AÔ.V. Praxeam
montre la divinité, comme telle, alleinte pur la souffrance. A prendre à la lettre le témoignage des Pldlosophumena, il semblerait que Calliste a retouché, dans un sens moins inacceptable, des doctrines déjà dénoncées comme hérétiques. La déposition de Tertullien, autant que nous pouvons l'entendre, ne le concerne pas. On sait du reste que Tertullien montaniste n'aimait pas le clergé de Rome, et ne devait pas ménager Calliste dans le De pudicitia. \^ Adv. Praxeam n'offre pas encore trace de cette animosité : si tel passage vise, en fait, certains catholiques, les catholiques demeurent, comme tels, hors de cause, et nulle part on ne reconnaît le célèbre vicaire du pape Zéphyrin. Telle nous paraît être la conclusion naturelle des textes lus avec attention. Gardons-nous néanmoins de les vouloir trop presser : dans l'usage théologique soit de X Adv. Praxeam, soit des Philosopliumena, la prudence est deux fois nécessaire, tant à raison du peu de critique des deux auteurs qu'à raison de leur animosité contre l'école monarchienne. Vouloir faire la part de l'élément subjectif dans les descriptions qu'ils nous ont laissées du patripassianisme et du patricompassianisme, serait évidemment chimérique; îuais cet élément peut être considérable, et il faut se tenir averti.
Cependant Hagemann*, dans une étude vigoureuse et profonde sur les trois premiers siècles de l'Eglise romaine, s'est avisé d'une autre solution. Il a insisté sur ce que présente de défectueux le concept économique de Tertullien et d'Hippolyte sur la Trinité. Il a interprété bénignement les formules qui nous sont présentées comme
1. Ilagernann, Die rocinische Kirche in dcn ersten drei Jahrhunderlen, Freiburg i. B., 1864, p. 234--257.
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Tcxprossion authentique du patripassianisnic, et il a conclu, d'une part à la réhabilitation de Cléomène et de Praxéas, d'autre part à ridentiiicalion de Calliste avec Praxéas. Cette hypothèse hardie avait de quoi séduire un esprit puissant, et elle éclaire d'une lumière inattendue tout un côté de cette histoire; en particulier, elle dissipe la pénombre qui nous dérobait le personnage énigmatique de Praxéas. Mais elle se heurte à de trop graves difficultés pour prévaloir contre les idées reçues. Toute question de doctrine mise à part, ce que Tertullien nous apprend du passé de Praxéas, sa venue d'Asie, l'ascendant qu'il prit immédiatement sur le pontife romain, c'est-à-dire sur le grand pape Victor ou sur son prédécesseur Eleuthère, sou influence décisive soit dans la question montaniste, soit dans la controverse trinitaire, plus tard ses écarts dans la même controverse, et la rétractation écrite qu'il déposa entre les mains de l'autorité ecclésiastique, tout cela forme un contraste trop absolu avec les antécédents de l'esclave de Carpophore. Le texte d'Hippolyte semble d'ailleurs imposer cette conclusion, que Calliste se tint soigneusement en deçà du monarchianisme extrême inauguré par IVoët; ces idées demeurèrent confinées dans la secte sabellienne.
On a pourtant signalé récemment des traces des mêmes idées modalistes dans des prologues pour nos Evangilosi, écrits, probablement au troisième siècle, par un latiniste
1. Voir le texte dans Wordswortli and Wliite, Xuvum Testamenlum D, X. Jesu Chrisli latine secundum erlitionem S. Hieronymi. Purs prior, quaUuor Evaiujelia, Oxonii, I88H-98, in4; pp. 13-17 : 171-173: 269-271 ; 485 487. — Cf. E. von Dobschi'itz, Sludien zur TextkrUikder Vulgalu, Leipzig, 1884, jj. :jô-(35; P. Corssen, Monarchianische Prologe zu den vier Evangelien. Ein Beitrag zur Geschichle des Kanons. Leipzig, 1896, [T, U,, 15, Ij.
inhabile, qui parait avoir plus ou moins subi Tinfluence de Sabellius * ; et à ce propos, on a répété ^, que le modalisme était devenu, sous Zéphyrin et Galliste, la doctrine officielle de l'Église romaine. Cette dernière assertion, pour n'être pas nouvelle, n'en est pas moins toute gratuite. Avant de rendre l'Egliso romaine solidaire des idées énoncées dans ces pièces anonymes, il faudrait en indiquer la provenance : on l'ignore entièrement ; il faudrait de plus établir que les chefs de cette Eglise ont professé le modalisme : c'est ce que nous n'avons pas vu, même à travers la déposition très partiale des Philosophuinena.
Passons à l'examen des doctrines diamétralement opposées au modalisme.
La lutte contre le monarchianisme de toute nuance paraît avoir rempli la carrière théologique d'Hippolyte. Vers le début du troisième siècle, il entrait en lice par la composition du Syntcigma (Somme) contre toutes tes hérésies, livre qui aboutissait à la réfutation de Noët'^ Trente ans plus tard, il y revint avec de nouvelles armes, et combattit à la fois le maître et les disciples dans les Philosophumena. L'expression authentique de sa pensée se trouve pour nous soit dans l'important frag-
1. Voici le passage entaché de modalisme, Praefatio Matlhaei, ap. Wordswortli and Whito, p. IG : Deus Christus est; qui factus est ex muliere, factus sub lege, natus ex virgine, passus in carne, omnia in cruce lîxit, ut triumphans ea in semetipso resurgens in corpore et patris nomen în patribus filio et filii nomen patri restitueret in filiis, sine principio sine fine, ostendcns unum se cum Pâtre esse — quia unus est. — Les traces du même esprit dans les prologues de S. Luc et de S. Marc sont beaucoup plus douteuses.