‹ La théologie de Saint PaulChapitre 163 sur 630 · I. PRÉDESTINER, PRÉDESTINATION · texte numérisé non relu

I. PRÉDESTINER, PRÉDESTINATION

ME" © Le verbe prédestiner revient six fois seulement dans quatre textes dis-

h tincts (Act. 428; Rom. 829-30; ] Cor. 27; Eph. 15:11), car dans Rom. 14 (præ-

destinatus est Filius Dei) Je mot correspondant en grec est épitev et non

; mpoopiteuv. — Dans Act. 428 (facere quæ manus tua et consilium decreve-

SRACE runt fieri, rpowocev), prédestiner signifie simplement « décider d’avance »

$ et n’a aucun rapport avec la prédestination théologique. Dans 1 Cor. 27

j (loquimur Dei sapientiam.. quam prædestinavit Deus ante sæcula in

ns gloriam nostram), le terme de la prédestination n’est évidemment pas la

- gloire du ciel mais la révélation des conseils divins. Dans Eph. 15 (prædes-

; tinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum in ipsum, secun- # dum propositum voluntatis suæ), la prédestination est commune à tous *

2 Peu les fidèles et a pour terme la filiation adoptive (viofectav) complète dès

cette vie. Dans Eph. 111 (in quo et nos sorte vocati Sumus, prædestinati

secundum propositum ejus qui operatur omnia secundum consilium vo-

er luntatis suæ), elle est également commune à tous les croyants et a pour

‘ terme la vocation efficace à la grâce. Enfin dans Rom. 82230, le sens de pradestinavit dépend de conformes fieri imaginis Fili sui; cette conformité étant celle que confère la grâce et le verbe prædestinavit devant avoir, d’après le contexte, la même extension que præscivit, vocavit etc., il ne peut pas être question, du moins exclusivement, d’une prédestination absolue à la gloire du ciel. En résumé, prédestiner : 1. est un acte propre à Dieu; 2. par lequel il décrète une chose ayant trait à l’ordre du salut; 3. mais qui n’est jamais distinctement la gloire éternelle. Le sens correspondant de prédestination, dans le lexique de saint Paul, serait donc : « Un décret divin, absolu et éternel, logiquement postérieur à la prescience, par lequel Dieu destine l’homme à un bienfait ou un bienfait à l’homme. » Seulement l’Apôtre n’emploie pas ce mot.

Mais on se tromperait gravement si lon s’imaginait que cette notion est applicable au langage de tous les Pères. Voici trois définitions qui diffèrent diamétralement entre elles et qui ne s’éloignent pas moins de la terminologie de saint Paul. On connaît celle de saint Augustin : « Præparatio beneficiorum quibus certissime liberantur quicumque liberantur. » — Celle de saint Jean Damascène ne saurait être plus contraire. Selon lui, « Dieu prévoit tout mais ne prédestine pas tout; car il prévoit les actes libres mais ne les prédestine pas : "Qore This Velas npoyvworixñc xedeUseu Épyov Éctiv à npooptouéc. Dieu prédestine selon sa prescience ce qui ne dépend pas de nous. » De Fide orthod. 1, 30 (XCIV, 972). — A l'extrême opposé est la définition de saint Isidore de Séville, Sentent. u, 6 (LXXXII, 606) : « Gemina est prædestinatio sive electorum ad requiem sive reproborum ad mortem. Utraque divino agitur judicio ut semper electos superna et interiora sequi faciat, semperque reprobos ut infimis et exterioribus delectentur deserendo permittat. »

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