‹ La théologie de Saint PaulChapitre 130 sur 630 · LED · texte numérisé non relu

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acte d'accusation, il leur laisse aux uns et aux autres l’espérance de l'Evangile.

Crime des Juifs. — Tant que l’Apôtre faisait le procès aux Gentils il entendait le murmure approbateur des Juifs souligner toutes ses paroles. C’est maintenant contre eux qu'il va diriger son réquisitoire : tâche facile en apparence et pourtant fort délicate : facile, car il lui suffit de faire appel aux faits et au témoignage de l'Écriture; délicate, car il doit sauvegarder les privilèges des Juifs, la Loi, la circoncision, la descendance d'Abraham. Il montrera que ces prérogatives, ou ne leur appartiennent pas exclusivement, ou bien, au sens où elles leur sont propres, augmentent leur culpabilité au lieu de la diminuer.

Le témoignage des faits est écrasant; il remplit tout le chapitre 1 : « Toi donc, qui que tu sois, qui condamnes les autres, tu es inexcusable. En condamnant les autres tu te con-” damnes toi-même, puisque tu fais précisément ce que tu condamnes !. » Impossible de prétexter l'ignorance ou la bonne foi : « Toi qui instruis les autres, tu ne t’instruis pas toi-même; tu défends le larcin et tu le pratiques; tu condamnes l’adultère et tu le commets; tu exècres les idoles et tu es sacrilège; tu te glorifies de la Loi et tu déshonores Dieu en violant la Loi?. »

Le témoignage de l'Écriture est encore plus décisif :

« Il’ n'y a point de juste, pas un;

Nul homme intelligent, aucun qui cherche Dieu ; Tous sont sortis de la voie, tous sont pervertis; Il n’y en a point qui fasse le bien, pas un seul. Sépulcre ouvert est leur gosier, j

Leur langue ourdit la tromperie 4.

Un venin d’aspic est sous leurs lèvres 5,

1. Rom. 21, L’habileté consiste à forcer les Juifs, sans les mettre directement en cause, à prononcer leur propre condamnation.

2. Rom. 221-24, Les derniers mots sont moins une citation proprement dite qu’une accommodation d’un texte d’Isaie, 525, d’après les Septante qui traduisent ici librement et ajoutent ëv voï Elveo.

3. Ps. 13 (14)1-3. Ce qui prouve que l’Apôtre a ce passage en vue et non pas Ps. 52 (53)2-!, qui est presque identique, c’est le mot yoncrétnte.

4, Ps. 59. — 5. Ps. 1393 (hebr. 1404).

Leur bouche déborde de malédiction et d’amertume ! Leurs pieds sont agiles pour répandre le sang.

La ruine et la misère sont sous leurs pas,

Ils ne connaissent point le chemin de la paix?.

La crainte de Dieu n’est pas devant leurs yeux$. »

Dans cet agglomérat de textes bibliques, tous les éléments n'ont pas la même force probante. Seul, le premier passage est entièrement général : le Psalmiste se plaint de la malice des hommes parmi lesquels il ne trouve pas un seul juste; Isaïe s'adresse aux Juifs de son temps; le troisième texte et le quatrième ont pour sujet les ennemis de David; les deux autres concernent les pécheurs et les impies sans aucune indication relativement à leur nombre. Mais l'argument formé par cette enfilade de textes, qui rappelle la méthode rabbinique du haraz, suffit au présent dessein de l’Apôtre. Voulant fermer la bouche aux Juifs si fiers de leur origine et de leurs prérogatives, il prend au hasard, entre mille textes qui les accusent, cinq ou six passages connus, assez pour leur remettre en mémoire les perpétuelles objurgations des prophètes. Il ne prétend pas — et il ne le pourrait sans se contredire — qu'il n’y ait jamais eu dans la masse du peuple hébreu un petit noyau de justes fidèles à Jéhovah; mais il soutient — et cela lui suffit — que la masse fut infidèle. |

Conclusion. — Malgré ces exceptions partielles, la thèse qu'il défend est des plus délicates, car il lui faut rabattre l’orgueil des Juifs sans toucher à leurs privilèges et établir légalité de tous dans le péché et devant la grâce sans contester la prééminence du peuple élu. De là d’apparentes hésitations, de brusques retours en arrière. Qu'on en juge par ce curieux dialogisme que nous présentons sous forme de traduction légèrement paraphrasée !.

Le coNrrApicrEUR. — « Quel est donc l'avantage des Juifs et quelle est l'utilité de la circoncision ?»

Pau. — « [Leur avantage est] grand de toute manière, Et d'abord ils reçurent en dépôt les oracles de Dieu. »

1. Ps. 928 (hebr. 107). — 2 Is. 597-8. — 3. Ps. 35 (36)!. — 4. Rom. 8!-?,

Le conrrapicreur. — « Mais si quelques-uns [ou même un grand nombre d’entre eux] ont été infidèles ? »

Pau. — « [Qu'importe!] Est-ce que leur infidélité annule la fidélité de Dieu? Non, certes. Dieu est nécessairement véridique et tout homme est menteur, comme il est écrit : Afin que vous soyez justifié dans vos discours et que vous triomphiez quand on vous met au jugement. »

LE cONTRADICTEUR. — « Mais si notre injustice fait valoir la justice de Dieu, que dirons-nous? Dieu n'est-il pas injuste en déchaïnant la colère? Je parle selon l'homme. »

Pauz. — « Non, certes. Car comment Dieu jugerait-il ce monde [s’il n'était juge intègre]? »

Le conNTranicreur: — « Cependant si la véracité de Dieu

éclate pour sa gloire par mon mensonge même, pourquoi suis-je encore jugé comme pécheur, [puisque mon mensonge a servi la cause de Dieu]? N'y aurait-il pas plutôt lieu de dire : Faisons le mal pour que le bien en résulte? »

Pau. — « Certains nous accusent calomnieusement d'enseigner cela; mais ils seront châtiés comme ils le méritent. »

LE conTRaDICTEUR. — « Eh bien! [Nous, Juifs], l'emportonsnous, [oui ou non, sur les autres]? »

Pauz. — « Pas entièrement. Car nous venons de montrer que tous, Juifs et Gentils, sont sous le péché. »

Paul se met en présence d'un contradicteur dont il anéantit une à une les cinq objections; ou plutôt il se parle et il se répond à lui-même pour instruire le lecteur. Son dernier mot le ramène à sa thèse et il résume sous cette forme concise les trois premiers chapitres : [évraç 6e” éuapriav éivæ. Ce n’est que la première partie de sa démonstration : tous les hommes sont égaux dans le péché et devant la grâce. A côté du mal, il va placer le remède. Il le fera brièvement et sans commentaire, parce qu'il s’agit d'idées qui étaient l'objet de la catéchèse apostolique et devaient être familières à tous ses lecteurs.

: 3 Ari

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