CERTITUDE DE NOTRE ESPÉRANCE
réconciliés à Dieu par la mort de son fils; combien plus, réconciliés, serons-nous sauvés dans sa vie !! »
Cependant trois formidables obstacles se dressent devant nous : le péché, la mort, la chair. Dans cette section, l’Apôtre affirme que nous en triompherons avec Jésus-Christ ou plutôt que Jésus-Christ en triomphe pour nous. A la fin, tous nos motifs d'espérer se réunissent comme en un faisceau et les trois personnes de la Trinité, avec la création tout entière, confirment notre espérance ?.
1. Rom. 55°. Tout le passage 51-11 lie cette deuxième section à la précédente. Les cinq premiers versets énoncent la thèse et indiquent ja preuve; les six suivants l’établissent par une série d'arguments à fortiori. En voici les phrases essentielles : a) Justificati ergo ex fide pacem habeamus ad Deum... b) et gloriamur in spe gloriæ filiorum Dei. c) spes autem non confundit quia charitas Dei diffusa est in cordibus nostris. d) Si enim cum inimici essemus, reconciliati sumus Deo per mortem Filii ejus : multo magis reconciliati salvi erimus in vita ipsius. — a) Axuo- Gévrecs Ex niotewc, résumé des quatre premiers chapitres; eipñnvny Éxwuey mods vov Oeév, sujet des quatre chapitres suivants. On attendrait plutôt Éyouev (leçon de beaucoup de manuscrits et de Pères), qui donne une conclusion plus naturelle, la paix étant le fruit immédiat de la justification. Si l’on maintient le subjonctif éywuev des éditions critiques, il faudra traduire : Conservons la paix avec Dieu (Chrysost.), ou bien : Goûtons la paix (Sanday). En tout cas, la paix désigne la cessation des hostilités entre l’homme et Dieu, avec l’apaisement du côté de Dieu et la sécurité de la part de l’homme. — b) Kai xauywueña « et nous exultons » (sens spécial aux Septante); ét’ é\xià, appuyés sur l’espérance comme sur un fondement inébranlabie; tñs d6Enc où Oco, le latin fiorum est une glose qui n’altère pas le sens. Ici la gloire de Dieu est la béatitude éternelle, puisqu’elle est présentée comme objet de l'espérance. — c) ‘H dè éAniç où xatatoxive [allusion à Ps. 21 (22)6, 24(25)207, ôt à &yamn Toù Oeod Exxéyutar v Tac xapôiats nuüv. Malgré l'autorité de saint Augustin qui à entraîné un certain nombre de scolastiques, il s’agit ici et 8%? de l'amour de Dieu pour nous et non de notre amour pour Dieu. En effet ce n’est pas précisément notre amour actuel pour Dieu qui nous rassure et assoit notre espérance, mais l’amour que Dieu à pour nous. — d) Les versets 8-9 contiennent nos quatre principaux motifs d'espérer : 1. amour de Dieu pour nous, 2. mort du Christ pour nous, 3. état actuel de justification (dtxarwBévres vüv), 4. argument à fortiori tiré du contraste entre le passé et le présent (roX1& u&A)ov).
2. Victoire sur le péché (chap. v), sur la mort (chap. vr), sur la chair et la Loi conjurées (71-811), motifs d'espérer et hymne d’action de grâces (812-359),
Nouvel Adam. — Le premier obstacle où se heurte notre espérance est le péché. Saint Paul aime à le personnifier; il se le représente comme l’ensemble des forces morales hostiles à Dieu. Le péché règne!, il a un corps?, des serviteurs#, une armée qu'il soudoie {. Après nous avoir tués, il tue le Christ lui-mêmef$. La mort est sa compagne assidue, reine aussi mais en sous-ordre7. La Loi mosaïque — qui le croirait? — est du cortège; elle est l'instrument actif du péché : « Virtus peccati lex 8. » Le péché personnifié n’est donc pas seulement le péché originel; c’est le péché d’origine avec toute son escorte. Et voilà pourquoi dans le même contexte, quelquefois dans la même phrase, on glisse si facilement d’une acception à l’autre, le péché désignant tantôt la privation de la justice originelle, tantôt la concupiscence qui en dérive, tantôt le péché actuel qui en est l’effet. Quand il est personnifié, comme il l’est’ presque toujours dans cette section, le péché prend en grec l’article défini; sans article ce serait la notion générique du péché. Mais il faut bien se garder de mesurer la valeur biblique de ce mot par sa signification profane. Chez les auteurs classiques, le péché (âuœprix, peccatum) n'est le plus souvent qu'une erreur de jugement ou d'appréciation, un manquement aux usages et aux Convenances ou, si C’est une faute morale, c'est généralement une faute assez vénielle?. Au contraire, l’hébreu haftath, bien que répondant par l’étymologie au grec &uaprix et au latin peccatum, désigne la perversion d’une volonté qui, nous éloignant de Dieu notre fin suprême, nous attire sa colère et nous constitue ses ennemis. Qu'on le considère comme acte ou comme état, le péché est donc le souverain mal de l'homme et voilà pourquoi Paul le met si souvent en contraste avec la justice dans son sens le plus compréhensif. Il faut distinguer du péché deux mots qui n'ont avec lui qu'une synonymie restreinte. Le délit (rapartwua, delictum),
1. Rom. 5?1. — 2. 66, — 3, 617-20, — 4, 633, — 5, 711.18, — 6, 610, — 7, 5l4,