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LA CRISE JUDAISANTE EN GALATIE

L'Épître aux Galates. — Une crise beaucoup plus terrible que celle de Corinthe venait d’éclater sur un autre point du vaste empire conquis par saint Paul à Jésus-Christ. Elle nous a valu l'Épitre aux Galates et, par contre-coup, l'Épître aux Romains. A Corinthe, l'engouement pour les idées nouvelles était en-

.core loin de l’'hérésie; l'esprit de parti n'allait pas jusqu'au

schisme; les abus, tout criants qu'ils étaient, n'atteignaient point l'essence même du christianisme; si les doutes commençaient à se faire jour à l'encontre de doctrines fondamentales, ils étaient partiels et circonscrits ; l'autorité de Paul était menacée, sa mission contestée, ses actes et ses intentions dénaturés, mais ses adversaires ne s'étaient pas encore enhardis au point de jeter le masque et de prêcher un évangile ouvertement contraire au sien. Les judaïsants de Galatie, plus éloignés de l’Apôtre et le voyant aux prises avec des difficultés dont il semblait ne pouvoir jamais venir à bout, eurent cette audace. Notre Épître est la réponse à leur défi.

Sur la date de cette lettre, la plus grande diversité de vues règne parmi les critiques. Tandis que plusieurs lui donnent le premier rang dans l’ordre chronologique, d’autres lui assignent le dernier; le plus grand nombre la place immédiatement après la correspondance avec Thessalonique; enfin quel-

. ques auteurs, dont les raisons nous semblent prépondérantes,

la font descendre après les lettres adressées à Corinthe. Nous ne pouvons nous persuader qu’un long intervalle la sépare de l'Épître aux Romains. L'esprit de Paul s'agite manifestement

dans le même cercle de pensées : ce sont mêmes raisonnements, mêmes citations, mèmes formules théologiques ; seulement ce qui n’est qu'ébauché dans la première est exposé dans la seconde avec plus de précision, de plénitude, de cohésion et d'ampleur. L'Épitre aux Galates n’est pas le résumé de l'Épitre aux Romains; elle en est l’esquisse et le premier jet. ;

Jusqu'au bout de son séjour à Éphèse, l’Apôtre semble avoir eu pleine confiance en ses chers Galates. C’est à son arrivée en Macédoine que l'épreuve fond sur lui de toutes parts : craintes au dedans, combats au dehors, inquiétudes sur inquié-

1. Les lettres de Paul écrites à peu près à la même date — les deux Épiîtres aux Thessaloniciens, les deux Épitres aux Corinthiens, les deux Épitres jumelles aux Colossiens et aux Éphésiens, les Pastorales — ont toujours entre elles d’étroits rapports d'idées et de style. Ces rapports sont encore plus frappants peut-être dans nos deux Épiîtres comparées ensemble. On notera en particulier : A) La thèse identique, exprimée presque dans les mêmes termes : Rom. 328; Gâl. 216. — B) L'histoire d'Abraham et son application détaillée : Rom. 41-%5; Gal. 36-18 et, de nouveau, Rom. 97%; Gal. 421-2#, — C) L’usage théologique des trois mêmes textes scripturaires avec le raisonnement fondé sur eux : Gen. 155 (Rom. 45.9, Gal. 36), Lev. 185 (Rom. 105; Gal. 312), Abac. 2! (Rom. 117; Gal. 311). -— D) Des rencontres d'expressions trop fréquentes pour être énumérées toutes :

Galates.

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Romains.

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On peut rapprocher encore Gal. 15-16 de Rom. l!, Gal. 220 de Rom. 857, Gal. 44 de Rom. 85, Gal. 415 de Rom. 61°, Gal. 428 de Rom. 97, Gal. 58 de Rom. 912, Gal. 510 de Rom. 1414, Gal. 516 de Rom. 8!-4, etc.

Ces rencontres subtiles, constantes et, pour la plupart, caractéristiques nous paraissent trancher la question de simullanéité. Quant à la question d’antériorité relative pour l’Épitre aux Galates nous croyons qu’elle n’a pas besoin d’être discutée.

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tudes, afflictions sur afflictions. La situation est bien celle qui convient à notre Épiître et, faute d'indications plus explicites, nous la croyons composée en Macédoine, durant la période d’anxieuse attente qui suivit la seconde aux Corinthiens. Mais quels étaient ces Galates dont le péril soudain vient porter au cœur de Paul un coup si sensible? Étaient-ce les descendants de ces aventuriers qui, partis du fond de la Gaule en 280 avant Jésus-Christ, envahirent comme un torrent l’Illyrie, la Grèce, la Thrace, et, franchissant l'Hellespont, se taillèrent un empire, en pleine Asie Mineure, aux dépens de la Phrygie, de la Cappadoce et de la Paphlagonie? Ou bien faut-il voir en eux les habitants de l’Isaurie, de la Pisidie, de la Lycaonie, c'est-à-dire des régions méridionales de cette immense province de Galatie qui avait succédé, l’an 25 avant notre ère, au royaume hétérogène d'Amyntas? Des raisons assez plausibles sont alléguées à l'appui de l’une et de l’autre hypothèse; mais comme nous renonçons à déterminer par le caractère national des Galates la nature de leurs erreurs, cette question si vivement débattue de nos jours est pour nous accessoire !. Grecs, Celtes ou aborigènes, peu nous importe; il nous suffit de savoir qu'ils n'étaient pas Juifs de race. Or il est constant qu'ils venaient de la gentilité. Paul parle toujours du judaïsme des Galates comme d’une chose importée du dehors; il distingue expressément ses pères des leurs ?; il leur rappelle le temps où ils étaient libres des observances judaïques dont ils veulent se charger aujourd’hui; quand il les détourne de s’assujettir « de nouveau aux rudiments du monde ÿ », cela ne veut pas dire qu'ils étaient jadis asservis

1. Exposé lucide et bibliographie complète de la question (jusqu’en 1896) dans Sieffert, Der Brief an die Galater ?, Gœttingue, 1899, p. 1-17. L’auteur reste fidèle à l'hypothèse des Galates du Nord. Voir en sens contraire Cornely, Introductio?, t. III, p. 415-420, ou Ramsay, Galatia et Galatians dans le Dictionnaire de la Bible de Hastings. La théorie des Galates du Nord a été récemment défendue avec conviction et talent par À. Steinmann, Die Abfassungsseit des Galaterbriefes, Munster, 1906. Cette théorie regagne peu à peu le terrain perdu pendant le dernier quart du xix° siècle. Cependant Douglass Round, The date of St Pauls Epistle to the Galatians, Cambridge, 1906, suit toujours les vues de Ramsay pour les destinataires de l’Épiître i celles de Weber pour la question de date.

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