Matter, //ts/oî're critique du gnosticisme^, Paris
3. Philosophumena, I, prooem.; cf. 6, 41, fin, p. 308, 13 : 'Hiitv up(5y.£t- Tai... To SeïÇat 59cv Ta; àcpoffià; Xa66vT£i; aÙTOî; là. ocyÇavra £ve<TT>îffavTo.
HIIM'Or.YTF. ET I.A GNOSK. 101
nienne, citée deux fois par Hippolyte i, traduit passablement l'ambition commune de ces systèmes.
Aucune des attaches doctrinales de la gnose ne lui a échappé : influence des anciennes écoles philosophiques, influence de l'astrologie, de la magie et autres sciences occultes, influence des mystères du paganisme, influence particulière des doctrines ophites, influence personnelle de Simon le magicien, ce mystérieux patriarche de la gnose, influence chaldéenne et assyrienne, phrygienne, égyptienne, hellénique, ont laissé leur trace dans son enquête historique. Des études nouvelles ont, de nos jours, mis plus en relief l'influence de tel ou tel facteur : tel historien appuiera de préférence sur le rôle joué par l'Egypte dans le développement des grands systèmes gnostiques', tel autre rattachera presque tout aux ophites 3; tel autre verra dans la gnose une dernière transformation de la religion babylonienne ^. L'auteur des Philosophumena a ouvert toutes ces voies. Il est moins heureux dans ses tentatives particulières pour renouer le fil qui rattache les diverses sectes aux diverses écoles philosophiques : au commencement, il s'était fait fort de montrer dans la sagesse profane la source de toutes les hérésies ^ : cette
1. Philosoph., 5, <i, p. 140, G; 5, 8, p. 170, 15 : 'Apx-Ô tsUiuîtsw; y^w'^'î «'ôpwTtou, 0£oy ôè yvûxïii; àiTr,pTi7(i.Éviri tsXsi'ûXji;.
'i. Ainsi M. E. Améiineau, Essai sur le gnoslicume égyptien, Paris, 1887 {Annales du Musée Guimel, t. 14).
3. Ainsi M. C. SchmkM, Gnostische Schriflen in Koptischer Sprache aus dem Codex lirucianus herausijegeben, T. U.,8, 1,2, 1892.
4. W. Anz, Zur Frage nach dem Ursprung des GnosHzismus, T. U., 15, 4 ; Leipzig, 1897.
5. TertuUien a plus d'uno fois énoncé la mtmio thèse, notamment ApologeL, 47; De praescripl., 7. Mais il se montre plus réservé, plus juste aussi dans ses rapprochements.
entreprise l'engage dans des rapprochements forcés, et dégénère parfois en gageure.
On peut lui accorder qu'un certain panthéisme, — mais non précisément celui des vieilles écoles physiciennes, — est à la base des diverses conceptions gnostiques ; que les théories de Pythagore et de Platon entrent pour beaucoup dans les rêveries de Valentin et de ses disciples. Mais quand il nous présente, par exemple, le Dieu-néant de Basilide comme un produit de l'abstraction péripatéticienne, nous nous récrions contre ce travestissement de la pensée d'Aristote. Quand il prétend retrouver dans l'hérésie de Marcion la doctrine d'Empédocle, et assimiler les deux dieux marcionites aux deux principes d'attraction et de répulsion, qui, selon le philosophe d'Agrigente, gouvernent le monde, nous constatons qu'il est dupe d'une apparence extérieure, car cette hérésie ne procède pas d'une pensée métaphysique : Marcion n'a demandé qu'à l'Ecriture l'idée-mère d'un système fondé tout entier sur l'antagonisme des deux Testaments. Quand il recourt au monisme d'Heraclite pour expliquer le monarchisme de Noët et confondre les antitrinitaires, nous lui répondons que cette fois encore il a pris le change, que les doctrines de Noët s'expliquent beaucoup mieux par d'autres influences, notamment par celle du monothéisme judaïque ^, obstinément réfractaire à l'enseignement de la Trinité; et, ne fût-ce que pour cette raison, le grand mouvement tournant par lequel il espérait envelopper et écraser Calliste, échoue au moment décisif.
1. Et c'est bien par là qu'IIippolyte VexpUqimit, Adv. iXoetiim, i, en accusant Noct d'avoir travesti renseignement des prophètes, Moïse, Isaïe, Baruch.
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Il retrouve ses avantages pour décrire la iiliation des systèmes gnostiques, et leur évolution interne. Par exemple il ajoute beaucoup à ce que nous savions, par son maître Irénée, sur Técole de Valentin'. Non content de distinguer, à la suite d'Trénée, entre Valentin et valentiniens, il spécifie ' que l'école se scinda de bonne heure en deux rameaux : le rameau italique, décrit par Irénée, et le rameau oriental, qui paraît avoir gardé plus exactement la pure doctrine valentinienne. Il marque de traits précis la différence entre ces deux écoles issues de ^'alentin : fidèle au monisme primitif, l'école orientale faisait procéder tous les Eons du Père solitaire en son éternité, tandis que l'école italique lui adjoignait un principe féminin, Sigè, et tirait tout de cette dyade féconde ; l'école orientale attribuait à Jésus un corps pneumatique, tandis que l'école italique lui attribuait un corps psychique. Ces distinctions et d'autres encore, que nous pouvons contrôler par le recours direct aux sources valentiniennes'^, nous rassurent sur la valeur des documents mis en œuvre par Hippolyte dans la description de cette hydre aux cent têtes que fut l'hérésie de Valentin.
Dans l'ensemble, il a vu juste sur l'origine de la gnose. Moins sommaire que celle d'Irénée, moins indulgente que celle de Clément d'Alexandrie, sa critique apparaît, à qui l'envisage dans un recul suffisant, fort instructive et d'ordinaire équitable. Un besoin excessif de simplilîca-
1. Voir Aiuélineau, Essai sur le gnoslicisme érjyplk'ii, p. 184 sqq.
2. Philosoph., 6, 35, p. 296, 3-5. On voit que la scission se produisit dans l'école au sujet do la nature du corps du Sauveur.
3. Voir Pislis Sophia, ouvrage gnostique traduit du copte, par E. Amélineau, Paris, 1895. Dans l'Introduction, p. xi-xvni, M. Amélineau s'efforce d'établir que nous avons conservé, dans cet ouvrage, un écrit autlientique de Valentin.
tion l'a trompé quelquefois sur la vraie nature du sj'ncrétisme gnostique, et lui a fait renouer mal à propos le fil de certaines traditions particulières. L'héritage des anciennes écoles existait diffus dans ce milieu où Hippolyte ne réussit pas toujours à l'isoler; en dépit de certaines précisions malencontreuses, l'ensemble de ses jugements demeure. On voudrait pouvoir oublier la rancune personnelle qui est le ressort caché de son livre : pour peu qu'on fasse, abstraction de l'anticallistianisme, cette somme contre les hérésies reprend un rang honorable parmi les monuments de l'ancienne polémique chrétienne.