‹ La théologie de Saint PaulChapitre 143 sur 630 · Cor. 1556 : à è Güvapus the Gmaptias 6 véuoc · texte numérisé non relu

Cor. 1556 : à è Güvapus the Gmaptias 6 véuoc

9. La notion du péché sera étudiée plus à fond dans la seconde partie de cet ouvrage.

chute ou faux pas moral, exprime le péché actuel soit d'Adam soit de ses descendants. La prévarication (napd6aoi, prævaricatio) est la transgression d’une loi positive et se dit spécialement de la violation du précepte imposé à notre premier père. Toute transgression est un péché mais tout péché n’est pas une transgression. « Ubi non est lex, nec prævaricatio!. »

La fin de l’incarnation est la destruction du péché. Par Jésus-Christ, vient de dire l’Apôtre, nous avons la paix avec Dieu; par lui, l’accès au ciel; par lui, la réconciliation; par lui, l'assurance et la joie anticipée du salut : « C’est pourquoi comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé par tous les hommes parce que tous ont péché, — car jusqu’à la Loi il y avait du péché dans le monde, mais le péché n'est pas imputé en l’absence d’une loi : cependant la mort a régné depuis Adam jusqu'à Moïse même'sur ceux qui n’ont point péché à l’imitation de la prévarication d'Adam, lequel est la figure de celui qui devait venir?. » La construction est irrégulière et la première phrase, restée suspendue, ne s'achève pas; mais le sens général est parfaitement clair, car l'esprit n’a aucune peine à suppléer le terme de comparaison, indiqué sans être énoncé. La pensée va et vient aux deux pôles de cette antithèse : Un homme a pu nous perdre; un homme, qui est plus qu'un homme, pourra nous sauver. Comme le règne du péché a été le fait d'un seul homme, le règne de la justice dérivera aussi d’un seul homme. Adam, le premier chef de l'humanité, nous a entraînés dans sa chute; Jésus-Christ, second Adam et chef de l'humanité renouvelée, nous emportera avec lui dans son ascension vers Dieu. Tel est le sens de l’énigmatique « c’est pourquoi » qui commence la phrase, de la particule comparative « comme » à laquelle rien ne semble répondre, enfin des mots « lequel est la figure de l'Adam à venir » qui terminent la digression et en même temps complètent, sous une forme grammaticalement incorrecte, la comparaison restée en suspens. Paul n’a besoin pour sa thèse que d’un argument de

1. Sur épaptia, rapénrouu, mapaéaou, voir la note M, p. 304. 2. Rom. 512-14, Voir la note M, à la fin de cet article.

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parité; mais il lui est impossible de s’y renfermer. Au péché qui abonde il ne peut se défendre d'opposer la grâce qui surabonde. Un simple parallèle entre les deux Adam lui paraît injurieux au Christ; et à tout moment, sans y songer, il le transforme en contraste. Vers la fin toutefois, se ressouvenant que ce surcroît de preuve n’est pas nécessaire, il reprend l’argument de parité, non sans l’abandonner une fois encore pour conclure : « Ubi abundavit delictum superabundavit gratia. »

N'oublions pas que l’Apôtre a présent à l'esprit le récit de la Genèse dont ses lecteurs ne contestent pas l’autorité. Un seul homme, portant l'humanité dans ses flancs, a introduit dans le monde le péché et la mort. Il s’est vu priver, lui et ses descendants, des prérogatives surnaturelles dont il était le dépositaire. Il s’est fait maudire avec toute sa postérité. C'était presque un lieu commun pour les contemporains de saint Paul qu'Adam est l’auteur de la mort et du penchant au mal, que sa chute est la nôtre. Le quatrième livre apocryphe d’Esdraset l'Apocalypse de Baruch, composés, celle-ci peu de temps avant la catastrophe de l’an 70, celui-là quelque vingt ans après mais toujours dans le courant du premier siècle, sont à ce point de vue très explicites. La théologie talmudique hérita de ces idées, non sans y mêler bien des fables. En tout cas, il était admis que le genre humain, par le fait de la transgression d'Adam, est passible de mort, dominé par le désir mauvais, voué à la malédiction. Si ce n’est pas là tout à fait le péché d’origine tel que nous l’entendons, c’est quelque chose de fort approchant; car la peine suppose la faute et la malédiction implique l'offense. Paul ne se propose donc pas de prouver l'existence du péché d’origine. Il se sert seulement de l’universalité de la chute, connue et acceptée sur la foi des Écritures, pour expliquer et rendre vraisemblable l’universalité de la rédemption. Toute son argumentation se résumerait assez bien dans cette proposition complexe : S'il est certain, comme vous n'en doutez pas, que tous les hommes sont constitués pécheurs par la désobéissance d'Adam, vous devez croire, à plus forte raison, qu'ils seront constitués justes par l’obéissance du Christ. [1 suppose la proposition conditionnelle plutôt qu'il ne la prouve; mais il l’affirme à quatre ou cinq reprises fort

explicitement et son affirmation nous tient lieu de preuve.

« Par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort. »

« La mort a envahi tous les hommes parce que tous ont péché. »

.« Par une seule faute [est tombée] sur tous les hommes une sentence de condamnation. »

« Par la désobéissance d'un seul homme tous, quel que soit leur nombre, ont été constitués pécheurs. »

Enfin Adam auteur du péché est la « figure » du Christ auteur de la réparation. Cette vérité, énoncée une fois directement, est au fond de tout ce parallèle et domine le passage entier.

Pour résumer, saint Paul rapporte au premier Adam : 1. le règne du péché dans le monde; 2. l’universalité de la mort ; 3. une condamnation qui s'étend à tous les hommes et qui a pour antithèse la justice conférée par le second Adam.

Règne du péché. — 1. L'entrée du péché dans le monde n'est pas pour l’Apôtre la simple apparition d’un phénomène passager mais l'inauguration solennelle d'un règne‘. Le péché dont il parle n’est pas le péché personnel d'Adam, car ce péché

1. Rom. 512 : Auà toûto womep à évos &vôponou ñ duapria eis Tèv x6cmov eiomAev, xai d1à the duapriac 6 Odvatoc, xai oÙtws eiç navras &vÜporous à Odvatros OuHABEV, Ép” D Tavtes Hwaprov. — Avant de raisonner sur ce texte il est de la plus haute importance d’en faire une exégèse exacte. Sur le lien de la phrase avec ce qui précède (à rodro), sur la construction interrompue (anacoluthe), sur la valeur des termes à &paptia (la force du mal, le penchant au mal, mis en relation avec sa cause première), 6 6avaros (la mort physique), 6 xéouos (l’humanité), voir la note à la fin de cet article. Il reste à examiner : À) le sens de eto%)6ev et de à&ï0ev, B) le sens de &v’ 6, C) le sens de fuaptov.

A) Eic#\dev ne peut pas désigner la première ni la simple apparition du péché dans l'humanité. En effet : 1. Le péché personnel d'Adam ne se dit pas à éuapria mais bien tapénroua, rapé6aots, mapxxoh. —?. Le péché d'Adam ne fut pas le premier; d’après le récit de la Genèse, auquel Paul fait évidemment allusion, Eve pécha la première. Cf. Eccli. 2524(33) : ’Axo yuvaxèc &pyà éuaptius. — 3. Paul lui-même mentionne expressément l’antériorité de la faute d’Eve (2 Cor. 113; 1 Tim. 21#). L'entrée du péché dans l'humanité par le fait d’un seul homme (ô évès &vôpwmov) est donc l’envahissement du péché, l'inauguration d’un règne (521 : é6aoikeucev à duap tia). — Le mot àÿ0ev n’est pas tout à fait synonyme de eloñotev, il exprime mieux l’entrée de la mort, héritage funeste, dans chaque individu : xafénep vis x pos marpds Saba Emi vols éyyévouc (Euthymius).

s'exprime par d’autres termes — faute, transgression, désobéissance— et d’ailleurs il n’est pas le premier en date, précédé qu'il est par le péché d'Éve; ce n’est pas non plus, par métonymie, la

B) La locution és &, employée trois fois par saint Paul, est traduite une fois dans la Vulgate par eo quod (2 Cor. 54 : eo quod nolumus expoliari); une fois par in quo, probablement pour signifier eo quod (Phil. 312 : Si quomodo comprehendam in quo et comprehensus sum); ce qui le fait supposer c’est que la locution ëv 6, qui signifie également « parce que », est traduite ailleurs de même (Rom. 85 : Quod impossibile erat legi in quo infirmabatur per carnem). Il y à donc tout lieu de croire que les mots de la Vulgate in quo omnes peccaverunt veulent dire : parce que tous ont péché, d'autant que les substantifs les plus rapprochés auxquels pourrait se rapporter le pronom relatif sont mundus et peccatum. — Que le grec io & signifie « parce que » et ne puisse pas signifier autre chose dans ce contexte, c’est maintenant hors de question. Voir Patrizi, Delle parole di san Paolo in quo omnes peccaverunt, Rome, 1876. — La formule théologique « pécher en Adam » se rencontre déjà dans saint Ambroise, 4pol. pro Davide, u, 71 (XIV, 915) : Omnes in primo homine peccavimus. Elle est calquée sur le mot de l’Apôtre : Sicut in Adam omnes moriuntur (1 Cor. 1522). Le premier qui la trouve formellement dans saint Paul est l'Ambrosiaster : In quo, id est in Adam, omnes peccaverunt. Saint Augustin, qui en 412 rapportait les mots in quo soit à Adam soit au péché (De peccatorum meritis et remiss. 1, 10 [11], XLIV, 115), opta pour la première explication en 420 (Contra duas epist. Pelagianor. 1v, 4[7], XLIV, 614) quand il s’aperçut que le mot grec correspondant à peccatum était féminin. Il cite comme autorité l’'Ambrosiaster qu’il appelle sanctus Hilarius. Les Latins suivent généralement une des deux explications de saint Augustin : Sive in Adamo, sive in peccato (Pierre Chrysol., Primasius, Bède, Pierre Lombard, S. Thomas, Denys le Chartreux, etc.); in quo, idest in Adamo (Sédulius, Fulgence de Ruspe, Wala-

‘fride Strabon, Alexandre de Halès, Hugues de Saint-Cher, S. Bonaven-

ture, etc.). Parmi les Grecs, Théophylacte rapporte aussi ég’ & à Adam. — Le texte de S. Irénée, conservé seulement en latin, est trop obscur pour entrer en ligne de compte (Contra hæres. v, 34, VII, 1216) : Per quam [plagam ou mortem] percussus est homo initio in Adam inobediens. Les mots èn Adam peuvent se rapporter à percussus est ou à inobediens.

C) Dans la dernière incise : « La mort à passé par tous les hommes pœ'ce que tous ont péché », on peut se demander s’il s’agit du péché actuel ou du péché d’origine. Tout milite en faveur de la seconde alternative : a) Le mot fuaprov au temps historique (aoriste) semble indiquer plutôt un acte unique auquel tous ont pris part collectivement qu’une succession d'actes individuels. — b) Il est faux que tous les hommes meurent parce qu’ils ont commis des péchés actuels, car tous n’en sont pas capables, faute de raison ou de connaissance. — c) Ce n’est pas moins contraire à affirmation expresse de Paul. Dans la phrase suivante il dit que la mort à frappé même ceux qui n’ont pas péché à la ressemblance de la transgression d'Adam, c’est-à-dire qui n’ont pas imité le péché actuel de notre premier père; comment veut-on qu'il dise ici exactement l’opposé? — d) Le parallélisme exige que tous meurent var

peine du péché, car la peine du péché n'entraîne pas une autre peine; c’est donc un péché commun à tous, multiple et unique (ñ Suaotia), celui en vertu duquel la mort envahit tous les hommes, qui constitue tous les hommes pécheurs, qui attire sur tous une sentence de condamnation, auquel la justice du Christ peut seule porter remède. Nous ne faisons pas dire à Paul que tous les hommes ont péché en Adam. La formule peut être très théologique et il en donne quelque part le modèle en disant que « tous meurent en Adam »; mais enfin elle n’est pas de lui et il ne faut pas songer à traduire : /n quo omnes peccaverunt, ni à plus forte raison ëp” & révres fuaprov, par : En qui tous ont péché. La locution grecque &’ & signifie « parce que », et tel est aussi, dans la Vulgate, le sens de la locution correspondante ir quo. Il est grammaticalement impossible de faire rapporter ce relatif ën quo à l’homme mentionné si loin, au début de la phrase, en passant par-dessus deux ou trois autres substantifs. Du reste le grec 9” & appliqué à une personne ne donnerait aucun sens satisfaisant. Hâtons-nous d'ajouter, pour rassurer les théologiens, qu'en traduisant : « Parce que tous ont péché », comme l’exigent le lexique, la grammaire et le contexte, non seulement toutes les parties de la phrase se suivent et s’enchaïnent mieux, mais l'argument en faveur du péché originel gagne en clarté et en force probante. En effet, Paul affirme alors directement deux choses : premièrement que tous les hommes ont péché, même ceux qui n’ont pas imité la prévarication d'Adam; en second lieu qu'un péché, qui n’est pas le péché actuel, est pour tous une dette de mort. Universalité de la mort. — Le péché et la mort sont aussi

Adam comme tous sont vivifiés par le Christ. Bengel (Gnomon N. T.) dit fort bien : « Non agitur de peccato singulorum proprio. Omnes peccarunt Adamo peccante : sicut omnes mortui sunt, salutariter, moriente Christo. » S. Chrysostome avait dit non moins brièvement : Il&s; oùv £isnhdev à Bévaros rai ÉxpATNE; A1 This duaptiaz Toù évéc. Ti dé éotuv’ ’Ev” GS mévrec fuaprovs ’Exeivou mecévros, ua of A payévres àmo To EUkou yey6vaorv &E ëéxeivou névres Ovnroi. Il faut avouer cependant que quelques Pères semblent attribuer la mort aux péchés individuels. Tel $. Cyrille d'Alexandrie dans les scolies publiées sous son nom (LXXIV, 784 et 789, avec la note de Mai). Mais ils font dériver les péchés actuels du péché d'Adam qui cause en définitive la mort de tous les hommes.

universels l’un que l’autre, parce que l’un est la raison d’être de l’autre. Le lien de causalité qui attache la mort au péché, comme l'effet à sa cause, s'exprime de deux manières : au moyen de la particule consécutive « et ainsi » {xx oürwc) et de la locu-

tion conjonctive « parce que » (#”’&). La mort de chaque homme

ne peut être attribuée à ses péchés actuels : il faut donc qu’il

y ait en dehors des péchés actuels un péché de nature dont

chaque homme est assez responsable pour en subir la peine {. Voici comment l’Apôtre prouve la prémisse de cet enthymème : Dans la période qui s’écoula entre Adam et Moïse des péchés se commettaient dans le monde, mais il n’y avait pas encore de loi positive qui punit de mort les pécheurs. Or, une peine particulière, comme serait la peine de mort, n’est appliquée qu’autant qu'elle est promulguée. Cependant c’est un fait évident que la mort fut universelle dans la période qui nous occupe ; elle ne s'explique donc point par les péchés personnels des hommes. Elle s'explique d’autant moins que tous « n’avaient pas péché à la ressemblance de la transgression d'Adam », c'est-à-dire n’avaient pas imité sa désobéissance. Quels étaient ces fils d'Adam qui n'avaient pas péché à l'instar de leur père ?

1. Patrizr, De peccalr origin. propagatione a Paulo descripta (dans Commentationes tres), Rome, 1851, p .26-39, présente ainsi l'argumentation de l’'Apôtre : Tous les hommes, d’après saint Paul, meurent à cause du péché (soit originel soit actuel). Or, toujours d’après saint Paul, ils ne meurent pas à cause du péché actuel. Donc, ils meurent à cause du péché originel. La mineure se prouve de deux manières : A) Avant Moïse il n’y avait pas de loi divine qui punît de mort le péché actuel; donc la mort ne peut pas avoir été alors la peine du péché actuel. — b) D’ailleurs tous les hommes n’avaient pas commis des péchés actuels ou, comme s'exprime l’Apôtre, n'avaient pas péché à la ressemblance de la transgression d'Adam.

Une preuve plus forte encore, à notre avis, se tire du verset 12, où saint Paul affirme en propres termes que tous meurent parce que tous ont péché — ce qu’on ne peut entendre du péché actuel — et du lien de causalité (y&p) qui unit au verset 12 le verset 13 : &ype yxp véuou àuap- Tia nv Ev xÉGUp" daptix DÈ oÙx ÉAXoyeïtar un OvToc vépou' &AAX ébaclhevoey 6 avaroç amd Ad péypt Mudcéws xa mi Tobs LA éapricavras éni to égouspart tic mapabdoeuws ’Aôau. Le yép donne l’explication de « Tous sont morts parce que tous ont péché » et répond aux deux objections possibles : « Mais tous n’ont pas péché » ou bien : « S'ils meurent c'est qu’ils ont péché comme Adam » : objections également contraires à la doctrine de l’Apôtre.

Saint Paul ne le dit pas. On peut songer à ceux qui n’ont point l'usage de leur raison, tels que les enfants en bas âge, et que la mort n'épargne pas plus que les autres : signe manifeste qu’elle n’est pas la punition des fautes individuelles. Pour donner à cette argumentation une force invincible il faut sans doute supposer avec le récit de la Genèse que, dans les vues de Dieu, l’homme était destiné à l’immortalité et ne pouvait être frustré de ce privilège qu'en contrevenant au précepte divin, soit personnellement, soit dans la personne de celui qui, représentant l'humanité entière, agissait en qualité de mandataire universel au nom de tous ses descendants.

Antithèse des deux Adam. — « Ainsi donc comme par une seule faute [est venue] sur tous les hommes la condamnation, demême par un seul mérite [viendra] sur tous les hommes la justification de vie. En effet comme par la désobéissance d’un seul homme tous, malgré leur nombre, ont été constitués pécheurs, de même aussi par l’obéissance d’un seul tous, malgré leur nombre, seront constitués justes !. » Il ne faut pas séparer ces deux phrases qui s’éclairent mutuellement. La seconde explique et justifie (y&p) la première et en détermine chaque mot, L'unique faute (rapérrwua) qui se résout pour tous les hommes

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