‹ La théologie de saint HippolyteChapitre 56 sur 210 · LE SABELLIANISME · texte numérisé non relu

LE SABELLIANISME

do Caïpho. K'S mépris trilérode, la llagcUalion ordonnée par Pilule.la dérision des soldats, la crucilixion par les Juifs, le cri qu'il pousse vers son Père en rendant l'ànie, le dernier soupir qu'il rend en inclinant la tète, la blessure faite à son côté par la lance son ensevelissement et sa mise au tombeau, sa résurrection après trois jours par la puissance de son Père. Mais la divinité à son tour se manifeste par dautres signes : l'adoration des anges, la visite des bergers, l'attente de Siméon, le témoignage d'Anne, la recherche des Mages, l'indication de l'étoile, le changement d'eau en vin dans une noce, l'ordre donné à la mer agitée par les vents, la marche sur la mer. la vue rendue à l'aveugle-né, la résurrection de Lazare après quatre jours, dos miracles variés, la rémission des péchés, le pouvoir donné à ses disciples.

Conçue de la Vierge et de l'Esprit-Saint, rimmanité du Christ est cette arche faite d'un bois incorruptible ', que revêt intérieurement et extérieurement, ainsi qu'un or très pur, le Verbe divin. Au jour de son ascension ~, le Roi de gloire montrera pour la première fois aux puissances célestes la chair pénétrant dans le séjour de la divinité.

A considérer d'ensemble cette théolog'ie, on reconnaîtra qu'elle dénote un recul sur la pensée de saint Justin ^. Car

1. Fragment sur l's. :l-^, 1, ap. Théodoret {Eranisles, Dial. 1, P. G., 83, 85. Ach., p. 146).

■2. Fragment sur Ps. 2.3, 7, ap. Théodoret (Eranisles, Dial. 2, P. G., 83, 176. Ach., p. 1 17).

3. Dans son excellente Histoire des dogmes, t. 1, il. ïixeront parait juger plus favorablement l'école trinitaire et Hippolyte en particulier. On lit, p. 317 : " Cet enseignement, au point de vue trinitaire, reproduisait, en le corrigeant à peine, celui des apologistes, » p. 32 1 : ■< Il n'y a dans saint Hippolyte que peu de traces de subordinatianisme ». Cette dernière assertion procède d'un scrupule scientifique ; l'éminent auteur s'abstient provisoirement d'attribuer à Hippolyte les Philosophumena, où le subordinatianisme est plus marqué que dans le fragment Adv. Xoetum. Quant à la génération du Verbe, j'ai montré {Théologie de Tertullien, p. 85 sqq.) comment le concept assez flou des premiers apologistes est, chez Hippolyte, accusé par des ti-aits précis, qui achèvent do masquer la génération éternelle.

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si elle y apporte certaines pri'^cisions concernant le Verbe, c'est pour accuser davantage cette subordination qui fait du Verbe un pur instrument. A côté de textes qui affirment nettement l'unité de Fessence divine ^, il en est d'autres qui paraîtraient réduire V économie divine à une union dynamique et morale ~. Moins grossièrement matérialiste que Tertullien dans sa conception des choses divines, Hippolyte n'est pas moins incorrect dans son explication de la Trinité. Car il ne venge le mystère contre les attaques modalistes, qu'aux dépens de l'éternité des processions divines. Si le Verbe existe avant tous les temps, il ne prend possession de sa personnalité comme Fils de Dieu qu'au prix d'une double génération temporelle^, l'une divine, l'autre humaine. La personne du Saint-Esprit est encore plus effacée. Le fragment contre Noët lui fait cependant une place'*, \qs Philos ophuniena la laissent pres-

1. Adv. .\oet., 11, p. 51, lo : Où o-jo Ôôoù; /.éyo), à>,>.' ûj; çw; èx çwto; r, w; (iôwp £X TiriVïjç r) w; à/.-rîva ÙTzb yj/iov. Cf, l'Idlosoph., l'I, IJo, p. .'18,0 : Toutou ô Aôyo; (aôvo; èH aùxo-j* S'.ô y.al 0eb«, o'jnia. viTcàf/wv 0£oO. Sur Num., 24, 17, Achelis, p. X'I : Ta cruvaixçÔTepov ey^wv Iv Éautw, ti^v te toù Weoù oùcîav xat ar.v i% àvÔpoÔTttov.

2. Adv. Xoelion, 7, p. 49, (i-lO : My) izâ^nt- ev <7û(ià Ii7[xev -/.tx-zà ttiv oùcîav, 71 tYJ 6uvà[i£t xal tî) &'.a6c'(T£t xrjç ôjjiocppoviaç ëv ytvô|i£6a; tov aOtôv or) ipÔTtov ô Haï;, ô n£(j.ç6£i; xal Û7t' aÙTÛv lArj y'''w<"iÔ|X£voç, ôvtwv èv xôasitp, â)ixo).6Yr,<r£v £lvat £v TÙ> IlaTpi ôuvâjxEt y.al ôtaôéaEt. Et; yàp voù; na-rpoç ô Ilaï;. Oi voùv Yla'zçbi tYpvxz:^ toÛt(i) TO(7T£'6o(i.£v...

3. Le Verbe apparaît comme Fils de Dieu avant tous les temps, dans la Demonslratto aJv. Judaeos, 7, Lagarde, p. 60, 7 sqq. : Atà xî, w TcpoçriTa, elîià vjuïv, xïvo; x*p''' ô vaèç 7)prj[i.a)6ri ;... "Oxi tôv Tlôv toû EÙEpyétou ÈSavaTcotrav, aÙTÔ; Ycxp ècttiv ô t^ Ilarpl cruvaîôioi;. 31ais cet ouvrage, dépourvu d'attestation ancienne, n'est pas à l'abri de tout soupçon. Voir Bardenhewer, Gescliichle der A KL., 2,519 ; Ilarnack, Chronologie der ACL, 2, 218. — Une autre affirmation de la filiation éternelle du Verbe se trouve dans un fragment sur la Genèse, édité par Fabricius et reproduit par Migne, P. G., 10, 600. Mais il est impossible de faire fonds sur ce texte, emprunté à Procope de Gaza; voir Achelis, Hippolylstudien, p. 104.

4. On a plus d'une fois contesté l'authenticité de ces allusions au Saint-

Li; S.VltKLLlAMSMi;. 31

que entièrcnieiit tle côté; ils expliquent seulement, à Tusage du grand public, comment le Verbe apparut à côté (lu Père; et l'explication rappelait trop les ()tz\ y£vv/;tc{ de Platon pour ne pas donner prise aux reproches de ceux qui redoutaient une intrusion de la spéculation grecque dans le domaine du doq-me chi'étion.

Après avoir indiqué les tendances extrêmes dans la controverse romaine sur la Trinité, il resterait à tracer l'histoire de ce mouvement doctrinale Elle peut se résumer ainsi. Deux écoles diamétralement opposées insistent l'une sur l'unité de Dieu, l'autre sur la distinction des personnes. La première, de Xoët à Sabellius, aboutit

Esprit dans la réfutation ùe Nort. Voir Draesekc, Zum Syntatjma der Hippolytos, dans Zeiischrifl /'. loissenschaft. Théologie, 46, liX)o, p. 08 sq.. citant Bunsen. Voli^mar, Lipsius. Nous ne nous arrêterons pas à discuter ces soupçons, à notre avis dénués de tout fondement. Les passages qu'on désigne comme interpolés ont leurs parallèles chez Justin, Théophile d'Antioche. TertuUien, et ne se laissent pas arracher sans déchirure du contexte d'Hippolyte. Ce qui est vrai, c'est que le mot TtpoawTtov, appliqué par llippohte au Fils, n'est pas clairement appliqué au Saint-Esprit. Adv. Xoet., 14, p. 52, 28 : Auo [lèv oùx èpw Ssoùî, à.W yj eva, TrpoorwTra Se oûo, oJxovo|i.(cf 6è TptTiQv TYiv yàçiv Toû l\YÎoy IIve-j(xaxo;. IlaTrip (xèv yàp et;, TrpoawTra ôà 8ûo, oTi xaî 6 Ytô;, to Sa TpJTov zo "Aiftov II'.E'jfAa. Pourtant le pai'allélisme des trois personnes divines apparaît à plusieurs reprises : 8, p. 50, 3 : ...(XpiCTTÔi) Ttàvxa naTYipÛTtiTaEev, 7rap£y.To;éauTov xat IlveOjiaTo; 'Ayiou, xaî toO- Tou; EÏvat ôvTw; Tpta; 12, p. 52. 12 : "Evaap/.ov Aôyov 9£a)pov|j.îv. IlaTÉpa 6ià aÙTOÙ vooù|J.£v, Vîôj Se îC'.oT£'jO[iev, IIv£0[J.aTi VVyiw 7ipocxyvoîj(jL£v; p. 53, 3; p. 53, 16, allusion à la formule du baptême, S'.à yàp xy;; TpiâSoî TayTri; tlatrip So?â!;eTai; 18, p. 57, 16, doxologie à la Triniti'. — Les allusions au Saint- Esprit qu'on peut relever dans les Philosophumena sont fort vagues; voir 1. p. 4, 13 : Tô cv 'ExxXïiii'ff itapaSoBèv 'Ay-ov IIv£0(xa; p. 5, 5 : "Oera napÉ^Et TÔ "Ayiov nv£ù(x.a. Remarquons néanmoins, avecHagemann, p. 269, qu'elles impliquent assez nettement la croyance à la personnalité du Saint-Esprit. 1. C'est ce qu'a fait Doellinger, avec une grande hardiesse d'induction. Hippolytus und Kallislus, p. 220-232. Voir encore Ilagemann, Die roemische Kirche..., p. 257-275; Anonyme, Der Monarchianismus und die roemische Kirche..., p. 0 sqq.

ÔZ THKOLOGIE DE SAINT HIPPOLYTE.

plus OU moins consciemment ù détruire l'économie de l'Incarnation et de la Rédemption. La deuxième, représentée par Hippolyte, n'évite pas toujours l'écueil subordinatien, et, par un langage incorrect sur le Verbe, prépare les voies à l'arianisme. Entre ces deux extrêmes, il y avait largement place pour des conceptions plus correctes; mais, comme il arrive souvent aux doctrines moyennes, elles n'ont pas laissé de trace visible, et l'on ne peut reconstruire leur histoire que par induction ^ Les évêques de Rome, Zépliyrin, puis Calliste, possédèrent à des degrés divers les qualités des bons administrateurs : Zéphyrin, avec un zèle pratique et un bon sens peut-être timide, Calliste avec un esprit plus actif et plus délié. Furentils vraiment, autant qu'Hippolyte voudrait le faire croire, dénués d'esprit théologique ? La preuve n'en est pas faite, et l'on ne peut se défendre d'un doute, à peser les accusations tendancieuses des Philosophuniena.

On y lit que Calliste confondait le Père et le Fils en une même personne, et aussitôt après on lit le contraire 2. On y lit que, selon Calliste, le Verbe était identiquement Fils et Père, abstraction faite de l'Incarnation; et un peu plus bas le nom de Fils ne désigne plus que l'hu-

1. Un étrange document du sixième siècle, se réclamant d'un concile romain sous Sylvestre — Canon vpI constilutio Silvestri episcopi urbis Romae et domini Constantini Augusti, c. 2 — associe dans une condamnation posthume Calliste, Victorin (c'est-à-dire le pape Victor) et Hippolyte, le premier comme entaché de sabellianisme, le second à cause de son opiniâtreté dans la question pascale, le troisième comme ayant favorisé les erreurs de Valentin. Voir le texte dans Migne, P. L., 8, 833. Cf. Doellinger, Hippolylus und Kallistiis, p. 216-250; Achelis, T. U. N. F., 1, 4, p. 32-34. Réminiscence confuse des luttes qui avaient troublé l'Église de Rorne, plus d'un siècle auparavant.

2. Philosup/mmena, 9, 12, p. 443, 3 : Ka),£t(j9ai ITaTépa y.al Tlôv, ëva 0£Ôv, y.aî ToÛTO £v ôv irpôiTWTCov \).ii Sûvaaôai s'vai oOo. — 76. T» : Où yàp 6£),ei Xc'yeiv... ëv etvai Trpô<7WTrov.

LE SAIIF.LLIAXISME. 33

manite du Christ '. On y lit que Galliste admettait TIiicarnation de la divinité dans le sein de Marie, et ailleurs qu'il acquiesçait aux idées de Théodote-; ces deux assertions s'excluent, car, selon Théodote, Jésus-Christ n'était (ju'un pur homme, sur qui l'Esprit de Dieu se reposa lors de son baptême dans le Jourdain. Donc Hippolyte nous renseigne assez mal sur les positions dogmatiques de Calliste. Néanmoins il nous apprend quelles doctrines Calliste combattit, et nous voyons qu'il y avait lieu de les combattre.

Calliste combattit d'abord pour l'unité de l'essence divine contre Hippolyte, puis pour la Trinité contre Sabellius : il suffit qu'il ait dû faire front successivement à deux écoles adverses et se fixer entre les extrêmes, pour se voir exposé aux injures des deux partis. Dans le temps même où Sabellius lui reprochait d'avoir déserté le sabellianisme, Hippolyte le traitait de sabellien déguisé. Combien cette imputation était gratuite, on a pu s'en convaincre par le propre témoignage des Philosophumena .

11 ne cessa de combattre, en la personne d' Hippolyte, ce dithéisme qui, après avoir simplement identifié le Père à l'essence divine, faisait éclore le Verbe à ses côtés, comme un dieu secondaire, auquel il n'assignait qu'une personnalité adventice.

11 fut amené à combattre également, dans la personne de Sabellius, ce patripassianisme qui, en réduisant ladis-

1. Philosophumena , 9, 12, p. 112, 5 : Asya)/ t6v Aôyov aOrôv slva-. ïlôv, aÙTOv xat IlaTÉpa, ôvofiaTi [làv y.a).o'j(ji,cvov , £v Zï o->x% IIv£Ù(ia àocaîoETov... — /6. 11 : Tè (ièv "^fàçi P),ï7i6[iîvov, ÔTrep ia~\-i àvOpuTro;, toOto slvai tôv Ttov, tô ï Èv Tw Vlô) ytopTiOÈv TIveù[Aa toOto eTvai tov IlaTîpa.

2. PhUosophuiiiena, 9, 12, p. 112, 8 : Xb h xr| Dapôévco (7apxw6àv Ilveùaz.. Cf. ib., p. 443. 9.

TIltOLOOIE DE SAINT HIPPOLYTE. 3

tinction du Père et du Fils à une pure affaire de noms, ruinait l'économie de l'Incarnation et de la Rédemption; et il semble avoir déployé dans cette controverse plus d'âpreté que dans la précédente, car il excommunia Sabellius ; quant à Hippolyte, il paraît plutôt s'être excommunié luimême.

Le patricompassianisme qu'on nous présente comme la formule propre de la théologie de Calliste, diffère, nous le savons, de la doctrine absurde que Tertullien attribue à Praxéas.

On voit qu' Hippolyte, volontairement injuste envers Calliste, nous offre parfois à son insu le moyen de redresser sa propre injustice. Les violences des Philosophumena ne sauraient être acceptées comme base suffisante d'un jugement équitable; mais outre qu'en précisant l'écart des solutions extrêmes elles permettent d'embrasser du regard le champ où pouvait se mouvoir une pensée orthodoxe, elles fournissent plus d'une indication sur l'histoire de l'enseignement trinitaire au sein de la chrétienté romaine, et sur le rôle, en somme glorieux, qu'y joua le pape calomnié.

Un demi-siècle environ après Calliste, la controverse sabellienne se ranimait en Afrique. Denys d'Alexandrie intervint par des lettres qui ne semblent pas avoir été toujours bien comprises; et Denys de Rome (259-268), mis en demeure de trancher le débat, le fit avec autorité, par un écrit où il détermine les positions intangibles de la doctrine trinitaire. Dans un fragment conservé par saint Athanase^, le pape signale deux écueils où peut conduire

1. Saint Athanase, De decretis Nicaenae synodi, 26. — Reproduit, P. L., , 110-116.

LA CUISE MOHALE. 35

une réaction outrée contre le monarchisme sabellien : un peut exagérer la distinction des personnes jnsqu'à en faire trois dieux; on pont encore rabaisser la dignité du Fils, en assimilant sa génération à une simple création.

Ces aberrations nous sont connues. La première était au fond du dithéisme reproché à Hippolyte par Callisle, et la seconde a laissé des traces, soit dans le fragment contre Noët, soit plus encore dans les Philosopluuueiui. Le pape Denys ne signale d'ailleurs aucune fluctuation dans la doctrine du siège apostolique sur la Trinité; la formule où il résume sa pensée a, plus que toute autre, chance de représenter exactement la position prise, un demi-siècle plus tôt, par Calliste^ :

« Il ne faut ni scinder en trois divinités l'admirable et divine Monade, ni imaginer une fabrication contraire à la dignité et k Téminente grandeur du Seigneur; mais croire en Dieu le Père tout-puissant et en Jésus-Christ son Fils et en FEsprit-Saint, ainsi qu'en Funité du Dieu de l'univers avec son ^'erbe ; car il dit : « i\Ion Père et moi nous sommes un )> ; et : « Je suis en mon Père et mon Père en moi. » Ainsi l'on maintiendra et la Trinité divine et l'enseignement sacré de la monarchie. »

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