‹ La théologie de Saint PaulChapitre 145 sur 630 · I. LE TEXTE DE PAUL (Rom · texte numérisé non relu

I. LE TEXTE DE PAUL (Rom

Il importe d'étudier d’abord le texte dans son ensemble et de se bien pénétrer du parallèle — qui se résout le plus souvent en contraste — entre Adam et le Christ. Un artifice typographique permettra de suivre aisément le mouvement de la pensée : l'argument de parité, qui constitue l’idée principale, est imprimé en caractères gras; Pargument à fortiori, qui vient s’y greffer, en caractères romains et la digression en italiques.

12. Propterea sicut per unum hominem peccatum in hunc mundum intravit, et per peccatum mors, et ita in omnes homines mors pertranslit in quo omnes peccaverunt :

13. (Usque ad legem enim peccatum erat in mundo : peccatum autem non imputabatur, cum lex non esse. — 14. Sed regnavit mors ab Adam usque ad Moysen etiam in eos qui non peccaverunt in similitudinem prævaricationis Adæ,) qui est forma futuri.

15. Sed non sicut delictum, ita et donum : si enim unius delicto multi mortui sunt; multo magis gratia Dei et donum in gratia unius hominis Jesu Christi in plures abundavit.

16. Et non sicut per unum peccatum, ita et donum : nam judicium quidem ex uno in condemnationem : gratia autem ex multis delictis in justificationem. — 17. Si enim unius delicto mors regnavit per unum : multo magis abundantiam gratiæ et donationis et justitiæ accipientes, in vita regnabunt per unum Jesum Christum.

18. Igitur sicut per unius delictum in omnes homines in condemnationem : sic et per unius justitiam in omnes homines in justificationem vitæ. — 19. Sicut enim per inobedientiam unius hominis, peccatores constituti sunt multi : ita et per unius obeditionem, justi constituentur multi.

20. Lex autem subintravit ut abundaret delictum. Ubi autem abundavit delictum superabundavit gratia;

21. Ut sicut regnavit peccatum in mortem, ita et gratia regnet per justitiam in vitam æternam, per Jesum Christum Dominum nostrum.

Tout ce texte fait corps et ne doit pas être démembré. Cependant les versets 12-14 contiennent l’idée essentielle et c’est sur eux que porte principalement l'effort des exégètes et des théologiens.

Ad, Toto &onep Ov évès &vOporou À Guapria sic Tùv x6uov eioñ)0Ev, xai dx The éaprios 6 Bévaros, xai obrc elç révrac &vhpémouc 6 dvaros dHNdev, ëp” o RAVTES UapTov xp YÈp vépou Auaprix HV EV HG, dpaptia D ox ÉXoyeï- Ta HA ôvroç vépou- GAAd ÉBaoikeusev 6 Bévaroc 4rd ’Adèu péyor Mwücéws xoi ëmè Tods WA épaprhoavras ml T@ épouwbparr The napabdoeuc ’Addp, 66 éotiy TÜTOS TOÙ LÉ} AovToc.

Il y à à considérer la construction de la phrase et la valeur des termes employés.

1. La construction de la phrase. — La phrase débute par une comparaison qui ne s'achève pas : c’est une protase sans apodose. La longue parenthèse qui remplit les versets 13 et 14 explique naturellement cette anacoluthe, sans conséquence pour le sens, car le terme de comparaison non exprimé est suffisamment indiqué par cette courte incise qui termine

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la phrase : qui esl forma (rÿmos) futuri. Le type en effet est corrélatif à l'antitype. Il est donc indifférent de suppléer le terme de comparaison qui manque comme le propose Origène : Ila el per unum hominem justitia introivit in mundum el per justitiam vita, et sic in homines omnes vita pertransiit, in qua omnes vivificati sunt (traduction de Rufin, lib. V, n° 1), ou bien de cette manière : Les choses se passent dans l'œuvre de réparation opérée par le Christ comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, etc. Patrizi, dans une dissertation excellente à d’autres points de vue (Commentat. tres, Rome, 1851, p. 26-39 : De peccati originalis propagatione a Paulo descripta), a essayé de prouver que la phrase est complète et que les mots ef sic (ai oÿtws) commencent l’apodose. Cette hypothèse, contraire à l'opinion unanime des interprètes, est absolument repoussée par la grammaire, car xoù oùrws (et sic) n’équivaut pas à oûtus wat (sic el). — Une question de moindre importance est celle de savoir à quoi se rapporte à roûro (propterea). Les meilleurs exégètes de toutes les écoles (Cornely, Sanday, Meyer-Weiss, etc.) pensent avec raison que saint Paul vise tout le commencement du chapitre (Rom. 5!-l!} où sont décrits sommairement les fruits de la rédemption du Christ.

2. La valeur des termes. — A) Le péché dans ce contexte (chapitres v-vir) est exprimé par quatre mots qui ne sont pas synonymes : rapaxoñ, Tapére Baoue, TapÉTTOX, ÉLAPTÉE. Point de difficulté pour mapaxoñ, « la désobéis-

sance » d'Adam au précepte divin de s'abstenir du fruit défendu. flap&- Gao1s (b1#), comme l’'étymologie l'indique (rapé et Baivw, « aller à côté »), est la transgression d’une loi positive, ce qui permet de dire : Ubi non est lex, nec prævaricalio (Rom. 415), Ilaparrœux (Rom. 515:16-17-18-20), peu différent comme étymologie (tapé et rértw, « tomber à côté » du but), est cependant plus général. C’est un faux pas, une chute morale, qui peut s’appliquer à toute faute actuelle, même contre la loi de nature, et qui englobe tous les péchés actuels, celui d'Adam comme ceux de ses descendants. Le termele plus important et le plus nécessaire à définir est éuaptiæ. Dans cette section (chap. v-vii) éuaptia revient 81 fois avec l'article et 11 fois sans l’article. La distinction apparaît bien dans cette phrase : Afin que le Péché se manifestâät comme péché (715 : À épaptia (va quvi &uaotia) et dans celle-ci : La Loi est-elle péché? Non; mais je n’ai connu le Péché que par la Loi (77 : 6 vomoç &uaptia; ph yévorro &XÂG TAv éuaptiav oùx Éyvov el uA dtù vépou) ainsi que dans la suivante : Jusqu’à la Loi il y avait du péché dans le monde mais un péché n’est pas imputé [à condamnation] faute de loi [qui le condamne] (515 : Syp: véuou duaptia Av èv xéouw, épaptia GE oùx ÉAoyEïTat LÀ ÉVTO véuou). — Avec l'article, à éuaptiæ signifie toujours le péché d’origine personnifié et environné de son cortège de maux. Sans article, il indique souvent le péché en général (88 : nepi épaprios, 810 : rù pÈv ua vExpèv &tà auapriav). Mais, dans ces deux exemples, l'absence de l’article pourrait aussi être due à la préposition. Ailleurs elle s'explique — quoiqu'il s'agisse du péché personnifié — soit par le voisinage d’un autre mot indéterminé (725 : véuw âmaptiac, 85 : capxos duapriag, 616 : uaprias els G&varov), soit par la présence d’une négation (614 : dmaptia Üpév où xupreber). Le tour gnomique de 78 : ywpis vépou auapria vexpé rendrait suffisamment compte de l’omission de larticle qui peut du reste se justifier autrement.

B) Le monde n’est pas ici l’univers, mais le genre aumain. Ce sens est fréquent dans saint Paul (Rom. 36-19; 1122-15 ; 1 Cor. 49:18; 62; 2 Cor. 5° etc.\ mais ne lui est nullement spécial (cf. Joan. 316*17; 121947 etc.). La Vul-

gate (in Aunc mundum), ajoutant le mot Aunc qui manque dans le grec, pourrait donner la fausse impression que ce monde dans lequel entre le péché par le fait d'Adam, est opposé à un autre monde où le péché serait déjà entré d’une autre manière. Mais il n’est fait dans notre texte aucune allusion au péché antérieur des anges.

C) La mort est principalement (in recto) la mort physique, la séparation de l’âme et du corps. Ce sens est absolument requis par le verset 14, qui explique et justifie le verset 12, par l’allusion manifeste au récit de la Genèse (217; 312), enfin par la nécessité d'éviter la tautologie qu’offrirait l’acception de « mort spirituelle » ou de « péché » attribuée à Bdvatoc. Je dis principalement, car la mort physique, dans saint Paul, est très souvent mise en connexion avec la mort de l’âme et avec la mort éternelle, ce qui permet à l’Apôtre de passer si facilement d’une acception à l’autre (Cf. Rom. 517-21),

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