Routh. : ô £?ri).9iv;.

l.K SAIIIXLIAXIS.M!:. 15

C.alliste en (It-l'aul. Eu voulant lo convaincro d'hérésie, il n'a réussi qu'à mettre dans sa bouche une série de propositions très acceptables : la première, sans doute, fait exception, mais nous ignorons si Calliste a réellement tenu eo langage incorrect. La seule chose sûre est qu'Hippolvte le lui attribue; il accumule les explications pour montrer que tel est bien l'aboutissement logique de la doctrine soutenue par Calliste, et il n'y réussit pas. Il donne à entendre que, selon Calliste, le Père s'est incarné. Or, cela, Calliste le niait expressément, non seulement après avoii' rompu avec Sabellius, mais du temps même où Ilippolyte voyait en lui un pur Sabcllien. On se rapj)elle la déclaration suggérée; par Calliste à Zéphyrin, de l'aveu même d'Hippolyte : « (]e n'est pas le Père qui est mort, mais le Fils. » Donc ici, ou bien Hippolyte n'a pas compris la pensée de son adversaire, ou bien, s'il l'a comprise, il l'a faussée sciemment. Il ne l'en accuse pas moins de ne fuir le patripassianisme que pour échouer dans un patricompassianisme également injurieux à la majesté divine, et de renier tantôt la Trinité avec Sabellius, tantôt la divinité du Christ avec Théodote. Mais il n'arrive pas à conclure son raisonnement sans donner acte à Calliste d'ime distinction essentielle : Calliste se gardait bien de dire qu'il n'y a qu'une personne divine, sj -ô-p 0£Àsi \iye.v> t:v IlaT^pa 7:E-sv6i'va', 7.a'. iv clva-, 7:p:-(.)-:v. Cet aveu prouve que, selon Calliste, le Père était autre que le Fils, et conséquemment ruine par la base l'accusation précédente. Avant de suivre Hippolyte dans l'exposé de ses doctrines personnelles sur la Trinité, recueillons, quant aux erreurs monarchiennes, la version indépendante de Tertullien, autre défenseur de la Trinité, qui avait combattu le même combat quinze ou vingt ans avant la date des

16 THÉOLOCIE DE SAINT IIIPPOLYTE.

Philosophumena, en écrivant Ach. Praxeaiu : elle nous aidera peut-être à préciser les positions des partis en présence.

TertuUien signale, lui aussi % et le « blasphème » monarchien et l'amendement patricompassien. Il ne prononce aucun nom propre, sauf celui de Praxéas; mais certaines de ses expressions coïncident si manifestement avec celles des Philosophumena, qu'il est difficile de n'y pas voir quelque allusion à Zéphyrin et à son entourage. Il nous dit ~ que les simples — pour ne pas dire les maladroits et les ignorants — sont en majorité parmi les fidèles, et que ces simples professent pour le dogme de la monarchie divine un respect voisin de la superstition. Quant à l'exposition de l'hérésie proprement dite, si l'on confronte Hippolyte et TertuUien, on a quelque peine à faire concorder les deux témoignages. Les Philosophumena reprochent à Calliste deux choses : d'avoir poussé Sabellius à l'hérésie, et d'avoir, après son élévation au pontificat, imaginé le pati'icompassianisme pour échapper aux incon-

1. Tortullicn, Adv. Praxeam, 29 : Blasphomatis, noa tantum quia niortuum dicitis Patrem, secl et quia crucifixum... Ergo nec compassus est Pater Filio. Scilicet directam blaspheniiam in Patrom veriti diminui eam hoc modo sperant, concedentes jam Patrem et Filium duos esse, si Fiiius sic quideni patitur, Pater vero compatitur. Stulti et in hoc. Quid est enim compati quam cum alio pati? Porro si impassibihs Pater, utique incompassibiiis: aut si compa-ssibilis, utique passibilis... Tarn autom incompassibiiis Pator est quam impassibilis etiam Fihus ex ea condicione qua Dcus est.

i. TertuUien, Adv. Praxeam, o : Simphccs enim quique, ne dixerim imprudentes et idiotae, quae major semper credentium pars est... expavescunt ad oeconomiam... Itaque duos et très jam jactitant a nobis praedicari, se vero unius Dei cultores praesumunt... Monarchiam inquiunt, tenemus. — Cf. Philosophumena, 0, 10, p. 434, I : Oûtw; yàp ôoxEÎ (Nor,TÔ;) [lovapyiav ffuvifftàv... 9, 11, p. 435, 1 : Zeçupïvov, àvSpa î5twTr|V xai àvpâ[x|i.arov..., p. 43G, 5 : (KàX)>KTToç) à7r£y.dt>,£t r,\i.v.; Stôéovç.

m; S.VlinLLI.VMSME. 17

vénients du |nir j)alripassianismo. La première do ces accusations ne trouve aucun appui dans le texte de VAdc. Praxeam, qui ne présente pas le patripassianisnie comme une doctrine reçue dans l'entourage immédiat du pontife romain, et n'impute pas aux catholiques le développement des théories modaiistes. En effet, bien que brouillé avec les catholiqui's depuis plusieurs années, h» docteur montaniste ne les confond pas avec les disciples de Praxéas; il marque au contraire très expressément que, s'il a rompu avec les psychici à propos du Paraclet, il n'en continue pas moins à marcher d'accord avec eux dans la question de la Trinité ^ Quant au patricompassianisme, Calliste n'eut pas à l'inventer durant son pontificat, vu que Tertullien en parle comme d'une hérésie dans VAdv. Praxeam, qui ne peut guère être postérieur à Zéphyrin. Les doctrines flétries par les Pliilosophumena apparaissent déjà dans \ Adv. Praxeam, parfois avec un degré supérieur d'absurdité-. Dans l'analyse du composé théandrique, le patripassianisme, selon Tertullien, distingue en Jésus-Christ l'élément divin, c'est-à-dire le Père, l'Esprit, appelé Christ, et l'élément humain, c'est-àdire le Fils, Jésus. La description du patricompassianisme 3 ne répond pas exactement à celle des Philosophumena, car, à la différence des Philosophumena , elle

i. Tertullien, ,t(/u.Pr«xe«//i,l:FruticaverantavenaePraxeanae hic quoque superserainatae... ; traductae dohinc por quem Deus voluit, etiam evuLsac videbantur. Deniquo caverat pristinuin doctor de emendatione sua, et manetchirographuiu apud psA-chicos apud quos tune gesta res est;exindo silentiura. Et nos quidem postea agnitio Paracleti atque defensio disjunxit a psychicis. Avenae vero illae ubique tune semen excusserant. Ita aliquandiu per hypocrisin subdola vivacitate latitavit, et nunc denuo erupit. Sed et denuo eradicabitur, si voluerit Dominus, in isto commeatu.

•l. Ady). Praxeam, 27.

Page 1