‹ La théologie de Saint PaulChapitre 137 sur 630 · Rom · texte numérisé non relu

Rom

comme une dette; tandis qu'à celui qui n’opère pas mais croit à celui qui justifie l’impie, la foi est imputée à justice. » La foi d'Abraham fut quatre fois mise à l'épreuve : lorsqu'il quitta sa patrie; lorsqu'il crut contre toute espérance à la naissance d’[saac; lorsqu'il reporta sur ce dernier le droit d’ainesse; lorsqu'il se mit en devoir de l’immoler. Mais ce fut après la seconde épreuve, où Dieu ne lui demandait que de croire, que l'Écriture lui rend ce témoignage : « Abraham crut à Dieu et cela lui fut imputé à justice!. » Cette réflexion est générale et qualifie d’une part l'attitude d'Abraham envers Dieu, de l’autre la conduite de Dieu envers Abraham. Il importe peu à quel moment précis Abraham devint juste. Tout ce qu'il faut retenir c'est que la justice lui fut conférée en retour de la foi; mais non pas au prix de la foi, car la foi n’est pas la justice et, si le raisonnement de saint Paul prouve quelque chose, elle n’équivaut pas à la justice.

1. Rom. 4 (cf. Gal. 36; Jac. 223) citant Gen. 156 d’après les Septante. Au lieu du passif, l’hébreu a l'actif : « Abraham crut à Dieu et Dieu lui imputa cela à justice »; mais, on le voit, le sens n’est pas changé. AoyiteoBai tivé tr est un terme d’affaires qui signifie proprement « mettre une chose au compte de quelqu'un », par exemple « créditer quelqu'un d’une somme qu'il a versée ». Avec eis suivi d'un accusatif le sens est « compter à quelqu'un telle chose pour tant ». Or Dieu, qui est juste, ne peut pas compter une chose pour moins qu’elle ne vaut; mais, parce qu’il est miséricordieux, il peut accepter une chose pour un prix supérieur à sa valeur réelle, C’est ainsi qu’il impute la foi à justice, bien que la foi ne soit pas la justice et ne soit pas équivalente à la justice. En effet, Paul distingue en Dieu deux sortes d'imputations : une qui est selon la justice commutative (xata ôpetlnuæ, Rom. 44), l’autre qui est à titre gracieux (xatä xé&pv) et c’est la seconde que Dieu emploie quand il confère la justice en retour de la foi. Eu égard au contexte, saint Thomas à bien raison de dire : « Dictum est reputatum est illi ad juslitiam, quod consuevit dici, quando id, quod minus est ex parte alicujus, reputatur ei gratis ac si totum fuisset. » Tous les commentateurs catholiques s'expriment de même et Estius, qui paraît d’un autre avis, se corrige assez pour retomber dans l'explication commune : « Fides... reputari dicitur ad justitiam... quia fides vera justitia est, saltem quoad inchoalionem. »

ssl PEN

Le mérite d’avoir précisé le sens du mot faotégtov revient principalement à Deissmann : Bibelstudien, Marbourg, 1895, p. 121-132 (Bible Studies, Édimbourg, 1903, p. 124-135); Encyclopædia Biblica, article Mercy Seal; Zeitschrift für neutest. Wissenschaft, t. IV, 1903, p. 193-212 (article précédent retravaillé).

Page 1