‹ La théologie de Saint PaulChapitre 146 sur 630 · LA CHUTE D’ADAM ET LA THÉOLOGIE JUIVE · texte numérisé non relu

LA CHUTE D’ADAM ET LA THÉOLOGIE JUIVE

1. Les contemporains de saint Paul. — On lit dans le quatrième livre apocryphe d’Esdras, 11, 7 : « Huic (Adamo) mandasti diligere viam tuam, et præterivit eam, et statim instituisti in eo mortem et in nationibus ejus » [c.-à-d. « ses descendants, sa postérité », comme il ressort clairement des autres versions : xal eiç Tàs yeveùs œürod]. — ut, 21-22 : « Cor enim malignum bajulans primus Adam transgressus et victus est, sed et omnes-qui de eo nati sunt. Et facta est permanens infirmitas, et lex cum corde populi, cum malignitate radicis : et discessit quod bonum est, et mansit malignum. » [Le sens est, ainsi qu’il appert des autres versions : La loi était dans le cœur du peuple, c.-à-d. connue de lui, mais elle y coexistait à un germe mauvais, le penchant au mal]. — vn, 48 (118) : « O tu quid fecisti Adam? Si enim tu peccasti, non est factus solius tuus casus, sed et noster qui ex te advenimus. » A défaut du texte hébreu perdu, les versions latine, syriaque, éthiopienne, arménienne et arabe sont d'accord. Cf.Kautzsch, Die Pseudepigraphen des A. T., 1900, p. 377.

L’Apocalypse de Baruch est encore plus explicite sur la cause commune de la-mort des hommes, xvnr, 3 : « Mortem attulit (Adam) et abscidit annos eorum qui ab eo geniti fuerunt. » xx, 4 : « Quando peccavit Adam et decreta fuit mors contra eos qui gignerentur. » Cependant la responsabilité de chacun reste entière, ziv, 15 : « Si enim Adam prior peccavit et attulit mortem super omnes immaturam, sed etiam illi qui ex eo nati sunt unusquisque ex eis præparavit animæ suæ tormentum futurum; et iterum unusquisque ex eis elegit sibi gloriam futuram. » Liv, 19 : « Non est ergo Adam causa nisi animæ suæ tantum; nos vero unusquisque fuit animæ suæ Adam. » Cf. xzvur, 42 (O Adam, qu’as-tu fait à toute ta postérité! etc.); Lvr, 5-8 (explication de l’eau noire qui à sa source dans la désobéissance d’Adam et qui inonde la terre).

Philon (Vita Moys. 1,17, Mangey, t. IL, p. 157) dit que le grand prêtre, au jour de l’Expiation, offrait une victime pour la rémission (äveciç) des péchés parce que le péché est naturel (ouupuéc) à l'homme : airréuevoc OT Tévte vevvntré nai &v onoudatoy ÿ, map” Üoov ABEV Eîc YÉVEOLV, auuUÈc To amaprévoy Écriv, Inèp oÙ rov Oedv edyats xal Ouslais dvayuaïov éteumevitecheu, ur duaxuvnôeic Exiforto.

Le fameux Jochanan ben Zakkaï, qu’on peut regarder comme un contemporain de saint Paul, car il florissait peu de temps après la ruine du

Temple, expliquait ainsi, dit-on, Gen. 37 : « Leurs yeux s’ouvrirent pour voir tout le mal qu'ils avaient fait tomber sur les générations à venir- » Bereschith Rabba, 19. — 11 résulte de tout cela que les contemporains de saint Paul attribuaient à la désobéissance d'Adam la mort universelle et le penchant au mal qui règne dans l'humanité. Le Pseudo-Esdras, il est vrai, suppose que le penchant au mal, dans une certaine mesure, se trouvait déjà en Adam; mais qu’il est devenu plus puissant, plus tyrannique : « Et discessit quod bonum est et mansit malignum. » Cf. 1v, 30. D'ailleurs une pénalité commune suppose une faute commune et nous ne comprenons pas bien la restriction de Bousset (Die Religion des Judenjums im neulest. Zeilaller, Berlin, 1903, p. 389) : « Die Lehre vom Erbtod, pber nicht die von der Erbsünde ist vorhanden. »

9. Dans la théologie talmudique, les trois principaux dommages causés au genre humain par le péché d'Adam sont : 1. La perte de l’immortalité; 2. les malédictions (stérilité du sol, révolte des animaux et des éléments, misères de tout genre); 3. la concupiscence ou penchant au mal (yetser hara‘). Ce dernier existait à quelque degré dans le premier homme, mais il était neutralisé par le penchant au bien (yeiser hatt6b). Maintenant, au contraire, le yetser hara‘ domine et triomphe, tandis que le yeiser hati6b est devenu faible, infirme, impuissant. Voir la monographie de Porter, The Yeçer Hara, a study in the Jewish doctrine of Sin, New-York, 1901, et comparer Bousset, Die Religion des Judentums, Berlin, 1903, p. 384-390. — On trouvera toutes les données dans Weber, Jüdische Theologie?, Leipzig, 1897, p. 218-225. L'auteur conclut, p. 224 : Il y à (dans la théologie rabbinique) une dette originelle mais non une faute originelle : Es gibt eine Erbschuld aber keine Erbsünde. Il a raison si par faute originelle (Erbsünde) on entend comme lui la nécessité de pécher : die Sündigkeit in Sinne einer Nothwendigkeit zu sündigen. Mais nous ne définissons pas de la sorte le péché originel.

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