‹ La théologie de saint HippolyteChapitre 98 sur 210 · Revue de l'histoire des religions, t. 46, p · texte numérisé non relu

Revue de l'histoire des religions, t. 46, p

2. R. Reitzenstein, Poimandres. Studien zur griechisch-aegyptischen und fruehchrisllic/ien Lileratur, Leipzig. 1904, p. 81-102. Nous re\iendrons sur celte question dans notre dernier chapitre.

HUM'OLYTi: i:t la gnose. 99

Lilité de reconstituer le document païen utilisé dans cette exposition de la gnose naassénienne. A tout prendre, la tentative de M. Reitzenstein nous parait couronnée de succès'- Il lui a suffi d'élaguer un certain nombre de développements scripturaires, pour isoler un texte mythologique d'une certaine ampleur, et aussi intelligible que le comporte l'obscurité du sujet, et pour prouver du même coup que la secte naassénienne n'a pas dû se développer sur le sol chrétien. C'est une secte païenne qu'on nous présente, à peine dénaturée par un christianisme d'étiquette. Sans attacher aucune importance aux détails de la restitution archéologique à laquelle nous devons un curieux document païen, nous croyons qu'elle procède d'une idée juste, et montre sous son vrai jour une doctrine dont le germe primitif doit être cherché en dehors et bien loin de l'Evangile.

La classification des écoles gnostiques, question pendante depuis l'antiquité, n'a pas été résolue par la découverte des Philosophumena. Nous n'avons pas à la reprendre dans son ensemble, mais nous devons y toucher dans la mesure nécessaire pour éclairer le point de vue d'Hippolyte. Les besoins de la polémique, plus que la généalogie des systèmes, avaient tracé aux anciens Pères la marche de leurs réfutations. Théodoret fut le premier à essayer d'introduire un peu d'ordre dans ce chaos : il distingua les sectes à base moniste et à base dualiste. Mais sa distinction avait l'inconvénient de tomber en dehors du champ propre de la gnose : tout au plus pou-

1. Elle paraît telle également à M. W. Bousset, qui a consacré à l'œuvre (le Reitzenstein une critique approfondie, Goetlingische gelehrle Anzeigen, septembre 1905, p. 692-712, notanament [). 698.

vait-elle servir à isoler le dualisme marcionite ou celui d'Hermogènedes différentes formes du monisme gnostique. Les historiens modernes, mieux placés peut-être pour dominer la mêlée confuse des idées, ont eu recours à d'autres distinctions. Neander, prenant son point de vue dans le judaïsme, essaya de grouper les sectes selon leur attitude envers la loi de Moïse : tentative incomplète, qui laissait de côté Télément païen de la gnose, Baur combla cette lacune, et sa classification, tenant compte des trois éléments en présence, christianisme, judaïsme, paganisme, fut encore reprise et complétée par M^"" Freppel K D'autre part, Gieseler renonçait à trouver dans le fond même des doctrines un principe suffisant de distinction : il recourait à la géographie pour discerner les groupes, et marquait trois foyers de propagande gnostique : Egypte, Syrie, Asie mineure. Malgré les perfectionnements qu'y apporta Matter^, cette classification manque de netteté, les différences de doctrines ne coïncidant que vaguement avec les limites territoriales. Sans viser à une synthèse complète, l'auteur des Philos ophumena annonce l'intention de rechercher les antécédents de la gnose 3, Il y réussit dans une large mesure, grâce à la richesse de son information ; néanmoins, en donnant à sa pensée une forme trop particulière, il a plus d'une fois compromis la thèse qu'il s'efforçait d'établir.

D'une manière très générale, la gnose nous apparaît dans son livre comme un mélange en proportions variables, d'anthropologie et de théosophie. La formule naassé-

Page 1