‹ La théologie de Saint PaulChapitre 162 sur 630 · AR VAN AU · texte numérisé non relu

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ressemblance que confère la grâce, ou de celle que donne la gloire, ou de l’une et l’autre à la fois? Si l’on réfléchit à la manière dont l’Apôtre a coutume de décrire notre conformité avec Jésus-Christ, qu'il suppose accomplie dès maintenant, à l’universalité de ses expressions qui semblent embrasser tous les justes, au lien qu’il établit toujours entre la vocation absolue à la grâce et l'élection conditionnelle à la gloire, à son dessein manifeste de donner à notre espérance une base sûre, au soin qu’il prend de présenter notre glorification comme réalisée dès ici-bas, en droit sinon en fait, on trouvera sans doute la première interprétation beaucoup plus vraisemblable. Le sens serait donc : « Ceux qu’il a prédestinés à porter l'image de son Fils par la grâce sanctifiante, gage et prélude de la gloire, il les a appelés à la foi d'une vocation efficace. » Mais la prédestination elle-même est éclairée par la prescience : « Ceux qu’il a connus d'avance, il les a prédestinés. »

Paul ajoute que Dieu « a glorifiés ceux qu'il a justifiés! ». Il

de Dieu, conférée par la grâce et la filiation, ne soit pas considérée comme une chose différente de la ressemblance complète conférée au terme de l'épreuve.

1. Rom. 850 : oùc dE édtxaiwsev, toutou xai éd0ëacey. Dans quel sens Dieu a-t-il glorifié ceux qu’il à justifiés? Saint Thomas se pose la question et ne la résout pas : « Hos et magnificavit [c’est ainsi qu’on lisait dans beaucoup de manuscrits au lieu du texte actuel glorificavit] : et hoc dupliciter, scilicet uno quidem modo per profectum virtutis et gratiæ; alio autem modo per exaltationem gloriæ... Ponit autem præteritum pro futuro, si intelligatur de magnificatione gloriæ, vei propter certitudinem futuri, vel quia quod in quibusdam est futurum, 1n aliis est completum. » Il est certain que la gloire accordée par Dieu aux hommes doit s'entendre souvent, comme l'exige le contexte, de la gloire du ciel, Rom. 5? (ëx” 8nid tac O6ënc Toù Ocod); 818 (rpdc Thv uélouoxv D6Eav) 51 Cor. 19%; Phil. 321; Col. 1°7; 1 Tim. 316; 2 Tim. 210; maïs elle signifie non moins souvent l’état glorieux que confère la grâce sanctifiante, Rom. 210; 323; 1 Cor. 27 (la vraie sagesse que Dieu à prédestinée avant les siècles pour votre gloire); 2 Cor. 318 (pets dè névres dvaxexalupuéve TROT TV d6Eav XUpÉoU XATONTPLOMEVOL TV TA EixO va peTaoppoüteba and dns eis Gééav). Cf. 2 Cor. 38:2-11 etc. Saint Chrysostome et ses disciples sont donc fondés à adopter ce dernier sens; d'autant que les partisans de lopinion contraire sont obligés de prendre éô6£asev soit pour un passé proleptique, soit pour un aoriste gnomique ou d'habitude, ou bien de mêler ensemble ces diverses manières de parler qui sont toutes très rares dans le Nouveau Testament. Mais peut-être ni les uns ni les autres n’ont-ils tout à fait raison. Nous pensons que saint Paul désigne per modum unius l’état glorieux produit par la charité qui se changera un jour en béatitude. On évite ainsi de

met le verbe au passé moins parce que la glorification est certaine du côté de Dieu que parce qu’elle est faite en principe et déjà commencée. S'il vise immédiatement la gloire de la filia-

tion adoptive conférée par la grâce sanctifiante, comme le veut

saint Jean Chrysostome avec d’autres excellents interprètes, il n'exclut nullement la glorification complète du ciel. Il n’a pas coutume d'établir entre l'élection initiale et le salut final, entre la grâce et la gloire, la ligne de démarcation rigide qui est dans nos habitudes d'esprit. Pour lui, il n’y a pas solution de continuité : la grâce se transforme spontanément en gloire comme l'arbuste devient arbre en vertu de sa force vitale.

Résultats. — On peut dire que l’exégèse commune des Pères grecs et latins — en exceptant Augustin dans sa seconde manière — est d'accord sur trois points :

1. La prescience, qui est essentiellement un acte intellectuel, précède la prédestination et la dirige, les justes et les élus n'étant pas connus d’avance parce qu'ils sont prédestinés, mais bien prédestinés pour avoir été connus d'avance.

2. La prédestination est un acte de la volonté conséquente de Dieu; elle se rapporte à la collation de la grâce efficace et non pas directement à la collation de la gloire.

3. Enfin, dans le texte de saint Paul, les mots « connus d’avance, prédestinés, justifiés », fort probablement aussi « glorifiés » ayant la même extension, s'appliquent aux mêmes personnes, c'est-à-dire à ceux qui aiment Dieu, aux chrétiens dont la foi est vivifiée par la charité.

Si Augustin eut le grand mérite de montrer que la « vocation selon le propos » ne pouvait se rapporter qu’au propos de Dieu, il distingua deux catégories d'appelés que la tradition antérieure ne connaissait point et il donna de la prédestination une définition ignorée jusqu'à lui. Saint Prosper lui faisait remarquer justement que tous leurs prédécesseurs ou

faire aucune violence au langage, on fait droit au but de lApôtre qui est de confirmer notre espérance par les bienfaits reçus de Dieu, enfin on se conforme à son habitude bien connue de présenter le salut comme une chose accomplie du côté de Dieu, comme un bienfait dont nous jouissons déjà et que nous devons néanmoins espérer. Voir les exemples dans une concordance au verbe owtw.

bon dé

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à peu près subordonnaient la prédestination à la prescience et employaient ce que nous nommerions aujourd'hui la théorie de la science moyenne. Cajetan, lui, croit que la préposition præ du verbe latin prædestino marque une antériorité relativement à la prescience : Etiam prius quam præscirel prædestinavit. I] appelle cela un profond mystère. Mystère inintelligible, passe; mais saint Paul ne l'enseigne pas. Témoignage du Fils. — Nous avons vu successivement la création, le Saint-Esprit, le Père, confirmer notre espérance. Le théologien peut être tenté de s’arrêter ici. Ce serait bien à tort. Le passage suivant éclaire d’un jour très vif ce qui précède. Il montre quel était le but poursuivi par l’Apôtre en parlant de prescience et de prédestination. Il fait voir que les motifs d'espérance s'étendent à tous les justes et ne sont pas l'apanage de quelques privilégiés; car la charité du Christ embrasse tous ceux qui l’aiment. Nous avons quatre insignes preuves de l’amour que Jésus-Christ nous porte. Il est mort pour nous justifier; il est ressuscité pour nous associer à sa gloire: il est assis à la droite du Père pour nous faire partager son règne; il continue à intercéder pour nous!. Les deux premiers gages subsistent dans leurs effets, les deux derniers nous assurent en outre l'efficacité de cet amour. Notre assurance (émaua) n'est pas une simple persuasion, c'est une certitude de foi. Rien ne peut nous séparer de l'amour de Jésus-Christ que nous-mêmes. Mais à ce point de vue la certitude est conditionnelle et n'exclut pas la crainte; car notre amour pour le Christ n’a point par lui-même cette fermeté dont parle l’Apôtre et l’on ne peut pas dire sans présomption qu'il ne faillira jamais. On le voit, Paul termine cette section presque dans les termes où il l'a commencée : « L’espérance ne confond point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs?. » Ici comme là, il fond en un l’amour que nous témoignent et le Fils et le Père.

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