‹ La théologie de Saint PaulChapitre 167 sur 630 · V. ÉLIRE, ÉLU, ÉLECTION · texte numérisé non relu

V. ÉLIRE, ÉLU, ÉLECTION

da mots, rares dans saint Paul, ne désignent pas toujours une action ivine.

1. Élire (eligere, éxAéyeodos) se dit des hommes (Luc. 104; 147; Joan. 1516; Act. 65; 1522-26);de J.-C. choisissant ses apôtres (Luc. 618; Joan. 670; 1318; 151619; Act. 12), de Dieu (Act. 124; 1317; 157; 1 Cor. 127-228; Eph. 14; Jac. 25). Dans ce dernier cas, il se rapporte toujours à l’ordre d'exécution (sauf Eph. 11).

2. Élu (electus, éxheutéç) est ordinairement synonyme d’appelé, auquel il surajoute une idée de sélection ou de préférence. Une fois il pourrait désigner les élus du ciel (1 Tim. 5°1 : Testor coram Deo et J. C. et electis angelis); mais les interprètes entendent diversement cette expression, soit des anges éminents en dignité (Bisping), soit des anges en possession de

la béatitude éternelle (Estius), soit des anges choisis pour la garde des hommes.

3. Élection (eleclio, ëxxoyh) est synonyme de vocation avec une idée de préférence et de choix (Rom. 911; 115-728; 1\Thess. li; 2 Petr. 110: certam vestram vocationem et electionem faciatis). Dans vas eleclionis (Act. 915), il y à idée d'excellence plutôt que de choix.

En résumé : Élire n’est pas réservé à Dieu; tandis que élu et élection dans le N. T. ont Dieu pour auteur exclusif. Sauf L Tim. 5°!, où élu signifie peut-être élu à la gloire, élu désigne ordinairement (quinze fois) celui qui a consenti à l'appel divin, mais avec une idée de faveur et de choix de la part de Dieu; par exception il veut dire excellent, précieux (Rom. 1615; Luc. 233%; 1 Petr. 246). Le sens est douteux dans Col. 31?; 2 Joan. 1 ?t 13. Élection signifie toujours vocation avec la nuance indiquée ci-dessus. L’objet en est, soit la dignité d’apôtre (Act. 925), soit la dignité de peuple choisi (Rom. 911), soit, partout ailleurs, la dignité de chrétien.

Dans l'interprétation de Rom. 828 nous avons suivi saint Jean Chrysostome. Outre qu’il est le commentateur le plus autorisé de saint Paul, son exégèse nous paraît ici la plus logique et la plus conforme à la doctrine générale de l’'Apôtre. Mais on wignore pas que dans ses dernières années saint Augustin en proposa une autre, à laquelle un certain nombre de théologiens donnèrent leur suffrage. Voici ce que saint Prosper, vers 498, écrivait à l'évêque d’Hippone arrivé presque au terme de sa carrière (parmi les lettres d’Augustin CCXXv, 8, ou bien P. L., XLIV, 953) : « Illud qualiter diluatur, quæsumus patienter insipientiam nostram ferendo demonstres, quod retractatis priorum de hac re opinionibus, pene omnium par invenilur el una sententia, qua propositum et prædestinationem Dei secundum præscientiam receperunt; ut ob hoc Deus alios vasa honoris, alios contumeliæ fecerit, quia finem uniuscujusque præviderit, el sub ipso gratiæ adjutorio in qua futurus esset voluntate et aclione præscieril. » À part l’équivoque du mot quia, S. Prosper pose admirablement l'état de la question. S. Augustin dans sa réponse ne conteste pas le fait, il se borne à dire que ses prédécesseurs ne sont pas contraires à Sa doctrine, De prædest. sanctor. 27 (XLIV, 980) : « Certe si de divinarum Scripturarum tractatoribus qui fuerunt ante nos, proferrem defensionem hujusce sententiæ, quam nunc solito diligentius contra novum Pelagianorum defendere urgemur errorem; hoc est, gratiam Dei non secundum merita nostra dari, et gratis dari cui datur, quia neque volentis neque currentis, sed miserentis est Dei; justo autem judicio non dari cui non datur, quia non est iniquitas apud Deum : si hujus ergo sententiæ defensionem ex divinorum eloquiorum nos præcedentibus catholicis tractatoribus promerem; profecto hi fratres, pro quibus nunc agimus, acquiescerent : hoc enim significastis litteris vestris. » S. Augustin ajoute que ses devanciers, avant la naissance du pélagianisme, n’ont pas eu à insister sur la nécessité de la grâce. Il a parfaitement raison; ses prédécesseurs admettent comme lui la nécessité et la gratuité de la grâce; mais ils supposent cette doctrine plus qu’ils ne songent à la prouver. Néanmoins une différence de point de vue existe entre eux et lui et S. Prosper était

D 0 el À EN EE RL TS , l'O ORETT TSANEE

bien informé en écrivant que d’après tous les théologiens antérieurs prescience (xpéyvwoic) est distincte de la prédestination, qu’elle la pré cède et l’éclaire, qu’elle en est la condition.

Nous allons exposer brièvement l’exégèse d’Origène, de Diodore de Tarse, de S. Chrysostome, de Théodore de Mopsueste, de S. Isidore de Péluse, de Sévérien de Gabala, de S. Cyrille d'Alexandrie, de Théodoret, de Gennade de Constantinople, de Théodore le Moine, de S. Jean Damascène, de Photius, c’est-à-dire de fous les écrivains grecs connus qui se sont occupés ex professo de notre texte, en dehors des compilateurs.

1. Origène. — La traduction de Rufin est trop infidèle pour entrer en ligne de compte, mais Origène avait donné une courte explication de notre texte à propos de Rom. ll et cette explication a été insérée dans la Philocalie par S. Grégoire et S. Basile (Robinson, The Philocalia of Origen, Cambridge, 1893, chap. xxv, p. 227-229). Le trait caractéristique d’Origène c’est de s'appliquer à bien distinguer les actes divins. Avant la justification, la vocation; avant la vocation, la prédestination ; avant la prédestination, la prescience. La prescience est un acte de l’entendement par lequel Dieu voit d'avance ce que feront ou ne feront pas les êtres libres : Ilposvatevicas 6 Oed: T@ elpu® Tv Écouévwv, xai xatayofouc forv ToÙ Ep’ AuIv TGVDÉ Tivwv mi edceéciay x dpuñv nl TaûTnv mer Tv ÉoTV... Tpoéyvw adrolc, yivoxwv uèv Tà ÉVMOTAUEVA, TpOYVÉORwV D Tà é)- Aovta" na oÙc otTw TpoËyVw, rpowpioev ouuuépoous écouévouz xtà. La conformité (cüuoppoc) avec le Fils de Dieu est la ressemblance que donne la vertu, en d’autres termes la filiation adoptive [laquelle existe dès icibas]. Le propos (p6beoic) est bien le propos de Dieu, mais ce propos Suit la prescience sur laquelle il se fonde : Iévu & TAV Ex ToŸ ép’ Av aitlav maplornor tic mpolécewc vai rpoyvwoews xt}. Le verbe œuvepyet est pris au neutre (tout concourt) et non pas à l'actif (Dieu fait tout concourir) mais ce point est secondaire.

2. Diodore de Tarse, le second chef de l'école d'Antioche, d’après la Chaîne du Vatican (grec 762, fol. 118, manque dans Cramer), met aussi la prescience avant la prédestination : Hp@tov yap ÉpA rpoyivéoxev Toy Oedv era npoopiteuv. Il est d'avis que le texte de saint Paul serait plus clair si lon renversait l’ordre des termes : « Ceux qu'il a glorifiés il les à justifiés » etc. : Tivas voivuy éyraïôæ ÉdoExGEY 6 Oeés; oÙc Édtxaiwoev. Tivas OÀ mpowpioev ; où TpoËyvw, tobc kart TpOBeoUv xAnToùS Évrac, Toût’ Écriv Todc Ô14 Thv ldiav mpébeouv &tiouc dvrac xAn0ñvar rai cuuoppwbñva Xetor®. Il arrive donc au même résultat qu’Origène, dont il semble avoir eu connaissance, sauf qu’il entend æpébecr:; du propos de l’homme.

3. Le commentaire de S. Jean Chrysostome est admirable de clarté et de logique, Zn Roman. hom. XV, 1-2 (LX, 540-542). C’est Dieu qui est le sujet de cuvepyeï et qui fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment : le traducteur n’aurait donc pas dû maintenir le cooperantur de la Vulgate. — Il y a deux catégories d’appelés : ceux qui sont venus parce que leur volonté (tpéôeots) est bonne (et qui sont de ce fait xintol xarà TLOEOLV) et ceux qui mont pas voulu venir : To6Beotv évraïdé pnoiv, Eva U Tù Täv TA xkoe d@... bte oÙy À fois môvoy, &ANX ka A rpéeots Tv xaloUUÉvEY TV cuTnpiav eipydoaro. La vocation divine en effet ne force personne; tous ont été appelés, mais tous n’ont pas obéi à l'appel. — La conformité au

Fils de Dieu est celle que donne la grâce sanctifiante : "Onep yàp 6 Movo yevhs Av gûoe, Tobro xai ado yeyévaot xatà Yépiv. — La glorification a déjà eu lieu; c’est celle que confère la filiation adoptive : "Edéface dià Ts xdprroc, àà Tic violesias. — Enfin le but de l'Apôtre est de confirmer lespérance des chrétiens et de leur montrer par les bienfaits déjà reçus de Dieu dans le passé ceux qu’ils sont en droit d'attendre pour l'avenir : Ei roïç pélovol mves Giumiorodorv, AN mpdc Tù Non yeyevnuéva dyala oùdèv ày Éxouev eineiv oîov, tv dvwbey To Oeoù mpès oè puiav, Tv raiwotv, TAv Sotav. Remarquez le #ôn et le G6ëav qui donnent la vraie note de tout ce commentaire.

4. On n’a de Théodore de Mopsueste que d’assez courts fragments (LXVI, 832) : Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment (roïs; &yar&otv adrov &yal@v moéÉevos yivetat @c6c), quoiqu'il tolère les méchants et ne les prive pas de ses bienfaits. La vocation « selon le propos » est celle qui est librement acceptée par la volonté (xpéôecic) de l’homme : Toürwv yap fèer xoù nédou à Oedc Tv mepi aûrov [c’est la lecon du codex Vatic. grec 762; Cramer, suivi par Migne, lit nepè aürév où nous ne voyons pas de sens] ‘mpébeouv ofa tie ÉTas, 60ev aürobs vai éxdAeoev ÈTi TO The oixelac GÉlws Tipñoar rpompéceux. Cependant l’homme ne peut rien sans la grâce (In Rom. 838) : oùx Etre th oixelu Ouvéper, th d Toû Xptoroÿ ouvepyiq To näv énirpébac. Si le rôle de la grâce prévenante est laissé dans l’ombre, la faute en est peutêtre au caractère imparfait de ces fragments.

5. S. Isidore de Péluse s'occupe deux fois de notre texte. La première fois, Epist. iv, 13 (LXVIL, 1061), il se borne à dire que Dieu n’abandonne jamais les hommes de bonne volonté. Dans le second passage, Epist. 1v, 51 (LX VII, 1101), il suit de si près $. Jean Chrysostome qu’il doit l’avoir sous les yeux : Où yäp à xkñous pvoy (mévrec yàp ExAñOmonv pèv, oÙy brinovoav dé)" a& wal npébeotg TV LEXINLÉVOY TAV HTNpÉLV ipyacaro. OÙ yüp nvayxacuévn yéyovev à xñois oùdè Beétaouévn, SW ÉxoUGLOC.

6. Le fougueux adversaire de $S. Chrysostome, Sévérien de Gabala, ne paraît pas avoir eu d’antipathie pour son exégèse. Les Chaînes ne nous donnent de lui que deux courtes notes, dont l’une montre qu’il avait bien saisi la pensée générale de Paul (amour du Père et du Fils pour nous est un signe certain [rexuñptov] qu’ils achèveront leur œuvre) et dont l’autre fait voir qu’il entendait la conformité avec le Fils de Dieu, à laquelle nous sommes prédestinés, de la conformité produite par la grâce sanctifiante (rñc etxévoc vod Yioÿ &vri voÿ &ylou Ilvebuaroc).

7. L'exégèse de S. Cyrille d'Alexandrie (LXXIV, 828-829) ne diffère qu’en un point de celle de Chrysostome : npéleous, qui est la même chose que Boÿnote, désigne en même temps la volonté de Dieu et la volonté de l’homme (Hmrot yeyévasi vives xara mo6becuv, TÂV TE TOÙ xExNXÔTOS al Tv ÉœUr&v). La notion et le rôle de la prescience sont les mêmes que dans Chrysostome. Tous sont appelés mais tous n’acceptent pas : OÙ eidtç méphwev

. émoïoi mivec Écovrat, &pbploev els To TV me) vTwv pLETAGyEv &yalwv, Toûrouc

yo Exdhecev, dore di Tic èn” abrov mictews àroaloat Gtxatboews. Le bon

cardinal Mai, qui a édité le premier les scolies de $. Cyrille, se croit obligé de noter ici : Observent scholastici prædestinationem post prævisa merita

a Cyrillo perspicue traditam, observation assez inutile, car la doctrine de

8. Cyrille n’a à cet égard rien qui tranche sur l'enseignement de ses pré-

décesseurs : ElSüc &vwev rooürou: écomévous æaûTobc, &vdloya Th Tepi aûTov

Babéoe: népéwey adrois nôTpéritev ayalé. Tout ce commentaire est à lire. 8. Théodoret, à son ordinaire, résume avec concision les idées de Chry-

sostome et d’Origène (LXXXII, 141-143) : Où yàp &mi&e RLOWPIGEV, &}Àà Tpo= | YVOS TpoWpiGEv... Ov Tpoéyvw Thy Tpéeowv, Toûrouc RPOWPIGEV GvWBEV" rpoopicas D mai éxdhecev’ eira xadécas dià Toù Bartiouatoc Edixaiwce duxarbous CE Éd6EaTEV, viobs ôvoudioas, xai Ivebuaroc &yiou Dwpnoguevos xäpuw. Cette clarté se passe d’explications.

9. Gennade (d’après la Catena de Cramer, p. 148 et le texte plus correct du codex Vatic. grec 762) suit les traces de ses devanciers. Dieu fait tout concourir au bien de ceux qui l’aiment : révra adroïce t& Epi aÜToÙc ouuBaivovta yilveobat napasxeudter moôc &yafov, dre xai xaTa Tv dyabñv aÿr&v toébeouv rposxexnuévous aûrobs… La conformité à l’image du Fils c’est la filiation adoptive.

10. Un inconnu, qu’on suppose avoir vécu au vi° siècle et que les Chaînes appellent Théodore le Moine, accentue encore plus que les autres la vocation selon le propos de l’homme (‘O uèv Yäo Oeùds xahET mivras où näo d ouvepyet AAA rose e0oe6 à rpôbeouv Éxovoiv) et suit d’ailleurs Chrysostome et Origène. C’est l’Esprit-Saint qui accommode tout au bien des amis de Dieu (rè Ilveüux ouvepyet 6 êort cuuroëtret); la glorification et la conformité à l’image du Fils, terme de la prédestination, ont lieu dès icibas par la grâce. Voir, sur ce personnage, Hastings, Diction. of the Bible, Extra vol. 1904, p. 519.

11. Si S. Jean Damascène ne diffère pas des autres pour la doctrine, il en diffère beaucoup pour la terminologie. Selon lui, la prescience s'étend à tout, même aux actes libres, la prédestination n’embrasse que les actes nécessaires, De fide orthod. un, 30 (XCIV, 972) : Iévra LÈV TpoYiVWoxEL 6 Oedc, où névrx OÀ mpoopite. [looyivdoxer yap rà ëp” Autv, où poopiter D aûté. Et même pour les actes nécessaires la prédestination suit la prescience : Hpoopiter DE tù oÙx ëp’ AuEv xaTa Tv rpéyvwotv adroë. Nous ne pouvons rien sans Dieu, mais il dépend de nous de faire le bien ou le mal : ‘H HÈv &peTÀ Ex ToÙ OcoÙ é060n Év 1% pÜoet, rai adrds ÉoTr mavrdç &yabod &pyà rai aitix, ai ExTdS This AÜTOD ouvepyias xai Bonûeiuc &Ouvardv Syañèy Oefon à rpâtar ua. ’Ep uiv dé éonv À épueivar Th per, xoù äxohov0ñou T@ OS rpèç Tabrnv XxahoÜvr, XTA.

12. Les brèves scolies de Photius parvenues jusqu’à nous (CI, 1244) permettent d'établir que sur ce point il ne s'éloigne pas de ses prédécesseurs. Il explique ainsi la vocation selon le propos : Toutéorr trois xata Y'oun, xara npébeorv Etwbetor tic xAfoewc. A la question : Que dirons-nous à cela? (851) il répond : "Or rpowptoev, tt ÉxdAcoev, ôtt Édixaiwoev, ôter ED6EXsev. Tous ces bienfaits, y compris la glorification, ont déjà été conférés à tous les justes et ils leur sont à tous un garant de la bienveillance de Dieu pour l'avenir : Käv yép rives Biérreiv ÉmXELphowetv, où Badbovorv, &XX& ®pelñoovouv. On voit par là que Photius a très bien saisi la portée de ce passage dans l'argumentation de l’Apôtre.

13-15. Nous jugeons inutile de transcrire les textes des compilateurs Œcuménius, Théophylacte, Euthymius, qui ne font qu'emprunter à leurs devanciers et dont l’exégèse n’a rien d’original ni de caractéristique.

16-18. Par contre, il convient de mentionner S. Cyrille de Jérusalem, S. Basile et S. Athanase qui, tout en n’expliquant pas notre texte er professo, nous montrent comment ils l’entendent. S. Cyrille, Procatech. 1 (XXXIIL, 333) : ‘O pèv Oeds Dagurñs Écniv etc edepyeciav: mepiuéver Gà Exéorou thv Ynoiav mpoxipeiv DLà Toûro ÉTAYAYEY 6 ’Amootodoc XéYwv* Toïc xar& TpOBEOLV xAntoïc oùoiv. ‘H mpédeou yynoix oÙox xANTÔv ce moteï (sur l’orthodoxie de ces paroles voir la note de Touttée dans Migne). — S. Basile, Adv. Eunom. v

(XXIX, 724) : Eixdv d Yio ro Ilvedgoe, ai où toûtou petakauGévovres vloi oûu-

uopoor, marà To yeypauévov" ôtt oùc mpoéyvw th. — S. Aihanase, Epist. ad,

Serap. 1, 24 et 1v, 3 (XX VI, 588 et 641), explique comme saint Basile l’image du Fils en citant Rom. 829. Il s’ensuit que pour l’un comme pour l'autre la conformité à l’image du Fils à laquelle les justes sont prédestinés est reçue dès ici-bas par la collation du Saint-Esprit.

19. On comparera avec intérêt S. Jrénée, Contra hæres. 1v, 39, 4 (VII, 1111) : « Deus autem omnia præsciens, utrisque [bonis et malis] aptas præparavit habitationes » etc. Mais il ne s’agit là que de la prédestination à la gloire post prævisa merila.

20. Enfin aux Grecs nous joignons S. Éphrem, dont le commentaire existe en arménien (Comment. in epist. Pauli, Venise, 1893) : « Juslificavit per fidem et baptismum, glorificavit per dona Spiritus. »

En résumé, malgré quelques divergences de détail, tous les écrivains grecs dont il est possible de connaître la pensée s'accordent sur lexplication de notre texte dans les points suivants :

A) Tous font dépendre la prédestination de la prescience, en ce sens que Dieu prédestine à la grâce et à la vocation ceux-là seulement qu’il prévoit devoir correspondre à la grâce et à la vocation.

B) Tous, autant qu’on en peut juger, entendent la prédestination et la glorification, dont parle saint Paul en cet endroit, de la prédestination à la grâce efficace de la vocation et de la glorification qui à lieu dès cette vie par la grâce sanctifiante ou — ce qui est la même chose pour eux — par « la conformité à l’image du Fils de Dieu ».

C) Conséquemment dans la phrase : Toïs éyamdotv rèv Oeèv névra ouvepyeï ci yaldv, toiç uata mpébeauv xXntoïs o0ouv, les deux membres ont la même extension; le second ne restreint pas le premier, mais l'explique; en d’autres termes, tous ceux qui aiment Dieu sont appelés selon le propos et les bienfaits énumérés leur sont communs à tous. Dès lors la divergence sur le sens de mpéfeous et sur le sujet de cuvepyet — lequel peut être soit Oséc soit névra — est accidentelle et sans grande portée.

D) Ce qu’il y a de plus louable dans l’exégèse des Grecs, c’est d’avoir bien marqué le but de l'Apôtre qui est de donner à ous les justes un sujet d’espérance en leur montrant par les bienfaits passés que Dieu est avec eux, qu’il les protège et qu’il ne les abandonnera que s'ils sabandonnent eux-mêmes.

Nous croyons devoir transcrire ici une sage remarque de Tolet, qui tout en acceptant pour Rom. 828 l’exégèse de saint Augustin, sous prétexte qu’en fait tout ne coopère pas au bien de tous ceux qui aiment actuellement Dieu, soutient la parfaite orthodoxie de l'opinion contraire : « An tamen aliquid sit ex parte hominis quod sit vel causa vel motivum vel aliquid cooperans ad propositum hoc, ut sentiunt Ambrosius, Hieronymus, Chrysostomus et reliqui citati, an vero sit ex pura et sola gratia Dei, nullo non solum merito (nam hoc certum est non esse in homine) sed - nec ut causa vel motivum quod prævisum a Deo cooperatum sit ad hanc voluntatem Dei absolutam, ut vult Augustinus, nec Paulus significat nec est nostri instituti discutere. Hoc solum adnotare velim : quamvis aliquam causam affirmemus ex parte hominis propter quam hos Deus ad fidem et gratiam vocare voluerit et proposuerit non autem illos, non tamen propterea tolli rationem gratiæ divinæ : huic enim opponitur meritum quod ex justitia est. Qui autem ponunt causam ex parte hominis, si non affirmant esse meritum et justitiam sed divinum

Er

beneplacitum, qui ex ea causa voluit et proposuit vocare, non propterea sequitur eos negare rationem gratiæ. Longe enim differunt meritum et causa sine qua non, quando causa hæc est voluntaria ex parte dantis et vocantis Dei, quia sic ei placuit : non enim desinit esse beneficium et gratia quando aliquis donat pecunias manum porrigenti quia manum porrigit. »

Antérieurement à saint Augustin, nous n’avons que les commentaires de l'Ambrosiaster et de Pélage, avec la traduction ou plutôt.le remaniement par Rufn du commentaire d'Origène. Mais la pensée de saint Hilaire, de saint Ambroise et de saint Jérôme nous est connue par leurs œuvres.

1. L'Ambrosiaster, comme les Grecs, semble entendre le propositum âu propos de l’homme (XVII, 127-128) : « Hi secundum propositum vocantur, quos credentes præscivit Deus futuros sibi idoneos : ut antequam crederent scirentur. » Et un peu plus haut : Propositum cordis eorum sciens Deus, etc. — Il se distingue des Grecs en ce qu’il prend pour terme de Pélection et de la prédestination la gloire éternelle : « Istos quos præscivit futuros sibi devotos, ipsos elegit ad promissa præmia capessenda’.. Ideo prædestinantur in futurum sæculum, ut similes fiant Filio Dei. » Mais, plus encore que les Grecs, il subordonne la prédestination à la prescience : Quos præscivit Deus aptos sibi, hi credentes permanent, quia aliter fieri non potest, nisi quos præscivit Deus, ipsos et justificavit : ac per hoc et magnificavit illos, ut similes fiant Filio Dei. De ceteris quos non præscivit Deus, non est illi cura in hac gratia, quia non præscivit illos futuros idoneos. »

2. Pélage (XXX, 684-685), dont le commentaire a dû être retouché, établit une identité suspecte entre la prescience et la prédestination : « Prædestinare idem est quod præscire. » Malgré cette singularité, son explication se rapproche peut-être plus d’Augustin que des Pères Grecs : « Secundum quod proposuit sola fide salvare, quos præsciverat credituros; et quos gratis vocavit ad salutem, multo magis glorificabit ad salutem operantes. » Il entend donc la glorification de la gloire céleste et le propositum, ce semble, du propos de Dieu. Mais il reste fidèle à l’exégèse commune quand il met à la base la prescience : « Quos prævidit conformes futuros in vita, voluit ut fierent conformes in gloria.… Quos præscivit credituros hos vocavit. Vocatio autem volentes colligit, non invitos. »

3. Le remaniement d'Origène par ÆRuin est assez obscur. Ce qui prouve l’infidélité du traducteur c’est qu’il est impossible de reconnaitre, sous le texte de Rufn, le long passage d'Origène analysé plus haut. L'explication de Rom. 828.50 se lit au livre v, n° 7 et 8. Le lecteur est laissé libre d’entendre le secundum propositum de la volonté de l’homme ou de la volonté de Dieu. La glorification dont parle lApôtre a lieu, au moins partiellement, dès cette vie. La prescience est une connaissance approbative qui précède et dirige la prédestination. On peut distinguer deux vocations : celle qui est suivi d’effet et celle qui ne l’est point par la faute de l’homme. Tout cela est assez dans l'esprit de l'exégèse origéniste, mais se trouve mêlé à une foule d'idées confuses.

4 S. Hilaire, In Psalm. Lxiv, n° 5, sur ce texte : Multi vocati sed pauci elecli, dit (IX, 415) : « Itaque non res indiscreti judicii est electio, sed

CRT

ex meriti delectu facta discretio est. Beatus ergo quem elegit Deus, beatus ob id, quia electione sit dignus. »

5. S. Ambroise, De fide, v, 83, sur Rom. 82? (XVI, 665) : « Apostolus ait : Quos præscivil et prædestinavit, non enim ante prædestinavit quam præsciret, sed quorum merita præscivit, eorum præmia prædestinavit, »

6. S. Jérôme, Epist. 120 ad Hedibiam, x (XXII, 1000) : « Non salvat [Deus] irrationabiliter, et absque judicii veritate, sed causis præcedentibus; quia alii non susceperunt Filium Dei, alii autem recipere su sponte voluerunt. » ;

On voit que le point de vue des Pères latins diffère de celui des Pères grecs. Ceux-ci s'occupent de la vocation efficace à la foi et à la justice, ceux-là parlent de la prédestination à la gloire; mais, pour les uns comme pour les autres, la prescience dirige l’action de Dieu.

Page 1