II. FOI CATHOLIQUE
En regard de ces fluctuaivnas, dont tout ce qu’on peut dire de moins défavorable c’est qu’elles donnent l'impression de l’incohérence, il ne sera pas inutile de mettre la doctrine constante de l’Église catholique au sujet de la foi qui justifie :
1. La foi qui est le principe du salut, a été ainsi définie au concile du Vatican, Sess. im, cap. 3 : « Virtus supernaturalis, qua, Dei aspirante et adjuvante gratia, ab eo revelata vera esse credimus, non propter intrinsecam rerum veritatem naturali rationis lumine perspectam, sed propter auctoritatem ipsius Dei revelantis, qui nec falli nec fallere potest. » Le concile de Trente avait dit déjà, Sess. vi, cap. 8 : « Per fidem ideo justificari [dicimur], quia fides est humanæ salutis initium, fundamentum et radix omnis justificationis.. gratis autem justificari ideo Ldicimur}, quia nihil eorum, quæ justificationem præcedunt, sive fides, sive opera, ipsam
justificationis gratiam promeretur. » Cette déclaration est ainsi expliquée par Tolet : « Concilium Tridentinum (sess. vi) fidei justitiam à Paulo tribui declarat, non quia sola ipsa peccatorem disponat, sed quia ipsa est initium, fundamentum et radix cæterarum dispositionum. Initium quidem dicitur quia ipsa præcedit; nisi enim peccator peccasse se contra Deum, et per Christum sibi justitiam oblatam credat, nec sperat, nec diligit, nec peccasse dolet; fides ergo initium est. Fundamentum autem dicitur quia ipsi cæteræ innituntur; ablata namque fide cætera corruunt nec subsistere possunt ; cæteris vero ablatis non continuo fides destruitur, sicut ablato fundamento ædificium ruit, non autem e contrario, ædificio destructo, fundamentum eruitur. Radix autem dicitur quia ad cæteras producendas ipsa concurrit, non quod necessario consequantur fidem, nec quod sola fides sine adjutorio supernaturali eas inducat, sed quod ex parte ad actus tales producendos concurrat una cum auxilio divinæ gratiæ. Est etiam particularis causa præter has quod fidei justitia tribuitur, quia nempe in ipsa magis manifestatur hominem non propria virtute sed Christi merito justificari. Sicut enim in adspectu in serpentem Deus posuit sanitatem in deserto quia adspectus magis indicabat sanari homines virtute serpentis non operis alicujus proprii aut medicinæ alicujus; ita fides ostendit justificari peccatores virtute et merito Christi in quem credentes salvi fiunt, non propria aliqua ipsorum virtute aut merito. » — Tolet, 7n Epist. ad Roman. ru, 21.
Les trente-trois canons de la vi* session — sauf les trois premiers qui renouvellent la condamnation portée autrefois contre les pélagiens — frappent d’anathème les doctrines protestantes relatives à la justification, à l’inamissibilité de la justice, à la nécessité et au mérite des œuvres. Can. 9 : « Si quis dixerit, sola fide impium justificari, ita ut intelligat, nihil aliud requiri, quod ad justificationis gratiam consequendam cooperetur, et nulla ex parte necesse esse, eum suæ voluntatis motu præparari atque disponi; A. S. » — Can. 11 : « Si quis dixerit, homines justificari vel sola imputatione justitiæ Christi, vel sola peccatorum remissione, exclusa gratia et charitate, quæ in cordibus eorum per Spiritum Sancum diffundatur atque illis inhæreat; aut etiam gratiam, qua justificamur, esse tantum favorem Dei; A. S. » — Can. 12 : « Si quis dixerit, fidem justificantem nihil aliud esse quam fiduciam divinæ misericordiæ, peccata remittentis propter Christum; vel eam fiduciam solam esse, qua justificamur ; A. $S. » Les deux canons suivants condamnent deux conceptions encore plus déraisonnables de la foi qui justifie, laquelle consis terait dans la certitude de la rémission des péchés. Ici la contradiction est flagrante; car la certitude de la rémission des péchés, qui est une condition essentielle et préalable de la rémission des péchés, suppose nécessairement, pour n'être point une illusion et une chimère, que les péchés sont déjà remis.
2. La foi dont la charité est la forme et qui opère par la charilé ajoute à la foi décrite ci-dessus un élément nouveau. L’Apôtre vient de dire (Gal. 5°) : « Vous qui cherchez dans l’observation de la Loi la justification (ou, pour mieux dire, un accroissement de justice : oftives ëv véue dtxotoüote), vous êtes séparés du Christ [vous n’avez plus rien de commun avec le Christ], vous êtes déchus de la grâce. » Il poursuit en accentuant le contraste entre les Galates dévoyés et les fidèles qui ont les vrais sentiments du christianisme : « Car nous, sous [l'influence de] l'Esprit, nous attendons de la foi l’espérance de la justice », fuets yàp Tveduarr [ou nvei- THÉOLOGIE DE SAINT PAUL. 17
uar, ce qui revient au même] ëx mictews Eiridx dmarnoüvns arexdeyouela. Ces derniers mots ne peuvent pas se traduire par : « Nous avons l’espérance »; il faut leur laisser leur sens naturel, comme dans le passage tout à fait semblable (Tit. 21%) : mpoodsyépevor tv paxapiav lrièe. Il en résulte que ëkxtç n’est pas subjectif (espoir) mais objectif (chose espérée). À son tour l'expression éAmic Suxuocüvns ne peut être en aucune façon un génitif d’apposition (la justice espérée) si l’on entend par justice la justice premièe, puisque saint Paul parle expressément des vrais justes. Par conséquent ou bien ôtxatosüvn exprime une augmentation de justice — et l'on obtient ainsi une idée qui cadre bien avec la prétendue perfection de justice que les judaïsants attendent de l’observation de la Loi — ou bien, ce qui est plus généralement admis, c’est un génitif possessif : « les biens que la justice espère ». En tout état de cause, c’est de la foi (èx miotew) que nous attendons soit le progrès de la justice, soit la récompense de la justice. L’Apôtre en donne cette raison : ’Ev yàp Xotot® ’[nood oùre mepirouh tt loyvet, oùte &xpoBuatia, GAXX miotie À &YATNe ÉVEPYOUuévn. Abstraction faite des controverses, pour le chrétien et conformément aux vrais principes du christianisme (év Xptor® ’Inooû), la circoncision n’est rien, non plus que l'incirconcision, la foi seule peut quelque chose (toxüe: 1) à condition d’être unie à la charité. On a discuté beaucoup et trop sur la question de savoir si évepyouuévn est passif (la foi activée, mise en œuvre par la charité), comme le veulent l’usage profane, les Pères grecs en général et un grand nombre de commentateurs, ou moyen (la foi qui opère par la charité, qui agit grâce à elle), comme le pensent, d'accord avec l'usage ordinaire du Nouveau Testament, les Pères latins et la plupart des commentateurs modernes. Dans un cas comme dans l’autre, la foi n’agit qu’en vertu de son union avec la charité et parce qu’elle tire d’elle son efficacité. « Juxta Apostolum (dit Palmieri, Comment. in Gal., 1886, p. 207) fides quæ valet in Christo Jesu, est fides operans per charitatem, conjuncta proinde charitati et ab ea formata : atqui fides, quæ justificat, est certe fides quæ plurimum valet in Christo, cum nos eidem conjungat : ergo fides justificans est fides formata charitate. Neque Protestantes unquam rationem reddent cur charitas non requisita ad justificandum, requiratur ad conservandam justitiam, aliis verbis, cur, si justus fo sola fide, nequeam perseverare justus, sola perseverante fide. » On est surpris de voir les protestants répéter toujours l’objection que si la charité est la forme de la foi, elle est une partie essentielle de la foi. S. Thomas a réfuté par avance cette argutie : « Non dicitur esse forma fidei charitas per modum quo forma est pars essentiæ, sic enim contra fidem dividi non posset; sed in quantum aliquam perfectionem fides a charitate consequitur, sicut in universo elementa superiora dicuntur esse ut forma inferiorum. » De Verit. qu. xiv, a. 5 ad 1. Tous les théologiens catholiques s'expriment de la même manière.
IL y a sur ce sujet une importante monographie de J. Wieser (Pauli apost. doctrina de justificatione ex fide sine operibus et ex fide operante, Trente, 1874) mais nous n’osons la recommander, parce que l’auteur fait trop penser Paul selon les catégories scolastiques et qu’il ne nous paraît pas avoir toujours saisi le sens de lApôtre. Au contraire, l'étude de B. Bartmann (St. Paulus und St. Jacobus über die Rechtfertigung, 1897, dans Biblische Studien, t. II, fase. 1) mérite d’être lue.
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