II. LA DOCTRINE CATHOLIQUE
Elle est résumée dans les cinq canons de la cinquième session du concile de Trente. Le premier définit qu'Adam par sa faute a perdu la justice et limmortalité : « totumque Adam, per illam prævaricationis offensam, secundum corpus et animam in deterius commutatum fuisse ». — Le second est ainsi conçu : « Si quis Adæ prævaricationem sibi soli, et non ejus propagini asserit nocuisse, etacceptam a Deo sanctitatem et justitiam, quam perdidit, sibi soli et non nobis etiam eum perdidisse; aut inquinatum illum per inobedientiæ peccatum, mortem et pœnas corporis tantum in omne genus humanum transfudisse, non autem et peccatum, quod est mors animæ ; anathema sit : cum contradicat apostolo dicenti : Per unum hominem... peccaverunt (Rom. 512). » C’est, un peu développé, le canon 2 du second concile d'Orange (529). — Le troisième affirme que le péché (quod origine unum est, et propagatione, non imitatione, transfusum omnibus, inest unicuique proprium) ne peut être remis que par les mérites de J.-C. rédempteur. — Le quatrième s’exprime ainsi : « Si quis parvulos recentes ab uteris matrum baptizandos negat, etiam si fuerint a baptizatis parentibusorti, aut dicit, in remissionem quidem peccatorum eos baptizari, sed nihil ex Adam trahere originalis peccati, quod regenerationis lavacro necesse sit expiari ad vitam æternam consequendam... anathema sit : quoniam non aliter intelligendum est id, quod dixit Apostolus : Per unum
hominem.….. peccaverunt : nisi quemadmodum Ecclesia catholica ubique diffusa semper intellexit. » C’est, en substance, le canon 2 du second concile de Milève et du concile de Carthage de l'an 418. — Le cinquième enseigne que le baptême efface « totum id quod veram et propriam peccati rationem habet », explique dans quel sens la concupiscence est appelée péché par l’Apôtre (quia ex peccato est et ad peccatum inclinat) et déclare que « la bienheureuse et immaculée Viergé Marie, Mère de Dieu » n’est pas comprise dans le décret relatif au péché originel.
Comme saint Augustin est le docteur du péché originel aussi bien que de la grâce, l’étude de sa pensée est d’une importance capitale pour le théologien désireux de pénétrer le sens précis des définitions conciliaires.
ette étude est grandement facilitée par le travail consciencieux de J. N. Espenberger, Die Elemente der Erbsünde nach Augustin und der Frühscholastik, Mayence, 1905 (dans les Forschungen zur christlichen Literaturund Dogmengeschichie, t. V). L’auteur s'occupe d’abord d’Augustin luimême et distingue, comme il convient, deux périodes dont le point d’intersection est l’an 412. Dans la première, le grand docteur combat les manichéens; dans la seconde, il s’attaque aux pélagiens et leur oppose, outre les textes de Paul, l'autorité de saint Irénée, de saint Cyprien, de saint Jérôme, de saint Hilaire, de saint Ambroise, de saint Basile, de saint Grégoire de Nysse, de saint Jean Chrysostome, etc., ainsi que les papes Innocent et Zozyme et les synodes de Carthage, de Constantinople et de Diospolis en Palestine. M. Espenberger passe ensuite aux disciples d’Augustin qu’il divise en quatre écoles : 1. L'école de saint Anselme; 2. l’école augustinienne proprement dite (Hildebert de Tours, Hugues de Saint-Victor, Hervé, Pierre Lombard, etc.); 3. l’école hétérodoxe ayant pour chef Abélard; 4. enfin un groupe mal défini d'écrivains orthodoxes. — Les directions divergentes suivies par les disciples d’Augustin feraient soupçonner que sa pensée n’est pas toujours parfaitement claire. L’ouvrage de M. Espenberger laisse la même impression. Cependant il est juste d'ajouter que les doutes ne portent point sur l'existence, ni sur la réalité, ni sur la cause, ni sur la transmission, mais sur l’essence du péché originel que l’illustre évêque d’Hippone fait consister dans « la perte de la grâce », sans expliquer bien distinctement quelle est cette grâce, et dans « la concupiscence coupable » en paraissant quelquefois entendre par ce mot la révolte des organes sexuels, où le désordre produit par le péché dans la nature humaine se manifesta tout d’abord. Cf. Op. cit,,