‹ La théologie de Saint PaulChapitre 139 sur 630 · II. SENS DU MOT ‘TAAZTHPION · texte numérisé non relu

II. SENS DU MOT ‘TAAZTHPION

1. En dehors des Septante. — Dans les exemples cités plus haut le mot est quelquefois adjectif, mais plus ordinairement substantif, Substantif, il signifie : « moyen ou objet d’expiation ou de propitiation » ; adjectif, il veut dire : « qui opère l’expiation ou la propitiation », selon qu’il s’agit de réparer une faute passée ou de s'assurer pour l’avenir la faveur d’une divinité; mais ces deux motifs peuvent très bien aller ensemble. On voit que si l’idée de sacrifice n’est pas contenue dans le mot lui-même elle n’en est point exclue davantage, une victime pouvant fort bien être un tlaothprov, comme c’est le cas pour le n° 6.

2. Dans les Septante. — On sait que le mot tAxothpsov répond au mot hébreu kapporeth par lequel était désigné le couvercle en or de l’arche La première fois que les Septante rencontrent le mot kapporeth (Ex. 2516) ils traduisent : Kai mouse ihaothptoy énifeua ypuoiou xafapoë. M. Deissmann Supposait jadis (Bibelstudien, p. 121-122) que kapporeth était rendu par éxiôeux et que l'adjectif ilactiproy était ajouté soit par allusion à létymologie (kippër « expier, rendre propice ») soit pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’un couvercle ordinaire. Il est maintenant d’avis (Zeitschrift für neutest, Wissenschaft, t. IV, 1903, p. 201) que tasthouoy traduit

proprement kappüreth et que ëxiôeua n’est là que pour indiquer la forme de cet « instrument de propitiation ». — Jusqu’ici on avait coutume de dériver kapporelh d’un verbe inusité käfar auquel on attribuait la signification fondamentale de « couvrir »; ce mot n'aurait donc désigné qu’un « couvercle » et par antonomase « le couvercle de l'arche d’alliance ». Mais les philologues contemporains donnent à kGfar le sens fondamental de « laver, effacer », sens que le syriaque, l'arabe et l’assyrien rendent très probable (Cf. Delitzsch, Assyr. Handwürterbuch, 1896, p. 347; Gesenius- Buhl, Æebr. Handwürlerbuch 14, 1905 p. 324; E. Kônig, Lehrgebäude der hebr. Sprache, II, 1, Leipzig, 1895, p. 201). La forme kippér a le même sens, mais se prend toujours au figuré pour « effacer, expier » les péchés. De là kofer, Xtpov, propitiatio, et kapporeth, aothpov, propiliatorium. Du même coup tombe la vieille théorie luthérienne des péchés couverts et non effacés. — Une question intéressante, mais qui sort de notre cadre, est celle de savoir si le mot kapporeth lui-même, avec l’idée qu’il réveille, appartient en propre à l’hébreu ou s’il était commun à d’autres religions sémitiques. Il est certain que dans le Coran kaffärah — qui répond exactement à l’hébreu Æapporeth — est une « expiation » ou un « moyen d’expiation » (Cf. Hughes, Diction. of Islam?, Londres, 1896, p. 259) et que kuppuru — répondant à l’hébreu kippër — joue un certain rôle dans la religion babylonienne (Cf. Zimmern, dans Die Keilinschr. und das À. TS Berlin, 1903, p. 601). à

3. Dans saint Paul. — Le sens ressort de ce que nous avons dit. Le mot taotñgtov est plus probablement substantif qu’adjectif. Il signifie « moyen d’expiation » ou « de propitiation » ou peut-être l’un et l’autre : c’est à la doctrine générale de saint Paul et au contexte d'en décider. Bien que l'idée de sacrifice ne soit pas directement contenue dans le mot, elle est renfermée dans l’incise èv T® atoÿ a'wars. Deissmann en convient, ainsi que Bruston (Les conséquences du vrai sens de Üacthptov, dans Zeilschrift für neulest. Wissenschaft, t. VII, 1905, p. 77-81). Jésus-Christ est donc bien représenté comme viclime d’expiation ou de propitiation. I] ne faut pas l’oublier pour l’ärokitpwots qui précède.

Les idées d’expiation et de propitiation sont très voisines, car Dieu n’est apaisé ou rendu propice qu’autant que le péché est expié et le même acte rédempteur produit à la fois ce double résultat. Voilà pourquoi les dérivés — d’ailleurs rares dans le Nouveau Testament — de fewe (Mat. 16%; Heb. 81?) peuvent se prendre en général dans un sens ou dans l’autre. C’est le cas pour iaothptovy dont nous venons de parler. Quand saint Jean dit (1 Joan. 22; 410) que Jésus-Christ est iaopèc repli TOv éuagruv fév et que son Père l’a envoyé comme tel, on peut entendre « propitiation » ou « expiation », quoique la seconde acception soit plus naturelle. Dans Heb. 217, ce dernier sens est imposé par le contexte : et ro Dacxectar Tac Gpaptias Toù }xoù.

Mais peut-être n’y at-il pas à choisir entre ces deux sens; Car les sacrifices de l’ancienne Loi avaient le double effet d’expier le péché et d’apaiser Dieu et ce double effet pouvait être exprimé par le même mot. Or il est certain que dans saint Paul, aussi bien que dans le reste du Nouveau Testament, la mort du Christ est représentée comme un sacrifice. Il suffira de rappeler ici les deux ordres de faits suivants.

1. Le Christ mourant est comparé à presque fous les sacrifices de l'Ancien Testament. A) Au sacrifice de l'agneau pascal, 1 Cor. 58 : +ù Tac {a Auov éTüûn Xptorés (cf. Joan. 12°; 1956; Apoc. 56-12; 138: ] Petr. 12). —

B)Au sacrifice du jour de l'Expiation, Rom. 325 (cf. Heb. 217; 912-15, etc.) — C) Au sacrifice pour le péché, Rom. 83; [2 Cor. 521]; (cf. Heb. 1311; 1 Petr. 318, etc.). — D) Au sacrifice qui scelle l'alliance, 1 Cor. 1125 (cf. Mat. 2628; Marc. 1424).

2. La mort et le sang du Christ sont mis constamment en relalion avec la justification de l’homme et la rémission des péchés, Rom. 5? (justifiés dans le sang du Christ); Rom. 63 (baptisés dans sa mort); Eph. 17 et Col. 114 (rédemption, rémission des péchés par son sang); Eph. 215-14 et Col. 120 (pacifiés par le sang de sa croix); Tit. 214, etc. — L'Épiître aux Hébreux, 922-26, généralise la théorie du sacrifice et en montre la nécessité pour les deux Testaments : autrefois, pas de rémission des péchés sans effusion de sang; maintenant, il en est de même, seulement la victime est parfaite et partant unique.

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