‹ La théologie de saint HippolyteChapitre 57 sur 210 · III. LA CRISE MORALE AU TEMPS DE CALLISTE · texte numérisé non relu

III. LA CRISE MORALE AU TEMPS DE CALLISTE

Des dissentiments d'ordre pratique^, dont plusieurs n'étaient pas sans portée doctrinale, vinrent s'ajouter aux rivalités personnelles et aux controverses sur Dieu : Hip-

l.'^Saint Denys de Rome, P. L., '>, 116.

polyte reprochait à Gallisto son laxisme dans les questions morales. Revenons au récit des Philosophumena'^.

Le premier, Calliste s'avisa de lâcher la bride aux passions humaines, disant qu'il remettait à tout le monde les péchés. Quiconque se serait laissé séduire par un autre, pourvu qu'il fût réputé chrétien, obtiendrait la rémission de toutes ses fautes en recourant à l'école de Calliste. Pareille déclaration combla de joie bien des gens qui, la conscience ulcérée, rejetés déjà par diverses sectes, quelques-uns même excommuniés solennellement par (Hippolyte), se joignaient aux adhérents de Calliste, et peuplaient son école. Calliste définit qu'un évêque tombé dans une faute, même capitale, ne devait pas être déposé. De son temps commencèrent à être admis dans le clergé des évoques, des prêtres et des diacres qui avaient été mariés deux et trois fois ; et même un clerc venait-il à se marier, Calliste le maintenait à son poste, comme s'il n'eût commis aucune faute. Il appliquait à ces cas la parole de l'Apôtre. « Qui êtes-vous, pour juger le serviteur d'autrui? » (Rom., 14, 4), ou encore la parabole de l'ivraie : « Laissez croître l'ivraie avec le froment. « (Matt., 13, 30), entendant ces textes de ceux qui commettent le péché après leur entrée dans l'Église. Il montrait encore une figure de l'Eglise dans l'arche de Noé, qui contenait des chiens, des loups, des corbeaux et toute sorte d'animaux, purs et impurs : ainsi devait-il en être dans l'Eglise. Tous les textes qu'il pouvait tirer à ce sens, il les interprétait de même. Les auditeurs, charmés de ces dogmes, continuent de se leurrer et de leurrer les autres, qui affluent à cette école. Voilà pourquoi le parti grossit ; ils s'applaudissent de gagner les foules, en flattant les passions malgré le Christ : sans égard pour le Christ, ils laissent commettre le péché, se vantant de le remettre aux âmes bien disposées. Calliste a encore permis aux femmes non mariées, si elles s'éprenaient d'un homme de condition inférieure, ou voulaient éviter de se marier devant la loi pour ne pas perdre leur rang, de s'unir à l'homme de leur choix, soit esclave, soit libre, et de le tenir pour époux, sans recourir au mariage légal. Là-dessus on a vu des femmes soi-disant fidèles employer toute sorte de moyens pour faire périr avant terme l'enfant qu'elles avaient conçu, soit d'un esclave, soit d'un mari indigne d'elles : leur rang et leur fortune voulaient cela. Ainsi Cal-

\. Philosophumena, 9, 12, p. 443, 11-446, 3.

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