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été aussi favorisé de grâces plus insignes. « Faut-il se glorifier ? Cela ne sied pas, mais j'arrive aux visions et aux révélations du Seigneur. Je connais un homme, un chrétien, qui, il y a quatorze ans — dans le corps ou sans le corps, je ne sais, Dieu le sait — fut ravi jusqu'au troisième ciel. Et cet homme — dans le corps ou sans le corps, je ne sais, Dieu le sait — fut ravi au paradis et il entendit des paroles ineffables qu'il n’est pas permis [ou possible] à l’homme de proférer. Je me glorifierai au sujet de cet homme; mais pour ce qui me concerne je ne me glorifierai que dans mes infirmités !. » Dans ce curieux dédoublement de son être, Paul distingue la part de Dieu dont il peut se glorifier parce que c’est Dieu même qu'il glorifie. Il ne retient pour lui que sa misère et il s’en glorifie encore parce qu’elle fait ressortir par le contraste l’œuvre admirable de Dieu en lui. On n’est pas d’accord sur le sens précis des visions et des révélations. Il est probable que les révélations (äroxaxiper) sont le terme générique embrassant aussi les visions (érraciu), qui désigneraient peut-être les manifestations sensibles. L’Apôtre n’en rapporte qu’une seule qu'il a soin de dater exactement, soit pour en marquer davantage la réalité et la certitude, soit pour insinuer qu'elle a fait époque dans sa vie. Elle tombe, en effet, vers le début de son ministère actif, à la fin de sa longue retraite en Cilicie, lorsque Barnabé vint le prendre à Tarse pour s’en faire un collaborateur dans la florissante chrétienté d’Antioche?. Malheureusement pour notre curiosité, si Paul est certain du fait il en ignore tout à fait le mode. Il sait qu’il fut ravi jusqu’au troisième ciel, au paradis, qu'il entendit des paroles ineffables ; mais il ne sait point si son corps eut part ou non avec son âme à cette faveur ?. Cependant, ce doute même est instructif, car
1. 1215. Sur ce texte difficile, voir le Commentaire du P. Cornely.
. 2. La seconde aux Corinthiens ayant été écrite pendant l’automne de 56 ou 57, le ravissement au troisième ciel tomberait en l’an 43. Il est possible de le faire coïncider avec la seconde visite à Jérusalem faite en compagnie de Barnabé à l’occasion de la famine (Act. 1150), mais non avec la vision que Paul eut dans le temple (Act. 2217) lors de sa première visite, vers l’année 37.
3. [lest à remarquer que l’incise deux fois répétée efte éxroc ToÙ cwmatos oùx oïdæ, 6 eds osv est toujours prise absolument et se rapporte au
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il nous permet de conclure que la vision ou la révélation fut purement intellectuelle. Si les sens y avaient eu part le doute de Paul ne s'expliquerait pas. Le ravissement fut donc accompagné d'extase et d’aliénation complète des facultés sensibles. Au sujet du ravissement lui-même les commentateurs sont fort divisés. Les uns, avec l'Ambrosiaster et, ce semble, saint Chrysostome, supposent que l’Apôtre ignore s’il fût transporté au ciel en corps et en âme. Au cas où l’âme seule aurait été l'objet de ce transfert local le corps serait demeuré sur la terre à l’état de cadavre. Cela paraît difficile à croire à d’autres exégètes qui ont pour eux l’autorité de saint Augustin et de saint Thomas. À leur avis, ce changement de lieu n'est ni nécessaire ni probable, du moment que l’âme seule est en cause. L'âme est ravie au ciel quand les mystères du ciel se dévoilent devant elle et que Dieu lui découvre ses intimes secrets. Partout, les anges fidèles portent le ciel avec eux, et le paradis. des élus c’est le bonheur de posséder Dieu. Mais que l’âme de Paul ait été transportée dans l’espace jusqu'au séjour des bienheureux ou que le ciel ait été transporté idéalement dans l'âme de Paul, il est inutile de recourir aux rêveries rabbiniques pour expliquer la pensée de l’Apôtre. Les rabbins distinguaient non pas trois mais sept cieux superposés à la terre. Le plus élevé était la demeure de Dieu, des élus et des anges : Dieu au centre, les élus ensuite, les anges à la périphérie. En vertu d'une locution reçue, qu'on dénaturerait en l’analysant, Paul dit avoir été ravi jusqu’au troisième ciel — il ne dit pas au troisième ciel — c’est-à-dire jusqu'au sommet le plus sublime de la contemplation divine:
L’aiguillon pour la chair. — Pour le tenir dans l'humilité en le rappelant sans cesse au sentiment de sa faiblesse, Dieu a imprimé à sa chair une épine ou un aiguillon'. La version latine stimulus carnis, obscure et peu exacte, a fini par accréditer une opinion sans grande probabilité intrinsèque, incon-
sujet et non au verbe (dpæayévra, ñpxäyn) qu’elle précède. L'ignorance de Paul porterait donc non pas sur la participation de son corps au ravissement, mais sur la relation du corps à l’âme au moment où celle-ci était favorisée de sa vision du ciel.
1.2 Cor. 127 : &360n mor ox6)ob 1h oapxt, &yyehoc Zarava, {vx me xonapién.
nue à toute l'antiquité et peu conciliable avec le texte original. Le ox610 7% oxpxi « l’épine dans la chair » ou « l’aiguillon pour la chair » désignerait un penchant aux voluptés charnelles, source de pénibles et humiliants combats. Ni la vieillesse dont il approchaïit, ni le don de continence qu’il dit avoir reçu ne le mettaient absolument à l'abri de la tentation, et il est impossible de prouver qu'il ait été exempt de cette épreuve. Mais on peut affirmer sans crainte que rien dans ses paroles n'autorise cette explication. Supposé même que oxékoÿ :ÿ capx pût avoir ce sens, Paul ne ferait-il pas le jeu de ses adversaires en leur révélant l'existence d’une pareille lutte connue de lui seul et de Dieu? Comment pourrait-il s'y complaire et la mettre au nombre des infirmités dont il se fait gloire ?
Laissant de côté les tentations charnelles, nous nous trouvons en présence de deux interprétations qui partagent les commentateurs anciens : les persécutions et les maladies. Mais il est difficile de comprendre que les persécutions extérieures puissent s'appeler une épine dans la chair, eton conçoit moins encore que l’Apôtre s’en trouve humilié. Ces persécutions sont tellement le lot du chrétien, elles sont si expressément annoncées à quiconque veut vivre pieusement dans le Christ Jésus, qu’on ne voit pas à quel titre il les regarderait comme un préservatif personnel, surtout contre les tentations d'orgueil. Et arrivera-t-on à se persuader que Paul en ait demandé trois fois la délivrance?
Reste la maladie : « On dit qu'une douleur physique le faisait cruellement souffrir; les douleurs du corps sont très souvent dues aux anges de Satan, mais non pas sans la permission divine. » Pr parle saint Augustin, et presque tous les modernes sont de son avis. De quelle maladie s'agit-il? On a nommé la migraine, la podagre, l’ophtalmie, le haut mal, diverses espèces de fièvre. Cette variété d'opinions prouve qu’un diagnostic sûr est impossible. Supposé que, dans l'Épitre aux Galates !, Paul fasse allusion à la même infirmité, nous obtenons les symptômes suivants :
1. Gal. 415. Paul appelle la maladie qui l’oblige à rester parmi les Galates contre son dessein doféveux tñc oxpués, meipaouds ëv tÿ api. Il félicite les
4. Le mal dont souffrait l'Apôtre devait être aigu et cuisant puisqu'il le désigne métaphoriquement par une épine ou un aiguillon enfoncé dans la chair.
2. Il devait avoir quelque chose de répugnant, car il remercie les Galates de ne pas s’être détournés de lui avec horreur.
3. [1 devait être humiliant, car il le considère comme un antidote à la vaine gloire et comme un soufilet de Satan.
4. Enfin, il devait sembler faire obstacle à son apostolat puisque à trois reprises il supplia Dieu de l’en délivrer et ne cessa que sur cette assurance : « Ma grâce te suffit. »
Ulcère des yeux, malaria ou attaques nerveuses, le terme pathologique nous importe assez peu !.
Galates de ne l'avoir pas repoussé (non sprevistis, neque respuistis, oùoè ëfentuoare) : de là certains critiques ont conclu qu’il était attaqué du haut mal, la coutume étant de cracher sur les épileptiques par dégoût ou par superstition. Il les remercie de s’être intéressés à sa guérison au point d’être prêts à lui donner jusqu’à leurs yeux : d’où la conclusion tirée par d’autres critiques encore plus subtils qu’il souffrait d’une ophtalmie.
1. Cf. Menzies Alexander, St. Paul's Infirmity dans The expository Times, juillet et sept. 1904. Après avoir critiqué les hypothèses de ses prédécesseurs : 1. Ophtalmie aiguë (Howson, Lewin, Farrar, Plumptre etc.}; 2. épilepsie (Holsten, Ewald, Klôpper, Lightfoot, Schmiedel etc.); 3. malaria (Ramsay), l’auteur propose la sienne. Il s'agirait de la fièvre de Malte, connue à Gibraltar, à Naples, à Constantinople et répandue un peu partout sur le littoral méditerranéen. Les preuves ne sont pas très fortes mais la critique des diverses opinions est intéressante.