‹ La théologie de Saint PaulChapitre 135 sur 630 · Rom · texte numérisé non relu

Rom

6 mA he Te AP SC LS LR, NE A Re F ; 3 2 Ts $ LE SALUT PAR L'ÉVANGILE. 281

dans l'esprit de la théologie paulinienne, c'est l'initiative du Père. La réconciliation de l’homme est absolument impossible si Dieu ne fait les premiers pas. Le Fils accepte le rôle de Sauveur et même le désire, mais c’est son Père qui prend les devants : « Il était dans le Christ, se réconciliant à lui-même le monde !. » Toujours l'initiative lui revient. Au Calvaire, il expose publiquement son Fils comme victime de propitiation. [1 veut faire éclater aux yeux de tout le genre humain sa justice trop longtemps voilée par sa longanimité. Depuis des siècles, il tolérait les crimes des hommes ou ne leur infligeait que des peines sans proportion avec leur nombre et leur malice. On pouvait se demander si le péché lui était odieux. Maintenant il montre ou plutôt il démontre (sic évdsibv) sa justice par le moyen de propitiation qu'il s’est choisi de toute éternité et qu’il expose solennellement à tous les regards (rpofero)?. Ainsi Dieu se montre juste à la face du ciel et de la terre, en attachant la justification du pécheur à un acte et à un fait qui mettent en relief sa propre justice. De cette façon la justice de l’homme pourra être appelée sa justice, non seulement parce qu'il en a l'initiative et qu'il en est la cause première, mais parce qu'il la fait dériver de sa justice immanente.

Part du Christ. — Le rôle du Fils se résume ainsi : 1. Il est

1. 2 Cor. 518-192, Il est dans le Christ (ëv Xptot®) quand il opère la réconciliation du monde et il se sert du Christ comme d’un instrument de réconciliation (5:% Xptotoÿ).

2. Le sens que nous adoptons est celui de la plupart des exégètes et. des meilleurs, Cornely, Sanday, Meyer-Weiss, etc. Bengel (Gnomon N. T dit fort bien : Ipo in wpoéfero non connotat tempus, sed est ut Latinum proponere. Il traduit donc : Ante omnium oculos posuit. — On pourrait être tenté de rapprocher xpoéfero de nséfesiç (le décret éternel de Dieu), en comparant Rom. 115 (xposféunv éx@etv) et Eph. 1° (ñv mpoébero ëv ar) ; et l’on paraphraserait ainsi avec C. Bruston (Zeüschrift für neutest. Wiss., t. VII, 1906, p. 78) : Dieu avait jadis (de toute éternité) décidé que Jésus- Christ serait un jour un {haotänoy par le moyen de la foi. — Mais trois raisons principales s’y opposent : 1. Le sens ordinaire du verbe, soit à l'actif soit au moyen. La voix moyenne s'explique par l'intention qu'a Dieu de manifester sa justice. Pour avoir le sens sibi proposuit, il faudrait que #poéfero fût suivi d’un infinitif ou d’un mot explicatif. — 9, Le parallélisme avec Gal. 3! : ofs xav 6z0æuods? I. X. npocypdgn écraupwuévos. — 3. Le contexte dont tous les traits vont à marquer une éclatante manifestation de la justice divine (nepavéouror, els ÉvderËiv, npos tv évôes£tv).

établi facripuov. — 2. Il opère la rédemption (érohdrpwois). — 3. Et cela dans son sang (èv rü adro5 afuam) ou par son sang.

Depuis Origène jusqu’à Ritschl, un nombre considérable d'interprètes ont entendu cet fAasriptov au sens de « propitiatoire » qu'il a d'ordinaire dans les Septante. Le propitiatoire était le couvercle de l’arche qu’on aspergeait du sang des victimes au grand jour de l'Expiation et où Jéhovah était censé assis entre les Chérubins d’or. Mais comment supposer que cette signification typique, inconnue à toute l’Écriture, ait pu venir à l'esprit de Paul ou de ses lecteurs? Quel rapport y a-t-il entre Jésus-Christ répandant son sang pour le salut du monde et le propitiatoire, qui figurerait plutôt l’autel de la croix ? Cette explication est avec raison presque abandonnée de nos jours et l’on n’a plus le choix qu'entre « sacrifice de propitiation » ou d’une manière plus générale « instrument de propitiation ». Le premier sens se recommande par l’analogie ; gutptov, xadpotov, TeAectiptov, xapioripuov (sous-entendu Ou), sont autant d'espèces de sacrifices et le sacrifice du Calvaire est établi par d’autres passages. Mais le second a pour lui l'usage et le contexte. Si Jésus-Christ est appelé directement « victime de propitiation », qu'ajouteront les mots « dans son sang »? Cette idée de sang n'est-elle pas comprise dans la notion de sacrifice? Et l'addition « par la foi » est-elle bien intelligible s’il s’agit, au sens concret, d'un sacrifice de propitiation? Ce qui nous paraît décisif, c’est que le sens déterminé de « sacrifice » n’est appuyé d'aucun témoignage, tandis qu'on a maintenant d'assez nombreux exemples de l’acception plus générale « moyen » ou « instrument de propitiation ». C’est là du reste une question de philologie d’assez faible importance au point de vue théologique, car l’incise « dans son sang » réveille par elle-même l'idée de sacrifice sanglant, contenue déjà implicitement dans la notion paulinienne de rédemption. Ainsi l’acception générale d'ilasréptov se trouve restreinte par le contexte !.

I n'en est pas autrement du mot rédemption. Par luimême il pourrait ne signifier que délivrance, sans aucune idée

Page 1