ÉMISSION DES PÉCHÉS
son ressentiment , le parti de cette âme qui lui fut chère, à laisser ouverte au coupable la voie du retour, et d'une pénitence au terme de laquelle on aperçoit le salut '. Dans cette page, nous prenons sur le fait la conduite miséricordieuse de l'Eglise envers les impudiques, conduite qui, pour s'entourer de toute sorte de précautions, n'atteignait pas néanmoins ce degré de rigueur auquel voulait la pousser le montanisme.
Dans le De pudicitia, TertuUien, montaniste depuis douze ou quinze ans, s'élève avec force contre le pontife romain, qui prétend absoudre les fautes de la chair-; changeant de langage à l'égard du Pasteur d'Hermas, il flétrit ce « manuel des adultères ^ », et dit à Calliste * : « Si vous absolvez l'impudique, pourquoi pas l'idolâtre et l'homicide ? » On a cru voir dans cette parole la preuve que l'Eglise déployait alors une égale et inexorable sévérité envers ces trois catégories de pécheurs. Mais si l'on considère la virulence extraordinaire du pamphlet, les procédés d'argumentation familiers à TertuUien en colère, l'absence d'arguments historiques à l'appui de cette boutade, enfin le soin que prend l'auteur de demander à
1. TertuUien, De palientia, 12 :(Patientia) etiam paenitentiae niinistrat, solitae lapsis subvenire. cum disjuncto matrimonio (ex ea tamen causa qua licet seu viro seu feminae ad viduitatis perseverantiam sustineri) haoc exspectat, haec exoptat, haoc oxorat paenitentiam quandoquc inituris salutem. — TertuUien parle ici comme Ilcrmas, Mandat., 4, 1, S.
2. TertuUien, De pudicUia, 1 : Pontifox scilicet maximus, quod est opiscopus episcoporum, edicit : Ego moechiao et fornicationis delicta paenitentia functis dimitto.
3. TertuUien, De pudicitia, 10 : Scriptura Pastoris, quae sola laoeclios amat; 20 : lUo apocryphe Pastore moochorum.
4. TertuUien, De pudicitia, 5 : Adsistit idolâtres, adsistit homicida, in medio oorum adsistit et moechus... Idololatrem quidem et homicidam semel damnas, moochum vero de medio oxcipis?... Personae acceptatio est.
rÉcriture des textes pour condamner l'impudique sans espoir de rémission i, la preuve paraîtra fort douteuse. Tertullien a payé d'audace, et pourtant il n'a pas gagné sa cause devant ses contemporains; la postérité n'est pas obligée de le croire sur parole, quand toute sorte de raisons rendent cette parole suspecte. Trente ans plus tard, saint Cyprien constatera - que tel de ses prédécesseurs sur le siège de Carthage'a refusé absolument de réconcilier les impudiques, mais il ajoutera aussitôt qu'à la même date d'autres évêques les réconciliaient, et marquera très expressément que cette sévérité fut considérée comme une exception dans l'Église. A prendre l'assertion de Tertullien au pied de la lettre, il semblerait que ce fût au contraire la règle sans exception. Calliste n'avait qu'un mot à dire pour réduire à néant l'argumentation de Tertullien, et ce mot il a fort bien pu le dire, car les Philosophumena ne mettent aucune restriction à ses pardons 2. Comme nous ignorons ce qu'il répondit, nous ne sommes pas fondés à prendre pour argent comptant toutes les assertions de son adversaire.
L'autorité d'Origène est encore moins décisive en faveur de la réserve des trois cas ^. Nous voyons bien qu'à