‹ La théologie de Saint PaulChapitre 124 sur 630 · I. OCCASION ET IDÉE GÉNÉRALE DE L'ÉPITRE · texte numérisé non relu

I. OCCASION ET IDÉE GÉNÉRALE DE L'ÉPITRE

But de l’Épître. — Depuis longtemps déjà le regard de l’Apôtre se fixait sur Rome. Un véhément désir d'y visiter la petite église naissante harcelait son esprit. « Il faut que je voie Rome! », se disait-il sans cesse. Ce n’était point l’espèce de fascination que la capitale du monde exerçait sur les provinciaux et sur les étrangers. Une voix intérieure l'y poussait irrésistiblement?. Toujours sa tactique avait été de s'attaquer aux grandes villes, d’y frapper le paganisme au cœur, persuadé que tôt ou tard, en vertu de cette force d'attraction qui les fait à la longue graviter autour des métropoles, les campagnes suivraient. Peut-être pressentait-il, par un instinct surnaturel, que le centre de l'univers était marqué d'avance pour être le centre de l'Église. Et puis il lui semblait que son œuvre en Orient était finie. L'Évangile solidement implanté à Antioche, à Corinthe, à Éphèse, dans les principales cités de la Galatie et de la Macédoine, le reste n’était plus qu'affaire de temps. La semence était jetée; elle lèverait d'elle-même au souffle de la grâce : à d’autres de recueillir la moisson. Lui, il a prèché la bonne nouvelle de Jérusalem aux confins de l'Illyrie; il ny a plus de place pour lui en ces immenses régions 3," Lee

1. Act. 1921; Rom. 11-15, 1525, — 2, Act. 2811, — 3. Rom. 1519-35,

menées des judaïsants, le péril des Galates, les désordres de Corinthe, la sollicitude de tant d’églises exposées à la séduction, l’ont retenu jusqu'ici. Maintenant il est libre et son plan est arrêté : après avoir porté aux saints de Jérusalem le produit des collectes, il verra Rome. Et, par delà Rome, l'Espagne avec les mystérieux confins de l'Occident, tout un monde inconnu à conquérir au Christ, sollicitent son zèle.

Paul roulait ces pensées dans son esprit pendant l'hiver qu’il passa à Corinthe, au sein de la turbulente chrétienté revenue à résipiscence. Il attendait pour partir l’ouverture de la navigation, aux premiers jours de mars !. Une femme de Cenchrées, port voisin de Corinthe, se rendait directement à Rome. Il lui confia une lettre où il exposait sa doctrine sur les rapports de la foi et de la Loi, de la nature et de la grâce, avec plus d'ampleur qu’il ne l'avait fait dans l’Épiître aux Galates. Cette dernière Epître où le sentiment déborde, où la passion bouillonne, n’a pas la marche méthodique et la calme’ sérénité qui conviennent à son présent dessein. Il la prendra pour canevas; mais il médite d’aller plus loin et de monter plus haut : au delà d'un épisode transitoire, au-dessus d’une controverse locale.

Les humbles commencements de l’église de Rome sont fort obscurs. La foi, apportée par des émigrants des provinces ou des pèlerins de Jérusalem, se propagea de proche en proche, sourdement et sans bruit, dans ce sol éminemment favorable aux cultes exotiques et à tous les genres de prosélytisme. L'Église y naquit-elle, comme presque partout ailleurs, au sein de la Synagogue? C’est possible, probable même. On a vu dans les troubles qui donnèrent lieu à l'expulsion des Juifs, vers l'an 49, l'indice d’une rupture violente entre la Synagogue et l'Eglise et le mot de Suétone semble fournir quelque appui à cette hypothèse?, Toujours est-il qu'au moment où Paul

1. Son intention était de se rendre en Syrie par mer (Act. 205), afin d'arriver à Jérusalem pour la Pâque. Mais le soulèvement (ëxt6ov}i) des Juifs contre lui l’obligea de gagner par la voie de terre Jérusalem, où il ne parvint qu’à la Pentecôte.

2. Claude, 30 : « Claudius Judæos impulsore Chresto assidue tumultuantes expulit. » :

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