‹ La théologie de Saint PaulChapitre 14 sur 630 · Sabatier, L'apôtre Paul®, Paris, 1896, p · texte numérisé non relu

Sabatier, L'apôtre Paul®, Paris, 1896, p

que par une transition explicite. S'il n’est pas obsédé par le

mot, comme on le lui a reproché à tort, il est entrainé par l'idée qu'il poursuit à outrance; et il est vrai que sa pensée pivote quelquefois autour d'un mot. Il parcourt volontiers toute la gamme des acceptions d’un terme pour considérer son idée sous toutes ses faces. Une légère déviation le met à chaque reprise sur un nouveau terrain; et l’on glisse d’un sens à l'autre avec tant de facilité qu'on ne s'aperçoit pas toujours du passage.

Un tel écrivain peut n'être pas puriste, mais il ne mérite pas le nom de barbare. Sans doute il est pour sa réputation d'auteur d'une suprême indifférence. Il fait fi des préceptes de la rhétorique et quelquefois aussi des règles de la grammaire. S'il atteint souvent à la plus haute éloquence c’est, dit saint Augustin, sans jamais y viser. Tout en lui coule de source, d'un esprit débordant d'idées et d’un cœur habile à communiquer l'émotion presque sans le vouloir. Quand Tertius ou un autre de ses secrétaires lui relit une lettre, ne croyez pas qu'il s'attarde à polir une phrase enchevêtrée, à corriger un solécisme, une hyperbate ou une analocuthe. Il y ajoute, au contraire, ces surcharges dont son style est tout hérissé; comme s’il craignait, par trop d'étude et de raffinement, d’ôter quelque chose à la vertu de l'Évangile et d’ offusquer par un déploiement de sagesse humaine le iomphe de la croix.

L’héritier d’Hillel. — Saul était âgé d'environ treize ans quand il s’achemina vers Jérusalem pour y achever son éducation. Nous ignorons si ses parents l'y accompagnèrent. Une quarantaine d'années plus tard, le fils d’une de ses sœurs, établie dans la Ville sainte, lui sauvera la vie. Nous connaissons déjà les mœurs voyageuses des Juifs à cette époque; il faut nous habituer de plus en plus à ces déplacements continuels que l’histoire du siècle apostolique enregistre à chaque page. On destinait l'enfant au métier de scribe, profession ambiguë qui préparait à toutes les carrières et ouvrait la porte à tous les honneurs : le scribe étant à la fois ou tour à tour avocat et avoué, magistrat et jurisconsulte, conseiller et prédi-

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