OCCASION ET IDÉE GÉNÉRALE DE L'ÉPITRE
écrivait, la communauté chrétienne était mixte mais avec un élément non-juif prépondérant! : il a fallu l’apriorisme de l’école de Tubingue pour le nier. On peut admettre seulement qu’un certain nombre de néophytes venus de la gentilité avaient subi, à divers degrés, l'influence juive avant leur conversion. Cette particularité les exposait davantage au péril judaïsant; mais on ne peut pas dire que les adversaires de Paul eussent déjà noué leurs intrigues. Rien ne sent la polémique directe; rien n’annonce la présence d’ennemis agissants. Ces scrupuleux qui distinguent entre mets et mets, entre jour et jour, peuvent être et sont sans doute des Juifs ou des prosélytes convertis. Mais, au lieu de lancer contre eux l’anathème, l’Apôtre leur assure de la part des frères la tolérance et le support?. Que nous sommes loin des judaïsants de Galatie! S'il y a des dangers, c’est pour l’avenir et la solennelle mise en garde contre les fauteurs de troubles %, ou pour mieux dire l'Épître entière, a pour but de les conjurer.
Impersonnelle comme l'Épitre aux Éphésiens, bien qu’à un degré.moindre, elle a presque l’allure d’un traité de théologie. Mais ce serait une grande erreur d'y chercher le résumé de la doctrine de Paul. Saint Paul suppose toujours chez ses cor-
1. Cf. Rom. 15-6-18-15; 1118; 1515-16, Ces passages, entre plusieurs autres, sont décisifs. Quand lApôtre s'adresse en général à ses auditeurs il les appelle Gentils (#6) 1!#, 1113; il fonde son droit à leur écrire sur sa qualité de docteur des Gentils 15°14, 1516. Au contraire, dans les trois chapitres 1x-x1, il parle des Juifs à la troisième personne. Les faibles dans la foi, 141, ces scrupuleux que retient encore la crainte de manquer à la Loi mosaïque ne sont qu’une petite fraction, que les frères doivent supporter patiemment, 151; ils ne donnent pas le ton à la communauté. Le texte cité à l’encontre (4! : Abraham notre ancêtre selon la chair) s’explique naturellement comme 1 Cor. 101, où Paul s'adressant aux Corinthiens, qui étaient certainement Grecs, appelle les anciens Hébreux oi narépes Auüv. Le passage 71-6 offre une difficulté plus sérieuse. Paul dit à ses lecteurs qu’ils sont morts à la Loi 7+ (dueïc), délivrés de la Loi 76 (xarnpyhônuev, noter le changement de personne), ce qui suppose un état antérieur de sujétion. Mais, outre que saint Paul s'adresse quelquefois aux minorités comme si elles étaient l’ensemble, la Loi mosaique avant le christianisme avait des prétentions même sur les Gentils, puisque c'était alors la seule institution religieuse sanctionnée de Dieu et donnant droit à la filiation théocratique.
2, Rom. 141-151, — 3, 1617-18,
respondants les bases du christianisme; il ne revient pas sur le credo ou n’y revient que par voie d’allusion. L’£pître aux Romains n’est donc pas un catéchisme, comme les protestants d'autrefois affectaient de le croire : ce n’est qu’une thèse, fondamentale, il est vrai, qui peut s’appeler, en un sens restreint, l’évangile de Paul, mais n'en constitue réellement que la première moitié.
Thèse de l’Épître. — Du moment que c’est une thèse, il importe beaucoup d'en trouver l'énoncé; et heureusement, pour une fois, les exégètes sont d'accord. L'idée centrale réside en ces mots placés immédiatement après l'entrée en matière : « Je ne rougis pas de l'Évangile; car il est la force de Dieu pour le salut de tout croyant, du Juif d’abord et du Grec. En effet la justice de Dieu s'y révèle de la foi en la foi, selon qu'il est écrit : Le juste vivra par la foi!. » Il se dégage de cette phrase complexe plusieurs vérités capitales : 1. Universalité du salut dans les vues de Dieu qui destine l'Évangile à tous les hommes et par l'Évangile les invite tous à la foi, c'est-à-dire au salut. — 2. Égalité de tous, Juifs et Gentils, par rapport aux conditions du salut, avec une certaine priorité de fait et de droit en faveur des Juifs. — 3. Lien naturel et, en ce qui touche Dieu, nécessaire entre la justification et la glorification, entre le point de départ et le point d'arrivée. — 4. Justice de Dieu communiquée à l’homme par la foi de Jésus-Christ, à l'exclusion de la nature laissée à elle-même et de la Loi mosaïque. On peut dire en gros que les quatre premiers chapitres sont le commentaire de cette dernière proposition; les quatre suivants développent l’avant-dernière; les chapitres 1x-xr répondent à l'objection tirée de l’incrédulité des Juifs, à l’apparente violation de leur prérogative. Enfin l’universalité du salut dans les desseins de Dieu est supposée partout, affirmée plusieurs fois, sans être l’objet d'un développement spécial, La fin est consacrée, comme à l'ordinaire, aux applications parénétiques et aux salutations.
On le voit, l'intérêt et aussi la difficulté se concentrent sur
1. 116-17, Voir H. Denifle O. P., Die abendländischen Schriftausleger bis Luther über Justitia Dei (Rom. 117) und Juslificatio, Mayence, 1905.