‹ La théologie de Saint PaulChapitre 159 sur 630 · IV. SPES NON CONFUNDIT · texte numérisé non relu

IV. SPES NON CONFUNDIT

Certitude de l’espérance. — La seconde partie de l'Épitre aux Romains se clôt par un chant de triomphe. Paul n’a rien écrit de plus vibrant ni de plus lyrique. L'émotion nous soulève avec lui pendant qu'il déroule les perspectives, belles comme des rêves, de l'espérance chrétienne.

Jetons un regard en arrière. Nos trois grands ennemis — quatre, en comptant la Loi — gisent impuissants devant la croix du Sauveur. Le péché est détruit : « Il n’y a plus de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus.» La mort est vaincue d'avance par les germes d'immortalité déposés en nous. La Loi, qui était de connivence avec le péché, est abolie. Seule, la chair lutte encore contre l'esprit; mais, avec l'appoint de la grâce, la victoire est assurée. Le présent nous garantit l'avenir et notre sort est dans nos mains : « Nous sommes sauvés en espérance », mais notre espérance est certaine. Pour attester cette connexion étroite, intime, nécessaire, entre la grâce et la gloire, Paul en appelle à quatre témoins : la création entière, l'Esprit-Saint, Dieu le Père, Jésus-Christ. Il y a dans la déposition de ces quatre témoins un crescendo de mouvement, de lumière et de certitude? :

1. La création matérielle, associée jadis malgré elle à notre déchéance, a le pressentiment et la promesse qu'elle sera un ‘ jour associée à notre glorification.

2. Le Saint-Esprit nous donne dès ici-bas tant de gages de la béatitude qu’il nous en garantit par avance la possession.

3. Dieu le Père a établi un lien naturel entre les effets de sa miséricorde qui s'appellent mutuellement, depuis la première étincelle de la foi jusqu’à la claire vision du ciel.

k. Enfin l'amour de Jésus-Christ pour nous parle un langage encore plus éloquent et nous savons que rien ne pourra jamais nous en détacher si ce n’est nous-mêmes.

1. Rom. 81 — Victoire sur le péché, chap. v; sur la mort, chap. vi; sur la Loï, chap. vu; sur la chair, 81-18,

2. L’audition des témoins (Rom. 81°-5°) a lieu dans cet ordre : la nature 812-256), le Saint-Esprit (826-27), le Père (828-33), le Fils (854-59),

Témoignage de la création. — Écoutons d’abord la voix de la création. « Soumise malgré elle à la vanité », selon l’expression de l'Apôtre, la nature matérielle est maintenant asservie à un maître qui la profane et la prostitue. Saint Paul lui prête vie et sentiment : il nout fait entendre ses plaintes ; il la décrit frémissante sous un joug abhorré et soupirant après la délivrance. Car elle sait que sa servitude prendra fin, que sa glorification est liée à la nôtre. Dieu lui en fit la promesse formelle quand il l'obligea pour un temps à servir des rebelles. Un mot d'une intraduisible énergie (äroxapadoxia) nous la représente la tête dressée, le front tendu, l’œil ardemment fixé sur le terme encore lointain de son espérance. Ne cherchons toutefois dans cette hypotypose que ce que l’Apôtre a voulu y mettre. Il ne parle nulle part d’une rénovation physique de la nature. Les nouveaux cieux et la nouvelle terre, de quelque manière qu'on les entende, sont étrangers à son eschatologie. Il se fait seulement l'interprète des vœux de la création, certain que l’état violent où le péché l’a mise cessera au moment marqué pour notre transformation glorieuse !.

Témoignage de l'Esprit. — Le témoignage du Saint-Esprit est plus distinct que celui de la nature; surtout il est plus intime. Par les désirs qu'il nous suggère, parles prières qu'il nous met aux lèvres, par sa présence même, il atteste notre gloire future. La grâce sanctifiante, les dons inhérents aux sacrements, sans parler des charismes qui sont le lot des privilégiés, nous possé-

I. Rom. 8192-22 : ‘H yap ànoxapadoxia the xTioeux Tv Amoxdludiv Tüv uiov roù Ocoù amexdéyerar xth. — 1. La créature ou création (xriou, quatre fois dans ce contexte) est la création matérielle à l’exclusion des êtres raisonnables. Voir Cornely, Comment. in Rom., p. 424-426. — 2. La vie et le sentiment lui sont donnés par prosopopée. Elle attend (à&rexdéyeræ), elle “espère (ëx” éanéà), elle est impatiente (ä&roxapadoxia), elle a des répugnances (oÿx éxoüca), elle gémit et éprouve les douleurs de l’enfantement (ouvorevéter xai ouvwôiver, le oûv exprimant plutôt un sentiment collectif qu'un sentiment partagé avec nous). — 3. La nature fut violentée en quelque sorte quand, après le péché, elle fut asservie à des usages vains et profanes (rÿ matadrnri); elle se soumit cependant à l’ordre de Dieu (à rèv drorééavra), mais sur cette double assurance, qu’elle serait délivrée un jour et glorifiée avec l’homme. — Sur cette restauration de la création matérielle, l'imagination des interprètes s’est donné carrière. Cf. J. B. Kraus, Die Apokataslasis der unfreien Crealur auf kathol. Standpunkte, Ratisbonne, 1850.

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dons dès ici-bas toutes les prémices de l'Esprit. Or les prémices sont l’annonce de la moisson. Mais tandis qu'entre les primeurs et la récolte mille accidents peuvent surgir, il n’y a entre la gloire et la grâce qui en est le germe d'autre péril à craindre que notre inconstance. En attendant, l'hôte de nos âmes ne reste pas inactif. Les désirs qu’il nous inspire se traduisent par des soupirs inénarrables, parce qu’ils ont pour objet ce que l’œil de l’homme n’a point vu, ni son oreille entendu, ni son cœur ressenti. Ni ces désirs ni ces gémissements ne sauraient être frustrés, puisqu'ils ont pour auteur l'Esprit de vérité lui-même. Il en est ainsi pareillement des prières qu'il forme en nous sans nous, sachant mieux que nous ce qu’il nous convient de demander. Quand il fait monter à nos lèvres ce nom de Père : Abba, Pater, il témoigne pour nous de notre filiation adoptive. « Maïs si nous sommes fils, nous sommes héritiers : héri. tiers de Dieu, cohéritiers de Jésus-Christ; pourvu que nous souffrions avec lui afin d’être glorifiés avec lui. » Une partie de notre-héritage — et la principale — c’est la gloire céleste. Nous ne la possédons pas encore, n'étant sauvés qu'en espérance; mais nous y avons droit et personne ne peut nous déshériter sans notre consentement. Tel est — autant qu'il est exprimé dans ce passage — le triple témoignage de l’'Esprit-Saint!. Témoignage du Père. — « Nous savons qu'il concourt en tout au bien de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon le propos. Car ceux qu’il a connus d’avance il les a aussi prédestinés à être conformes à l’image de son Fils, afin qu’il soit le premier-

1. Le témoignage du Saint-Esprit (815-17 et 8253-27) est coupé en deux par celui de la création. Dans la première partie, l’Esprit-Saint, qui est un esprit de filiation (rvedua vioSeciac) et non un esprit de crainte servile (nveüua GouAeias), atteste notre qualité de fils et partant notre titre d’héritiers de Dieu (xAnpovéuot Oeoù) et de cohéritiers du Christ (ouvxArpovéuo: Xpucroÿ). — Dans la seconde, le Saint-Esprit, en nous inspirant le désir du bonheur éternel qui est la floraison spontanée de l’état de grâce (825 : GAS xoù aûtoi Thv dncpyhv Toù Ilveduaros Éyovrec ueïc xaè aûroi èv Éauroïc ctevétouev vlofeciav &nexdeyépevor, Tiv änolUTpwotY Toû cwuatoc Âu&v), rend témoignage à notre destinée glorieuse. Il rend un témoignage analogue — et plus clair encore — en nous faisant demander notre glorification future. Car C’est lui, plutôt que nous, qui est l’auteur de cette prière et de ces soupirs (826 : aûro vo [lvedua ÿnepevruyyéver otevaymoïc &ha)fTors. 827 : xarù Oedv évruyydver rio &ytwv).

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né entre plusieurs frères. Mais ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés, et ceux qu’il a appelés il les a aussi justifiés, et ceux qu'il a justifiés il les a aussi glorifiés. Que dirons-nous à cela? Si Dieu est pour nous qui sera contre nous? Lui qui n’a pas épargné son propre Fils, mais l’a livré pour nous tous, comment ne nous accordera:t-il pas avec lui tout Le reste? Qui accusera les élus de Dieu? C'est Dieu qui justifie, qui condamnera ! ? » Ce texte fameux nous donne la suite des cinq actes divins qui se succèdent dans cet ordre et qui, pour les amis de Dieu, s'expriment tous par des verbes au passé. . 1. Prescience (+poéyvw).

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