‹ La théologie de Saint PaulChapitre 172 sur 630 · Gen. 2523. — ?.. Mal · texte numérisé non relu

Gen. 2523. — ?.. Mal

de l’infidélité, mais ils avaient, comme membres du peuple élu, un avantage sur les autres et ils le devaient non à leurs mérites ni à ceux de leurs pères, maïs au libre choix de Dieu. Malachie nous transporte à un autre point de l’histoire des deux peuples frères. Irrité contre leurs crimes, Dieu suscite Nabuchodonosor pour les châtier ensemble; mais tandis qu'Édom, comme nation, disparaît de la face du monde, Israël, comme nation, survit. Est-ce une faveur purement temporelle ? En soi, oui; dans sa cause et dans ses effets, non. Israël est épargné, tout coupable qu'il est, parce qu'il porte l'espérance du monde. En résumé, avant tout mérite, Dieu choisit Israël de préférence à Édom; après leur commun démérite, il pardonne à Israël de préférence à Édom. Conclusion : En l'absence de tout mérite, Dieu est maître de ses préférences ; à égalité de démérites, Dieu est maître de ses miséricordes. Ces textes, comme on le voit, prouvent bien l'indépendance de Dieu dans la distribution de ses grâces, mais n'ont aucun rapport direct avec le salut éternel de Jacob ou la damnation d’ Ésaü, moins encore avec la prédestination ou la réprobation de l'homme en général. Si certains théologiens y avaient réfléchi ils se seraient épargné bien des théories oiseuses.

La fidélité de Dieu se trouve ainsi vengée. Dieu a tenu tous ses engagements dans la mesure où il les avait pris; car il ne s'était jamais lié envers chacun des individus. Il a haï Édom, parce qu'Édom était digne de haïne ; il a aimé Israël et continue à l’aimer encore, quoique Israël soit indigne d'amour ; mais cela n'a pas empêché beaucoup d’Israélites de n’avoir point de part à ces faveurs spéciales. Dieu serait-il injuste à leur égard? On voit que la pensée de l'Apôtre prend un autre pli : il s'agissait des nations; il va être question des personnes.

Dieu, Moïse et Pharaon. — Ici comme là, Dieu conserve son indépendance. Il accorde ses grâces quand il veut et comme il veut. L'exemple de Moïse et de Pharaon le montre à deux points de vue différents. Moïse réclame une faveur à laquelle nul homme n’a droit : voir la face de Dieu. Dieu la lui refuse tout en lui en accordant une autre qu'il ne demandait pas. Au pauvre qui tend la main le riche fait l’aumône qu'il veut ou même n'en fait aucune : la justice ne l’oblige à rien. Dans le

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cas d'une faveur absolument gratuite où ne peut entrer aucun mérite antécédent — comme dans l'exemple admirablement choisi par saint Paul — cette conclusion s'impose par son évidence : Non est volentis neque currentis sed miserentis est Dei. Qu'on ne traduise pas avec un certain nombre de Pères trop soucieux de sauvegarder la liberté de l'homme : «Il ne suffit pas de vouloir et de courir, il faut que Dieu fasse miséricorde »:; ni même : « Rien ne sert de vouloir et de courir s2 Dieu ne fait miséricorde. » La seule traduction légitime et conforme au contexte est celle que suggère saint Augustin : « Rien ne sert de vouloir et de courir, tout dépend du Dieu des miséricordes. » Une grâce purement gratuite, telle que celle où aspirait Moïse, ne peut être subordonnée à l’action de l'homme ni conditionnée par elle.

L'endurcissement de Pharaon prouve au fond la même chose, car la grâce efficace de la conversion est une grâce purement gratuite. L'endurcissement de l’homme peut être considéré comme un châtiment de Dieu qui retire peu à peu ses secours en punition des fautes précédentes : c'est ainsi que l’Apôtre a expliqué l’aveuglement des païens au commencement de sa lettre. Mais, pour ce qui regarde Pharaon, l'Ecriture nous représente son endurcissement comme un effet de la patience et de la longanimité de Dieu. Dieu l'endurcit en multipliant les miracles qui devraient le toucher et, comme les Juifs contem-

porains du Christ, l’aveugle à force de lumière. Origène a très

justement observé que Pharaon commence à s’amollir sous la main de Dieu qui le frappe et qu’il s’endurcit de nouveau quand Dieu semble temporiser. En tout cas, ainsi que le remarquent plusieurs Pères à la suite d'Origène, Dieu n’endurcit que l’homme déjà dur par sa propre faute et il ne l’endurcit que pour une fin digne de sa justice et de sa sagesse. Aussi l'endurcissement est-il attribué tantôt à l'homme qui en est l'auteur véritable par ses résistances volontaires, tantôt à Dieu qui en est la cause occasionnelle par trop de bénignité ou qui le permet par une juste vengeance, tout en le subordonnant à une fin plus haute : « Je t'ai suscité, est-il dit à Pharaon, précisément pour montrer en toi ma puissance et pour que mon nom soit annoncé dans toute la terre.» Le mot grec signifiant

«exciter » et « susciter » il faut adopter la seconde acception, seule conforme au sens de l'original, mais il convient de laisser à la particule « pour » (#rwc) sa valeur naturelle. Il ya de la part de Dieu plus qu’une simple permission; il ya intention et finalité. L'acte d’un général qui abandonne à l'ennemi une armée rebelle ou celui d’un médecin qui se désintéresse d’un malade récalcitrant n’est pas une permission pure : c’est un châtiment ou une vengeance. Souvenons-nous toutefois que Dieu ne saurait vouloir directement le mal ; il ne le sanctionne que pour le corriger ou pour l’ordonner au bien. Ses desseins sont impénétrables : « Il fait miséricorde à qui il veut », car il n'est point de volonté qu'il ne püt fléchir par sa grâce et «il endurcit qui il veut » en le laissant persévérer et s’ancrer dans son endurcissement pour des raisons dont il ne doit compte à. personne.

Cette maxime, prise en elle-même, prête aux malentendus. Paul prévoit qu'un lecteur mal disposé formulera cette objection : « Pourquoi Dieu se plaint-il encore, car qui résiste à sa volonté? » L'objection est absurde puisqu'elle laisse supposer

soit que Dieu veut le péché, soit qu'il se plaint sans raison du

pécheur. Saint Paul n’y répond pas directement: il se contente de reproduire la réponse des auteurs inspirés en pareille occurrence : « O homme, qui es-tu pour t’opposer à Dieu? L'œuvre dit-elle à son ouvrier : Pourquoi m'as-tu fait ainsi? Est-ce que le potier n’a pas pouvoir sur l'argile pour former de la même masse soit un vase d’honneur soit un vase d'ignominie { ? » C'est assez pour fermer la bouche aux contradicteurs. L'homme n’a jamais le droit d’intenter un procès à Dieu, ni de lui demander compte de ses actes et de ses desseins. La créature n’a rien à reprocher au Créateur, pas plus que l'œuvre à l'artisan. Il est probable que l’Apôtre n’a pas autre chose en vue : la plupart des Pères l'ont ainsi compris et les textes allégués témoignent dans le même sens. Le point précis de la comparaison sera donc l'attitude que doit garder l'œuvre envers son ouvrier, la créature devant son Créateur. Paul ne dit pas : « Dieu se comporte à l'égard des créatures libres comme l'ouvrier à l’éet DR 7 DUT. Pi NS COUR

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