IIKMISSION DES PF.CHES
nants de toutes les sectes : d'où Ton peut induire qu'il ne se montrait pas inexorable à l'apostasie. Un peu plus bas^, Hippolyte reproche à Galliste sa faiblesse envers certaines femmes, pour qui le concubinage se compliquait d'infanticide : par où Ton voit que le meurtre lui-même n'était pas exclu du pardon. Ainsi l'apostat et l'homicide curent quelque part à l'indulgence nouvelle accordée par Galliste à l'impudique, et nous constatons une nouvelle brèche à la théorie qui admet une progression régulière dans la renonciation de l'Eglise à la réserve des trois cas. Quant aux impudiques en particulier, nous voyons qu'en atténuant à leur égard la rigueur de l'antique discipline, Calliste fit scandale dans quelques cercles chrétiens ; nous ne voyons pas que sa réforme ait été aussi radicale qu'on l'affirme quelquefois. C'est encore Hippolyte qui nous a conservé l'histoire de Natalis, cet ancien confesseur de la foi, passé à l'hérésie de Théodote, et devenu chef de secte. Pour n'avoir pas abjuré le christianisme, Xatalis n'en était pas moins déserteur de l'unité catholique, donc assimilable aux apostats de diverse provenance, que Calliste réconciliait, au grand scandale d' Hippolyte. 11 fut réconcilié par Zéphyrin, après une exomologèse douloureuse 2; et le narrateur ne se montre pas contraire à cette miséricorde, ni ému d'un tel précédent.
L'indignation manifestée par l'adversaire de Galliste, dans les Philosophumena, a donc de quoi nous surprendre, n lui était d'ailleurs facile de se donner le beau
1. Philosophumena, U, 12, p. 445, 11 : 'OfàtE et; oar,v àasêsiav è-/û}Ç,r,azy 6 âvo|io; ixO'.x^îav xal oôvov Èv tû aùtû oiSâoxcov.
2. Ap. Eusébe, //. E., h, 28, 12 : '£vôu(7à[X£vov aâuxov xai ctuoôôv xaTauaff(i|JLevov (xeTà icoXXtj; OTtouô^; xai ôaxpûwv îipogueffEïv ZeçupîvM tw éTtidxÔTK})... fi^Xt; y.oivwvriOrjvai.
rôle^, quitte à jeter des âmes dans le désespoir. De fait, son école se vidait chaque jour. Celle de Galliste s'emplissait, disent les Philosophumena^ du rebut de toutes les sectes, y compris les gens excommuniés par Hippolyte, Gela ne prouve pas que la mesure prise par Galliste fût inopportune, ni qu'elle eût le caractère d'une véritable révolution, comme l'assurent les Philosophuniena. Les considérants de cette mesure sont faciles à imaginer; quant à sa portée exacte, nous croyons que la discussion précédente nous autorise à la préciser quelque peu. Ce ne fut pas une sentence dogmatique, mais bien une mesure disciplinaire, qui renfermait sans doute une part de nouveauté, puisqu'elle causa du scandale. Gette part de nouveauté, nous la voyons dans l'admission régulière de certains grands pécheurs, et nommément des impudiques, aux pardons de l'Eglise. Jusque-là ils n'y étaient admis que par exception. Les Philosopliumena ne nous semblent pas dire autre chose. Au reste, ce livre n'engage pas la lutte sur le même terrain que le De pudicitia -. Tandis que Tertullien, avec Técole montaniste, contestait en principe le pouvoir, que s'attribuait le pontife romain, de remettre les fautes de la chair, Hippolyte proteste contre ce qui lui paraît un relâchement de la discipline, et un encouragement donné au vice ; il élude à dessein la discussion théologique. Moins encore que Tertullien, il peut être cité comme témoin pour établir qu'avant Galliste l'Église romaine tenait comme absolument irrémissibles.
1. Il ne manquait pas, dans l'Église primitive, de gens zélés, pour encourager la rigueur, et parfois les pasteurs des âmes devaient réagir contre cet esprit. Voir le deuxième livre des Constitulions apostoliques, c. 14 et 40.