‹ La théologie de Saint PaulChapitre 136 sur 630 · Voir ci-après la note L, p · texte numérisé non relu

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de rançon à recevoir ou à donner. Mais si nous tenons compte des nombreux passages où il est dit que nous sommes achetés, achetés, payés d’un grand prix, et cela par le sang et la mort du Sauveur, si nous rapprochons de notre texte l’explication des Synoptiques et de saint Paul lui-même que Jésus- Christ « s’est livré comme rançon pour tous les hommes », nous ne pourrons nous empêcher de laisser au mot rédemption (érolürpwo1s) sa valeur étymologique. Du reste nous savons assez que ce terme ne saurait s'appliquer à l’œuvre du Christ que par analogie et qu'une métaphore ne doit pas être pressée à l'excès. Les seules idées évoquées dans l'esprit par la rédemption du Sauveur sont le retour des hommes à leur liberté première et la nécessité d’une condition onéreuse à remplir pour leur délivrance. Insister sur la notion spéciale de rançon et chercher à qui la rançon doit être payée, c’est s’embarrasser dans des représentations anthropomorphiques indignes de Dieu et du Christ.

À qui étudie sans parti pris la signification de la mort de Jésus dans les Synoptiques, dans saint Jean, dans l'Epître aux Hébreux, dans saint Paul et dans les autres écrits apostoliques, il est impossible d’ôter à cette mort le caractère de sacrifice et de sacrifice de propitiation. Le Christ mourant est comparé à toutes les victimes de l’ancienne Loi, à l'agneau pascal, au sang de l’alliance et de l’expiation, à l’offrande pour le péché; presque tous les termes du rituel des sacrifices lui sont appliqués; et la manière dont il parle lui-même de sa propre mort ne permet guère de douter que l’enseignement des apôtres ne remonte jusqu’à lui. D'un autre côté, la rémission des péchés est constamment mise en rapport avec la mort de Jésus-Christ; c'est l'aspersion de ce sang divin qui purifie les âmes; de quelque manière qu’on entende l'ilaouôs de saint Jean, l'f\éoxecûar de l'Épitre aux Hébreux, l’ilxotipuov de saint Paul, il s’en dégage invinciblement l'idée d’expiation et de propitiation, c’est-à-dire d’une action du Christ qui apaise la colère de Dieu et nous le rend propice et en même temps annule l'effet du péché. En cela, Paul ne se distingue pas des autres apôtres, mais il aide à les expliquer comme ils servent eux-mêmes à le comprendre.

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Part de l’homme. — Cependant l'homme ne joue pas un rôle purement passif. Jésus-Christ lui mérite la justice surnaturelle; le Père la lui offre; mais il faut qu'il la prenne. Il est acteur, non simple spectateur, dans ce drame; et son salut ne s'opère pas sans lui. Son apport, c'est la foi. Car « la justice de Dieu est par la foi de Jésus-Christ! », par la foi dont il est la cause méritoire et par la foi dont il est le premier objet. Jésus- Christ est « propitiation par la foi? ». Victime agréable et sainte indépendamment de la foi, il contient une puissance infinie de satisfaction et de propitiation; mais la propitiation ne devient efficace qu’au moyen de la foi. Sans la foi, la satisfaction, toute suffisante et surabondante qu’elle est, demeure inactive. Dieu « justifie quiconque relève de la foi de Jésus- Christ », mais il ne justifie pas autrement. La justification « atteint tous les croyants { », mais elle n’arrive qu’à eux.

Conditions remplies. — Il est aisé de voir que la méthode adoptée par Dieu satisfait aux trois conditions requises. 1. Elle est universelle, car il n'y a pas de sentiment plus général, plus simple et plus spontané que la foi; et, puisqu'il fallait exiger quelque chose de l’homme pour ne pas le sauver malgré lui et sans lui, on ne pouvait rien lui demander de plus convenable. — 2. Elle est la plus propre a mäter l’orgueil, car la foi est le geste humilié du pauvre implorant l’aumône et la recevant déjà au

1. 322 : Gtxaroodvn d Ocoù dx miotews ’Incoù Xotoroë. La préposition à& exprime la cause instrumentale. La particule Gé n’est pas ici adversative ; elle reprend seulement le sujet de la phrase, selon un usage familier à Paul et on la traduit bien par « dis-je ». La foi de Jésus-Christ peut être la foi dont le Christ est l’objet ou la foi dont le Christ est l’auteur. Haussleiter qui a essayé de prouver (Der Glaube Jesu Christi und der christliche Glaube, Leipzig, 1891) qu'il s’agit de la foi dont le Christ serait le sujet, dont il produirait les actes, n’a guère fait de disciples.

2. 325 : fhaothprov à miotewsz Év t@ aùtoÙ œimart. Il est hors de doute qu’il faut joindre ëv t@ «itoÿ afuur: non à à miorewc mais à Üactéptov ou si lon veut à xpoélero fhasriauov. Le Già mioteuwc est alors l'instrument qui applique au croyant la propitiation du Christ ou la vertu du sang rédempteur.

3. 326 : tov x miotews, « celui qui prend pour guide ou pour levier la foi ». Comparez oi ë£ épeias (25) et 6co1 ë Épywy véuou (Gal. 310),

4. Il faut noter l’insistance avec laquelle Paul étend la justice à fous les croyants (Rom. 116; 322; 411; 10-11 etc.) et fait de tous les hommes des croyants en puissance. +

moment où il l’implore !. — 3. Elle est conforme aux données scripturaires; elle est « attestée par la Loi et les prophètes »; loin de contredire la Loi elle la « confirme? ». Témoin, David qui va parler au nom des prophètes et Abraham qui personnifie la Loi, la Thora.

Le Psalmiste, conscient de ses fautes et désireux de recouvrer la justice perdue, ne cherche pas à conquérir de haute lutte l'amitié de Dieu. Il ne met pas sa confiance dans les sacrifices et les pratiques légales. Il lève les yeux au ciel et s'écrie : « Bienheureux ceux dont les iniquités sont remises! Bienheureux l’homme à qui Dieu n'impute pas de péché *! » confessant implicitement la gratuité de la grâce et ne comptant que sur la foi.

La justification du Père des croyants est marquée par trois caractères qui en font le type frappant de la justification chrétienne. Premièrement, elle est antérieure à la Loi de Moïse et même à la circoncision; par conséquent indépendante d'elles : l'Écriture affirme que la foi lui fut imputée à justice avant même que la circoncision ait été mentionnée; la circoncision ne fut que le sceau de la justice reçue, afin de le rendre apte à devenir par la circoncision le père des Juifs, comme il était déjà par la foi le père des croyants. De plus, elle est gratuite, car elle est donnée en retour d’une chose qui n’est pas équivalente à le. justice et qui est elle-même un don de Dieu. Enfin, elle giorifie Dieu d’autant plus qu’elle ôte à l’homme tout sujet de vaine gloire.

« Que dirons-nous donc qu'a trouvé Abraham notre père selon la chair? » La vraie justice sans nul doute; et, si nous sommes logiques, la justice qui vient de la foi. « Car si Abraham a été justifié par les œuvres il a un sujet de gloire : maïs il n’en est pas ainsi devant Dieu. En effet que dit l'Écriture? Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice. A celui qui opère, la justice n’est pas imputée comme une grâce mais

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