LA GRANDE COLLECTE
excelliez aussi dans cette grâce. Je ne commande pas (je donne un conseil); mais je veux éprouver le bon aloi de votre charité en la rapprochant du zèle des autres. Vous savez, en effet, la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ qui, de riche qu’il était, se fit pauvre pour nous, afin de vous enrichir par sa pauvreté même ! ». Il ne s’agit plus des chrétiens de Philippes ou de Thessalonique. Paul plonge son regard dans les cieux; il les entr'ouvre et nous montre le Fils de Dieu se dépouillant de ses attributs divins et se revêtant de notre misère pour nous associer à ses grandeurs et à ses richesses. Qui résisterait à cet exemple et serait sourd à cette invitation ? Amour-propre. — L'amour-propre est plus difficile à manier et l'éloge est un dangereux remède pour qui ne sait pas le doser. Paul rappelle aux Corinthiens que depuis un an ils ont commencé la collecte et cela de leur propre initiative, sans aucune pression extérieure. « Je connais, ajoute-t-il, votre empressement dont je me glorifie pour vous auprès des Macédoniens; je leur répète que l’Achaïe est prête depuis un an
1. 85-% : Tivooxete yàp TN Su To “os Auov "Incoÿ Xptotoù, ütu à” AUS ÉTTOYEUCEV mdoveuos Œv, tva pets Th Éxetvou TTWYEX mlouthonte. Il est difficile de lire ce texte sans songer simultanément à Phil. 268 et à Mat. 820 (Luc. 958). La pauvreté est la note caractéristique de la vie du Christ et l’incarnation inaugure le dépouillement. Il est très vrai que nrwyeve signifie « être pauvre » et non pas « devenir pauvre »; mais de même que l’aoriste é6aciheucev veut dire « il inaugura son règne et continua à régner » l’aoriste énroyeusev peut fort bien signifier « il entra dans son état de dépouillement pour y persévérer ». Il est donc probable que saint Paul songe en même temps au dépouillement de lincarnation et à la pauvreté volontaire qui en fut la suite. Sans doute le premier acte appartient à la volonté divine et l’autre à la volonté humaine, mais ce n’est pas une objection décisive, tant est vif chez Paul le sentiment de l’unité de personne dans le Christ. L'idée dominante serait alors l'échange du ciel contre la terre (comme dans Phil. 26), mais avec allusion à la vie de dénûment qui suivit (Mat. 820). En tout cas, mhoVaroc y se rapporte à la nature divine et, comme il est en corrélation avec énrwyevoev, si l’on entend ce dernier mot de l’incarnation seule le sens sera : « Il échangea les richesses du ciel contre la misère de l'humanité »; si on l’entend de la vie mortelle seule le sens sera : « Étant riche comme Dieu, il accepta la pauvreté comme homme »; si on l'entend à la fois de l’incarnation et de la vie mortelle le sens sera : « Étant et demeurant riche comme Dieu, il embrassa volontairement l’état de dépouillement de l’incarnation et l’état de dénûment d’une vie indigente. »
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fe et votre ardeur en a excité beaucoup d’autres !. » Si donc les ro Macédoniens, quand ils accompagneront l’Apôtre à Corinthe, trouvaient la collecte encore inachevée, Paul aurait à rougir devant eux ou plutôt les Corinthiens eux-mêmes seraient couverts de honte. On verrait combien les louanges qu'on leur décernait si libéralement étaient peu méritées. Certes, il n’est pas question de s’appauvrir pour venir en aide aux autres; que chacun consulte ses ressources et donne en conséquence; l'important est que l’aumône soit le bienfait spontané d’un cœur généreux et non la contribution forcée de l’avare. Le but de l’aumône est d'établir une certaine égalité È entre les chrétiens? : les riches abandonnent aux pauvres le 5: superflu de leurs biens temporels, les pauvres le leur rendent en secours spirituels par leurs prières et leurs bénédictions. ge On le voit, toujours le ton s'élève et nous rejette à tout moment en plein surnaturel.
Intérêt. — Cette dernière pensée nous prépare au troisième” ; motif tiré des avantages de l’aumône. L’aumône est une se- “. mence de bénédictions spirituelles et même temporelles. Il existe entre la semence et la récolte une loi de proportion- -nalité rigoureuse. Qui sème avec parcimonie doit s'attendre à recueillir peu; qui sème avec abondance se prépare une riche # moisson. Seulement, quand il s’agit d'aumônes, la quanité est accessoire; ce qui importe le plus c’est l’intentiont charitable, la promptitude et la dilatation de cœur : « Hilarem datorem diligit Deus*. » L'avare peut donner malgré lui, par contrainte, par respect humain : il ne sème pas pour le ciel. Qui donne aux pauvres prête à Dieu. Dieu se charge de faire valoir ce dépôt et il se doit à lui-même de ne pas le laisser improductif : « Dieu est assez puissant pour faire abonder en vous toute grâce, afin que, ayant toujours pleinement de quoi vous suffire, vous abondiez en toute sorte de bonnes œuvres, comme il est écrit : Il a répandu [ses bienfaits], il a donné aux pauvres, sa justice subsiste à jamais. Celui qui fournit au semeur la semence et le pain [dont il a besoin] pour sa nourri-
L. 92, — 2, 813-165, — 3, 96, — 4, 97 : Prov. 228 d’après les Septante.
ture, multipliera votre semence et fera croître les fruits de votre justice; et vous serez enrichis à tous égards pour distribuer d’un cœur simple l’offrande qui fera monter vers Dieu les actions de grâces‘. » Aux intérêts spirituels, aux profits temporels, s'ajoute un autre avantage d'un ordre plus général et plus relevé : Dieu est glorifié, le Christ est béni?. Et ces prières et ces actions de grâces que l’'aumône provoque retombent en bénédictions sur celui qui la fait. Voilà pourquoi l’aumône est un ministère sacré, un acte du culte, une espèce de « liturgie $ », selon la belle expression de saint Paul.
La charité qu'inspirent ces mobiles n’est plus onéreuse pour qui en est l’auteur, ni humiliante pour qui en est l’objet.
Agitateurs étrangers. — Certains critiques, frappés de la différence de ton qui règne entre les deux parties de notre Épitre, en ont déduit une différence de situation et ils ont supposé que les quatre derniers chapitres formaient primitivement une lettre distincte. Cette hypothèse, qu'aucun indice extérieur ne corrobore, n’a rallié que peu de suffrages 4, Il est, en effet, bien invraisemblable qu’on eût eu l’idée de mutiler deux lettres authentiques de Paul pour en faire un tout dont les parties s’agencent mal. Aussi la plupart des critiques contemporains, maintenant l’incontestable unité de l'Épitre, cherchent-ils ailleurs l'explication du changement de ton et d’allure. Tout à la joie des heureuses nouvelles que Tite vient de lui rapporter, l'Apôtre épanche d'abord son cœur : il remercie, il loue, il exhorte, il conseille, il reprend paternellement ses chers Corinthiens revenus à résipiscence. Les mots « consoler » et « consolation » qu’il répète une douzaine de fois dans les deux premiers chapitres résument bien le sentiment dont il déborde. Puis, quand il se voit tout à fait maître du
1. 98-11, — 2, 0912-14, — 3, 912 : à Gtarovia Th etroupyiac taÿrns.
4. Voir l’évolution de cette hypothèse, depuis Semler (1776) jusqu’à Krenkel (1890), Cramer (1893), Lisco (1896) Drescher (1897), dans Heinrici, Der zweile Brief an die Corinther 8 (Meyer’s Kommentar), 1900, p. 19-26.
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