‹ La théologie de Saint PaulChapitre 103 sur 630 · et · texte numérisé non relu

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3. 114 : Et uèv yàp 6 épyômevos &Xov ’Inooüv xnpÜocer 6v oùx detre, mvEdpLa Evepov auGdvete à oÙx ÉAdGete, h edayyéov Étegov Ô oùx édébao0e, a) &vetyecûe. L'hypothèse est évidemment absurde et nous oblige à sousentendre : Mais non, il n’en est point ainsi. Paul en donne la raison : « Car (remarquez ce car qui se rapporte à la négation sous-entendue) je pense n’être en rien inférieur aux apôtres par excellence » et par conséquent mon évangile n’est pas différent du leur. La leçon à&véxecte donne le même sens. — Dans la Vulgate la locution is qui venit marque moins clairement que à épxéuevos le caractère de l'étranger, de l’intrus. La traduction recte paleremini suppose la leçon que nous avons adoptée, &vetxeote (en sous-entendant &v, comme cela arrive souvent).

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(ävetyecde ou dvéyecbe). Mais, quelle que soit la leçon adoptée, le sens reste douteux et il est à déterminer par le contexte. Or, si les adversaires de Paul avaient prêché à Corinthe un autre Jésus, un autre Esprit-Saint, un autre Évangile, si les Corinthiens leur avaient prêté l'oreille, s’ils poursuivaient toujours leurs sourdes menées et travaillaient à ruiner l’œuvre de l'Apôtre, est-il croyable, est-il possible que ce dernier se contentât de leur répondre par une ironie si voilée que la plupart des interprètes ne l'aperçoivent pas? Et, s’il n’y a pas ironie, est-il admissible qu'il se borne à cette froide constatation, lui qui dans l’Épître aux Galates fulmine l’anathème contre quiconque annoncerait un évangile contraire au sien? Il ne ferait pas une seule allusion à ces doctrines perverses et ne chercherait pas à prémunir les néophytes contre l'erreur! Il criblerait de ses railleries les mœurs des faux apôtres, leur âpreté au gain, leurs vanteries puériles, leurs manœuvres malséantes, et il n’aurait pas un mot d’indignation ou de blâme pour leurs hérésies et des hérésies si fondamentales! On doit donc convenir que Paul se met en présence d'une hypothèse absurde, que son absurdité même le dispense de réfuter. Si les intrus apportaient un autre Évangile, un autre Esprit-Saint, un autre Christ, s’ils ajoutaient quelque chose aux biens spirituels dont les Corinthiens sont en possession, ceux-ci auraient raison de les écouter. Mais non, il n'y a pas deux Christs, deux Esprits-Saints, deux Évangiles, et les perfides ouvriers ne cherchent que le gain. On prétend que les adversaires de Paul sont des judaïsants pareils à ceux qui bouleversaient les églises de Galatie. Mais la lettre ne fait pas la moindre allusion à des pratiques judaïsantes : rien sur la justification par la foi; rien sur l’impuissance et l'inutilité de la Loi mosaïque; la circoncision n’est même pas nommée. Dans l'hypothèse en question la polémique de Paul serait une énigme indéchiffrable. Concluons que les agitateurs de Corinthe vendaient l'Evangile mais ne l'altéraient pas !. [ls s’efforçaient de supplanter Paul, mais sans s’attaquer directement à sa prédication.

1. Ou ne l’altéraient que par des additions qui lui ôtaient son goût et sa saveur naturelle, comme font les aubergistes à l'égard du vin.

Leurs visées. — Certains exégètes croient avoir découvert le signalement de ces intrigants. Ils sont « Hébreux, Israélites, enfants d'Abraham, ministres du Christ »; ils se font appeler « les apôtres par excellence »; ils sont à la tête du parti du Christ : donc, ils appartiennent à l’église-mère de Jérusalem et sont envoyés peut-être par les directeurs de cette église pour contrebalancer l'influence de Paul. Malheureusement, ces titres honorifiques concernent les vrais apôtres et non les suppôts de Satan. À qui fera-t-on croire qu'en disant : « Ils sont Hébreux? moi aussi. [ls sont Israélites ? moi aussi. Ils sont enfants d'Abraham? moi aussi. Ils sont ministres du Christ? Je vais parler en insensé : je le suis plus qu'eux! », l’'Apôtre veuille se comparer à ceux qu'il vient d'appeler faux apôtres, imposteurs et ministres de Satan? On répondra qu'il les traite ironiquement de ministres du Christ. Mais la phrase n’a rien d’ironique. Paul ne conteste aucun de ces titres; seulement il les revendique pour lui. Il prend mille précautions oratoires pour se faire pardonner sa jactance et, comme il dit plus d’une fois, sa folie. Traiterait-il avec tant d'honneur ceux qu'il vient d'écraser de ses mépris et demanderait-il comme une grâce d'être mis sur le même pied qu'eux? Non, sans doute. Dans ces apôtres par excellence (of éxephlav ärdotoho), auxquels il n’est päs inférieur malgré son néant, Paul voit les vrais apôtres, les vrais ministres du Christ. Il a travaillé plus qu'eux; il a souffert plus qu'eux. On lui oppose le grand nom des Douze. Eh

1. 1122 : ‘Eépañoi elouv; xäyw. Topanitas eloiv; xayw. Etépuax ’AGpads eioiv; x&yw. Audxovor Xproroÿ eiciv; mapappovév Aal@, Ünèp éyw. Pour trouver dans ces phrases de l'ironie, il faut l’y mettre. L’Apôtre s'excuse vingt fois de faire son panégyrique; il répète à diverses reprises qu’il parle comme un insensé (ëv &ppooüvn, 1117-21; mapappov@v, 1123 etc.). La seule ironie qu’on pourrait découvrir dans ces deux affirmations : (115) doyitouau yap unôèv dotepnrëvar T@v ÜrepAiav &rootokwv, et (1211) oùdëv yàp borépnon Tov Ünepliav amootélwv, et ai odev eu, serait à l'adresse des agitateurs. Paul ne conteste pas aux Douze et aux principaux d’entre les Douze la qualité de Ünephéav &méotoho:, que ses adversaires leur décernent avec emphase pour le rabaisser lui-rnême, mais il se plaît à égaler son néant à ces sublimes hauteurs. Nous verrons dans l’Épître aux Galates un procédé de polémique semblable : Pierre, Jacques et Jean sont nommés avec insistance les colonnes ou les personnages éminents de l'Église (ot Goxodvres, 22-6-1) parce que les judaïsants abusaient de ces titres dans un sens hostile à Paul.

bien! quoi qu'il en coûte à son humilité, quelque apparence de vaine gloire et de déraison que cette prétention puisse avoir, il est prêt à soutenir le parallèle. Comme représentant du Christ il n’est inférieur à personne, pas même à ces apôtres par excellence qu'on place si haut pour le rabaïsser.

On est tenté de se réjouir que la calomnie aït contraint l’Apôtre à nous parler de lui-même et à nous raconter, avec les grandes choses qu'il a faites pour Dieu, une partie des faveurs dont Dieu l’a comblé en retour.

Travaux de Paul. — A la vérité, le récit volontairement sobre et circonscrit des Actes nous laissait deviner les périls de toute sorte courus par saint Paul de la part des voleurs, des faux frères, des Juifs et des Gentils. Ses pérégrinations apostoliques dans des régions à peine explorées et situées aux confins de l'empire, parmi des populations hostiles ou prévenues, sans l’apparat de l'autorité et de la puissance, entraînaient presque inévitablement des fatigues surhumaines, des jeûnes prolongés, la faim et la soif, le froid et le dénûment. Nous connaissions déjà la lapidation de Lystres, l’'emprisonnement de Philippes, l'évasion si risquée de Damas, la dramatique émeute d'Éphèse, la fuite précipitée de Jérusalem, d’Antioche de Pisidie, d’Iconium, de Thessalonique, de Bérée, de Corinthe. Mais rien ne nous faisait soupçonner les trois naufrages qui précédèrent celui dont saint Luc nous décrit les palpitantes péripéties, ni le jour et la nuit passés au sein de l’abîme, sans doute sur une épave flottante, ni les trente-neuf coups de lanière infligés par les Juifs à cinq différentes reprises, ni les trois flagellations appliquées par sentence des proconsuls ou des gouverneurs, malgré le titre de citoyen romain qui aurait dû mettre Paul à l'abri de cette peine infamante !. Tant de détails ignorés d’ailleurs et que nous apprenons là comme par hasard doivent nous ôter la manie d’arguer toujours du silence des Actes ou de vouloir reconstruire, à l’aide de documents incomplets, la trame entière de la vie de l'Apôtre.

Au troisième ciel. — Si Paul a travaillé plus que les autres, s’il a bravé plus de prisons, plus de coups, plus de morts, il a

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