‹ La théologie de Saint PaulChapitre 15 sur 630 · FR · texte numérisé non relu

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cateur, homme de loi et homme d'église, lettré, rhéteur et grammairien.

Les étudiants de Jérusalem se partageaient alors entre deux écoles rivales dont les fondateurs, Hillel et Schammaï, de légendaire mémoire, personnifient aux yeux de la postérité, l’un les vues étroites et la petitesse d'esprit, l’autre les idées larges d’un libéralisme éclairé; mais, s’il faut en croire la Mischna, la source la plus autorisée des traditions juives, rien ne justifie ce contraste. Les dissentiments ne portaient que sur des minuties, par exemple sur la question de savoir si un œuf pondu le sabbat pouvait être mangé le même jour, ou si la houppe multicolore, appelée zizith en hébreu, était de rigueur : même pour le vêtement de nuit. À part ces vétilles, les deux écoles étaient d'accord. L'une et l’autre maintenaient l’observation stricte de la Loi, révéraient les traditions rituelles et historiques superposées à la Thora écrite, étaient imbues, en un mot, du plus pur pharisaïsme. Cependant, s’il est permis de hasarder une différence, peut-être l’école d’Hillel penchaitelle en général vers l'interprétation la moins rigoriste.

Le successeur d'Hillel, héritier de ses principes sinon de son sang, était alors Gamaliel l'Ancien. Vénérable aux yeux des chrétiens pour avoir défendu les apôtres, sa réputation posthume n'en a pas souffert auprès de ses coreligionnaires. Gamaliel est resté le type du pharisien idéal : « Depuis sa mort, dit la Mischna, le respect de la Loi n’est plus; la pureté du pharisaïsme est morte avec lui. » Du reste son histoire est assez obscure et on le confond très souvent avec son homenyme et petit-fils Gamaliel IT, témoin de la ruine du Temple et de l’agonie suprême du peuple juif.

L’école juive. — L'école juive n’était qu'une annexe de la synagogue. L’instruction y était exclusivement religieuse. Mathématiques, géographie, histoire profane, philosophie, tout cela n’existait pas pour le Juif orthodoxe : il n’y avait que la morale, le droit positif et l'histoire sainte : et tout cela c'était la Bible. C’est en l’épelant qu’on apprenait à lire; beaucoup de

1. Sur Hillel, Schammaï et les deux Gamaliel, voir Schürer, Geschichte des jüdischen Volkes im Zeitalter Jesu Christi3, t. II, p. 359-365.

scribes la savaient par cœur, comme la savent, aujourd'hui encore, quelques savants Israélites. Nous voyons Paul la citer constamment de mémoire. Cela suppose une connaissance minutieuse, détaillée, qui devait exiger de longues années d'étude. À côté de l'Écriture, les Juifs possédaient une doctrine traditionnelle qu’ils mettaient presque sur le même plan. Elle se divisait en tradition historique ou haggada et en tradition juridique ou kalacha. Ni l'une ni l’autre n'était encore écrite; on se la transmettait oralement; de là, pour tout futur docteur, nécessité absolue de faire un stage prolongé aux pieds d’un maitre.

C’est donc aux pieds de Rabban Gamaliel, comme on le surnommait par honneur, que le jeune Saul vint s'asseoir. Il allait s'initier laborieusement à la science sacrée, au centre même de la vie nationale, au moment où Jésus, son aîné de huit ou dix ans, progressait en grâce et en sagesse dans un coin obscur de la Galilée. Nous avons pu nous demander si et dans quelle mesure le sol natal avait influé sur la pensée de Paul. Pour Jérusalem, le doute n’est pas possible. Tarse est la patrie de son corps, sa patrie civile où il reçoit, avec le titre envié de citoyen romain, cette langue hellénique qui le fait, en quelque sorte, citoyen de l'univers; mais Jérusalem est la patrie de son âme, la patrie de son intelligence autant ou plus que celle de son cœur. C’est vers Jérusalem qu'il gravitera toujours au cours de son pèlerinage terrestre et il a pleinement conscience d’avoir reçu là l'empreinte indélébile de sa formation religieuse et morale. C’est là proprement qu'il a été instruit, élevé, aux pieds de Gamaliel. Il était à bonne école. Malgré leurs subtilités puériles et leurs inconséquences pratiques, les pharisiens restaient les vrais dépositaires de la science sacrée et les interprètes les plus autorisés de la loi divine. Jésus, leur implacable adversaire, devait leur rendre ce témoignage qu'il fallait suivre leurs leçons mais sans imiter leur conduite.

Le fleuve de la révélation qui a sa source au Sinaï, ou plutôt à l'Éden, avait continué à couler, toujours grossi de révélations nouvelles, jusqu'à l'aube de l’ère chrétienne. Les Juifs contemporains des apôtres parlaient de Dieu, de sa transcen-

dance infinie, de sa puissance créatrice, de sa bonté paternelle, en un langage que le christianisme n’a point eu à désavouer. Les doctrines des fins dernières, la rétribution des justes, les peines réservées aux méchants, la résurrection des morts, le jugement final, n'avaient que de légers progrès à réaliser pour passer dans l'Évangile. J'en dirais autant du dogme de la chute originelle. La manière d'envisager l'Écriture comme la parole de Dieu, comme l'expression de sa volonté et de son intelligence, pouvait être acceptée sans modification par les hérauts de la foi nouvelle. C’est à la tradition juive, en particulier, que nous devons le sens typique des Livres saints. Le Nouveau Testament, en effet, est bâti sur les assises de l’Ancien; il en est le faîte et le couronnement et non une annexe ou une construction indépendante. Nous passerons légèrement sur cet héritage reçu des prophètes et sur le patrimoine de vérités religieuses accumulées au cours des siècles jusqu’au jour où la lumière de l'Évangile vint éclipser le flambeau de la Synagogue : fonds bien riche assurément, mais qui n’appartient pas en propre au docteur des nations. Ce serait une idée singulière, quand il y a tant à dire sur l’enseignement spécial de saint Paul, que de s’arrêter à sa conception de Dieu et de l'Écriture où rien ne semble le distinguer de ses collègues dans l’apostolat.

Éducation rabbinique. — On s’est demandé si sa manière d'employer l'Écriture ne se ressentait pas quelquefois de son éducation rabbinique. La question ne se résout pas à priori. Aucun écrivain ne s’affranchit complètement des méthodes de son temps et des procédés particuliers à l’école où il s’est formé. S'il est aisé de reconnaître à leur langage et au tour de

-leur pensée la différence de rang social et de culture intellec-

tuelle des prophètes et des hagiographes, pourquoi Paul serait-il exempt de la même loi? L'intérêt de la vérité n'exigeait point qu'il désapprit tout ce qu’on lui avait enseigné.

Lorsque l'Apôtre se fait gloire de ne prêcher que là où n'a pas encore retenti le nom du Christ, afin de ne pas bâtir sur le fondement d'autrui ! ; lorsqu'il exhorte les Corinthiens à faire

1. Rom. 1521 citant Is. 5215 avec la formule ordinaire xa0&s yéypattau.

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l’'aumône pour établir entre chrétiens cette LS d’ ee qui régnait entre les Juifs recueillant la manne* et qu il s'appuie Fee les deux cas sur un texte biblique avec la formule solennelle de citation, on n’est pas obligé d'admettre qu'il voit dans ces textes un sens typique; comme si l’Esprit-Saint avait entendu, à l’aide et au delà du sens littéral, prophétiser la collecte en faveur de Jérusalem ou délimiter le champ d’action de Paul. Mais il ne faut point parler non plus d'interprétation rabbinique. Il y a là seulement accommodation pure et simple. C'est le privilège des prédicateurs d'employer l'Écriture au sens accommodatice et c’est le droit de tout le monde d’exprimer ses pensées avec les paroles de l'Écriture. La formule de citation : « Comme il est écrit », ne change rien ni au droit ni au privilège.

Le problème serait moins te s’il y avait apparence d’ar-, gumentation. Il est évident qu une preuve scripturaire ne peut reposer que sur le sens vrai — littéral ou typique — de l'Écriture. La question est seulement de savoir si l’on se trouve en présence d’une démonstration rigoureuse, ou d’un argument ad hominem, ou d’une preuve de convenance, ou d’un simple éclaircissement.

Il était d’usage chez les rabbins d’appuyer sur un texte de la Bible toute opinion traditionnelle, soit historique soit juridique. C'était la précisément l’objet de l'exégèse. On distinguait six sortes de preuve que les subdivisions portaient à treize : l'à fortiori, l'analogie, la conséquence, huit espèces d'analyse, le contexte, les endroits parallèles. Plusieurs de ces preuves manquent de rigueur : en matière positive, l'à fortiori n'est pas décisif; l’analogie n’est qu’une raison de convenance; le sens conséquent n’est pas toujours un sens scripturaire. Ce qu'il y a de curieux, c’est que les rabbins n'étaient pas dupes de leurs méthodes dont ils apercevaient parfaitement le faible. Quand Rabbi Siméon soutenait que si les femmes Ammonites et Moabites étaient admises dans la Synagogue dont les hommes de leur pays étaient exclus à jamais, les Égyptiennes pouvaient l'être à plus forte raison, il se hâtait

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