Glorification (236Eacev
Comme le lexique de Paul n’est pas toujours conforme à celui des théologiens, il faut d’abord définir brièvement chacun de ces termes?. Que de discussions auraient pris fin avant de commencer si l’on ne s'était jamais départi de cette méthode!
On sait que pour l’Apôtre la vocation est toujours l'appel efficace à la foi. Autrement dit, les appelés (xAntot) sont ceux qui ont répondu de fait à l'appel de Dieu. Par conséquent le mot est à peu près synonyme de chrétiens, mais avec une allusion aux prévenances divines. La distinction de deux classes d’appelés dont les uns viennent et les autres ne viennent pas — distinction qui peut s’autoriser de la parabole évangélique des invités — est tout à fait étrangère au langage de Paul. Le terme de l'appel divin est chez lui généralement la foi et la justification, par exception l’apostolat et la théocratie judaïque ; mais c’est toujours une grâce suivie d'effet.
Élu et appelé, élection et pocation sont respectivement synonymes. L'élection ajoute à la vocation une idée de choix et de préférence; mais du reste tous les chrétiens sont élus, en tant que discernés par une faveur particulière de Dieu. Comme la vocation, l'élection a pour terme une fois la grâce de l’apos-
1. Rom. 828-350, Voir les notes des pages 334, 336, 338 et 339. 2, Voir la note O et la note P, à la fin de cet article.
SPES NON CONFUNDIT. 333.
tolat, une autre fois l'honneur de la théocratie, partout ailleurs la dignité de chrétien. Jamais, dans les Épîtres de Paul, elle ne se rapporte distinctement à la béatitude éternelle.
Le nom même de prédestination n’est pas biblique. Les équivalents les plus rapprochés sont le propos (xpdôeoxc), le bon plaisir (eèdoxl«), la volonté (béAnua) de Dieu. Quand au verbe « prédestiner » (mpoopitew), saint Paul ne lui donne jamais pour terme — du moins pour terme exlusif — la gloire du ciel. Dieu prédestine l’homme à la grâce ou la grâce à l’homme. Il nous a prédestinés à la filiation adoptive et cette filiation est déjà nôtre : de sorte que, d’après saint Paul, tous les chrétiens sont prédestinés dans le sens où ils sont tous élus et tous appelés. Dieu les a tous prédestinés à être conformes à l’image de son Fils » et cette conformité, bien qu’elle doive recevoir un jour sa dernière touche, existe réellement dès ici-bas. Mais nous reviendrons sur ce texte.
Appelés selon le propos. — L'intelligence de la pensée de Paul dépend d’un verset sur lequel interprètes et théologiens glissent beaucoup trop légèrement, car il est la clef de tout le passage : « Nous savons que Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon le propos. » Ces mots si clairs en apparence soulèvent deux questions : l’une importante mais après tout accessoire, l’autre capitale et qui décide de tout le reste.
Dans l’incise voi &yanéotv tov @edv mévru ouvepyet sis &yabdv le sujet de ouvepyei peut être mévra et le sens est alors : « Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu », ou bien 6 @edç qui vient d'être nommé et en ce cas il faut traduire : « Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment », et plus exactement sans doute quoique avec moins d’aisance : « À ceux qui aiment Dieu, il vient en aide en tout pour le bien. » Trois raisons nous font préférer cette seconde traduction : 1. l’autorité des Pères et des interprètes les plus sensibles aux nuances de la langue grecque; 2. la signification du verbe ouvepyeiv qui se dit mieux des personnes que des choses et dont la particule composante indique un concours de causalités, une action commune ; 3. le contexte qui exige le même sujet pour cette incise et la phrase suivante où il faudrait autrement sous-en-
tendre « Dieu » d’une manière très peu naturelle ‘. Mais encore une fois cette question de philologie est secondaire.
L'autre problème ne l'est point. Il s’agit de savoir si les mots vois xara mpobeoiv xAnroïç expliquent les mots vois &yanüot Tov @ecv, avec lesquels ils sont en apposition, ou au contraire les restreignent ; en d’autres termes, si tous ceux qui aiment Dieu sont appelés selon le propos ou si ces derniers forment comme une classe privilégiée parmi ceux qui aiment Dieu. Dans la première hypothèse, le concours secourable de Dieu dont parle saint Paul serait assuré à tous les justes; dans la seconde, il ne serait promis qu'aux prédestinés, en prenant ce mot au sens scolastique, pour les prédestinés à la gloire céleste.
Disons tout d'abord que xp6eoiç désigne le propos de Dieu non le propos de l'homme. Ce fut sans doute le souci exagéré de sauvegarder le libre arbitre avec la crainte excessive du fatalisme gnostique qui fit préférer à la plupart des Pères grecs la seconde acception. Il n'y a plus de motif d’atténuer le lan-
gage de Paul et nous voyons sans hésiter dans le propos selon:
lequel nous sommes appelés le dessein bienveillant de Dieu.
On n'ignore pas que saint Augustin, au cours des controverses pélagiennes, imagina de diviser les justes en deux classes — ceux qui sont appelés selon le propos et ceux qui ne sont pas appelés de la sorte, autrement dit ceux qui sont prédestinés au bonheur éternel et ceux qui ne le sont pas, — mais cette distinction, irréprochable au point de vue théologique à condition de définir les termes, n’a au point de vue de l'exégèse
1. Rom. 8?8 : Oldamev dÈ OT toic &yardar Tov Oedy Tévra ouvepyet eic yahdy roïc xurà mpébeorv xAntoïc oùorv. La Vulgate ajoute après vocati sunt le mot sancti qui n’est pas dans le grec, mais qui ne change rien au sens, car pour saint Paul tous les vocati sont chrétiens et tous les chrétiens sont sancti. Un changement plus grave c’est qu’elle traduit comme si zévræ était le sujet de ouvepyet tandis que c’est « Dieu » qui est plus probablement le sujet de ce verbe. La leçon cuvepyet 6 @e6s est patronnée par un groupe important d’autorités (voir les commentaires de Sanday et de Meyer-Weiss). Beaucoup de Pères grecs, sans lire 6 @e6s, tirent ce sujet de l’accusatif tov @ecv qui précède immédiatement. Augustin, lui aussi, lit cooperatur, comme son texte le montre, bien que les éditeurs lui fassent dire souvent cooperantur. Cf. De corrept. et gratia, 23 (XLIV, 929); De gratia et Lib. arbit., 33 (XLIV, 9,01) etc. Estius rejette cette leçon sous le curieux prétexte qu’en parlant de Dieu il faudrait dire operatur plutôt que cooperalur.