III. SAINT AUGUSTIN
En 394, S. Augustin interprète ainsi Rom. 828-380, Expos. quarumdam propos. ex epist. ad Rom., prop. Lv (XXXV, 2076) : « Propositum autem Dei accipiendum est, non ipsorum... Non enim omnes qui vocati sunt, secundum propositum vocati sunt : hoc enim propositum ad præscientiam et ad prædestinationem Dei pertinet; nec prædestinavit aliquem, nisi quem præscivit crediturum et secuturum vocationem suam, quos et electos dicit. Multi enim non veniunt, cum vocati fuerint : nemo autem venit qui vocatus non fuerit. » Dans ce passage, saint Augustin ne s’éloigne pas de l’exégèse commune. Fil distingue deux catégories d’appelés, conformément à la parabole évangélique des invités, plusieurs Pères l’avaient fait avant lui. Origène, S. Cyrille d'Alexandrie, Pélage lui-même; ce semble, entendent comme lui le propositum (xp66eow) du propos de Dieu. Or, ajoute-t-il, ce propos de Dieu qui s’exerce dans la vocation, c’est-à-dire dans l’ordre d'exécution, se rapporte à la prescience et à la prédestination, c’est-à-dire à l’ordre d’intention. Tout cela est fort correct et Augustin, dans ses Rétractations (I, 23), n’y trouve rien à reprendre. Malheureusement, ainsi qu’on le voit par les questions suivantes et qu’il l'avoue lui-même à plusieurs reprises, il entendait alors d’une m2nière erronée le pouvoir que nous avons de répondre à l’appel divin. Non seulement il pensait que nous sommes libres de croire ou de ne pas croire — ce qu’il a toujours admis — mais que la foi est de nous tandis que les œuvres sont de Dieu — ce qui est totalement inadmissible. [1 dit par exemple, x (XXXV, 2079) : « Non elegit Deus opera cujusquam in præscientia, quæ ipse daturus est; sed fidem elegit in præscientia; ut quem sibi crediturum esse præscivit, ipsum elegerit cui Spiritum sanctum daret, ut bona operando etiam vitam æternam consequeretur... Quod ergo credimus, nostrum est : quod autem bonum operamur, illius qui credentibus in se dat Spiritum sanctum. » De même, Propos. xt (Zbid.) : « Nostrum enim est credere et velle, illius autem dare credentibus et volentibus facultatem bene operandi. » Cette distinction entre la foi qui serait de nous et les œuvres qui seraient de Dieu, distinction qu’il blâmera plus tard avec raison chez les hérétiques, est d’autant plus étonnante chez lui qu’elle contredit formellement un texte de saint Paul (Eph. 25) et qu’elle n’a aucun fondement dans l’exégèse des autres Pères. Aussi saint Augustin ne manque pas de la rétracter et de lui substituer la formule catholique, Retract. 1, 23 (XXXII, 621-622) : « Utrumque nostrum est prop-
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ter arbitrium voluntatis et utrumque tamen datum est... Utrumque ipsius est, quia ipse præparat voluntatem; et utrumque nostrum quia non fit nisi volentibus nobis. » Voir surtout De prædestin. sanctorum, Iu-V, n° 7-10 (XLIV, 964-968) où il fait brièvement l'historique de son changement d'opinion, affirme qu’il est dû à ces paroles de l’Apôtre : Quid autem habes quod non accepisti? Si autem accepisti quid gloriaris quasi non acceperis? et ajoute : « Mihi Deus. revelavit. » L’illustre docteur prouve avec une merveilleuse lucidité que la foi est un don de Dieu, que la grâce n’est pas une dette, sinon elle cesserait d’être une grâce, que la grâce prévient toujours l'homme et précède par conséquent les premiers commencements de la foi, car un acte libre quelconque est impossible sans la pieuse pensée qui ne dépend pas de nous mais de Dieu seul. Cependant son exégèse ne suit pas le progrès de sa théologie. De plus en plus il emploie les textes de saint Paul indépendamment de leur contexte et ne les considère que sous l’aspect favorable à sa thèse. Il imagine pour les justes deux sortes de vocation : une qui est selon le propos de Dieu, pour les prédestinés à la gloire, et l’autre qui n’est pas selon le propos de Dieu, pour ceux qui ne doivent pas persévérer, De corrept. et gratia, 23 (XLIV, 99) : «-Illi enim [qui secundum propositum vocati sunt] permanent usque in finem; et qui ad tempus inde deviant; révertuntur, ut usque in finem perducant quod in bono esse cœperunt. » De Prædest. sanctor. 32 (XLIV, 983) : « Ait Zpsis autem vocatis, ut illos ostenderet non vocatos : sciens esse quamdam certam vocationem eorum qui secundum propositum vocati Sunt, quos ante præscivit et prædestinavit conformes imaginis Filii sui. »
En même temps il se désintéressait de plus en plus de la prescience et semblait même quelquefois la confondre avec la prédestination, De dono persever. 47 (XLYV, 1022) : « Hæc dona Dei, quæ dantur electis secundum Dei propositum vocatis, in quibus donis est et incipere credere, et in fide usque ad vitæ hujus terminum perseverare… si nulla est prædestinatio quam defendimus, non præsciuntur a Deo : præsciuntur autem; hæc est igitur prædestinatio quam defendimus. Unde aliquando eadem prædestinatio significatur etiam nomine præscientiæ. » Cf. De prædest. sanctor. 34 (XLIV, 985-986) : « Quod profecto si propterea dictum est, quia præscivit Deus credituros, non quia facturus erat ipse credentes; contra istam præscientiam loquitur Filius dicens : Mon vos me elegistis, sed ego vos elegi; cum hoc potius præscierit Deus, quod ipsi eum fuerant electuri, ut ab illo mererentur eligi. Electi sunt itaque ante
mundi constitutionem ea prædestinatione, in qua Deus sua futura facta præscivit, »